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Parachat Réé – Av, le mois du père

Pourquoi les grandes vacances ont-elles lieu en cette période entre les mois d’Av et d’Elloul ? Elles auraient pu tomber à ‘Hanouka ou à Pessa’h…

Il est écrit dans notre paracha : « Banim atem lachem/vous êtes des fils pour D.ieu” (Dévarim 14;1). Essayons de comprendre cette notion de « banim ». Que signifie être les enfants de Hakadoch Baroukh Hou ?

La Guémara (Baba Batra 10a) nous donne quelques précisions à ce sujet :

« vous êtes appelés fils et vous êtes appelés serviteurs ; lorsque vous faites la volonté de D.ieu, vous êtes appelés des fils, mais lorsque vous ne faites pas la volonté de D.ieu, vous êtes appelés des serviteurs. » fin des paroles de la Guémara.

Dans un premier temps, il faudrait essayer de comprendre cet enseignement de la Guémara. A première vue, cela ne semble pas très logique. En effet, que je fasse Sa Volonté ou pas, cela change-t-il quelque chose si je suis son fils ? Et dans le sens inverse, pourquoi serais-je appelé serviteur si je ne fais pas Sa volonté ?!

Il aurait été plus logique d’écrire ces deux informations dans le sens inverse : si tu fais Sa volonté tu es appelé Son serviteur, mais si tu ne fais pas Sa volonté, tu es appelé Son fils. Car que l’on veuille ou non, un fils reste un fils ; ferait-il les plus grandes sottises, il restera à jamais Son fils, contrairement à un serviteur.

Pour mieux comprendre la Guémara, il faut procéder à une lecture plus attentive du mot « volonté ». Accomplir une volonté, c’est lorsque celle-ci n’a pas été demandée ou imposée par l’autre. Prenons un exemple : imaginez que votre père rentre à la maison après une journée de travail. Vous le voyez fatigué de sa journée. Sans qu’il vous le demande, vous devinez qu’un bon café ou un grand verre d’eau fraîche lui ferait du bien. En le lui apportant, vous accomplissez sa volonté. Si, par contre, il vous le demande, cela devient obligatoire. Ce n’est plus une « volonté », mais une obligation découlant des lois de Kiboud Av [respect du père].

Agissons ainsi avec notre Père, Hakadoch Baroukh Hou. Soyons comme des fils qui font Sa volonté et pas comme des fonctionnaires qui font le strict minimum (ce qui, pour certains et dans certaines situations, sera tout de même très bien ; chacun doit savoir où il se situe).

Pour revenir à la question posée initialement : « pourquoi les grandes vacances tombent-elles en cette période ? », essayons de définir les « grandes vacances ». C’est une longue période où les enfants n’ont plus école. Se trouvant à la maison du matin jusqu’au soir, ils sont en mode « demandeur » : j’ai faim, fais-moi ci, achète-moi ça, je veux ça… Ils font des bêtises, se chamaillent, se salissent… Donc, en fonction de chaque situation, les parents doivent menacer, intervenir, sévir… Mais parfois, souvent même, on craque. Comme ce sont nos enfants, nous les connaissons bien ; nous savons qu’il y a parmi eux l’enfant calme, l’agité, le sensible, le lent, le malin… Chacun ne peut pas répondre aux mêmes exigences. Mais c’est surtout une période exceptionnelle de proximité entre les membres de la famille qui, pendant plusieurs semaines, vivent ensemble constamment.

Alors on essaie d’en profiter : on évite les punitions, on multiplie l’écoute et les récompenses, même si parfois…

Nous sommes à la veille du mois d’Elloul, la période des séli’hot. Nous allons demander à notre Père, Avinou Malkénou, de nous pardonner, d’accepter notre Téchouva et nos Téfilot, de nous inscrire dans le livre de la vie, de la santé, de la parnassa…. A plusieurs reprises, nous invoquons Hakadoch Baroukh Hou en tant que père. Mais pour appeler un père, encore faut-il être un fils…

Pendant les « grandes vacances »,juste avant Elloul, les Séli’hot et Roch Hachana, nous allons demander d’être jugés comme des banim, des fils, et non pas comme des avadim, des serviteurs, car la bienveillance d’un père envers son fils est incomparable.

Les « grandes vacances » sont une période privilégiée pour nous faire prendre conscience des jours exceptionnels qui s’annoncent. En cette période, nous allons jouer le rôle du père plus que jamais, afin de mieux s’imprégner cette notion de « Rah’em av âl banim – la pitié du père envers ses enfants ». Forts d’avoir intégré cette notion, notre travail du mois d’Elloul sera de jouer le rôle de l’enfant envers Hakadoch Baroukh Hou.

Puisque durant la période des « grandes vacances », nous avons ressenti ce qui est désagréable à un père, nous pourrons aborder Elloul comme des enfants exemplaires, en essayant de parfaire notre comportement avec notre Père.

Si nous sommes Ses fils, Hachem connaît nos capacités et sait que nous ne pouvons pas tous répondre aux mêmes exigences. Toutefois, Il verra les efforts que nous avons investis pour améliorer notre comportement et notre relation avec Lui.

Profitons de cette période de proximité et de miséricorde avec notre Père, pour investir le maximum d’efforts et arriver méritants au jour du jugement.

Chabat Chalom

Rav Mordékhaï Bismuth

De Valentin à Avraham (1er partie)

Au dix-huitième siècle en Pologne vivait le comte Potoçki. Issu d’une famille aristocratique catholique polonaise religieuse. Ce comte avait un fils Valentin, particulièrement brillant, qui suivit un cursus d’études théologiques chez les prêtres. Dans son parcours il étudia également les premiers chapitres du pentateuque, or. l’étude de ces textes a suscité de graves doutes dans l’esprit du jeune Valentin à propos de la foi chrétienne dans laquelle ses parents l’avaient élevé. Il interrogea ses maîtres, mais ceux-ci s’avérèrent incapables d’y répondre.

Constatant que leur élève se montrait sensible à la l’étude du livre de Beréchit, ainsi que dans les premiers chapitres du deuxième livre, ils craignaient qu’il se penche davantage sur les études juives, décidèrent de lui cacher l’existence du troisième volet du pentateuque, le livre de Vayikra. En effet il pourrait découvrir nombre de règles de pureté et de sainteté susceptibles de l’attirer vers le judaïsme.

Le comte Potoçki faisait régulièrement appel à un juif pour amuser sa cour à l’occasion des fêtes qu’il organisait dans son palais. Une fois un de ces festins eut lieu un vendredi, et à l’approche de Chabat, le juif demanda l’autorisation de rentrer chez lui plus tôt pour pouvoir accueillir Chabat dignement. Mais le comte, déjà sous l’emprise de l’alcool, refusa catégoriquement, et rajouta que l’on flagelle le juif en public pour son effronterie. Un spectacle très apprécié par la cour polonaise, qui se délecta de cette terrible exhibition. Mais finalement, avec ce qui lui restait de force, ce juif rentra chez lui, ses plaies et s’habilla en l’honneur de Chabat, puis entonna mélodieusement « lékha dodi » pour recevoir Chabat dignement.

Entre temps, Valentin, outré par l’attitude de son père, et inquiet de la santé du juif, se dit que ce Juif n’était pas en mesure de panser ses blessures. Il prit donc un lot de pansements et se rendit chez le Juif, s’attendant à le trouver dans un état de grandes souffrances. Quelle ne fut pas sa surprise en arrivant chez le juif ! De le voir à une belle table, agréablement éclairée, entourée de sa famille, tous heureux de ce repas de Chabat.

Il réfléchit à la honte et à la souffrance que ce juif venait d’endurer un peu plus tôt, et qui se montrait si rapidement capable de se relever. Valentin fut tellement impressionné par cette vision, que dès lors il était décidé à s’intéresser de plus près au judaïsme et à l’étude de ses textes sacrés.

Valentin réfléchit au fait que ses maîtres avaient curieusement cessé l’étude du pentateuque, il décida donc d’aller à la découverte des parties du texte que ses maîtres lui cachaient. Au château des Potoçki l’eau potable était fournie régulièrement par les soins d’un jeune juif, qui attira particulièrement l’attention de Valentin. Notre jeune Potoçki en plein questionnement, n’hésita pas à lui demander de lui enseigner la Torah. Cette expérience lui fit une si forte impression, qu’il lui demanda de lui apprendre l’hébreu. En six mois, il avait acquis une grande compétence dans le langage biblique et un fort penchant pour le judaïsme

lors de l’étude du ‘houmach Vayikra, ils abordèrent les lois de pureté et d’impureté, et notamment celle de la mystérieuse purification par le mikvé. Valentin très étonné et curieux de découvrir cette vertu du mikvé, décida dans d’expérimenter une immersion dans le mikvé. Étant donné la sincérité de sa recherche, étant donné surtout qu’Hachem vient en aide à ceux qui cherchent à se purifié, il arriva qu’en sortant du mikvé, il ressentît une transformation complète s’opérer en lui. Il fut pris d’une grande sainteté, et son cœur brûla du désir de devenir Juif.

Potoçki se rendit alors à Rome, puis à Amsterdam, l’un des rares lieux dans l’Europe de l’époque où les chrétiens pouvaient ouvertement se convertir au judaïsme, après s’être convaincu qu’il ne pouvait plus rester catholique. Là, il prit sur lui d’embrasser la religion d’Abraham, et c’est à Amsterdam, qu’eut lieu la Brit Mila et la conversion du jeune Valentin Potoçki. Adoptant le nom d’Abraham ben Abraham.

Devenu un digne converti, se consacrant à l’étude de la Torah et accomplissant les mitsvot avec sincérité et enthousiasme, après avoir séjourné pendant une courte période en Allemagne, un pays qu’il détestait, il retourna en Pologne. Pendant un certain temps, il vécut avec les Juifs du village d’Ilye, où peu de membres de la communauté étaient au courant de sa véritable identité.

Un jour, il vit un jeune homme qui se mit à parler avec un ami pendant la Téfila, alors qu’il portait les Téfiline. Bouleversé de leur comportement, il lui en fit le reproche. Cependant vexé d’avoir était sermonné par un « converti », il décida de se venger en le dénonçant à la police. Il révéla l’identité de Potoçki, que l’on recherchait depuis longtemps, ce qui mena à l’arrestation du dévoué Avraham. À suivre

Message du Rav KANIEWSKY Chlita

QUELQUES MOTS DE RAV KANIEWSKY CHLIT’’A (COMMENTE PAR Néfesh Yéhoudi) SUR LA SITUATION ACTUELLE

Face à la situation actuelle et à la propagation du virus (Hachem yerah’em), Rav H’ayim Kaniewsky Chalit’a a écrit un ktav yad (un mot de sa mains) qui a été photocopié et affiché dans toutes les Synagogues et les Baté Midrachote de Bné Brak. Il y est écrit, à l’encre bleu, le texte suivant :

Nous devons en cette période nous renforcer dans le domaine du lachone ara (médisance) car la situation du mêtsora (lépreux atteint de la tsaraate à cause de ses fautes) ressemble beaucoup à notre situation “il a séparé un homme de son ami, un mari de son épouse et lui aussi est séparé des autres” (dit la guémara erkhin). Il faut également se renforcer dans le domaine de la anava (humilité) et savoir passer sur ses midote (essayer de ne pas être pointilleux même dans les domaines qui nous dérangent) comme la écrit le Roch à la fin du traité orayote »

On voit donc que d’après Rav Kaniewsky les difficultés actuelles seraient liées de près à la faute du lachone ara et notre situation ressemblerait à la faute du metsora (lépreux).

Q1°) Nous allons béezrate Hachem essayer d’éclaircir comment le Metsora était traité pendant cette période et en quoi la situation est-elle vraiment similaire.

Q2°) Nous essaierons également de comprendre comment une faute si légère (à nos yeux ; c’est-à- dire facile à transgresser) comme le lachone ara (médisance) peut entraîner une situation si grave.

HILKHOT METSORA (LES LOIS DU LEPREUX) : DES LOIS QUI NE S’APPLIQUENT PLUS DE NOS JOURS, MAIS QUE NOUS APPLIQUONS POURTANT EN CETTE PERIODE

Dans la Parachat Tazria (Metsora), la Torah nous parle d’un homme qui découvre un beau matin qu’il a une plaie de lèpre sur une des parties de son corps. Il doit alors appeler le Cohen pour qu’il vienne vérifier : est-ce que c’est bien la tsaraate (lèpre) ou non ? Le Cohen vient alors voir cette personne et l’examine. S’il présente les caractéristiques d’impureté de la Torah, alors il est déclaré ‘’métsora moukhlate’’, un vrai métsora. Mais, parfois, il se peut qu’il y ait une vraie plaie de lèpre mais qu’il n’y ait pas encore les simanim d’impureté. Dans ce cas-là, le Cohen ordonne au ‘’suspect’’ de rester chez lui pendant sept jours enfermé (mousgar) le temps de voir l’évolution de la plaie et peut-être que la semaine suivante les signes d’impureté vont apparaître. On l’appelle donc le metsora mousgar.

Si au bout d’une semaine les signes ne sont pas sortis mais que la plaie est toujours présente, le Cohen le déclare encore une fois, pour une deuxième semaine metsora mousgar (lépreux suspect et enfermé) afin de voir l’évolution au bout de cette dernière semaine. S’il n’y a pas eu poil blanc ou d’extension de la plaie (qui sont des signes d’impureté) il peut alors sortir librement de son enfermement.

Le Rambam écrit (Hilkhote toumate metsora chap.9, chap. 10): l’impureté du metsora est particulièrement grave plus que d’autres impuretés (h’oumra yetéra). En effet, le metsora peut contaminer les gens par son impureté qu’il soit moukhlate, (un metsora déclaré), ou même lorsqu’il est mousgar, (un metsora suspect) en attente d’autres signes d’impureté. C’est pourquoi, pendant la semaine où l’on suspecte le metsora mousgar, tout celui qui rentre chez lui et reste « chiour kédé akhilat prass » (entre quatre et neuf minutes, selon les avis) devient impur même s’il ne l’a pas touché directement. Non seulement celui qui a visité le metsora moussgar est impur (s’il est resté 4 mn) mais même les kélim qui sont sur lui (habits, bijoux) deviennent impurs et quand bien même ce metsora là n’a pas encore été décrété véritablement lépreux (insiste le Rambam).

Quant au métsora moukhlate, (celui qui a été déclaré impur clairement car il avait les signes d’impureté de la tsaraate) alors il ne pourra même pas rester chez lui, il devra s’exiler ailleurs, en dehors de la ville, et restera complètement seul et même pas avec d’autres métsoraïm.

Dès qu’un metsora est déclaré moukhlate, (vraiment impur), la Torah ordonne qu’il recouvre sa bouche. En effet, cela était la coutume des avélim (endeuillés), et ce tout le temps où il est metsora.Il doit faire savoir à tout le monde qu’il est metsora, ‘’tamé, tamé, ikra’’, afin que les gens s’éloignent de lui et prient pour lui, expliquent nos Sages. Il n’a pas le droit de dire bonjour ; que ce soit Chabbat ou Yom Tov, toutes ces lois d’appliquent.

Pendant le temps où il est metsora moukhlate : il a le droit de manger, de boire, de se laver, de mettre des chaussures en cuir… La seule chose qu’on lui demande c’est de s’isoler complètement, et même en dehors de Yerouchalaïm. Il n’a pas le droit de cacher son impureté comme nous l’avons déjà dit et s’il arrache sa plaie de lèpre, entièrement ou même partiellement, il transgresse un interdit strict déOraïta (de la Torah).

Evidemment le parallèle est clair, la réflexion de Rav H’aïm Kaniewsky chlit’’a, est pertinente et il n’est même pas nécessaire d’expliquer le nimchal (le comparé).

La Guemara dans Brakhote (8a)enseigne que la mita (peine céleste) qui est réservée aux baalé lachone ara est la askara. Rachi écrit ’’ estranglemente ‘’ en français. La Guemara le prouve d’un passouk : ‘’issakhérou pi dovré cheker – que se ferme la bouche de celui qui raconte du mensonge’’ (le lachone ara, même lorsqu’il est vrai, est appelé mensonge dit le Yad Haketana car ses effets sont destructeurs et mensongers). D’ailleurs, lorsque ces effets sont constructifs et qu’il y a un intérêt (létoélète), il y a de nombreuses permissions (voire H’afets H’aïm chap 10).

LES AUTRES FAUTES QUI ENTRAINENT NOTRE SITUATION

Nous avons vu de nombreux points communs entre le metsora et notre situation actuelle. Précisons tout de même ce que la Guemara dit dans Eikhine (15a) qu’il y a sept avérote qui peuvent entrainer la tsaraate et qui rendent metsora : en premier certes le lachone ara. Mais il y en a d’autres et les voici : guilouye arayote (la débauche), chfikhoute damim (le meurtre), guezel (le vol), chvouate chav (jurer ou dire le nom d’Hachem en vain), tsaroute aïn (l’avarice/l’œil étroit avec les autres) ; gassoute haroua’h (l’orgueil). Il y a donc lieu de se renforcer dans tous ces domaines afin d’éveiller dans le Ciel de la rah’amim (miséricorde) et qu’Hachem nous sauve vite de cette situation.

[Il y a de nombreuses allusions entre le virus et la faute de débauche et d’impudeur ; plusieurs guematriote et raché tévote ont été proposés ; nous n’en rapporterons qu’une maguéfate Corona = 523+367 = 900 = h’osser tsinioute= 274+626= 900, qui signifie le manque de pudeur.

La Guematria ne révèle pas le sens simple des choses (comme le dit le Ari za’’l, c’est le sod :le secret), et au sens simple Rav Kaniewski nous révèle que le problème est lié au lachone ara ou encore aux autres fautes qui entraînent la tsaraate ; il n’en reste pas moins qu’il est toujours bon de se renforcer dans le domaine de la tsinioute (pudeur) qui a, comme particularité, dit le H’afets H’aïm d’entraîner la protection du Klal Israël mesure pour mesure que chaque personne protège son corps et son intimité par les vêtements et une bonne conduite.]

 LA GRAVITE D’UNE FAUTE TELLEMENT LEGERE

Il y a quatre fautes qui sont punies dans ce monde ci et dont le capitale reste intact pour le monde futur (Guémara Péa Yerouchalmi ; Rambam deot ch 7) : guilouye arayote, chefikhoute damim, avoda zara (la débauche, le meurtre, l’idolâtrie) et le lachone ara kénegued coulam (aussi importante que toutes les autres).

La question est de savoir comment une simple parole peut-elle entrainer des effets si graves et serait comparables aux trois fautes capitales (voire pire). C’est a priori disproportionné !

-David Hamélekh disait à ce sujet : ‘’BéMa Ira biymé Ra, avone akévaye yéssoubéni – de quoi j’ai peur le jour du malheur ? Des fautes que mon talon piétine ». En d’autres termes, en ce qui concerne les fautes graves un Juif ressent des remords, fait techouva, s’en éloigne mais les fautes légères s’accumulent s’accumulent…jusqu’à ce qu’il faille rembourser une lourde dette, h’as véchalom.

-Rabbi Yéochoua Ben Lévi, de plus, a révélé (Erkhine 15b) : « celui qui dit du lachone ara fait grandir les fautes jusqu’au Ciel ; comme il est écrit dans Tehilim (73) : ‘’ils ont mis leur bouche dans le ciel et leur langue se promène sur terre’’. »

En d’autres termes, un second élément de gravité du lachone ara est que nous ne parlons pas en l’air ou devant un mur mais c’est dans le Ciel que nous parlons. A cause du lachone ara les fautes grandissent jusqu’au ciel, a dit Yeochoua Ben Lévi. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le H’afets H’aïm rapporte (Chemirat Halachone,chaar hazekhira, chap.2) au nom du Zohar Parachat Emor : « chaque action qu’un homme fait en bas, il réveille une action identique dans le Ciel. Par exemple, lorsqu’un homme fait du h’essed en bas, dans le ciel on fera également du h’essed dans le monde. » Le Zohar, ailleurs, ajoute (Parachat Pekoudé) : « il y a un esprit d’impureté qui se réveille lorsqu’un homme dit du lachone ara. Il s’appelle sikhsoukha ; cet esprit monte dans le ciel et entraîne dans le monde des destructions. Malheur à celui qui réveille cet esprit et qui ne fait pas attention à sa bouche. Il ne sait pas que son réveil d’en bas a provoqué dans le Ciel un réveil d’accusation. Lorsque les esprits s’accumulent ils réveillent alors un grand accusateur qui s’appelle nah’ach gadol (le grand serpent) qui accuse le monde entier ; tout cela à cause du lachone ara qui a été dit en bas ! (Zohar,Pekoudé)

Le H’afets H’aïm explique qu’Hakadoch Baroukh Hou aime trop les Bné Israël pour voir leurs fautes ; comme il est écrit : ‘’lo ibite aven béYaacov lo raa amal béIsraël , Il ne scrute pas les fautes de Yaacov, Il ne voit pas combien L’énerve et le dérange Israël’’ (Bamidbar 23-21). Tout cela est vrai tant que les Juifs ne s’accusent pas les uns les autres, qu’ils vivent en paix et dans la fraternité et qu’il y a de l’amour entre eux. Comme à l’époque d’Akhav où les Juifs étaient idolâtres, certes, mais ne disaient pas de mal les uns des autres et vivaient en paix. Il n’y avait pas un mort dans cette génération lorsqu’ils partaient en guerre. Inversement à la génération de David Hamélekh où les Bné Israël étaient plus érudits mais se dénonçaient et s’accusaient, il y avait de nombreuses pertes, à la guerre.

Lorsqu’un Juif, qui est tellement important aux yeux d’Hachem, se met à accuser un autre, alors là Hachem est d’accord d’écouter l’accusation et de se comporter (h’as véchalom) avec rigueur sur celui qui est accusé. Cependant, la Guemara dit que celui qui accuse est également passé au crible puisqu’il réveille lui-même la Midat hadin.

Il est très difficile de comprendre qu’une parole puisse entraîner de telles conséquences mais dans notre situation où une simple discussion entre un homme et son prochain, à moins de deux mètres de distance, peut entraîner les pires conséquences, il peut nous paraître alors plus évident que la parole est dangereuse. Si nous arrivons à croire à l’un, pourquoi ne croirions-nous pas à l’autre ?

D’après cette dernière raison, le lachone ara n’est qu’un déclencheur et un accusateur d’autres fautes plus graves qui provoquent également de graves conséquences.

LA LANGUE DE SERPENT

Pourquoi est-ce un grand serpent qui accuse le monde ? Pourquoi le serpent punit souvent celui qui faute dans le domaine du lachone ara ?

Comme l’écrit Rachi, nous voyons dans la Torah (Bamidbar 21.6) que lorsque les Bné Israël ont parlé sur Hachem et sur Moché et se sont plaints de la manne, des serpents brûlants les ont alors attaqués et piqués. Rachi dit : celui qui a fait le premier le lachone ara sur Hachem (le serpent), et sur Adam, qu’il vienne punir ceux qui ont fait du lachone ara ! Rachi dit également : celui qui n’a pas le sens du goût (le serpent), qu’il vienne punir ceux qui ont parlé sur la manne et se sont plaints de son goût.

Le serpent a donc deux particularités : il a dit en premier du lachone ara et il n’a pas le sens du goût. Il a été choisi pour punir la faute du lachone ara. C’est d’ailleurs un verset de Kohélète (10.11) : ‘’le serpent mord sans faire de bruit et il n’y a pas d’intérêt pour celui qui dit du lachone ara’’. Que signifie ce verset (demande la gumara dans taanit (8a) ? Reich Lakich a expliqué dans : « Dans les temps futurs viendront toutes les h’ayote (animaux) voir le serpent et lui diront : certes, le lion tue de sang-froid ses proies, mais c’est pour les manger vivantes qu’il le fait ; certes, le loup tue et met de côté ses proies, mais c’est pour les manger après-coup qu’il agit ainsi. Mais toi, pourquoi tu piques et pourquoi tu manges (il n’y a pas d’intérêt de piquer et il n’y a pas d’intérêt de manger puisque tout a le goût de la terre pour le serpent depuis la première malédiction). Le serpent répondra alors : certes, mais expliquez-moi pourquoi celui qui fait du lachone ara, en fait ? [Qu’est-ce qu’il a gagné ? Y -a-t-il un intérêt ? Un gain ? Un plaisir qui ressort du lachone ara ?] »

Nous voyons donc, une fois de plus, un lien étroit entre le serpent choisi pour punir le lachone ara et cette faute : c’est le manque d’intérêt, de gain, de plaisir corporel dans cette faute qui est comme une faute sans goût et qui est comparée aux proies du serpent qui sont mangées, ou piquées sans goût et cela n’est pas sans rappeler le virus actuel qui prive du goût.

Y-AT-IL UNE SOLUTION ?

La Guemara dans Eikhine (15b)rapporte une controverse entre Rabbi H’ama Bar H’anina et Rabbi Ah’a Bar H’anina : « Le premier dit : quelle est la solution et la réparation pour celui qui a fait du lachone ara ? C’est l’étude de la Torah, comme le dit le verset : ‘’marpé lachone ets h’aïm – il guérit la langue l’arbre de vie’’ et l’arbre de vie c’est la Torah comme il est dit : ets h’aïm hi lamah’azikim ba, (c’est un arbre de vie pour ceux qui s’y rattachent). Rabbi Ah’a a dit : ce qui est fait est fait ! Mais quelle est la réparation ou la solution, à l’avenir, pour celui qui a dit du lachone ara ? C’est l’étude de la Torah.

Comme il est écrit : marpé lachone ets h’aïm ; (d’après ce second avis , il n’est pas possible avec l’étude, de réparer le lachone ara qui a été fait mais tout au moins de se réparer soi-même et sa langue pour l’avenir.)

La Guemara demande : et si la personne n’est pas érudite, qu’est-ce qu’elle peut faire ? La Guemara propose : la anava (l’humilité), comme le dit la fin du verset : ‘’marpé lachone ets h’aïm vésélef la chévér roua’h- il guérit la langue l’arbre de vie et l’esprit contrit, (humble, cassé) arrive à la tordre (la mauvaise langue). » Là encore, Rabbi H’ama et Rabbi Ah’a discutent sur les effets de l’humilité même pour le passé ou seulement pour le futur.

Rav Israël Salanter a ajouté lorsque la Guemara parle d’étude de Torah, certes, il s’agit de tous les domaines de la Torah qui ont une segoula (propriété) très puissante quel que soit le sujet, à condition qu’il soit approfondi. Mais, il n’en reste pas moins que lorsqu’on étudie le domaine précis dans lequel nous avons fauté, la segoula est encore plus intense. On comprend mieux que Rav Kaniewsky Chalita nous enjoint de nous renforcer dans l’étude des lois de la médisance, en cette période, et également dans la anava, (écrit-il), car les deux sont un remède pour le lachone ara.

 OU EST DONC NOTRE CONFIANCE ?

Le Chomer Emounim dans (Chaar Habitah’one, ch.9) rapporte au nom du Ari zal qu’il y a lieu de se renforcer, en période d’épidémie, dans le domaine de la confiance en Hachem. En effet : ‘’h’erdate adam itène mokech – la peur d’un homme le fait trébucher’’, ‘’oubota’h b’Hachem yessougav – mais celui qui a confiance en Hachem sera sauvé’’. (Michlé 29. 25) Cela signifie que lorsqu’un homme a peur, cela lui cause du tort et même plus de tort que ce qui devait lui arriver mais lorsqu’un homme fait confiance à Hachem même dans une situation d’angoisse, il sera sauvé même si cela n’était pas prévu, explique Rabenou Yona.

Le Ari zal dit : en période d’épidémie, l’ange du mal et ses armées se promènent dans les rues ; il y a donc lieu de ne pas les rencontrer mais il n’en reste pas moins qu’ils ne peuvent s’en prendre qu’à celui qui a peur et qui manque de confiance en Hachem. Le Ari zal conclut : dans cette période, il faut étudier la Torah et les Kétorète en permanence et alors l’épidémie s’en ira du monde (parole du Ari zal).

Auteur : Rav C. Hagege (Feuillet Néfesh Yéhoudi)Renseignement ou pour recevoir ce feuillet 052.36.76.325