Parachat Ki Tavo – Alors que tu avais toutes les possibilités

Dans la 6° montée est égrenée une suite de malédictions et de mauvais décrets. Le Ohr Ha’Haïm explique que le début de toutes ces grandes catastrophes est provoqué par le fait que le Clall Israel se détourne de l’ETUDE DE LA THORA! Comme il est dit: ‘Celui qui se détourne de la Thora se détourne du Créateur Lui-même!! ‘D’entre toutes les énumérations de ces malédictions un verset fait comme une coupure: « A cause du fait que tu n’as pas servi Hachem avec JOIE et BON COEUR alors que tu avais toutes les possibilités (matérielles)/Mérov Kol alors tu serviras tes ennemis dans la famine et la misère, et tu porteras sur ton cou un joug de fer etc.etc. » Dévarim 28.47.La Thora vient nous dire qu’une bonne partie des malédictions qui suivront dépendent du manque de joie dans le Service Divin! Le Zihron Yossef rapporte 2 explications.

1° D’après le Ari Zal (rapporté dans le ‘Hayé Adam 67.13) disant que de ce verset on apprend qu’un juif doit être HEUREUX dans l’application des MITSVOTS plus encore que la joie que peuvent lui procurer tous les grands plaisirs de ce monde! Plus encore que les diamants et pierres précieuses!! C’est la signification de « Rov Kol »: de tous les plaisirs. Le niveau est franchement très élevé! Et que dirons nous, nous, le commun des mortels, qui ne sommes pas encore(!) arrivés à ce niveau? Et aussi, comment comprendre la suite du verset qui fait dépendre de ce manque de joie toute une succession de malédictions terribles?!

 2° explication beaucoup plus proche de notre niveau c’est celle de Rachi et du Or HaH’aim. On parle dans le verset d’un homme qui a le « Rov Kol », c’est à dire qui a tous les moyens matériels pour servir son Créateur. Il a la belle maison, le bon salaire tous les mois, la/les voiture(s). Pourtant, il ne fait RIEN: pas de Chabbath, ni de Téphilots etc. un vrai ‘Misquen’! C’est de ce genre de personne que la Thora parle. D’après cela, la lecture de la Paracha nous sera beaucoup plus clémente : « alors que tu avais tout (Rov Kol), tu n’as pas servi ton D.ieu etc. »!!

On finira par l’explication du Maguid Michné qui nous donne une des clefs pour accéder à cette joie…: ‘ Un homme doit trouver la joie dans le service d’Hachem parce que c’est son libre choix de faire le Bon et le Vrai. Le fait qu’un homme sait que ce qu’il fait c’est le Vrai Bien ultime sur terre c’est la clef de la JOIE. Car on sait bien que toutes les choses sur terre ne sont que futilités et n’ont pas d’importance! Le fait de s’occuper des choses véritables qui sont la Thora et les Mitsvots, cela amène la joie véritable. Car en cela l’homme comprend et accomplit le but de sa venue sur terre!!’.

Une fois un homme d’âge mûr, visiblement complètement étranger à l’endroit, est arrivé dans une des synagogues de Toronto au Canada. Le Rav de la Beth Haknesseth: le Rav Yacov Kaméniétsky Zatsal s’approche de lui, et lui demande cordialement s’il cherche un Sidour ou une Téphila etc. L’homme lui répondit que non. Le Rav ayant des doutes sur la judaïcité de notre invité de passage  lui demanda directement s’il était Juif. La réponse était affirmative et pour lui en donner la preuve il lui récita par cœur le verset de notre Paracha: « Ta’hat Acher Lo Avadta Et Hachem/du fait que tu n’as pas servi ton D.ieu alors que tu avais les possibilités etc.. » (Devarim28.47)  Il continuera encore quelques versets mentionnant  les malédictions qui suivent.

La surprise fut très grande pour le Rav, et il lui demanda de quelle manière il connaissait ces versets tout à fait inhabituels pour le commun des mortels alors qu’il ne connait même pas le ‘b-a ba’ du judaïsme? Il lui répondit que durant la guerre il se trouvait à Auschwitz. Là-bas il faisait partie d’un groupe de travail qui devait amener d’un bout à l’autre du camp des sacs très lourds de ciment. Et tout ça, au pas de course! Parmi ce groupe ‘d’esclaves’ se trouvait un Juif qui à chaque moment de cette course sans fin récitait à haute voix: « Ta’hat Acher Lo Avadta Et Hachem… » (Précisément les versets de notre Paracha qui traitent des malédictions…) Le Rav lui demanda de qui il s’agissait.  Il lui répondit qu’il s’agissait de l’Admour de Klauzenbourg qui faisait partie de leur section et répétait tout le temps ces versets! C’est tout ce que je connais de notre Thora. Fin de l’anecdote.

Et c’est certainement grâce à ces versets de la Thora que le Rav de Klauzenbourg a trouvé dans ces terribles moments la force de surmonter ces épreuves. Car certainement qu’il avait DEJA compris que s’il y a colère divine c’est qu’il y a faute du Clall Israel  ! Et qu’à Auschwitz ce n’était pas le silence d’Hachem -comme certains l’on dit – mais au contraire une grande colère du Créateur contre son Peuple aimé qui s’est détourné de Lui !!

Rav David Gold 00 972.390.943.12

Parachat Ki Tavo – L’influence visuelle

« Maudit soit quiconque n’accomplira pas (YAKIM) les paroles de cette Torah-ci pour les faire… » Devarim 27;26

Les commentateurs expliquent de différentes manières le terme Yakim/accomplir, et la signification de ce verset, qui clôt les malédictions.

Une des nombreuses réponses données par nos Sages, est de traduire « Yakim » par lever.

Le Yerouchalmi (Sota 7;4 -Korban Ha Eda), explique qu’il ne s’agit pas d’une Mitsva d’ordre général, mais elle fait référence à celui qui ne lève pas « YAKIM » le Sefer Torah comme il faut. Mistva plus connue sous le nom de la Hagbaa (action de lever et de présenter la Torah à l’assemblée).

Les paroles du Yerouchalmi ont de quoi nous surprendre, surtout que d’après nos connaissances, la Hagbaa n’est pas une Mitsva de la Torah. Qui y a-t-il de si grave de « mal » faire la Hagbaa ?!

Plus encore, la Guémara (Meguila 32a) nous enseigne que celui qui fait la Hagbaa reçoit une récompense qui vaut à elle seule, celle de tous ceux qui sont montés à la Torah!

A cela le Rav Nevenstal pose deux questions :

1-En quoi et pourquoi cette Mitsva est-elle aussi importante ?

2-Si selon le Yerouchalmi, ce verset se rapporte à la Hagbaa et non pas à l’accomplissement des Mitsvot, alors comment comprendre la fin du verset « …pour les faire ». C’est à dire comment relier l’action de la Hagbaa et celui d’accomplir les Mitsvot ?

Dans un premier temps, regardons, comment cette Mitsva est présentée dans la Halakha :

Le Choul’hane Aroukh (134§2) écrit que celui qui fait la Hagbaa doit exposer les lettres du Séfer Torah à l’assemblée…car c’est une grande Mitsva pour les hommes comme pour les femmes de regarder les lettres du Séfer Torah à ce moment-là.

Le Michna Broura (ibid.) rapporte qu’en effet d’après les Mékoubalim (Ari Zal) lorsqu’une personne regarde les lettres à ce moment-là, un grand flux de lumière se déverse sur cette personne. Il semble d’après cela, qu’un des buts de la Hagbaa est de propager de la Kédoucha à l’assemblée qui la captera à la vue des lettres du Sefer Torah.

Par nature, et notre génération le sait mieux que n’importe qui, l’homme est plus influencé par ce qu’il voit, que par tout autre moyen de communication. Il y a certes le poids des mots, mais il y a le choc des photos. Une image vaut mille mots, et cela tous les plus grands publicitaires le savent et l’utilisent sans limite pour influencer la société.

L’acte de la Hagbaa lorsqu’il est bien fait, va révéler aux fidèles une notion de respect, de gloire, de splendeur envers la Torah. Elle est portée, levée, présentée… comme Hamavdil et uniquement pour comprendre : lorsqu’un joueur de foot soulève le trophée, les supporters captent toute la splendeur de la victoire, de l’équipe, du joueur…

Mais si cette Hagbaa, est mal faite, ou faite d’une façon rapide et bafouée, la Torah risque d’être dépréciée aux yeux de ceux qui auront vu cette scène, que D.ieu préserve.

Le Rav explique que même si nous connaissons l’importance de la Torah et que nous la respectons, que nous écoutons les paroles de nos sages, que nous voulons enraciner dans nos cœurs et nos esprits. La vision d’une telle scène aura plus d’influence sur nos actes que sur nos connaissances.

Le phénomène de l’influence déterminante de la vision sur notre comportement est vaste et profond. Il concerne chacun d’entre nous. Afin de nous convaincre que nul n’est écarté de ce phénomène, nous allons rapporter quelques exemples.

Dans la Paracha Ki tissa, l’épisode de la faute du veau d’or met en relief ce phénomène. Il est écrit : «  ce fut quand il approcha du camp et vit le veau, que la colère de Moché s’enflamma, il jeta les tables de ses mains et les brisa au pied de la montagne. » (Chémot 32 ;19).  Bien qu’Hachem informa Moché que le peuple est en train de fauter par le biais du veau d’or, Moché ne brisera les tables qu’après avoir vu le peuple danser autour de l’idole.

Sur cet épisode de nombreux commentateurs posent la question suivante :

Moché avait pourtant déjà entendu de la bouche d’Hachem, que les Bneï Israël fautaient !?

Quelle nouveauté ou surprise y avait-il pour lui, en les voyants ?

L’Alchikh rajoute : pourquoi Moché n’a-t-il brisé lorsqu’il apprit ça de la bouche d’Hachem ?!

Certes il le savait, mais maintenant il le voyait. Et l’ouïe ne laisse pas une impression aussi forte que la vue ! Nous dit la Mekhilta (Parachat Yitro).

Même pour  un homme tel que Moché Rabénou, le plus grand de tous les prophètes, on remarque qu’il y a tout de même une différence entre l’annonce d’un événement et sa vision. Car ce n’est qu’après avoir vu les bneï Israël fauter qu’il les brisa.

C’est ce que vient nous enseigner la Mitsva de la Hagbaa, connaissant la nature de l’homme, la Torah comprend que l’homme ne respectera la Torah que si Elle est levée à une hauteur respectable et de façon honorable. Si la Torah s’est montrée très sévère sur cet acte « Maudit soit quiconque n’accomplira pas … », c’est parce que cet acte d’apparence extérieur à le pouvoir de renforcer ou affaiblir l’homme dans son Avodat Hachem/service Divin.

On peut ainsi déjà répondre à la question posée plus haut, comment comprendre la fin du verset « …pour les faire ». C’est parce que le Yakim, la Hagbaa, la vision de cette « présentation » de la Torah aura une influence directe sur notre conduite.  Cette influence visuelle nous mènera à l’accomplissement, pour les faire.

Revenons à cette interrogation : Pourquoi Moché n’a-t-il brisé les Louhot lorsqu’il apprit la faute des bneï Israël de la bouche d’Hachem ?!

Le Rav Moché Feinstein Zatsal, y répond lors d’une question de halakha: « est-il possible de s’aquitter de la mitsva de bikour ‘holim (visite aux malades) par téléphone ? ». Il rapporta aussi cet épisode afin de prouver l’impact de la vue.et rajoute aussi, que Moché n’a pas brisé les Lou’hot au moment où Hachem lui appris la terrible nouvelle, car Moché compris qu’il y aurait beaucoup plus d’impact à la vision de cet acte, que s’il l’avait fait seul en haut du Har Sinaï. Encore une fois la Torah souligne l’impact de l’influence visuelle.

Mais le Alchikh Akadoch répond autrement à sa question. Il explique qu’en descendant Moché entendit les Bneï Israël chantants, il sentait les Bneï Israël en délire… il pensait que tous ces actes auraient peut-être une réparation, il avait un espoir de téchouva pour les Bneï Israël, qui se seraient éventuellement repentis à la vue des Lou’hot. Mais rien de tout ça, ils continuèrent à chanter et danser autour du veau d’or. C’est à la vue de cela que Moché a abandonné sa première idée, en les voyants heureux dans leur faute, il comprit qu’il n’y avait plus d’espoir.

Comment et pourquoi les Bneï Israël a la vue des Lou’hot ne se sont-ils pas repentis ? Selon tout ce qu’il a été dit plus haut, le phénomène de l’influence de la vision joue un rôle plus qu’important. Comment sont-ils restés insensibles ?!

L’ouvrage Méacher Léavinou, y répond par la parabole suivante:

Un homme avait un fils aveugle qui avait déjà consulté les plus grands médecins dans l’espoir de lui rendre la vue, mais en vain. Un jour, son fils entra dans une boutique et toucha un objet rond. Il demanda à un homme près de lui quel était cet objet. « C’est une ampoule, lui répondit-il. Elle permet d’éclairer dans l’obscurité. » Très heureux, l’enfant appela son père dans la boutique et lui annonça qu’il avait enfin trouvé un remède qui lui permettrait de voir. Un homme venait de lui expliquer qu’une ampoule éclaire dans l’obscurité. Par conséquent, il lui demanda de lui acheter une ampoule ! Triste de décevoir son fils, le père lui expliqua que l’ampoule éclaire seulement les voyants qu’une obscurité occasionnelle empêche de voir. Mais celui dont les yeux ne peuvent pas voir, cette ampoule est inutile.

On comprend mieux pourquoi les Bneï Israël n’ont pas été sensibles à la vue des lou’hot, car au même moment ils étaient dans l’euphorie de leur faute, ils étaient plongés dans la pénombre, ils étaient devenus complètement insensibles.

La vue de l’acte de la Hagbaa vient nous ouvrir notre cœur pour nous sensibiliser et influencer notre comportement vers l’accomplissement des mistvot.

On peut déduire aussi que chacun d’entre nous peut par nos actions et notre conduite influencer son prochain. En accomplissant les mitsvot avec joie et un comportement respectueux, on réalisera un kidouch Hachem qui dégagera un flux d’influence positif et donnera envie aux autres de suivre son exemple pour qu’eux aussi puissent s’é  « lever » et « les faire… »

Chabat Chalom

Rav Mordékhaï Bismuth

Parachat Ki Tétsé – Le retour des égarés

« Tu verras le bovin de ton frère, ou son mouton égaré, et tu ne te détourneras pas d’eux ; rapporter, tu les rapporteras à ton frère. »  Dévarim (22 ; 1)

Le Rambam écrit (Sefer Hamitsvot, Mitsva 269) : « Il nous est interdit de nous détourner d’un objet perdu, au contraire, nous devons le prendre et le ramener à son propriétaire, ainsi qu’il est dit (Dévarim 22 ; 3): « Tu n’as pas le droit de t’abstenir… »

Le Sifri nous enseigne que tout celui qui ne le ramène pas, enfreint à la fois un commandement positif et un négatif. Positif, parce qu’il doit ramener l’objet perdu et qu’il ne le fait pas ; négatif, parce qu’il lui est interdit de se détourner de cet objet, de faire comme s’il ne l’avait pas vu, et qu’il le fait malgré tout.

Nos Sages s’étonnent de la rigueur de la Torah au sujet d’une perte financière que subirait notre prochain dans un tel cas. En effet, s’il a perdu quelque chose, c’est à cause de sa négligence, s’il l’avait mieux gardé, cela ne serait pas arrivé. Or cette négligence va entraîner que celui qui trouvera sa bête sera obligé par la Torah de s’en occuper. C’est-à-dire de prendre sur son temps, de s’occuper de la bête, de la nourrir… jusqu’à retrouver son propriétaire afin de la lui remettre.

Ils élaborent un raisonnement « a fortiori » afin de résoudre cette question. Si la Torah est tellement rigoureuse en ce qui concerne la perte financière de mon prochain due à une négligence, à fortiori l’est-elle en ce qui concerne sa perte spirituelle. Ainsi a fortiori doit-on nous occuper de notre prochain non pratiquant ou non croyant, qui a perdu son lien à la Torah. Quel que soit le milieu d’où il vienne, il se retrouve à présent coupé de La Source, « empêché » de s’intéresser ou de se rapprocher des merveilles de la Torah.

Le Rambam appelle ces Juifs égarés : « Tinok Chénichba », un enfant qui a été capturé, arraché à sa famille, et élevé par ses ravisseurs dans un esprit étranger à celui de la Torah, il faute donc par ignorance. Il existe un autre type de Juifs égarés, celui qui a reçu une éducation Juive convenable, mais qui s’est laissé prendre aux mailles du filet de la tentation du monde extérieur, sa faiblesse l’a donc peu à peu éloigné de la Torah.

Quelle que soit l’histoire de notre prochain, il incombe à chacun de nous de ne pas nous « détourner » de sa perte spirituelle, et de lui « rapporter » ce qu’il a perdu. Il existe malheureusement dans toutes les familles ou entourages proches, une personne qui s’est égarée, la perte peut être plus ou moins grande, mais dans tous les cas, même pour une perte minime, nous avons l’obligation de nous en soucier et de lui rapporter ce qu’il a perdu. La Torah nous dit : bovin ou mouton, (c’est-à-dire grande ou petite perte), tu devras le ramener à son propriétaire.

Il nous semble parfois à tort que le combat est perdu d’avance, que nos paroles seront vaines et ne feront que maintenir voire renforcer les positions de ce pauvre Juif égaré. Alors on n’essaie même pas, et on se contente de nos mérites personnels : notre Chabbat, notre cacherout, nos enfants… On avance tout seul et on laisse l’autre sur le bas côté, détruire sa vie et son Monde Futur.

Essayons de mieux comprendre ce processus grâce au récit suivant :

Comme cela arrive de temps à autre, la ville Plonit, une nuit d’hiver, se trouva totalement privée d’électricité à cause de violents orages. D’habitude après quelques minutes, le courant est rétabli, et les habitants retrouvent la lumière, mais ce soir-là, après une heure, deux heures… toujours rien.

Pourtant les équipes de secours travaillaient dur, et après avoir effectué toutes les vérifications d’usage, elles n’avaient toujours pas compris d’où provenait la panne.

Les ouvriers montèrent alors dans la grande salle de contrôle, où se trouvait le chef de la sécurité du secteur, et à la grande surprise de tous, ils le virent avec un livre à la main, et une lampe posée sur le front, en train de lire tout tranquillement. L’un d’entre eux lui demanda s’il était au courant que toute la ville était sans lumière, et que depuis deux heures tous attendaient qu’il relève les fusibles ! Il leur répondit d’un air nonchalant que ce n’était pas un drame puisque lui avait de la lumière.

Ce n’est pas parce que nous faisons pénétrer la Chékhina dans nos maisons, grâce à nos efforts personnels, et que la Présence Divine, la lumière céleste, inondent nos foyers, qu’il ne faut pas se préoccuper de ceux qui demeurent dans le noir complet : le chaos spirituel. Nous pouvons, comme le montre notre exemple, essayer de relever les fusibles afin de partager notre lumière.

Cependant, de même que pour une vache perdue, nous devons respecter certaines lois afin de la rendre en bon état, de même il faudra ramener la spiritualité perdue sans casse ni fracas.

C’est-à-dire qu’il faudra déployer nombre d’efforts pour faire aboutir notre démarche, mais avec l’art et la manière ! En effet, lorsque l’on se trouve dans une pièce totalement obscure, on ne peut pas tout d’un coup sortir en plein jour par un soleil éblouissant, car alors, notre première réaction serait de fermer les yeux. Redonner une vie spirituelle, raviver cet éclat que tout Juif recèle en lui, doit se faire progressivement.

Si nous le bousculons, si nous voulons le réveiller en ouvrant d’un coup les volets, sa réaction sera de se cacher sous la couverture et nous n’aurons rien gagné.

Pour lui rendre ce qu’il a perdu, nous allons devoir entrer en connexion avec son cœur, qui est la source de tous nos faits et gestes, comme nous l’explique Rabenou Mi Bartenora (Avot 2 ; 9).

Or voici à quels types de réponses nous nous trouvons le plus souvent confrontés dans ce genre de contexte : « Moi je suis un Juif dans le cœur, pas besoin de tout ça.. ».

Ce à quoi nous pouvons lui répondre que la pensée ne suffit pas. Nous avons des enfants et nous les aimons de tout notre cœur, mais si nous ne nous en tenions qu’à cela, nos enfants risqueraient de manquer de tout. Nous les aimons avec le cœur mais nous agissons pour leur bien, c’est-à-dire que nous les nourrissons, les habillons, les consolons et les grondons, chaque fois que c’est nécessaire et par amour.

Et bien pour Hachem, c’est la même chose. Nous L’aimons avec le cœur, nous Lui sommes reconnaissants de tout ce qu’Il nous offre à chaque instant, pourtant cela ne suffit pas : Pour aimer, il faut passer à l’acte, DONNER, sinon l’amour s’étiole… Mais alors c’est quoi être Juif ? Une nationalité ? Une religion parmi d’autres ? Non, c’est avoir reçu l’héritage Divin, le préserver, et le considérer comme le plus précieux des trésors.

On voit par exemple que Hachem a « endurci le cœur de pharaon », ce qui l’empêcha de raisonner.

De là nous comprenons qu’il faut, pour atteindre le cœur de l’autre et le mettre en action, l’attendrir. Un homme sensible, c’est un homme qui pourra agir vers le bien.Il n’y a pas un Juif au monde qui puisse dire qu’il ne croit pas en D.ieu sans qu’il soit en train de se mentir à lui-même.

Qu’Hachem n’ait pas à nous faire subir de dures épreuves, mais que lorsqu’elles surviennent, si elles surviennent, et que la main de l’Homme devient faible et inefficace, notre cœur cherche l’issue. Et la seule porte qui puisse encore s’ouvrir lorsque toutes les autres sont fermées à double tour, est celle qui conduit vers notre Père qui règne dans les Cieux, Qui nous ouvrira tout grands « Ses Bras », après que nous ayons versé des larmes de repentir.

Chabat Chalom

Rav Mordékhaï Bismuth

Parachat Ki Tétsé – 40 minutes de prière

Quand le mois d’Elloul est à nos portes, c’est le moment de faire Téchouva! On vous propose de vous faire partager cette histoire vraie et édifiante d’une Téchouva et on verra la force de la prière!

Il s’agit d’un jeune israélien, Ophir, complètement non religieux, sans l’ombre d’une connaissance du judaïsme… comme malheureusement beaucoup d’autres jeunes que la société israélienne produit… Celui-ci finit son armée, part aux Indes (comme beaucoup) et à un moment donné: il a un réveil pour la Thora! Il choisit de rentrer à la Yéchiva en Erets. Son niveau est complètement nul, mais comme ses aptitudes sont très grandes, en un mois et demi (!)  il finit déjà un traité du Talmud!!

Il demandera à son Maguid Chiour de venir chez lui pour participer  au Sioum de la fin de l’étude du traité. Le Rav n’est pas vraiment enthousiasmé d’aller chez l’élève car il connait déjà bien son père qui est depuis le départ COMPLETEMENT opposé à la direction nouvelle que prend son fils! Il craint ses réactions hostiles. Ophir rassurera son Rav en lui disant qu’il n’a rien à craindre, qu’il est chez lui et que tout se passera bien!

Le soir dit, le Rav arrive à la maison et voit le père assis avec une petite kippa blanche qui recouvre une tête entièrement rasée (c’est très à la mode au pays c’est dernier temps…). Mais à côté de lui siège un homme d’allure respectable avec une belle barbe blanche, un beau chapeau ; en un mot un Juif respectueux de l’être et du paraître! Ophir fait son Sioum (clôture de l’étude) et après fait un Dvar Thora de 40 minutes(!) d’un très bon niveau!! Lui qu’il y a encore un mois et demi ne savait rien ni sur le Chabbath, ni sur la Cacherout! Incroyable! Après les chants qui ont accompagné le Sioum, voilà que le beau Juif qui était assis à côté du père, se lève, encore visiblement tout ému car des larmes coulent sur ses joues…

Il dira:’ Mes parent avaient deux fils: mon frère aîné et moi-même. Mon ainé a été envoyé à la Yéchiva: c’était un vrai génie! Seulement à la Yéchiva Guédola, petit à petit il glissa vers la porte de sortie… Jusqu’à ce qu’un jour, il vienne voir mes parents en disant qu’il a décidé de tout abandonner!! De ne plus continuer sur cette voie! C’est alors qu’il abandonne tout, quitte le toit familial sans donner de nouvelles. Ma mère lira des Téhilims tous les jours pour que mon grand frère revienne à la maison. En vain. A chaque allumage des bougies du Saint Chabat je la revois encore faire 40 minutes de prières afin que notre Yankélé revienne au bercail et fasse Téchouva!

Pendant 18 années (!!) elle priera à l’allumage, et moi et mon père lui disions d’arrêter ses prières. Cependant elle continuera jusqu’à ce qu’elle soit emportée par la maladie! Dans le testament qu’elle laissera, elle demandera à mon père de continuer de prier 40 minutes à l’allumage des bougies comme elle avait l’habitude de le faire! Mon père continua 6 ans et demi jusqu’à ce que lui aussi monte au Ciel… Ni à l’enterrement de ma mère, ni à celui de mon père, notre Yankel n’est venu… Et je me suis toujours questionné sur le sens de toutes ces prières!

Jusqu’à ce qu’hier, je reçoive un coup de fil de mon frère qui me dit que son fils fait un Sioum d’une Massekhet: ça fait plus de trente ans que je n’ai pas eu de nouvelles de mon grand frère!! A mon arrivée, je parle à mon neveu Ophir et lui demande en combien de temps il a appris cette étude, il me répond « en moins de 2 mois!! » Après qu’il ait fait cette magnifique Dracha de 40 minutes… je compris que les prières de mes parents ne sont pas passées aux oubliettes!!

Avec le temps Ophir continua à grandir dans la Torah, puis se mariera avec une fille pleine de crainte du Ciel. Et le jour de la ‘Houpa, le père est venu avec un chapeau et une veste! Et petit à petit il commença à porter la kipa, puis la barbe et aujourd’hui LUI aussi est revenu à la belle maison de la Thora et des Mitsvots… Tout cela, grâce aux téfilots des parents… comme quoi il ne faut jamais désespérer!

Rav David Gold 00 972.390.943.12

Choftim -Quel rapport entre le Backchiche et la Emouna (foi)?

Au début de notre Paracha est enseignée la Mitsva de placer des tribunaux rabbiniques afin de rendre la justice selon la Thora entre les membres de la communauté juive. Parmi les lois liées aux jugements on trouve l’interdit du ‘Cho’had’: le « Backchiche »!

Au début du Kovets Maamarim, le Rav Elhanan Wasserman Zatsal explique un principe sur ce phénomène. Mais avant cela, il pose une question fondamentale: pourquoi existe-t-il des gens incrédules concernant  l’existence d’Hachem et de la Création du Monde?  On constate d’autre part que parmi les Nations du Monde il y a eu de grands savants comme Aristote qui ne sont pas arrivés à la croyance en un D.ieu unique. Alors comment la Thora peut-elle demander à chaque Juif à partir de l’âge de 13 ans (!) de croire en D.ieu en la Thora et les Mitsvots?

Dans son développement, le Rav Wasserman explique que la Emouna(foi) en Hachem est quelque chose de très facile à appréhender et à vivre!  Il n’y a qu’à voir le monde, l’immensité de la mer (par exemple la vue splendide qu’ont les vacanciers des hauteurs de Natanya sur le littoral) ou les Alpes, pour comprendre que TOUT a été créé par la Libre Volonté d’Hachem! Et le but unique de cette création c’est qu’on Le serve au travers de la Thora et des Mitsvots – il n’existe pas d’autre justification!

Le Rav continue et demande : si c’est tellement simple alors pourquoi y a-t-il tant de gens qui ne partagent pas cet axiome évident? Il répond à partir de notre Paracha : c’est que dans toute cette création il existe un énorme Backchiche! En fait,  pour arriver à la résolution exacte d’un problème, il faut enlever les  intérêts que l’homme a de part et d’autre de la balance. Tant que l’homme n’arrive pas à se défaire des intérêts préliminaires, alors automatiquement son esprit ne sera pas libre de trancher le problème en toute sincérité!

La Guémara  Ktouvot(105:) donne l’exemple de Rabi Ychmaël qui devait juger son métayer sur une certaine affaire. Cependant, le jour du jugement, il est venu voir son maître qui était aussi son juge, avec une corbeille de fruits: en fait, le paiement de la semaine de location du champ. Seulement son habitude était de le payer toutes les veilles de Chabbath et là, son métayer a avancé le paiement au jeudi, jour du jugement. Rabi Ychmaël lui dira alors qu’il est impropre à le juger,  car d’avoir avancé le paiement hebdomadaire est assimilé à un Cho’had/pot de vin!

De là le Rav Wasserman dit que si pour un tout petit peu de pot de vin un grand Sage s’est rendu impropre à juger une affaire, alors que dira-t-on pour nos questions fondamentales?

Un homme qui n’a pas été éduqué dans la pratique de la Thora et des Mitsvots aura beaucoup de mal à accepter l’idée que son attitude  est erronée. On est trop bien installé dans la routine avec ses mauvaises habitudes qui font tinter à l’oreille :…’ Maurice, enfin tu ne vas quand même pas aller au cours du Lundi soir, le Rabin va te dire de ne pas aller au Ciné le samedi ou il te dira de changer de portable etc’… Donc de cette Mitsva du Cho’had il sort un principe imparable: c’est que l’homme n’appliquera sa jugeote que lorsqu’il aura préalablement ‘lavé’ sa tête de beaucoup de préjugés et autres intérêts! Et ce principe universel s’exerce dans de nombreux domaines de la vie : il n’y a qu’à ouvrir les yeux pour se rendre compte de l’étendue du travail à accomplir!

Rav David Gold 00 972.390.943.12

Parachat Choftim – L’élément essentiel

 « Des juges et des officiers tu te donneras dans toutes tes portes que Hachem ton Elokim te donne… » Dévarim (16 ; 18)

Le mois de Elloul est la période propice à la Téchouva.

En effet, à quelques semaines de Roch Hachana, chacun d’entre nous se doit de faire un bilan personnel sur ses actes et comportements passés, afin d’aborder la nouvelle année sur des bases meilleures. Évidement, la Téchouva se vit et s’applique au quotidien, et toute l’année ! Mais disons que Eloul est particulièrement propice, parce que nous approchons de notre Jugement.

C’est pour cela qu’il est conseillé de procéder méthodiquement, en passant en revue tous nos actes passés, et surtout, en gardant à l’esprit qu’il n’existe pas de Téchouva Grande Vitesse, car ce serait le meilleur moyen de dérailler.

Notre Paracha, qui se lit en cette période, nous offre une ligne de conduite pour mener à bien notre Téchouva. Elle s’adresse à chacun d’entre nous, du moins Tsadik au plus Tsadik, parce que la Téchouva, c’est le fait de vouloir être meilleur que ce que l’on était hier. Pour cela une introspection est nécessaire afin d’évaluer où nous en sommes. Ce qui nous permettra de gravir les échelons de l’amélioration personnelle et de bonifier notre Avodat Hachem.

Les premiers mots de notre Paracha nous procurent les consignes indispensables à la construction de notre Téchouva. En effet le verset nous dit : « Des juges et des officiers tu te donneras dans toutes tes portes que Hachem ton Elokim te donne… »

Rachi explique que les juges sont ceux qui fixent la loi et les officiers sont ceux qui la font appliquer, en employant divers moyens, voire la force si nécessaire.

Lors de notre introspection, nous devrons donc nous positionner en tant que juges et officiers pour nous-mêmes. Évidement nous ne fixons pas la loi, mais nous devons objectivement nous regarder pour estimer si nous l’appliquons comme il se doit. Discerner les bonnes actions des moins bonnes actions, et pour celui qui n’aurait que des bonnes actions, (si cela existe !), chercher à les accomplir d’une façon encore meilleure.

Pour parvenir à ce niveau de jugement de soi-même, un élément essentiel est à développer : notre « Yirat chamayim », la Crainte du Ciel. Et outre cela, savoir que plus cette crainte sera vraie et sincère, plus elle nous permettra de nous juger avec justesse et sévérité.

Si l’on sait et que l’on se rappelle régulièrement qu’il y a un regard constant sur nous, qui fait le compte de nos bonnes et mauvaises actions et détermine en fonction de cela, notre destinée, nos épreuves, notre parnassa, notre santé, notre temps de vie, notre monde futur, etc. Nous avons plus qu’intérêt à commencer à faire notre propre jugement pour avancer, et faire Téchouva avant de nous présenter à Lui.

C’est comme à l’école, au moment de la dictée, chaque faute d’orthographe fait descendre la note, le plus important est la relecture de notre copie, afin de nous assurer que l’on a appliqué toutes les règles de grammaire, avant de la remettre à l’instituteur.

Dans un second temps, après nous être jugés nous-mêmes, nous devons être des officiers pour appliquer les lois. Que cela signifie-t-il ?

Afin de mieux comprendre, prenons l’exemple suivant :

A la suite d’un nombre important d’accidents de la route, causés par des automobilistes au téléphone, le ministère des transports a décidé de promulguer une loi contre ce fléau, afin de réduire et de faire cesser le nombre d’accidents.

Une fois la loi votée, une campagne de publicité est mise en place au travers des différents médias pour en avertir la population. Quelques semaines passent, après un premier bilan, les chiffres n’ont pas bougé, et les automobilistes continuent à parler tout en conduisant.

Cette fois-ci, le ministre décide donc de sanctionner : celui qui transgressera la loi sera pénalisé d’une amende, se verra retirer des points, etc… Une nouvelle campagne est lancée, annonçant évidemment les sanctions qui seront administrées à celui qui enfreindra la loi.

Un deuxième bilan est alors effectué, et à la grande satisfaction de tous, les chiffres ont baissé, les sanctions annoncées ont eu un fort impact de dissuasion sur la conduite des automobilistes.

Encore une fois c’est donc la Yirat Chamayim qui va nous aider, nous dissuader de fauter. Si nous sommes vraiment conscients du risque que l’on encourt en n’appliquant pas les lois de Hachem, les sanctions que nous pourrons subir, dans ce monde-ci ou dans le Monde Futur, nous ne pourrons qu’être empreints de peur et notre conduite ne pourra que s’améliorer.

La Téchouva passe donc inévitablement par le développement de notre crainte de Hachem, qui nous permettra d’être juges et officiers de nos actes propres.

Revenons à présent à notre verset, qui nous explique comment ne pas faiblir et optimiser la Yirat chamayim que l’on a acquise : « Des juges et des officiers tu te donneras dans toutes tes portes que Hachem ton Elokim te donne… » (Dévarim 16 ; 18)

Quelles sont ces portes ?

Le Chla’ nous explique que ces portes sont au nombre de sept : deux yeux, deux oreilles, deux narines, une bouche.

Ce sont par ces portes que peut venir la faute, et c’est donc à ces endroits stratégiques qu’intervient la Téchouva, nous invitant à protéger nos « entrées-sorties ».

Préserver notre vue de mauvaises images, fermer nos oreilles et notre bouche au Lachone hara’…

Agir comme un officier pour nous-mêmes et établir des barrières comme trier nos lieux de sorties, nos amis… Nous rapprocher de Hakadosh Baroukh Hou en augmentant nos discussions avec Lui par la prière, nos rencontres avec la Chékhina par la fréquentation des lieux d’étude, etc…

Tels des officiers, comme dit Rachi, nous devons être capables d’employer tous les moyens. Même si les restrictions que nous nous imposons sont pénibles, ce que susurre notre Yetser Hara’, nous devons être forts, et agir comme si une gigantesque campagne publicitaire nous remémorait sans cesse les dangers de la faute, nous rappelant ce que nous avons à « perdre » et surtout à gagner en surmontant les épreuves.

Cette Téchouva doit être progressive mais constante, le but est d’avancer et non de tomber. Lorsque l’on reste trop longtemps immobile sur une échelle, on chute. Alors gravissons marche par marche, tout doucement mais sans nous arrêter.

Chabat Chalom

Rav Mordékhaï Bismuth

Parachat Réé – Doit-on mettre les téfilines dans tous les cas ?

Dans la première montée de notre Paracha est indiquée la manière dont le Clall Israël doit conquérir la terre de Canaan. Il s’agit surtout d’anéantir et de détruire tous les lieux d’idolâtrie qui existaient en Terre Sainte. Et au détour des versets on apprend aussi qu’inversement, il existe un interdit de faire de même par rapport à la Thora. Il est écrit:« Lo Taasoun Ken L’Hachem EloKéh’em»(Réé 12.4): Tu ne feras pas pareillement à ton D.ieu. Le commentaire Rachi explique à partir de ce verset qu’il y a un interdit d’effacer le Nom d’Hachem. Par exemple si on écrit le nom d’Hachem comme il est mentionné dans la Thora ou dans le Sidour et ce, même en français, il sera défendu de l’effacer ni de le raturer. La raison en est qu’il est saint.

Une intéressante question a été posée à ce sujet aux Posquims/décisionnaires de la génération précédente. Dans le cas où un malade est soigné dans le service des maladies contagieuses d’un hôpital, est-ce qu’il pourra mettre les Téphilines durant le temps de son hospitalisation? L’enjeu de la question est qu’avec l’aide du Ciel le malade sortira rétabli de son mal, cependant les autorités médicales brûleront TOUTES les affaires lui ayant appartenu de crainte que la maladie ne se propage! Donc est-ce que notre homme pourra mettre ses Téphilines sachant qu’en fin de compte ils seront  brûlés?! Deux grands Poskims d’avant-guerre le Hazon Nahum et le Dovev Mécharim (siman 99) tranchent qu’il est interdit de mettre les Téphilines dans de telles conditions. La raison est que dans notre Paracha il est marqué l’interdit «Tu ne feras pas ainsi vis-à vis d’Hachem!».

Pourtant un autre Possek le Imré David tranche lui, positivement. L’enjeu de la question est de savoir si lorsque les autorités de l’hôpital brûleront tous les objets du malade est-ce que l’action est directement imputable au malade ou non? On s’explique; la Guémara dans Chabat 120 apprend de notre Paracha que c’est précisément lorsque l’homme fait l’action d’effacer le Nom d’Hachem qu’il y a AVERA. Mais si l’action est INDIRECTE alors la faute n’a pas la même gravité. En langage Talmudique cela s’appelle GRAMA/action indirecte. Le sujet est complexe, mais un des Rabanims rapporte comme preuve l’exemple d’Elicha Baal Kanfaïm (dans Chabat 130). C’est un Tsadiq qui décide malgré l’interdiction formelle des romains de mettre ses Téphilines. Or il sait pertinemment que si les autorités l’attrapaient, ils détruiraient les précieux Phylactères! Et la suite est connue, c’est que lorsque la police romaine l’attrapa, ses Téphilines se transformèrent en… ailes d’oiseaux!! Au-delà du miracle, on voit qu’Elicha a mis les phylactères au risque de se les voir confisqués et détruits. Donc on pourrait apprendre d’ici que l’action des romains (la destruction des tephilines) n’est pas imputable à Elicha.

D’autres preuves sont rapportées ici et là, mais finalement le Dovev Mécharim conclura qu’il est préférable que notre malade ne porte pas les Phylactères tout le temps de son hospitalisation pour ne pas en venir à une désacralisation du Nom Divin qui y est contenu.

Rav David Gold 00 972.390.943.12

Parachat Réé – Av, le mois du père

Pourquoi les grandes vacances ont-elles lieu en cette période entre les mois d’Av et d’Elloul ? Elles auraient pu tomber à ‘Hanouka ou à Pessa’h…

Il est écrit dans notre paracha : « Banim atem lachem/vous êtes des fils pour D.ieu » (Dévarim 14;1). Essayons de comprendre cette notion de « banim ». Que signifie être les enfants de Hakadoch Baroukh Hou ?

La Guémara (Baba Batra 10a) nous donne quelques précisions à ce sujet :

« vous êtes appelés fils et vous êtes appelés serviteurs ; lorsque vous faites la volonté de D.ieu, vous êtes appelés des fils, mais lorsque vous ne faites pas la volonté de D.ieu, vous êtes appelés des serviteurs. » fin des paroles de la Guémara.

Dans un premier temps, il faudrait essayer de comprendre cet enseignement de la Guémara. A première vue, cela ne semble pas très logique. En effet, que je fasse Sa Volonté ou pas, cela change-t-il quelque chose si je suis son fils ? Et dans le sens inverse, pourquoi serais-je appelé serviteur si je ne fais pas Sa volonté ?!

Il aurait été plus logique d’écrire ces deux informations dans le sens inverse : si tu fais Sa volonté tu es appelé Son serviteur, mais si tu ne fais pas Sa volonté, tu es appelé Son fils. Car que l’on veuille ou non, un fils reste un fils ; ferait-il les plus grandes sottises, il restera à jamais Son fils, contrairement à un serviteur.

Pour mieux comprendre la Guémara, il faut procéder à une lecture plus attentive du mot « volonté ». Accomplir une volonté, c’est lorsque celle-ci n’a pas été demandée ou imposée par l’autre. Prenons un exemple : imaginez que votre père rentre à la maison après une journée de travail. Vous le voyez fatigué de sa journée. Sans qu’il vous le demande, vous devinez qu’un bon café ou un grand verre d’eau fraîche lui ferait du bien. En le lui apportant, vous accomplissez sa volonté. Si, par contre, il vous le demande, cela devient obligatoire. Ce n’est plus une « volonté », mais une obligation découlant des lois de Kiboud Av [respect du père].

Agissons ainsi avec notre Père, Hakadoch Baroukh Hou. Soyons comme des fils qui font Sa volonté et pas comme des fonctionnaires qui font le strict minimum (ce qui, pour certains et dans certaines situations, sera tout de même très bien ; chacun doit savoir où il se situe).

Pour revenir à la question posée initialement : « pourquoi les grandes vacances tombent-elles en cette période ? », essayons de définir les « grandes vacances ». C’est une longue période où les enfants n’ont plus école. Se trouvant à la maison du matin jusqu’au soir, ils sont en mode « demandeur » : j’ai faim, fais-moi ci, achète-moi ça, je veux ça… Ils font des bêtises, se chamaillent, se salissent… Donc, en fonction de chaque situation, les parents doivent menacer, intervenir, sévir… Mais parfois, souvent même, on craque. Comme ce sont nos enfants, nous les connaissons bien ; nous savons qu’il y a parmi eux l’enfant calme, l’agité, le sensible, le lent, le malin… Chacun ne peut pas répondre aux mêmes exigences. Mais c’est surtout une période exceptionnelle de proximité entre les membres de la famille qui, pendant plusieurs semaines, vivent ensemble constamment.

Alors on essaie d’en profiter : on évite les punitions, on multiplie l’écoute et les récompenses, même si parfois…

Nous sommes à la veille du mois d’Elloul, la période des séli’hot. Nous allons demander à notre Père, Avinou Malkénou, de nous pardonner, d’accepter notre Téchouva et nos Téfilot, de nous inscrire dans le livre de la vie, de la santé, de la parnassa…. A plusieurs reprises, nous invoquons Hakadoch Baroukh Hou en tant que père. Mais pour appeler un père, encore faut-il être un fils…

Pendant les « grandes vacances »,juste avant Elloul, les Séli’hot et Roch Hachana, nous allons demander d’être jugés comme des banim, des fils, et non pas comme des avadim, des serviteurs, car la bienveillance d’un père envers son fils est incomparable.

Les « grandes vacances » sont une période privilégiée pour nous faire prendre conscience des jours exceptionnels qui s’annoncent. En cette période, nous allons jouer le rôle du père plus que jamais, afin de mieux s’imprégner cette notion de « Rah’em av âl banim – la pitié du père envers ses enfants ». Forts d’avoir intégré cette notion, notre travail du mois d’Elloul sera de jouer le rôle de l’enfant envers Hakadoch Baroukh Hou.

Puisque durant la période des « grandes vacances », nous avons ressenti ce qui est désagréable à un père, nous pourrons aborder Elloul comme des enfants exemplaires, en essayant de parfaire notre comportement avec notre Père.

Si nous sommes Ses fils, Hachem connaît nos capacités et sait que nous ne pouvons pas tous répondre aux mêmes exigences. Toutefois, Il verra les efforts que nous avons investis pour améliorer notre comportement et notre relation avec Lui.

Profitons de cette période de proximité et de miséricorde avec notre Père, pour investir le maximum d’efforts et arriver méritants au jour du jugement.

Chabat Chalom

Rav Mordékhaï Bismuth

Parachat Ekev – Pourquoi avons-nous besoin de manger ?

Dans notre Paracha on apprend la Mitsvah du Birkat Hamazone par le verset “Véah’alta Véssavata OuBirah’ta etc.” Dévarim 8.10 : c’est la bénédiction finale après le repas. Après avoir mangé un volume de pain: Cazaït (à peu près une tranche de pain), on doit faire cette longue bénédiction qu’est le « Birkat ». C’est une louange à Hachem pour nous avoir donné l’occasion de profiter de Sa nourriture. Comme le Psaume 24 dit :”La terre et tout ce qu’elle contient appartient à Hachem!”. C’est aussi un remerciement au Créateur pour les bienfaits qu’Il nous octroie comme la digestion des aliments! Si on savait combien la digestion dans le corps de l’homme est compliquée, et que même les machines les plus perfectionnées n’arrivent pas au 1/100° de la réalisation de l’appareil digestif, alors à chaque fois qu’on digère un aliment, on devrait envoyer un message de reconnaissance au Créateur!

Le Or HaH’aim dans la Paracha Chélah’ (Bamidbar 14.9)  pose une belle question. Pourquoi Hachem a-t-il eu besoin de créer un homme avec les besoins de manger et de boire? Il aurait pu créer un être qui se suffise de l’air ambiant ou d’un autre élément simple et ce faisant, cet homme aurait eu davantage de temps libre pour les choses spirituelles! Intéressant comme question n’est-ce pas? Il répond de 2 manières.

1° C’est qu’HACHEM a voulu donner à son peuple l’occasion de faire de nombreuses Mitsvots! Il existe plusieurs lois et préceptes qui sont liés à la récolte comme le Leket, Chir’ha, Pea, Hala, Troumot, etc…(toutes sortes de prélèvements pour les pauvres, mais aussi pour les Cohanim et les Leviim). Donc, c’est autant de mitsvoth qui sont données à l’homme.

2° Une autre réponse beaucoup plus percutante est tirée de la Kabala (partie de la Thora qui a été dévoilée par le Ari Zal de Tsfat). Dans chaque chose créée, il existe une partie, même infime, de sainteté! Et lorsque le Tsadiq mange de la nourriture, cette partie vitale qui est enfouie dans l’aliment est triée puis élevée en remontant à sa racine sainte! Et c’est cette partie POSITIVE de l’élément qui le maintient et lui donne sa vitalité! Le Or HaHaim continue et dit que cette ‘étincelle’ de sainteté se trouve dans TOUS les éléments du monde: aussi bien chez l’homme que chez les animaux ou les végétaux! Et grâce à la Thora et aux Mitsvots on arrive à faire remonter ces étincelles! Donc finalement lorsque je mange j’ai une action spirituelle/transcendante : celle de faire remonter ces étincelles tout là-haut!

(Soit dit en passant, le Rabi Nahman de Breslev dans son Likouté Moharan (282) dit quelque chose de similaire dans un tout autre domaine. C’est que tout homme doit s’efforcer de juger son prochain de manière positive: c’est une Mitsvah de la Thora. Il rajoute que même chez le Racha/le mécréant il faut chercher un point positif dans lequel il n’est pas mauvais. Et de cette manière on le fera REMONTER de son niveau inférieur dans lequel il se trouve et on arrivera à le ramener au niveau de la Téchouva/du repentir! Pareil avec nous-mêmes, car généralement on a la mauvaise habitude à se juger soi-même négativement ce qui nous amène à la tristesse… Et grâce au fait qu’on cherchera en nous des points positifs par exemple un trait de caractère intéressant, alors cela nous amènera à la véritable joie et on arrivera ainsi à faire Téchouva! Fin du Liquouté et de cet aparté).

Cependant, sur la fonction générale de la nourriture on a pensé à une réponse plus simple. C’est qu’elle possède la faculté de renforcer l’homme et son esprit. Il est connu qu’un bon plat bien épicé (comme le poisson en sauce du Chabbath…) permet de mettre la personne de bonne humeur et de la sortir d’un état morose et même quelquefois fois de lui éviter de tomber sous le joug de la colère! Le Hazon Ich dans une lettre (35) adressée vraisemblablement à un élève de la Yéchiva qui n’avait plus de force dans son étude, lui préconisera d’arrêter d’étudier durant une certaine période (2 semaines) afin de profiter de la NOURRITURE, de bien dormir et de faire des sorties dans la nature, etc.. Tout cela afin de retrouver ses forces! Donc là aussi on apprend que les plaisirs de la table SI ils sont bien orientés, peuvent renforcer la personne dans les Mitsvots et cela fait partie AUSSI de la Avodat Hachem! Rav David Gold 00 972.390.943.12

Parachat Ekev – Qu’est ce qu’une bonne Mitsva ?

« Et ce sera si vous écoutez ces préceptes et que vous les gardez, l’Éternel gardera l’alliance et la bonté qu’Il a jurées à tes pères.» (Dévarim 7 ; 12)

À propos de ce verset, Rachi nous explique que le mot  »ekev/et ce sera si » a un double sens, et fait allusion au mot  »talon ». Ce qui nous offre une autre lecture possible du verset : « Si vous écoutez les Mitsvot que les hommes foulent du talon… »

Nombre de commentateurs nous expliquent que la récompense d’une Mitsva ne se mesure pas ni à son importance ni à sa taille. Si la Torah détermine les peines encourues pour une Avéra, elle ne nous a pas donné le barème en ce qui concerne les Mitsvot et leurs récompenses.

Ainsi, comme nous l’enseigne Rabbi  Yéhouda Hanassi « … Applique-toi à observer les Mitsvot les moins importantes aussi bien que les Mitsvot les plus importantes, car tu ne sais pas quelle est la récompense attachée à l’accomplissement de chacune d’entre elles… ». S’il est vrai que pour la recherche d’un emploi, notre première interrogation sera celle du salaire, afin de mieux optimiser notre temps, car le temps c’est de l’argent ! Notre  »Job » premier qui est celui d’être Juif se base sur de tout autres données. Le salaire ne sera pas toujours proportionnel au temps passé pour accomplir la mitsva, ni à la grandeur de la tâche, car le système Divin dépasse notre entendement.

Rabénou Yona (Chaarei Téchouva 3;23) nous explique qu’il ne faudra pas attribuer une échelle de valeurs aux Mitsvot, mais plutôt considérer la grandeur de Celui qui les a ordonnées.

Nos Sages de mémoires Bénies illustrent ce principe par la métaphore suivante : Un roi désira embellir son jardin par des arbres et des plantes. Il ordonna à ses jardiniers d’y planter diverses variétés, sans leur préciser le salaire qu’ils percevraient pour chacune. En effet, s’ils connaissaient le salaire fixé pour chaque espèce, ils ne se consacreraient uniquement qu’aux arbres les plus rémunérateurs.

Il en est ainsi pour les Mitsvot. Hachem désire nous offrir le bonheur d’accomplir toutes les Mitsvot afin que l’on puisse bénéficier des récompenses qu’Il nous a promises. Nous ne devons donc pas en « piétiner » aucune, même pas celles que NOUS considérons avec NOS petits yeux d’hommes, comme petites.

Rabénou Bé’hayé nous donne comme exemple la Mitsva des  »pas » : le fait de marcher pour se rendre à la Synagogue, pour se rendre auprès d’un malade ou encore accompagner un défunt à sa dernière demeure, etc… Il explique que le salaire des «pas » est grand.

Dans la Guémara (Souka 25a), il est énoncé un principe : « ossek bamitsva patour mine hamitsva », tout celui qui est occupé à une Mitsva est dispensé d’une autre mitsva. Le Ritva  nous explique que lorsque l’on est en train d’accomplir une mitsva, même si une seconde plus « importante » se présente à nous, nous devrons continuer la première, car ce choix ne nous appartient pas.

La Torah et les Mitsvot ne sont pas un menu à la carte, elles ne doivent pas subir un tri sélectif selon un prix ou une préférence, mais elles doivent être accomplies lorsqu’elles se présentent, uniquement parce qu’elles nous ont été offertes. Une Mitsva qui se présente est déjà un cadeau en soi. Et si l’on se pose encore la question de savoir qu’est-ce qu’une « bonne » Mitsva, nous devons nous dire en guise de réponse, que c’est celle qui se présentera. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on souhaite « tizké lémitsvot » à quelqu’un qui vient d’en accomplir une, ce qui signifie : « Que tu aies le mérite de voir se présenter à toi d’autres mitsvot ! ». Tous nos faits et gestes « mitsvotiques » sont assurés d’un salaire, contrairement aux actes profanes.

Prenons l’exemple d’un jeune chef d’entreprise qui mettra corps et âme pour monter son projet. Des jours et des nuits, des stress et des angoisses, sans savoir vraiment s’il parviendra à atteindre ses objectifs financiers. Et parfois, après tous ces mois de travail et d’acharnement, c’est par un dépôt de bilan que tout cela s’achève, sans argent et encore moins, sans succès ni plus d’espoir. Au contraire, dans la vie Juive authentique, et par exemple dans l’étude de la Torah, comme nous le disons chaque jour après avoir terminé une étude : « Je te remercie Hachem mon D.ieu, d’avoir établi mon lot parmi ceux qui séjournent dans les Batei Midrachot, et de ne pas avoir établi mon lot parmi les oisifs … Je peine et ils peinent : je peine et reçois une récompense, et ils peinent et ne reçoivent pas de récompense… »

En effet, après une étude, qu’elle ait été comprise ou non, nous percevrons tout de même un salaire, pour prix de l’étude. Hachem est Miséricordieux et le « système » qu’Il a instauré nous permet de bénéficier de toutes Ses bontés. Par exemple, même sans avoir accompli de mitsva, juste en ayant eu l’intention de le faire, cela nous est compté comme si cela avait été fait. Par contre c’est l’inverse pour les aveyrot/les fautes, il faut avoir péché en acte pour être puni, l’intention n’est pas prise en compte.  

La Torah est donc remplie de trésors, chaque mitsva qu’elle propose nous conduit à remplir notre « porte-monnaie » pour ce monde et l’Autre, soyons conscients de nos richesses, et ne les laissons pas filer entre nos doigts ! Le matériel quant à lui nous satisfait quelques secondes, voire quelques minutes, et puis tout se volatilise, comme si ce n’avait été qu’une illusion. 

Empressons-nous, et même précipitons-nous, pour appliquer les commandements ordonnés par Hachem, quels qu’ils soient, et même si nous ne les comprenons pas. Car salaire il y aura, et que nous sommes certains en agissant ainsi, sans aucun doute, de nous trouver dans le Bien.

Chabat Chalom

Rav Mordékhaï Bismuth