Le Message du Rav KANIEWSKY Chlita

QUELQUES MOTS DE RAV KANIEWSKY CHLIT’’A (commenté par Néfesh Yéhoudi) SUR LA SITUATION ACTUELLE

Face à la situation actuelle et à la propagation du virus (Hachem yerah’em), Rav H’ayim Kaniewsky Chalit’a a écrit un ktav yad (un mot de sa mains) qui a été photocopié et affiché dans toutes les Synagogues et les Baté Midrachote de Bné Brak. Il y est écri le texte suivant :

« Nous devons en cette période nous renforcer dans le domaine du lachone ara (médisance) car la situation du mêtsora (lépreux atteint de la tsaraate à cause de ses fautes) ressemble beaucoup à notre situation « il a séparé un homme de son ami, un mari de son épouse et lui aussi est séparé des autres » (dit la guémara erkhin). Il faut également se renforcer dans le domaine de la anava (humilité) et savoir passer sur ses midote (essayer de ne pas être pointilleux même dans les domaines qui nous dérangent) comme la écrit le Roch à la fin du traité orayote »

On voit donc que d’après Rav Kaniewsky les difficultés actuelles seraient liées de près à la faute du lachone ara et notre situation ressemblerait à la faute du metsora (lépreux).

Q1°) Nous allons béezrate Hachem essayer d’éclaircir comment le Metsora était traité pendant cette période et en quoi la situation est-elle vraiment similaire.

Q2°) Nous essaierons également de comprendre comment une faute si légère (à nos yeux ; c’est-à- dire facile à transgresser) comme le lachone ara (médisance) peut entraîner une situation si grave. LIRE LA SUITE

Message du Rav KANIEWSKY Chlita

QUELQUES MOTS DE RAV KANIEWSKY CHLIT’’A (COMMENTE PAR Néfesh Yéhoudi) SUR LA SITUATION ACTUELLE

Face à la situation actuelle et à la propagation du virus (Hachem yerah’em), Rav H’ayim Kaniewsky Chalit’a a écrit un ktav yad (un mot de sa mains) qui a été photocopié et affiché dans toutes les Synagogues et les Baté Midrachote de Bné Brak. Il y est écrit, à l’encre bleu, le texte suivant :

Nous devons en cette période nous renforcer dans le domaine du lachone ara (médisance) car la situation du mêtsora (lépreux atteint de la tsaraate à cause de ses fautes) ressemble beaucoup à notre situation « il a séparé un homme de son ami, un mari de son épouse et lui aussi est séparé des autres » (dit la guémara erkhin). Il faut également se renforcer dans le domaine de la anava (humilité) et savoir passer sur ses midote (essayer de ne pas être pointilleux même dans les domaines qui nous dérangent) comme la écrit le Roch à la fin du traité orayote »

On voit donc que d’après Rav Kaniewsky les difficultés actuelles seraient liées de près à la faute du lachone ara et notre situation ressemblerait à la faute du metsora (lépreux).

Q1°) Nous allons béezrate Hachem essayer d’éclaircir comment le Metsora était traité pendant cette période et en quoi la situation est-elle vraiment similaire.

Q2°) Nous essaierons également de comprendre comment une faute si légère (à nos yeux ; c’est-à- dire facile à transgresser) comme le lachone ara (médisance) peut entraîner une situation si grave.

HILKHOT METSORA (LES LOIS DU LEPREUX) : DES LOIS QUI NE S’APPLIQUENT PLUS DE NOS JOURS, MAIS QUE NOUS APPLIQUONS POURTANT EN CETTE PERIODE

Dans la Parachat Tazria (Metsora), la Torah nous parle d’un homme qui découvre un beau matin qu’il a une plaie de lèpre sur une des parties de son corps. Il doit alors appeler le Cohen pour qu’il vienne vérifier : est-ce que c’est bien la tsaraate (lèpre) ou non ? Le Cohen vient alors voir cette personne et l’examine. S’il présente les caractéristiques d’impureté de la Torah, alors il est déclaré ‘’métsora moukhlate’’, un vrai métsora. Mais, parfois, il se peut qu’il y ait une vraie plaie de lèpre mais qu’il n’y ait pas encore les simanim d’impureté. Dans ce cas-là, le Cohen ordonne au ‘’suspect’’ de rester chez lui pendant sept jours enfermé (mousgar) le temps de voir l’évolution de la plaie et peut-être que la semaine suivante les signes d’impureté vont apparaître. On l’appelle donc le metsora mousgar.

Si au bout d’une semaine les signes ne sont pas sortis mais que la plaie est toujours présente, le Cohen le déclare encore une fois, pour une deuxième semaine metsora mousgar (lépreux suspect et enfermé) afin de voir l’évolution au bout de cette dernière semaine. S’il n’y a pas eu poil blanc ou d’extension de la plaie (qui sont des signes d’impureté) il peut alors sortir librement de son enfermement.

Le Rambam écrit (Hilkhote toumate metsora chap.9, chap. 10): l’impureté du metsora est particulièrement grave plus que d’autres impuretés (h’oumra yetéra). En effet, le metsora peut contaminer les gens par son impureté qu’il soit moukhlate, (un metsora déclaré), ou même lorsqu’il est mousgar, (un metsora suspect) en attente d’autres signes d’impureté. C’est pourquoi, pendant la semaine où l’on suspecte le metsora mousgar, tout celui qui rentre chez lui et reste « chiour kédé akhilat prass » (entre quatre et neuf minutes, selon les avis) devient impur même s’il ne l’a pas touché directement. Non seulement celui qui a visité le metsora moussgar est impur (s’il est resté 4 mn) mais même les kélim qui sont sur lui (habits, bijoux) deviennent impurs et quand bien même ce metsora là n’a pas encore été décrété véritablement lépreux (insiste le Rambam).

Quant au métsora moukhlate, (celui qui a été déclaré impur clairement car il avait les signes d’impureté de la tsaraate) alors il ne pourra même pas rester chez lui, il devra s’exiler ailleurs, en dehors de la ville, et restera complètement seul et même pas avec d’autres métsoraïm.

Dès qu’un metsora est déclaré moukhlate, (vraiment impur), la Torah ordonne qu’il recouvre sa bouche. En effet, cela était la coutume des avélim (endeuillés), et ce tout le temps où il est metsora.Il doit faire savoir à tout le monde qu’il est metsora, ‘’tamé, tamé, ikra’’, afin que les gens s’éloignent de lui et prient pour lui, expliquent nos Sages. Il n’a pas le droit de dire bonjour ; que ce soit Chabbat ou Yom Tov, toutes ces lois d’appliquent.

Pendant le temps où il est metsora moukhlate : il a le droit de manger, de boire, de se laver, de mettre des chaussures en cuir… La seule chose qu’on lui demande c’est de s’isoler complètement, et même en dehors de Yerouchalaïm. Il n’a pas le droit de cacher son impureté comme nous l’avons déjà dit et s’il arrache sa plaie de lèpre, entièrement ou même partiellement, il transgresse un interdit strict déOraïta (de la Torah).

Evidemment le parallèle est clair, la réflexion de Rav H’aïm Kaniewsky chlit’’a, est pertinente et il n’est même pas nécessaire d’expliquer le nimchal (le comparé).

La Guemara dans Brakhote (8a)enseigne que la mita (peine céleste) qui est réservée aux baalé lachone ara est la askara. Rachi écrit ’’ estranglemente ‘’ en français. La Guemara le prouve d’un passouk : ‘’issakhérou pi dovré cheker – que se ferme la bouche de celui qui raconte du mensonge’’ (le lachone ara, même lorsqu’il est vrai, est appelé mensonge dit le Yad Haketana car ses effets sont destructeurs et mensongers). D’ailleurs, lorsque ces effets sont constructifs et qu’il y a un intérêt (létoélète), il y a de nombreuses permissions (voire H’afets H’aïm chap 10).

LES AUTRES FAUTES QUI ENTRAINENT NOTRE SITUATION

Nous avons vu de nombreux points communs entre le metsora et notre situation actuelle. Précisons tout de même ce que la Guemara dit dans Eikhine (15a) qu’il y a sept avérote qui peuvent entrainer la tsaraate et qui rendent metsora : en premier certes le lachone ara. Mais il y en a d’autres et les voici : guilouye arayote (la débauche), chfikhoute damim (le meurtre), guezel (le vol), chvouate chav (jurer ou dire le nom d’Hachem en vain), tsaroute aïn (l’avarice/l’œil étroit avec les autres) ; gassoute haroua’h (l’orgueil). Il y a donc lieu de se renforcer dans tous ces domaines afin d’éveiller dans le Ciel de la rah’amim (miséricorde) et qu’Hachem nous sauve vite de cette situation.

[Il y a de nombreuses allusions entre le virus et la faute de débauche et d’impudeur ; plusieurs guematriote et raché tévote ont été proposés ; nous n’en rapporterons qu’une maguéfate Corona = 523+367 = 900 = h’osser tsinioute= 274+626= 900, qui signifie le manque de pudeur.

La Guematria ne révèle pas le sens simple des choses (comme le dit le Ari za’’l, c’est le sod :le secret), et au sens simple Rav Kaniewski nous révèle que le problème est lié au lachone ara ou encore aux autres fautes qui entraînent la tsaraate ; il n’en reste pas moins qu’il est toujours bon de se renforcer dans le domaine de la tsinioute (pudeur) qui a, comme particularité, dit le H’afets H’aïm d’entraîner la protection du Klal Israël mesure pour mesure que chaque personne protège son corps et son intimité par les vêtements et une bonne conduite.]

 LA GRAVITE D’UNE FAUTE TELLEMENT LEGERE

Il y a quatre fautes qui sont punies dans ce monde ci et dont le capitale reste intact pour le monde futur (Guémara Péa Yerouchalmi ; Rambam deot ch 7) : guilouye arayote, chefikhoute damim, avoda zara (la débauche, le meurtre, l’idolâtrie) et le lachone ara kénegued coulam (aussi importante que toutes les autres).

La question est de savoir comment une simple parole peut-elle entrainer des effets si graves et serait comparables aux trois fautes capitales (voire pire). C’est a priori disproportionné !

-David Hamélekh disait à ce sujet : ‘’BéMa Ira biymé Ra, avone akévaye yéssoubéni – de quoi j’ai peur le jour du malheur ? Des fautes que mon talon piétine ». En d’autres termes, en ce qui concerne les fautes graves un Juif ressent des remords, fait techouva, s’en éloigne mais les fautes légères s’accumulent s’accumulent…jusqu’à ce qu’il faille rembourser une lourde dette, h’as véchalom.

-Rabbi Yéochoua Ben Lévi, de plus, a révélé (Erkhine 15b) : « celui qui dit du lachone ara fait grandir les fautes jusqu’au Ciel ; comme il est écrit dans Tehilim (73) : ‘’ils ont mis leur bouche dans le ciel et leur langue se promène sur terre’’. »

En d’autres termes, un second élément de gravité du lachone ara est que nous ne parlons pas en l’air ou devant un mur mais c’est dans le Ciel que nous parlons. A cause du lachone ara les fautes grandissent jusqu’au ciel, a dit Yeochoua Ben Lévi. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le H’afets H’aïm rapporte (Chemirat Halachone,chaar hazekhira, chap.2) au nom du Zohar Parachat Emor : « chaque action qu’un homme fait en bas, il réveille une action identique dans le Ciel. Par exemple, lorsqu’un homme fait du h’essed en bas, dans le ciel on fera également du h’essed dans le monde. » Le Zohar, ailleurs, ajoute (Parachat Pekoudé) : « il y a un esprit d’impureté qui se réveille lorsqu’un homme dit du lachone ara. Il s’appelle sikhsoukha ; cet esprit monte dans le ciel et entraîne dans le monde des destructions. Malheur à celui qui réveille cet esprit et qui ne fait pas attention à sa bouche. Il ne sait pas que son réveil d’en bas a provoqué dans le Ciel un réveil d’accusation. Lorsque les esprits s’accumulent ils réveillent alors un grand accusateur qui s’appelle nah’ach gadol (le grand serpent) qui accuse le monde entier ; tout cela à cause du lachone ara qui a été dit en bas ! (Zohar,Pekoudé)

Le H’afets H’aïm explique qu’Hakadoch Baroukh Hou aime trop les Bné Israël pour voir leurs fautes ; comme il est écrit : ‘’lo ibite aven béYaacov lo raa amal béIsraël , Il ne scrute pas les fautes de Yaacov, Il ne voit pas combien L’énerve et le dérange Israël’’ (Bamidbar 23-21). Tout cela est vrai tant que les Juifs ne s’accusent pas les uns les autres, qu’ils vivent en paix et dans la fraternité et qu’il y a de l’amour entre eux. Comme à l’époque d’Akhav où les Juifs étaient idolâtres, certes, mais ne disaient pas de mal les uns des autres et vivaient en paix. Il n’y avait pas un mort dans cette génération lorsqu’ils partaient en guerre. Inversement à la génération de David Hamélekh où les Bné Israël étaient plus érudits mais se dénonçaient et s’accusaient, il y avait de nombreuses pertes, à la guerre.

Lorsqu’un Juif, qui est tellement important aux yeux d’Hachem, se met à accuser un autre, alors là Hachem est d’accord d’écouter l’accusation et de se comporter (h’as véchalom) avec rigueur sur celui qui est accusé. Cependant, la Guemara dit que celui qui accuse est également passé au crible puisqu’il réveille lui-même la Midat hadin.

Il est très difficile de comprendre qu’une parole puisse entraîner de telles conséquences mais dans notre situation où une simple discussion entre un homme et son prochain, à moins de deux mètres de distance, peut entraîner les pires conséquences, il peut nous paraître alors plus évident que la parole est dangereuse. Si nous arrivons à croire à l’un, pourquoi ne croirions-nous pas à l’autre ?

D’après cette dernière raison, le lachone ara n’est qu’un déclencheur et un accusateur d’autres fautes plus graves qui provoquent également de graves conséquences.

LA LANGUE DE SERPENT

Pourquoi est-ce un grand serpent qui accuse le monde ? Pourquoi le serpent punit souvent celui qui faute dans le domaine du lachone ara ?

Comme l’écrit Rachi, nous voyons dans la Torah (Bamidbar 21.6) que lorsque les Bné Israël ont parlé sur Hachem et sur Moché et se sont plaints de la manne, des serpents brûlants les ont alors attaqués et piqués. Rachi dit : celui qui a fait le premier le lachone ara sur Hachem (le serpent), et sur Adam, qu’il vienne punir ceux qui ont fait du lachone ara ! Rachi dit également : celui qui n’a pas le sens du goût (le serpent), qu’il vienne punir ceux qui ont parlé sur la manne et se sont plaints de son goût.

Le serpent a donc deux particularités : il a dit en premier du lachone ara et il n’a pas le sens du goût. Il a été choisi pour punir la faute du lachone ara. C’est d’ailleurs un verset de Kohélète (10.11) : ‘’le serpent mord sans faire de bruit et il n’y a pas d’intérêt pour celui qui dit du lachone ara’’. Que signifie ce verset (demande la gumara dans taanit (8a) ? Reich Lakich a expliqué dans : « Dans les temps futurs viendront toutes les h’ayote (animaux) voir le serpent et lui diront : certes, le lion tue de sang-froid ses proies, mais c’est pour les manger vivantes qu’il le fait ; certes, le loup tue et met de côté ses proies, mais c’est pour les manger après-coup qu’il agit ainsi. Mais toi, pourquoi tu piques et pourquoi tu manges (il n’y a pas d’intérêt de piquer et il n’y a pas d’intérêt de manger puisque tout a le goût de la terre pour le serpent depuis la première malédiction). Le serpent répondra alors : certes, mais expliquez-moi pourquoi celui qui fait du lachone ara, en fait ? [Qu’est-ce qu’il a gagné ? Y -a-t-il un intérêt ? Un gain ? Un plaisir qui ressort du lachone ara ?] »

Nous voyons donc, une fois de plus, un lien étroit entre le serpent choisi pour punir le lachone ara et cette faute : c’est le manque d’intérêt, de gain, de plaisir corporel dans cette faute qui est comme une faute sans goût et qui est comparée aux proies du serpent qui sont mangées, ou piquées sans goût et cela n’est pas sans rappeler le virus actuel qui prive du goût.

Y-AT-IL UNE SOLUTION ?

La Guemara dans Eikhine (15b)rapporte une controverse entre Rabbi H’ama Bar H’anina et Rabbi Ah’a Bar H’anina : « Le premier dit : quelle est la solution et la réparation pour celui qui a fait du lachone ara ? C’est l’étude de la Torah, comme le dit le verset : ‘’marpé lachone ets h’aïm – il guérit la langue l’arbre de vie’’ et l’arbre de vie c’est la Torah comme il est dit : ets h’aïm hi lamah’azikim ba, (c’est un arbre de vie pour ceux qui s’y rattachent). Rabbi Ah’a a dit : ce qui est fait est fait ! Mais quelle est la réparation ou la solution, à l’avenir, pour celui qui a dit du lachone ara ? C’est l’étude de la Torah.

Comme il est écrit : marpé lachone ets h’aïm ; (d’après ce second avis , il n’est pas possible avec l’étude, de réparer le lachone ara qui a été fait mais tout au moins de se réparer soi-même et sa langue pour l’avenir.)

La Guemara demande : et si la personne n’est pas érudite, qu’est-ce qu’elle peut faire ? La Guemara propose : la anava (l’humilité), comme le dit la fin du verset : ‘’marpé lachone ets h’aïm vésélef la chévér roua’h- il guérit la langue l’arbre de vie et l’esprit contrit, (humble, cassé) arrive à la tordre (la mauvaise langue). » Là encore, Rabbi H’ama et Rabbi Ah’a discutent sur les effets de l’humilité même pour le passé ou seulement pour le futur.

Rav Israël Salanter a ajouté lorsque la Guemara parle d’étude de Torah, certes, il s’agit de tous les domaines de la Torah qui ont une segoula (propriété) très puissante quel que soit le sujet, à condition qu’il soit approfondi. Mais, il n’en reste pas moins que lorsqu’on étudie le domaine précis dans lequel nous avons fauté, la segoula est encore plus intense. On comprend mieux que Rav Kaniewsky Chalita nous enjoint de nous renforcer dans l’étude des lois de la médisance, en cette période, et également dans la anava, (écrit-il), car les deux sont un remède pour le lachone ara.

 OU EST DONC NOTRE CONFIANCE ?

Le Chomer Emounim dans (Chaar Habitah’one, ch.9) rapporte au nom du Ari zal qu’il y a lieu de se renforcer, en période d’épidémie, dans le domaine de la confiance en Hachem. En effet : ‘’h’erdate adam itène mokech – la peur d’un homme le fait trébucher’’, ‘’oubota’h b’Hachem yessougav – mais celui qui a confiance en Hachem sera sauvé’’. (Michlé 29. 25) Cela signifie que lorsqu’un homme a peur, cela lui cause du tort et même plus de tort que ce qui devait lui arriver mais lorsqu’un homme fait confiance à Hachem même dans une situation d’angoisse, il sera sauvé même si cela n’était pas prévu, explique Rabenou Yona.

Le Ari zal dit : en période d’épidémie, l’ange du mal et ses armées se promènent dans les rues ; il y a donc lieu de ne pas les rencontrer mais il n’en reste pas moins qu’ils ne peuvent s’en prendre qu’à celui qui a peur et qui manque de confiance en Hachem. Le Ari zal conclut : dans cette période, il faut étudier la Torah et les Kétorète en permanence et alors l’épidémie s’en ira du monde (parole du Ari zal).

Auteur : Rav C. Hagege (Feuillet Néfesh Yéhoudi)Renseignement ou pour recevoir ce feuillet 052.36.76.325

Réciter la Kétorète avec ferveur et compréhension

La Kétorète est reconnue comme une ségoula, une action qui entraîne une délivrance. Dans diverses circonstances, elle a constitué une influence bénéfique pour sauver de dures épreuves. Cette réputation bénéfique vient notamment du fait que ce texte renferme l’un des secrets de la vie donné directement à Moché Rabbénou.

En effet, la Guémara (Chabat 89a) rapporte que lorsque Moché Rabénou monta au Ciel pour recevoir la Torah, chacun des anges lui transmit quelque chose, comme il est dit dans les Téhilim (68;19) : « Tu es monté dans les hauteurs, tu as pris un prisonnier [la Torah], tu as reçu des dons parmi les hommes». La Guémara ajoute : « Même l’ange de la mort lui transmit quelque chose, comme il est dit (Bamidbar 17;12): « Il déposa la Kétorète et fit propitiation sur le peuple ». En effet, si l’ange n’avait pas transmis le secret de la Kétorète à Moché, comment  aurait-il pu le savoir ?

C’est la raison pour laquelle nos Sages ont beaucoup insisté sur l’importance de cette lecture : « quiconque la récite chaque jour sera préservé de tout danger et sera animé d’un esprit pur ; il méritera aussi santé, parnassa et réussite… » 

Bien évidement, outre la récitation du texte de la Kétorète, il faudra aussi la comprendre, comme nous l’enseigne le Michna Beroura (§ 48;1), puisque   réciter ou étudier la Kétorète équivaut à l’offrir. La Guémara (Mena’hot 110a) enseigne en effet : « Quiconque étudie le passage concernant le sacrifice Ola, c’est comme s’il avait apporté un sacrifice Ola… »

C’est pour cela que le Beth Yossef (§133) rapporte au nom du  »Maari Abouav » qu’il faut faire très attention de lire la Kétorète dans le texte du Sidour avec grande concentration, et non par cœur afin de ne pas oublier de mots.

Puisque la récitation équivaut à l’action, l’oubli d’un ingrédient pendant la lecture pourrait avoir les mêmes conséquences que lors de sa consumation, comme on le dit dans le passage concernant la Kétorète : « et s’il omet l’un de tous les composants, il est passible de mort. »

Rav Eli’ézer Papo enseigne (‘Hessed Laalafim §48;1): « Heureux l’homme qui s’applique et s’efforce de faire du Na’hat Roua’h au Tout-Puissant en récitant la Kétorète avec ferveur dans un sidour, mot à mot, lettre par lettre ». Le Gaon Rabbi ‘Haim Falagi (Kaf Ha’haïm §17;18) fait remarquer que la Kétorète prononcée en regardant attentivement chaque lettre sera plus fructueuse.

Outre le fait que la Kétorète fasse partie intégrante de la Téfila du matin et de l’après-midi, elle est connue pour son influence bénéfique dans diverses circonstances. Il est enseigné que celui qui prend soin de réciter la Kétorète trois fois par jour, deux fois à Cha’harit et une fois à Min’ha, bénéficiera des avantages suivants que la Kétorète procure :

  • elle annule les fléaux, les épidémies et les mauvais décrets et préserve de l’asservissement des nations
  • elle annule les effets de la sorcellerie, les mauvaises pensées et les mauvaises influences
  • elle nous permet d’acquérir le olam hazé (ce monde) et le olam haba (le monde futur)
  • elle éloigne la mort et guérit les malades
  • elle permet de s’enrichir (parnassa)
  • elle fait expiation sur la faute du lachone hara

OVDHM est heureux de vous offrir ce fascicule, afin de pouvoir réciter la Kétorète  avec ferveur et compréhension, et d’y obtenir tous ses bienfaits. Puisse cette étude, béezrat Hachem, nous permettre de nous renforcer dans notre Avodat Hachem, nous apporter toutes les yéchouot et nous délivrer de toutes nos épreuves. Grâce à notre compréhension de la Kétorète, puissions-nous être prêts et mériter d’accomplir ces Mitsvot grâce à la venue du Machia’h et la construction du Beth Hamikdache bimhéra béyameinou AMEN

Extrait de l’ouvrage « Kétorète, essence et sens de l’encens » disponible intégralement  en téléchargement libre – Cliquez ici

Matanot Laévionime

Dans la Méguilat Esther (9;20-22) il est écrit : « Mordékhaï mit par écrit ces événements et expédia des manuscrits à tous les juifs, dans toutes les provinces du roi A’hachvéroch, proches ou éloignés, leur prescrivant d’observer le quatorzième jour du mois de Adar et le quinzième, d’année en année. Ces jours où les juifs s’étaient reposés de leurs ennemis et le mois qui s’était transformé de tristesse en joie et de deuil en fête,  d’en faire des jours de festin et de joie et d’envoi de présents d’un homme à son prochain et de dons aux pauvres. » 

Nous allons découvrir dans ce chapitre l’importance de cette action, son rôle dans l’histoire de Pourim et la Halakha/loi pour bien accomplir cette mitsva.

L’origine de la Mitsva

À la mémoire de Moché Rabénou…

Le Ralbag donne la raison pour laquelle Mordékhaï a instauré la Mitsva de Matanot Laévionime, selon le Midrach (Yalkout Chimoni, Esther) :

Éliyahou Hanavi vient auprès de Moché Rabénou et l’informe du décret qui s’annonce sur Israël afin de lui demander de prier de l’annuler. Alors Moché lui demande : « Y a-t-il un Tsadik sur terre qui pourrait s’associer à ma Téfila ? ». Éliyahou Hanavi lui répond qu’il y a un homme Tsadik du nom de Mordékhaï.

Alors Moché ordonne à Éliyahou Hanavi d’inviter Mordékhaï à prier ; il lui assure qu’au moment où Mordékhaï priera, il priera avec lui, et la délivrance arrivera grâce à leurs Téfilot simultanées.

Par reconnaissance, Mordékhaï institua les Matanot Laévionime pour l’élévation de l’âme de Moché Rabénou. [Kitsour Alchikh]

En attendant Machia’h…

La raison pour laquelle on distribue beaucoup de Tsédaka à Pourim, à travers la Mitsva de Matanot Laévionime, c’est parce qu’à la venue du Machia’h, la Méguilat Esther sera encore en vigueur. Comme nous l’enseigne le Rambam (Hilkhot Méguila 2;18), tous les écrits des Prophètes et des Hagiographes seront annulés à la venue du Machia’h, excepté la Méguilat Esther, car elle est comparable aux cinq Livres de la Torah et aux lois de la Torah orale qui ne seront jamais annulées.

Le verset nous dit : « Ces jours de Pourim ne seront jamais abandonnés par les Juifs et leur souvenir ne quittera pas leurs descendants. » (Esther 9;28).  Dans la Guémara (Chabat 161b), Rachi nous enseigne qu’au temps du Machia’h, nous vivrons dans la richesse et l’abondance, et personne ne vivra de Tsédaka.

Aussi, aujourd’hui, nous accomplissons largement cette Mitsva en nous disant qu’au temps du Machia’h, la Méguila sera là, mais la Mitsva de Tsédaka ne sera plus nécessaire. Autant en profiter tant que nous pouvons l’accomplir ! [Mêïl Tsédaka]

Pour réparer le ‘Hilloul Hachem

Rabénou Yaakov de Lissa nous enseigne une des raisons pour laquelle Mordékhaï a institué la Mitsva de Matanot Laévionime. Mordékhaï a attribué le décret de Haman à la faute des Bneï Israël plusieurs années auparavant, lorsqu’ils se sont prosternés devant des idoles et, par ce comportement, se sont rendu coupables de ‘Hilloul Hachem (profanation du Nom de D.). Et comme la Guémara (Yoma 86a) le dit, seule la mort peut expier la faute de ‘Hilloul Hachem. Cependant, Mordékhaï savait que l’abolition de ce décret ne pouvait s’obtenir qu’en éveillant la clémence de Hakadoch Baroukh Hou. Aujourd’hui encore, il reste des traces de ce décret, car nous ne sommes pas totalement purifiés de cette faute. C’est donc par cet acte de Tsédaka que nous réparerons peu à peu le ‘Hilloul Hachem de nos ancêtres, comme il est dit : « וַחֲטָאָךְ בְּצִדְקָה פְרֻק וַעֲוָיָתָךְ /Rachète tes fautes par la Tsédaka »(Daniel 4;24). C’est pour cela que Mordékhaï institua la Mitsva de Matanot Laévionime.

Une récompense pour les générations

Pourquoi avoir instauré une Mitsva de don, et spécifiquement aux pauvres ? Dans la Méguila (9;10), il est écrit : « … Mais ils ne portèrent pas la main sur le butin ». En effet, après avoir vaincu leurs ennemis et pendu Haman et ses fils, les juifs ne portèrent pas la main sur le butin, qui alla directement dans les caisses du roi, afin de montrer que leur motivation n’était nullement financière. Cette abstention fut acceptée par tout le peuple.

Cependant, la retenue fut plus difficile pour les pauvres ; ils ont malgré tout obéi à l’ordre de Mordékhaï. En récompense de ce comportement et de cette retenue, il fut décrété que dans toutes les générations à venir, sans exception et sans enquête, tous les pauvres bénéficieront des Matanot Laévionime.

Le michté pour tous

Le « Dena Pachra » explique que riches et pauvres ont bénéficié de l’annulation du décret mortel du cruel Haman. Cependant, Mordékhaï voulait s’assurer que même les pauvres auraient les moyens de faire un festin. C’est pour cela qu’il décréta la Mitsva de Matanot Laévionime, afin que tout le peuple puisse fêter dignement cette victoire miraculeuse.

Mitsva protectrice

Le « Bneï Issasskhar » rapporte l’enseignement du ‘Hida, « Kissé David », qui nous dévoile pour quelle raison cet acte de ‘Hessed fut institué. Le verset de Téhilim (112;9) : «פִּזַּר נָתַן לָאֶבְיוֹנִים צִדְקָתוֹ עֹמֶדֶת לָעַד קַרְנוֹ תָּרוּם בְּכָבוֹד/Il donne généreusement aux pauvres, sa bienfaisance dure à jamais, son front s’élève avec honneur ». Dans le traité Baba Batra 10b, est rapportée une question que l’on a posée à Chlomo Hamélekh : « Jusqu’où va la force de la Tsédaka ? ». Il répondit : « sortez et voyez ce qu’a expliqué mon père [David Hamélekh] dans le verset de Téhilim : « Il donne généreusement aux pauvres ». Le ‘Hida explique, à partir d’un enseignement des élèves du Ari Zal, qu’une Avéra/faute commise efface une Mitsva.

Cependant, une Avéra n’efface ni la Torah ni le ‘Hessed ni la Tsédaka. Ainsi, les paroles de Chlomo Hamélekh s’éclaircissent : « Regardez la force de la Tsédaka – Il donne généreusement aux pauvres, sa bienfaisance dure à jamais », c’est-à-dire qu’aucune avéra ne l’efface.

Sur ces paroles du Hida, le « Bneï Issasskhar » explique que les membres de la Grande Assemblée se sont étonnés lorsque le décret d’extermination a frappé les Bneï Israël parce qu’ils ont participé au Michté ou se sont prosternés devant des idoles. Comment une telle chose pouvait leur arriver ? N’avaient-ils pas de nombreuses Mitsvot à leur compte pour les protéger ? La Guémara (Kidouchine 39b) enseigne bien : « A quiconque accomplit une Mitsva entièrement, on allonge ses jours et ses années ». Comment un tel décret a pu les atteindre ?! Il nous faut constater que la avéra efface la Mitsva. Pourtant, cela reste difficile à comprendre. N’avaient-ils pas à leur actif la Mitsva de l’étude de la Torah ? Certes, mais cette Mitsva n’était pas suffisante ; il en fallait d’autres pour témoigner en leur faveur, comme il est dit : « עַל פִּי שְׁנֵי עֵדִים אוֹ עַל פִּי שְׁלֹשָׁה עֵדִים יָקוּם דָּבָר/c’est par la déposition de deux témoins ou de trois qu’un fait sera établi » (Devarim 19;15). C’est pourquoi les Sages instituèrent deux autres Mitsvot que la avéra n’effacera pas : les Matanot Laévionime et les Michloa’h Manot. L’ensemble de ces trois Mitsvot annula le décret au temps d’Haman et, dans chaque génération, ce sont des Mitsvot protectrices pour le peuple d’Israël.

 

Comment accomplir la Mitsva ?

Qui en a l’obligation ?

Les hommes et les femmes ont l’obligation d’accomplir cette Mitsva, mais aussi les enfants bar Mitsva ou bat Mitsva, même s’ils dépendent financièrement de leurs parents. Par contre, les jeunes enfants à partir de 6 ans n’y seront pas tenus. Cependant, il sera bon que leur parents leur donnent un peu d’argent afin qu’eux aussi accomplissent la Mitsva en distribuant cet argent aux pauvres, car les enfants, rappelons-le, furent eux aussi sauvés par le miracle.

Un pauvre qui vit de la Tsédaka est tenu d’accomplir la Mitsva de Matanot Laéviyonim. Pour cela, il lui suffira de donner une somme à deux pauvres, qui la lui rendront. De cette façon, chacun d’entre eux sera quitte de son obligation de donner un don à deux pauvres.

Combien et comment ?

La Mitsva consiste à donner un don à deux pauvres le jour de Pourim. Ce don peut être soit de l’argent soit de la nourriture, mais pas des vêtements ou des objets.

D’après certains, on s’acquittera de la Mitsva en donnant à chaque pauvre la valeur d’une prouta, c’est à dire la plus petite pièce de monnaie. Cependant, d’autres commentateurs pensent qu’il faut donner la valeur d’un repas minimum, c’est à dire le prix d’un sandwich accompagné d’une boisson (environ 10-15 shekels), et c’est cet avis qui a été retenu.

Malgré tout, certains décisionnaires considèrent qu’il faudra donner la valeur d’un vrai repas consistant (environ 50 shekels). Cependant, une personne qui craint D.ieu veillera à donner davantage et à se montrer généreux comme la main d’Hachem. Quiconque agit ainsi est certainement digne d’éloges et mérite une bénédiction particulière. Il réjouira d’une part les pauvres, et d’autre part il procurera une grande joie à Hakadoch Baroukh Hou. En effet, le Rambam (Hilkhot Méguila 2;17) écrit qu’il vaut mieux donner davantage de dons aux pauvres que de dépenser de l’argent pour le repas de Pourim ou pour les Michloa’h Manot, car il n’est pas de plus grande joie que celle de réjouir les pauvres, les orphelins, les veuves et les convertis. Celui qui réjouit ces malheureux ressemble à la Présence Divine, comme il est dit dans Yéchaya (57;15) : « [D.ieu œuvre] pour raviver l’esprit des humbles et faire revivre le cœurs des opprimés ».

Cet enseignement a de quoi nous faire réfléchir sur la véritable joie de Pourim. Il invite tout à chacun à faire ses comptes pour les dépenses de la fête. Il est bon de souligner que le « Michné Torah » du Rambam n’est pas un livre de moussar, mais un véritable ouvrage de Halakha, de lois à appliquer dans la pratique.

Cette somme devra être versée au pauvre le jour même de Pourim, ni avant ni après. A priori, il sera bon de donner de l’argent en espèces pour qu’il puisse en profiter le jour même. Si c’est un chèque, celui-ci devra être encaissable le jour même.

La Mitsva est de donner au minimum à deux pauvres, mais il est évident que l’on peut, et que l’on doit, multiplier les dons ce jour-là. Il est écrit dans le « Yéssod vé Chorech Haavoda » qu’au moment de l’acte de Tsédaka, on réalise de grandes réparations (tikounim) dans les cieux. C’est pour cela que chacun devra multiplier les dons de Tsédaka, même plus que ses moyens. Et à quiconque tend la main, on donne, même si l’on sait qu’il n’en a pas besoin, car l’acte de céder ce jour-là a une grande influence dans les cieux. L’auteur du « Maté Moché » explique qu’une des raisons pour laquelle nos Sages ont institué de s’enivrer à Pourim est dans le but de réjouir les pauvres. En effet, en état d’ivresse, l’homme est plus généreux dans ses dons aux pauvres.

Rappelons les paroles de la Guémara (Baba Batra 11a) qui enseigne que sauver un homme équivaut à sauver l’humanité entière. En tant que Juifs, nous avons une responsabilité à la fois individuelle et collective. Nous devons nous sentir concernés par le sort de l’autre. Chaque fois que notre prochain est dans le besoin et sent la nécessité d’être aidé, physiquement ou moralement, c’est une Mitsva de lui venir en aide.

En ce qui concerne de nombreuses actions de ‘Hessed, il ne faut pas attendre que le nécessiteux se trouve dans l’obligation de demander. C’est une position gênante et désagréable et souvent, il préférera souffrir ou subir plutôt que de faire appel à l’aide d’autrui.

La différence avec les Michloa’h Manot

Pour la Mitsva de Michloa’h Manot, il faut envoyer deux présents à une personne, mais pour Matanot Laévionime, il suffit d’envoyer un seul don, mais à deux pauvres. Pourquoi faut-il deux présents pour l’un alors que pour l’autre, un seul suffit ?

Le Elya Raba répond que la différence tient au fait que tout le monde reçoit Michloa’h Manot, pauvres et riches, tandis que seuls les pauvres sont concernés par les Matanot Laévionime, or ils se contentent d’un seul présent.

A quel moment ?

On distribue les Matanot Laévionime le jour et pas la nuit. Il sera bon d’accomplir la Mitsva après la prière du matin. Aussi, certains préconisent de l’accomplir tout de suite après la lecture de la Méguila, comme il est dit dans la Guémara (Méguila 4b) : « Les pauvres attendent avec inquiétude la lecture de la Méguila ». Ils attendent en effet la fin de lecture dans l’espoir de recevoir les cadeaux qui leur sont distribués au moment de la lecture, comme on le verra plus bas, par un intermédiaire ou le biais d’une association.

À qui faut-il donner ?

Le Choul’hane Arou’h (694;3) écrit explicitement que l’on ne doit pas vérifier l’honnêteté du solliciteur ; à quiconque tend la main, on donne. Dans l’ouvrage « Péri Tsadik » il est enseigné que notre comportement envers nos prochains ici-bas influe sur la conduite du Ciel envers nous. De ce fait, le jour de Pourim, de la même façon que nous ne vérifierons pas la légitimité de la requête de quiconque tend la main, aussi au Ciel, lorsque nous verserons nos prières, Hachem ne vérifiera pas si nous méritons de les voir exaucées. Le « Imreï Noam » nous révèle que c’est en cela que Pourim est un grand jour, un moment propice à la satisfaction de toutes nos prières.

Le Rabbi de Rouzine fait remarquer que Pourim est plus grand que le jour de Kippour [Yom Hakippourim revient à dire yom ké Pourim/jour qui est comme Pourim].

Pour quelle raison ? Le jour de Kippour fait expiation seulement à celui qui fait Téchouva , par contre à Pourim tout le monde est pardonné, même celui qui n’aurait pas fait Téchouva !

En effet, comme il est écrit dans la Méguila (9;27), les Bneï Israël « reconnurent et acceptèrent/ Kiymou vé kiblou » – « Kiymou/ils reconnurent » en Haut dans les Cieux ce qu’ils « kiblou/acceptèrent » ici-bas. Et qu’ont-ils accepté ici-bas ?​ Ils ont accepté de donner des matanot/dons à quiconque le demanderait, sans faire de différence. De même, « kiymou/ils reconnurent » en Haut de pardonner à tout à chacun sans faire de différence.

Il est rapporté dans l’ouvrage « Ohel Moché » que Rabbi ‘Haim de Vologin avait coutume de marcher dans les rues, les poches pleines de pièces, et tous les pauvres s’attroupaient autour de lui et lui tendaient la main. Son but était de pouvoir accomplir les paroles du Choul’hane Arou’h « quiconque tend la main, on lui donne. »

On pourra s’acquitter de la Mitsva en donnant à un homme pauvre et à sa femme, ou à un homme pauvre et à son enfant ;ceci est considéré comme deux cadeaux à deux pauvres. Cependant, il faudra que l’enfant en question soit suffisamment grand pour être conscient qu’il s’agit d’un don de Matanot Laévionime.

Si l’on décide de faire un don à une association, il faudra veiller à donner son argent uniquement à des associations de Tsédaka pour les nécessiteux, et pas à des associations fondées pour construire une synagogue, un mikvé ou toute autre cause. Rappelons que ce don est essentiellement destiné à l’achat des aliments nécessaires pour le repas de Pourim.

Intermédiaire ou association

Il est tout à fait permis de transmettre l’argent aux pauvres par l’intermédiaire d’une tierce personne ou d’une association. Il faut savoir que  le degré le plus élevé dans l’accomplissement de cette mitsva de Tsédaka est le don en secret, lorsque le donateur ne connaît pas le nécessiteux et que le nécessiteux ne connait pas son bienfaiteur, pour éviter toute honte occasionnée au destinataire.

Nos Sages nous enseignent dans la Guémara (Sota 10b) : « Il vaut mieux se jeter dans une fournaise ardente plutôt que de faire pâlir (de honte) son prochain en public. »

Dans le traité de Ketouvot 67b est relatée l’histoire suivante :

Mar Oukva, l’un des grands Sages de Babylonie, avait un voisin pauvre auquel il donnait chaque jour quatre zouz. Ne voulant surtout pas le gêner ou lui faire honte, il agissait anonymement, de sorte que le pauvre ne savait pas qui était son bienfaiteur.

Le Tsadik préparait tous les jours les quatre zouz dans un sachet, s’approchait silencieusement de la maison du pauvre afin que personne ne l’entende, et jetait le sachet par l’entrebâillement de la porte, puis il se sauvait au plus vite.

Lorsque le pauvre trouvait l’argent, Mar Oukva était déjà loin ! Le pauvre ouvrait la porte, regardait autour de lui et ne voyait personne. Il n’avait donc pas honte de recevoir ce don de tsédaka.

Un jour, Mar Oukva s’attarda au Beth Hamidrach, absorbé par un passage très profond. Inquiète, sa femme partit à sa rencontre afin de savoir la raison de son retard. En voyant sa femme arriver, Mar Oukva se rendit soudain compte qu’il devait être très tard. Il se souvint aussitôt du pauvre qui n’avait pas encore reçu sa tsédaka quotidienne et s’inquiéta pour lui. Il se rendit donc à son domicile, accompagné de sa femme, mais le pauvre avait décidé ce jour-là de guetter son bienfaiteur mystérieux pour lui exprimer sa reconnaissance.

Il vit Mar Oukva et sa femme se diriger vers son humble demeure : « Voilà sans doute mes bienfaiteurs ! » se dit-il, et il courut à leur rencontre afin de les remercier.

Quand Mar Oukva et sa femme s’approchèrent pour jeter le sachet journalier et virent la porte s’ouvrir, ils firent aussitôt demi-tour afin de ne pas être découverts et coururent aussi vite qu’ils le purent. Se trouvant au coin de la rue devant une boulangerie, ils aperçurent le four qui venait juste d’être éteint. Bien qu’il fût brûlant, ils n’hésitèrent pas à s’y cacher afin d’éviter toute honte au pauvre.

Le four ne brûla les pieds que de Mar Oukva, un vrai miracle ! Quant à sa femme, elle ne souffrit d’aucune brûlure, et elle proposa même à son mari de poser ses pieds sur les siens pour les protéger de la chaleur ! Hachem lui avait accordé cette protection surnaturelle parce qu’elle se donnait plus de peine encore à faire du ‘Hessed que son mari. En effet, Mar Oukva ne donnait que de l’argent aux nécessiteux, tandis qu’elle leur épargnait l’effort d’aller acheter à manger puisqu’elle recevait les pauvres chez elle et leur préparait leurs repas.

Ces deux grands Tsadikim, Mar Oukva et sa femme, avaient préféré se précipiter dans un four brûlant plutôt que de mettre un pauvre dans l’embarras.

C’est l’une des raisons pour lesquelles nos Sages ont institué la Mitsva de Michloa’h Manot. Certains pauvres réservés auraient honte de demander l’aumône afin d’accomplir la Mitsva du Michté (repas de fête) de Pourim comme il se doit, avec nourriture et vin en abondance. Ainsi, lorsqu’on leur fera parvenir de l’argent par le biais des Michloa’h Manot, ils ne ressentiront aucune honte et pourront organiser le repas de Pourim convenablement, avec un sentiment agréable et dans la dignité. Cela nous montre qu’il y aussi une Mitsva de déguiser nos actes, et pas seulement notre personne, à Pourim, ainsi que toute l’année.

Comment fonctionnent les dons par les associations ?

Lorsque vous faites un don de « Matanot Laévionime » à une association avant Pourim ou le jour même, comment vous acquittez-vous de la Mitsva ?

L’association fait une estimation des dons qu’elle recevra entre les jours précédant Pourim et le jour de Pourim même. Elle partage cette somme entre les nécessiteux répertoriés dans ses listes, puis prépare des enveloppes qui seront distribuées le jour même de Pourim. Ainsi, l’association devient l’intermédiaire entre vous et le nécessiteux. Il vaut parfois même mieux agir ainsi, car les bonnes associations connaissent les vrais nécessiteux et leurs besoins, et distribue l’argent tôt le matin, ce qui leur laisse le temps de préparer la fête dignement. Nous gagnons ainsi que notre argent est distribué à temps, à la bonne adresse, en toute discrétion et nous accomplissons ainsi la Mitsva comme il faut.

Accomplir avec l’intention

Au moment d’exécuter la Mitsva, il faudra avoir l’intention d’accomplir la Mitsva de Matanot Laévionime avec une immense joie. Pour cela, il est bon de lire auparavant le « Léchem yi’houd » composé pour l’occasion et figurant dans les siddourim.

לְשֵׁם יִחוּד קוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא וּשְׁכִינְתֵּיהּ, בִּדְחִילוּ וּרְחִימוּ, וּרְחִימוּ וּדְחִילוּ, לְיַחֲדָא שֵׁם י »ה בְּו »ה בְּיִחוּדָא שְׁלִים (יהוה) בְּשֵׁם כָּל יִשְׂרָאֵל, הִנֵּה אֲנַחְנוּ בָּאִים לְקַיֵּם מִצְוַת עֲשֵׂה מִדִּבְרֵי קַבָּלָה, לִתֵּן מַתָּנוֹת לִשְׁנֵי אֶבְיוֹנִים בְּיוֹם אַרְבָּעָה עָשָׂר (חֲמִשָׁה עָשָׂר) לְחֹדֶשׁ אֲדָר, וְעַל יְדֵי מִצְוָה זוֹ יִתֵּן הַיְסוֹד דְּאַבָּא לְרָחֵל מַתָּנוֹת הֶאָרַת הַמֹּחִין כְּדֵי לְהַגְדִּיל בִּנְיַן פַּרְצוּפָהּ בַּיּוֹם הַזֶּה, לַעֲשׂוֹת נַחַת רוּחַ לְיוֹצְרֵנוּ וְלַעֲשׂוֹת רְצוֹן בּוֹרְאֵנוּ, וּלְתַקֵּן שֹׁרֶשׁ מִצְוָה זוֹ בְּמָקוֹם עֶלְיוֹן, וְיַעֲלֶה לְפָנֶיךָ כְּאִלּוּ כִּוַּנְנוּ בְּכָל הַכַּוָּנוֹת הָרְאוּיוֹת לְכַוֵּן בְּמִצְוָה זוֹ. יִהְיוּ לְרָצוֹן אִמְרֵי פִי וְהֶגְיוֹן לִבִּי לְפָנָיךָ, יְהֹוָה צוּרִי וְגֹאֲלִי. וִיהִי נֹעַם אֲדֹנָי אֱלֹהֵינוּ עָלֵינוּ, וּמַעֲשֵׂה יָדֵינוּ כּוֹנְנָה עָלֵינוּ, וּמַעֲשֵׂה יָדֵינוּ כּוֹנְנֵהוּ:

Au nom de D.ieu

Pour celui qui voudrait ajouter une touche de splendeur dans l’accomplissement de la Mitsva, le Ari Zal enseigne dans Chaar Hakavanot que lorsque l’on donne la Tsédaka, on unifie le nom de D.ieu.

Voici comment procéder : tout d’abord on donnera la Tsédaka debout et on transmettra l’argent de notre main droite à la main droite du receveur [pauvre ou intermédiaire]. Il faut penser que l’argent représente la lettre « י » du nom d’Hachem « יה־וה », notre main représente la « ה », notre bras tendu vers la main du receveur représente la lettre « ו », et enfin la main du receveur représente la dernière lettre « ה ». Ainsi, nous avons formé et unifié le nom d’Hachem « יה־וה ».

Mais pour cela, il faudra faire en sorte de tendre notre main avant que celle du pauvre [ou de l’intermédiaire] ne la tende, car sinon, on ne pourra plus former le nom d’Hachem étant donné que le bras du pauvre deviendrait le « ו » et tout serait faussé. Malgré tout, même si le pauvre a tendu la main le premier, il faudra tout de même lui donner et ne surtout pas renoncer à la Mitsva pour cela.

En conclusion, la lecture de la Méguila vient raconter et nous rappeler l’histoire du michté, les festins organisés à l’époque, et les michloah Manot unissent le peuple.

Même si toute l’année, donner aux pauvres est une mitsva importante, pourquoi est-ce une obligation à Pourim ?

A travers ce chapitre, nous avons compris que cette mitsva est une expiation.

Un décret de destruction a frappé le peuple juif. Par un retournement de situation, Haman est pendu et les Juifs l’emportent sur leurs ennemis. Qu’est-ce qui empêcherait un décret semblable d’être scellé contre notre peuple ? Le pouvoir de la Tsédaka.

Cette mitsva à Pourim vient non seulement réparer les fautes passées mais nous préserve nous, notre génération et les générations futures !

Plus nous faisons preuve de générosité à Pourim, plus la miséricorde d’Hachem sera grande.

« Le symbole du demi-Chékel »

Nous avons l’usage d’offrir avant Pourim l’argent du « Zéh’er Lémah’atsit Ha-Chékel » (l’argent qui « symbolise le demi-Chékel ») que tout le peuple d’Israël donnait à l’époque du Beth Ha-Mikdach.

Nous avons la tradition de récolter cet argent le soir de Pourim à la synagogue avant la lecture de la Méguila, comme nos maîtres l’enseignent (traité de Méguila 13b):
Il était dévoilé devant le Créateur du Monde qu’Hamann allait offrir des Chékalim pour l’extermination d’Israël, et c’est pourquoi Hachem a ordonné la Mitsva de donner le demi-Chékel, afin que les Chékalim d’Israël devancent les Chékalim d’Hamann.
Cependant, chacun est autorisé à s’acquitter de ce devoir quand il le désire avant Pourim.

Ne pas nommer cet argent «Mah’atsit Ha-Chékel» (demi-Chékel)
Les décisionnaires écrivent qu’il faut veiller à ne pas nommer cet argent « MAH’ATIST HA-CHÉKEL » (« DEMI-CHÉKEL ») mais plutôt « ZÉKHERE LÉ MA’HATIST HACHÉKEL » (« symbole du demi-Chékel ») car il faut craindre que l’on ne puisse offrir cet argent ailleurs qu’au Beth Ha-Mikdach comme le « MAH’ATIST HA-CHÉKEL » lui-même qui est interdit a tout profit, on ne pourra donc plus le donner à des nécessiteux.

Cette vigilance est mentionnée dans les propos des Guéonim:
« Le fait que l’on publie dans vos contrés le payement des Chékalim (en nommant l’argent de la Tsédakka « demi-Chékel »), n’est pas une bonne attitude, car il est à craindre que l’on ne puisse plus tirer profit de cet argent. »

Par conséquent, il est juste de dire seulement « Zéh’er Lémah’atsit Ha-Chékel » (l’argent qui « symbolise le demi-Chékel »), et s’écarter ainsi de toute crainte.

Quelle est la somme exacte que l’on doit donner pour le « Zéh’er Lémah’atsit Ha-Chékel »?
Il faut donner une somme qui correspond à la valeur de 10 g d’argent pur (même un peu moins).
Cependant, une personne dont la situation financière est difficile peut se contenter de donner 1 pièce de monnaie en souvenir du demi-Chékel, par exemple, un demi-Chékel en vigueur de notre époque (ou 50 centimes d’Euros en France).

Les femmes doivent également donner en souvenir du demi-Chékel.
Il est bon de donner aussi pour les enfants en bas âge (en dessous de 13 ans pour un garçon et en dessous de 12 ans pour une fille).

Certains donnent également pour les bébés dans le ventre de leurs mères (Torat Ha-Mo’adim).

À qui faut-il donner cet argent?

Il faut donner l’argent en souvenir du demi-Chékel aux nécessiteux. Le Gaon Rabbi H’aïm PALLAG’I z.ts.l écrit dans son livre Roua’h H’aïm (chap.694 note 2) qu’il faut donner cet argent à des Talmidé H’ah’amim (des érudits dans la Torah) qui font preuve d’assiduité dans l’étude de la Torah et dont la situation financière n’est pas bonne. Ce don est une Tséddaka très importante.

Celui qui s’efforce de soutenir financièrement les Talmidé H’ah’amim, afin de relever le prestige de la Torah et de ceux qui l’étudient, méritera de voir le prestige d’Israël.
Comme nos maîtres le disent dans la Guémara Bava Batra (10b):
Grâce à quoi se relèvera le prestige d’Israël? Grâce à Ki-Tissa (la Paracha où est mentionnée cette Mitsva de donner le demi-Chékel).

La somme en Shékel israéliens (nis) correspondante au symbole du demi-Chékel qu’il faut donner cette année (5779) pour ceux qui désirent accomplir la Mitsva dans tout son embellissement équivaut à environ 20 Shékel.

À titre indicatif, une once d’argent pèse 31.1 g. Il faut donc diviser le prix de l’once d’argent par 31.1, puis multiplier le résultat par 10, et on obtiendra la somme exacte qu’il faut donner.
Les décisionnaires débattent afin de définir s’il faut donner cette somme en tenant compte des taxes ou non.

Sur le plan pratique, notre maître le Rav z.ts.l nous a indiqué que l’on peut autoriser à ne pas tenir compte des taxes.

La personne qui s’imposera de donner davantage de Tsédaka et qui fera preuve de beaucoup de bonté sera digne de la bénédiction. Par conséquent, la somme qu’il faut donner cette année en Israël est d’environ 20 Shekels par personne.
Celui qui s’imposera d’ajouter sur cette somme sera digne de la bénédiction.
En France, cette somme s’élève cette année à environ 5.50 € par personne.

Pour les autres pays, la somme varie selon le cours de l’argent pur. C’est pourquoi il est important de se renseigner auprès d’experts en la matière, afin de déterminer avec précision quelle somme exacte on doit donner.

Pour les enfants en bas âge (en dessous de 13 ans pour un garçon et en dessous de 12 ans pour une fille), il est suffisant de donner la moitié de la pièce de la monnaie courante (En France, 50 centimes d’euros par enfant en bas âge. En Israël, 50 Agourrot par enfant en bas âge.)

L’avis des trois pièces:

Le RAMA écrit (chap.694) qu’il est bon de donner la somme de correspondante au symbole du demi-Chékel en 3 pièces, en rappel aux termes répétés 3 fois dans le verset « offrande pour Hachem » (« Térouma Lachem »). Cet usage est cité également par le Gaon Rabbi H’aïm FALLAG’I, ainsi que par notre saint maitre le Rav z.ts.l dans son livre H’azon Ovadia-Pourim (page 103). Selon cela, en Israël il faudrait donner 2 pièces de 5 Shékel, ainsi qu’une pièce de 10 Shékel. En France, il serait bon de donner la somme de 4.50 € en 2 pièces de 2 € et 1 pièce de 50 centimes.

(Source http://halachayomit.co.il/fr/default.aspx?HalachaID=842 )