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Qui est l’homme qui souhaite la vie ?

Chemini Atseret et Sim’hat Torah

Rav Galinsky interroge: Pourquoi nos sages ont-ils choisi de fixer la fête de Sim’hat Torah le jour de Chemini Atseret ? Afin de terminer ce jour-là la lecture de toute la Torah et de la recommencer, ainsi que de se réjouir avec elle. J’ai une réponse personnelle à cette question dont la source provient d’une michna explicite. La Torah nous enseigne que pour vivre selon son enseignement, il faut manger du pain trempé dans du sel et boire de l’eau avec parcimonie, dormir par terre, et vivre une vie de souffrance, être n’être occupé qu’à étudier la Torah; si l’on vie ainsi, on sera heureux et satisfait, on sera heureux dans ce monde et satisfait dans le monde futur (Avot 6-4).

Le ‘Hovot halevavot (‘hechbon hanefech 3-25) commente que l’un de nos sages a dit que comme l’eau et le feu ne peuvent cohabiter dans un même récipient, l’homme croyant ne peut concilier dans son cœur l’amour pour ce monde et l’amour pour le monde futur. On dit que ce monde terrestre et le monde futur ressemblent à deux femmes rivales; quand l’homme satisfera l’une d’elle, l’autre se mettra en colère.

Il ne faut surtout pas comprendre qu’il faille souffrir pour vivre une vie de Torah. Au contraire, en effet, il est dit que l’homme sera heureux dans ce monde en plus d’être satisfait dans le monde futur. Cela s’apparente à la parabole suivante: un homme se trouve dans son magasin au moment des soldes et vend une grande quantité de marchandises à des prix intéressants. Il sait que cette semaine va lui rapporter des profits lui suffisant pour vivre toute l’année. Il ne lui vient même pas à l’esprit de faire une pause dans la journée, ou de prier les clients de sortir pour qu’il puisse manger et se reposer. En effet, il ne ressent même pas la faim et il est porté par des sentiments de joie et de plaisir, d’exaltation et de bonheur.

Je vais vous relater ce que j’ai entendu de la bouche de Rabbi Israël Yaakov Loubtchansky ztsl, le gendre du Saba de Novardok ztsl, et le Machguia’h de la yéchiva de Baranovith. A l’époque, il se rendit à Baychichok où se trouvait un groupe de Juifs qui étudiaient la Torah dans des conditions difficiles. A la même époque, le ‘Hafetz ‘Hayim ztsl y séjournait également et étudiait la Torah, coupé de toutes contingences matérielles, pendant de long mois. Auparavant, il avait fait paraître son œuvre qui le rendit si célèbre. Il étudiait avec assiduité et prenait ses repas chez des familles de la ville.

Un jour, un des habitants se moqua de lui: vous avez publiez une œuvre très connu, ce n’est pas digne de vous de prendre vos repas dans des familles (on appelait cela manger des “jours” yamim). Est-ce cela la récompense de l’étude de la Torah, ne pouvez-vous pas travailler afin de subvenir à vos besoins ?

Le ‘Hafets ‘Hayim ne s’étonna pas outre mesure de cette moquerie et répondit paisiblement à son interlocuteur: ne connaissez-vous pas le verset explicite (Psaumes 34-13): “Qui est l’homme qui “désire la vie” (Ha’hafetz ‘hayim), qui aime “les jours” (ohev yamim)” ! Et pourquoi ? Afin de voir “mieux” Tov. Il n’y a pas mieux que la Torah, comme il est dit (Michle 4-2) “Car je vous ai donné un bon enseignement, c’est ma Torah, ne la quittez pas” (Avot 6-3).

Voici donc ma réponse entière: c’est seulement après que nous soyons passés d’une résidence permanente à une résidence temporaire, et que nous ayons compris qu’il ne faut pas mettre l’accent sur l’amour pour ce monde terrestre, que nous serons capables de célébrer Sim’hat Torah dans toute son intensité.

Rabbi Elazar nous enseigne (Soucca 54B) que ces soixante-dix taureaux (que nous sacrifions à la fête de Souccot) se rapportent aux soixante-dix nations (afin de les absoudre de leurs péchés et de permettre à la pluie de tomber, car à Souccot, Rachi explique que le jugement porte sur l’eau). A Chemini Atseret, on sacrifie un taureau qui se rapporte à l’unique nation concernée.

La métaphore est la suivante: un roi de chair et de sang ordonne à ses serviteurs de lui préparer un grand festin. Le dernier jour, il dit à son serviteur préféré: prépare-moi un petit repas afin que je me réjouisse en ta compagnie (je n’ai aucune satisfaction avec les autres, seulement avec toi, explique Rachi). Rabbi Yo’hanan commente: les Nations ne savant pas ce qu’elles ont perdu depuis que le Temple a été détruit car l’autel des sacrifices permettait d’absoudre leurs fautes, mais à présent, rien ne peut les aider.

A l’époque, en Russie, les pouvoirs ordonnèrent d’introduire les matières profanes dans les yéchivot. Ils veillaient à ce que les étudiants des yéchivot bénéficient d’une instruction complète afin de les sauver de l’ignorance leur permettre de découvrir le grand monde ! Tous les efforts ne portèrent pas de fruits. Le ministre de l’éducation ne comprit pas ce qu’on lui voulait et pourquoi il se heurtait à un refus si intransigeant. Il n’interdit pas d’étudier la Torah ni la pédagogie des yéchivot. Etudier comme bon vous le semble, nous n’intervenons pas dans vos institutions. Nous voulons seulement y faire entrer une idole, quel est le problème ?

Les sages de la génération se réunirent. Ils discutèrent des moyens à employer afin de faire comprendre à ce non-juif l’idée selon laquelle l’huile pure ne peut se mélanger à autre chose. Comment lui faire comprendre concrètement ce qu’est la Torah pour nous ?

L’un des sages se leva, proposa de traduire la bénédiction “Ahava raba” en russe et de la faire lire au ministre en question afin qu’il comprenne notre relation à la Torah: Tu nous aimes d’un grand amour, Eternel notre D., Tu es miséricordieux envers nous. Notre Père et Roi, par le mérite de nos ancêtres qui ont mis en Toi leur confiance et Tu leur as enseigné les lois de la vie, aie pitié de nous et enseigne-nous. Notre Père miséricordieux, sois compatissant envers nous. Accorde nous l’intelligence afin de comprendre, de s’instruire, d’écouter, d’apprendre et d’enseigner, d’observer et d’accomplir toutes les paroles de la Torah avec amour. Eclaire nos yeux de ta Torah et que notre cœur s’attache à tes commandements dans l’amour et la crainte de Ton saint nom.

Le ministre lira et sera impressionné. Il comprendra nos sentiments et notre émoi. La proposition fit sensation et fut accepté avec enthousiasme.

Rabbi Itsalé de Poniovitch se leva et intervint: si nous traduisions pour nous-mêmes la bénédiction en question, nous ne serions pas obligé de la traduire pour le ministre !

Comme cette affirmation est pertinente…

“L’étranger qui résidera chez toi s’élèvera de plus en plus au-dessus de toi, et toi tu descendras de plus en plus” (Devarim 28-43); cette terrible réprimande concerne le fait qu’il est décrété que les nations nous imposent leur joug. Quand on réduit le nombre de taureaux, cela signifie que l’on réduit et qu’on annule l’influence des nations sur nous, on sacrifie 98 brebis afin d’annuler les 98 malédictions et réprimandes (Rachi Bamidbar 29-18).

Ainsi, nous méritons la joie de la Torah, avec tout l’enthousiasme et la ferveur de la bénédiction “Ahava raba“.

(Véhigadeta)