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Le feuillet hebdomadaire du Rav Biderman

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Ekev

« Et ce sera si vous écoutez ces préceptes et que vous les gardez, l’Éternel gardera l’alliance et la bonté qu’Il a jurées à tes pères.» (Dévarim 7 ; 12)
À propos de ce verset, Rachi nous explique que le mot ”ekev/et ce sera si” a un double sens, et fait allusion au mot ”talon”. Ce qui nous offre une autre lecture possible du verset : « Si vous écoutez les Mitsvot que les hommes foulent du talon… »
Nombre de commentateurs nous expliquent que la récompense d’une Mitsva ne se mesure pas ni à son importance ni à sa taille. Si la Torah détermine les peines encourues pour une Avéra, elle ne nous a pas donné le barème en ce qui concerne les Mitsvot et leurs récompenses. Lire la suite

As-tu espéré la délivrance ?

Cette période de deuil sur la destruction du Temple constitue également un temps où nous espérons que s’accomplisse enfin cette phrase de nos prières : « Montre-nous sa reconstruction et réjouis-nous par son rétablissement  »  (rituel  des fêtes,  n.d.t). Il est tout à fait approprié de rapporter à cette occasion les paroles suivantes extraites du Smak (un des Baalé Hatossefot, commentateur du Moyen-Age, n.d.t)       dans la première Mitsva de la Torah qu’il énumère : Savoir que c’est Lui qui a créé le Ciel et la Terre et qu’Il est le Seul à régner En-Haut et ici-bas et dans les  quatre points    cardinaux, comme il est écrit (Chémot 20, 2) : « Je suis Hachem ton D. » et aussi (Dévarim 4, 39) : « Tu sauras en ce jour que tu  intérioriseras dans ton cœur qu’Hachem est le D. dans les Cieux En-Haut et sur la Terre ici-bas et qu’il n’y en a pas d’autre ». Car le Saint-Béni-Soit-Il gouverne le monde entier par le souffle de Sa  parole.  Il nous a fait sortir d’Egypte et a accompli pour nous des prodiges. Aucun homme ne se cogne en effet le doigt ici-bas si cela n’a pas été décrété auparavant En-Haut, comme il est dit (Téhilim 37,23): « Hachem dirige les pas de l’homme ».

C’est à ce sujet que nos Sages enseignent lorsqu’on le juge après sa mort ”as-tu espéré la délivrance ?”

Et où est écrite cette Mitsva ? Elle est dépendante  d’une autre : la Mitsva d’avoir foi qu’Il nous a fait       sortir d’Egypte, comme il est écrit : « Je suis Hachem ton D. qui t’a fait sortir de la  terre d’Egypte ». Ce qui signifie : « Je désire que vous ayez foi que c’est Moi qui              vous ai fait sortir d’Egypte. De même, Je désire que  vous  ayez  foi  que  Je suis Hachem votre D. et que Je vous rassemblerai à l’avenir et vous délivrerai. » Car Il nous délivrera une seconde fois dans Sa miséricorde, comme il est dit (Dévarim 30, 3)          : « Et tu reviendras à Lui            et Il te rassemblera d’entre tous les peuples. » Et Rabbénou Péretz (dans ses annotations sur le Smak) d’expliquer : « Puisque espérer la délivrance est une Mitsva écrite dans la Torah, incluse dans le premier commandement “Je suis  Hachem  Ton D.”, c’est pour cela qu’on la réclame de l’homme au jour du jugement. »

Il s’ensuit que l’espérance dans la délivrance concerne chaque juif quel qu’il soit puisque la Mitsva de « Je  suis  Hachem Ton D. » inclut tout  Israël dont les ancêtres l’ont entendue au Sinaï. En outre, après 120 ans, le Tribunal Céleste demandera à chacun, et  pas  seulement  aux grands de la génération : « As-tu espéré en la délivrance ? » Et chaque juif sera sommé de répondre s’il a espéré et attendu ardemment notre délivrance et le rachat de nos âmes.

Le Rambam, pour sa part, écrit (Hilkhot Mélakhim, chap. 11) : « Tout celui qui n’attend pas sa venue (du Machia’h) renie  la Torah et Moché Rabbénou. » En revanche, celui qui attend, affirme Rav Lévi Its’hak de Berditchov (Kédouchat Halévi sur  Eikha) mérite déjà à présent de ressentir un peu  de  la  joie qui aura cours lors  de  la  reconstruction de Jérusalem.

On veillera, par conséquent, à placer ce sujet en tête de ses préoccupations  (pour  le moins pendant cette période des trois semaines), comme l’illustre le Maguid de Douvno dans la parabole suivante : Un père riche          avait envoyé ses          cinq fils outre-mer vers un lieu de Torah. Un jour, l’un d’entre eux, Réouven tomba malade. Ses frères s’empressèrent de            lui faire consulter un médecin, spécialiste renommé qui après l’avoir soigneusement examiné rendit son diagnostic : « Sachez, dit-il, que votre frère est atteint d’une grave maladie et qu’il n’existe aucun remède à son mal              à l’exception d’un médicament extrêmement rare qui ne peut être      obtenu que moyennant une immense somme d’argent.

Ne vous             inquiétez pas, lui répondirent-ils, notre père est très  riche et très influent. Nous allons lui écrire une lettre et il nous enverra immédiatement l’argent nécessaire. »

Sur le champ, l’aîné des  frères  entreprit  de rédiger la lettre en question dont voici  le  contenu : « A l’intention de mon respecté père, Envoie-nous beaucoup d’argent car Chimone a cassé ses lunettes, Lévi a besoin de racheter des vêtements  neufs  car les siens sont vieux et usés et ne correspondent          plus à son rang. Notre frère Yéhouda également a emprunté 450 dinars et le temps du paiement est arrivé. Pour Réouven aussi, envoie une grosse somme, car il est gravement malade, sur le point de mourir, et le remède que le médecin préconise coûte une fortune (…) »

La lettre fut ainsi expédiée par la poste. Lorsqu’elle parvint dans les mains du père, celui-ci crut défaillir sous le choc mêlé de  colère qu’il ressentit à cause de la teneur insensée de son contenu. Comment son fils avait-il été à ce point idiot pour inverser entièrement les priorités ? Comment avait-il pu mentionner la maladie de son  frère  à  la fin de la lettre, comme un détail secondaire alors que     tous les              autres besoins n’avaient aucune importance comparés à la situation dramatique du malheureux agonisant ?

La morale de cette parabole est claire. Elle constitue un reproche ouvert à tous ceux qui énumèrent

au Saint-Béni-Soit-Il l’ensemble de leurs besoins et ”se souviennent” d’ajouter à la fin, comme un détail la mention :”que le Temple soit reconstruit très rapidement et de nos jours”, alors que cette supplique devrait se trouver en tête de nos préoccupations.

Le Yéarot Devach (1ère partie, fin du Drouch 1, 3) s’exprime lui en ces termes: « Seul celui qui n’a pas toute sa raison ne ressent pas la  souffrance due à la destruction du Temple. C’est malheureusement notre cas, nous qui, par manque de sagesse, ne ressentons pas réellement cette catastrophe. En revanche, les grands hommes  au  cœur pur ressentaient la         perte incalculable occasionnée par ce grand malheur. Si nous parvenions à percevoir ce que l’absence du Beth Hamikdach a laissé comme vide dans ce monde, nous n’aurions aucune envie  de manger ni boire mais uniquement de nous  rouler  dans la poussière. »

Rav Chimichone Pinkus, pour sa part, (dans Galout Véné’hama p.147-151) explique que les pleurs traduisent chez l’homme  le fait qu’il prend une part dans  la situation spirituelle du Klal Israël et  dans la souffrance de la Présence Divine. Lorsque l’on conduit un défunt à sa dernière demeure, seuls les  proches versent des larmes, seuls ceux qui ressentent une proximité avec lui sont saisis de sanglots. Il en est de même pendant cette période de deuil sur la destruction du Beth Hamikdach : chacun peut alors juger de  son  degré  de proximité avec la Sainteté, et de  la manière dont il se sent concerné et lié au peuple d’Israël et  au  Saint-Béni-Soit-Il.  Le travail du juif constitue à renforcer en lui ce sentiment (…). Celui qui pleure exprime par là qu’il est touché par la perte subie, qu’il ressent la douleur de l’absence, et grâce  à  cela il se rapproche  et se relie à la chose qu’il a perdue.

Celui, conclut-il, qui n’est pas capable de pleurer pendant ces trois semaines sur la destruction du Beth Hamikdach et sur l’exil de la Présence Divine doit s’asseoir par terre pour pleurer amèrement sur sa propre destruction spirituelle, sur le fait même qu’il ne parvient pas à pleurer sur son manque de sensibilité à l’absence du Beth    Hamikdach. Ne             pas ressentir ce vide traduit une vide dans sa propre spiritualité. Cette prise de conscience est en soi une bonne raison de verser des larmes.

Voici ce qu’écrit le Yaavets à ce sujet (Sidour Beth Yaakov) : « La faute qui consiste à ne pas prendre  le deuil comme il se doit sur Jérusalem est une raison qui justifie à elle seule le prolongement de notre exil. A mes yeux, elle constitue la source de toutes les terribles persécutions qui nous frappent et qui dépassent l’entendement, dans tous les endroits où nous avons été disséminés de par le monde. On nous poursuit sans répit  au  sein des peuples sans compter la situation misérable et à la pauvreté auxquelles nous sommes réduits, tout cela, parce que le deuil a quitté nos cœurs. »

Rav Elimélekh Biderman

Pin’has: Je vous prie de faire la Téfila

« Ordonne aux Bné Israël et dis-leur :  Mon offrande, l’aliment de Mon sacrifice qui est brûlée en odeur agréable, vous veillerez à l’apporter en  son  temps.  »  (28, 2)

Le Sfat Emet commente ce verset en associant au terme ‘veillez-Lichmor’ le sens ”d’attendre” (en hébreu, en effet, le verbe Lichmor peut signifier à la fois “veiller à” ou ”être dans l’attente”, n.d.t). Il signifie dès lors aussi : « Vous serez dans l’attente de l’apporter. » Toute la journée sera ainsi  une préparation dans  l’attente  de l’apporter. Toute la journée sera aussi une préparation dans l’attente impatiente de l’heure où l’on pourra enfin apporter le sacrifice perpétuel, et il en sera de même pour la prière (après la destruction du Temple, les prières quotidiennes ont été instituées en remplacement du sacrifice perpétuel du matin et de l’après-midi). Toute la journée d’un juif, explique-t-il, doit être pour lui secondaire en regard du moment où il prie et pendant lequel il vit réellement. C’est ainsi que le Maître du Kouzari enseigne à son disciple la vertu d’un juif fervent (Kouzari 3, 5) : « Cet instant (de la prière) sera pour lui l’essentiel de sa journée  et  le  centre  de ses préoccupations, tous             les autres moments n’étant que des moyens d’arriver à celui-ci. Il désirera ardemment retrouver cette proximité dans laquelle il ressemble aux êtres spirituels et        se distingue de l’animal.» (Le Kouzari explique dans  la suite  de  cet extrait que  la prière doit être pour  l’homme  comme un aliment qui le nourrit lors d’un repas jusqu’au prochain. De même, il tire sa subsistance spirituelle de la prière jusqu’à la prochaine.)

Un juif de Jérusalem dont l’un des membres de la famille devait subir une opération à l’hôpital Hadassa, décida que pour mettre toutes les chances de réussite de leur côté, il devait parler au préalable avec le directeur général de l’hôpital, dont dépendait chaque décision dans cet établissement. En tant que simple citoyen,   il  n’avait  pratiquement aucune chance de pouvoir accéder directement à cet homme qui occupait un poste aussi élevé. Il voulut donc solliciter l’aide  de Rav Firrer, le conseiller médical connu pour ses relations avec le monde de la santé en  Israël (et également  à l’étranger) afin qu’il intercède pour lui auprès de ce directeur .

Le temps ne jouant pas en faveur du malade, il décida  finalement  de  prendre sa voiture pour se rendre à Hadassa. En chemin, il tenta de joindre Rav Firrer pas  moins d’une dizaine  de  fois mais sans succès. Soudain, il aperçut un homme sur le bas-côté de la route qui lui fit signe qu’il était tombé en panne. Au début, il pensa l’ignorer. Il était bien le dernier à être disponible à ce moment crucial où il tentait par tous les moyens de joindre cet intermédiaire tellement nécessaire. Tout d’un coup, à son immense surprise, il se rendit compte que cet         homme n’était autre que… le directeur de l’hôpital en personne! Il n’était dès lors plus nécessaire ni de parler au conseiller, ni à ses secrétaires.

Souvent, il arrive qu’un juif se tienne au milieu de sa prière et se mette à penser : « Ah! Comment vais-je pouvoir arranger rapidement ce problème, parler avec un certain homme d’affaires, courir chez tel médecin, supplier le responsable de la caisse de prêt ou faire des courbettes au banquier,   essayer de m’attirer la grâce de… ? Il ne cesse de remuer dans son  cœur et dans son cerveau le monde entier. Pourquoi ne comprend-il     pas qu’en priant, c’est comme s’il  se  trouvait (si l’on peut dire) devant ce directeur en personne ? Le psychologue et la personne prête à le comprendre, il les trouvera dans la bénédiction de ”Atta ‘Honène” (où l’on demande à Hachem la sagesse), le professeur spécialisé dans celle de   ”Réfaénou” (réservée à la guérison, n.d.t), la subsistance dont il a besoin et la richesse dans celle de ”Barekh Alénou” (ce qui lui épargnera d’avoir à trouver grâce auprès de quiconque), la paix  dans  son  ménage dans celle de ”Sim Chalom”, etc.

Cette approche de l’existence, poursuit le Sefat Emet, est valable  également  tant  que nous sommes  en  exil  dans  l’attente de voir le Beth Hamikdach reconstruit et les sacrifices à nouveau offerts sur l’autel.  En désirant             ardemment que ce temps revienne, nous possédons une part dans les sacrifices qui étaient offerts jadis et dans la construction future du troisième Temple, Biméera Béyaménou Amen !

Un juif ne peut parvenir  à  ce  désir  que s’il est convaincu que toute sa situation spirituelle et matérielle ne dépend que de  la prière. C’est dans cela qu’il doit mettre l’essentiel de ses efforts. Nos pères investissaient toutes leurs forces dans la prière parce qu’ils savaient qu’elle est la source de tous les profits.

Le ‘Hizkouni, dans son  commentaire  sur le verset « (…) Voici les fils de  Yaakov qui lui naquirent à Padan Aram (Et non pas à Beth Lekhem où  Ra’hel  Iménou  décéda en accouchant de Biniamine). L’explication en est, répond-il, que, lors de la naissance de Yossef (plus haut dans le verset 30, 24), elle pria à Hachem « Yossef Li Hachem Ben A’her », « Qu’Hachem m’ajoute un autre fils ». Cette prière            fut exaucée lorsque Biniamine naquit plus tard. Cependant, la Torah considère qu’il était déjà né à l’endroit (Padan Aram) et à l’heure où elle épancha son cœur en suppliques pour mériter un autre fils. Car telle             est la force de la prière : concrétiser la réalité dès le  moment  où elle est exaucée.

Rav Elimélekh Biderman

‘Houkat

« Et tout ustensile ouvert, sur lequel il n’y a pas de couvercle attaché, est impur. » (Bamidbar 19 ;15)

Rachi : Et tout ustensile ouvert – Le texte parle ici d’un récipient en terre cuite, lequel ne peut pas devenir impur par une cause extérieure, mais seulement intérieure. Si la fermeture de son couvercle n’est pas parfaitement ajustée, il peut devenir impur. Si en revanche il porte un « couvercle attaché », il reste pur (‘Houlin 25a).

Le Rav Sofèr (Ouba’harta ba ‘haïm), explique par allusion que cet ustensile en question fait référence à la bouche de l’homme. Comme le dit Rachi, si « la fermeture de son couvercle n’est pas parfaitement ajustée, il peut devenir impur. » En d’autres termes notre bouche, ne pas peut dire ce qu’elle veut, quand elle le veut, elle doit être mise sous contrôle. Mis à part l’interdit notoire et gravissime du lachone ara dont la Torah nous défend explicitement, nous allons plutôt nous pencher sur la manière de parler et de s’exprimer. Nous devons nous efforcer à parler avec honneur et distinction, et non pas de manière grossière ou familière. LIRE LA SUITE

Ne pas tomber dans le trou

« Car Arnone  est la frontière  de Moav » (Bamidbar 21;13)

Rav Yonathan Eïbeshitz explique le parallèle entre la bataille que livra  Si’hon à Moav et la bataille que l’homme livre contre son Yétser Hara (telle que la Guémara Baba Batra 78b l’enseigne) de la manière suivante : «Ne dis pas, écrit-il, que telle barrière n’est qu’une simple précaution et ne fait pas  une grande différence. Mais, prends exemple de ‘Hechbone, qui était la  ville  frontière de Moav. Si Moav avait veillé sur elle, Si’hone n’aurait jamais pu la vaincre. Comme ce n’était pas une grande cité, il n’utilisa pas tous les moyens militaires possibles pour la garder. Grâce à cela, Si’hon put la conquérir  et à partir de là, la voie était toute tracée pour s’emparer de s’emparer de toute la terre de Moav. »

Cela doit nous enseigner         à veiller scrupuleusement à toutes les barrières pour protéger sa sainteté sans permettre qu’y soit faite la moindre brèche. Car le Yetser Hara guette l’homme précisément dans ses limites sachant que c’est à partir de là qu’il peut provoquer sa chute.

Dans la célèbre ville de Kelm  se trouvait en plein milieu de la place du marché un trou qui causait beaucoup d’accidents. Des gens venaient en toute simplicité à la foire pour y faire des transactions, acheter ou vendre de la marchandise et, absorbés par leurs affaires, ils ne se méfiaient pas de ce trou et y tombaient en se blessant gravement. Certaines personnes (à D. ne plaise) y avaient même perdu la vie. Cela faisait  des générations que  les responsables de la ville et ses ‘sages’ n’étaient pas encore parvenus à  trouver  une solution à cette embûche sur la voie publique (ils ne pouvaient combler cette fosse car ils l’utilisaient).

Lorsque le nombre de victimes  ne  cessa de croître, les sept Touvé Haïr (les gardiens de la ville) en présence d maire décidèrent de réunir une ”cellule d’urgence” à laquelle prendraient part tous les ‘sages’ de la ville. Ils délibéreraient durant trois jours et trois nuits successives afin d’examiner les aspects du problème et parvenir enfin à supprimer ce danger qui planait sur l’ensemble des habitants de la ville depuis toujours. Et en effet, après  un  débat sérieux, ils finirent par  prendre quatre mesures importantes.

Premièrement, étant donné la présence d’eau sale au fond du trou, chaque personne qui tombe se salit à cause de la boue et doit ensuite procéder à un nettoyage long et fastidieux de ses habits. C’est pourquoi il incombe à la mairie de payer des ouvriers qui assècheront toute l’eau et nettoieront le fond  et  les  abords de  la fosse.

Deuxièmement, il sera nécessaire de tapisser le fond du trou avec des couvertures et des coussins afin de préserver celui qui tomberait de s’y briser les os et la tête. Troisièmement, la décision a été prise de              pallier au problème de l’obscurité qui règne au fond du trou              susceptible de terroriser        les personnes qui seraient tombées au point de leur faire perdre la raison. A cette fin, un éclairage y sera installé. Quatrièmement, une échelle sera fixée dans le trou, permettant  aux  victimes d’une chute de pouvoir remonter et en sortir.

La nouvelle fut  ainsi  publiée que grâce à ”l’union de tous les sages”, on avait la joie de faire savoir qu’une solution  avait enfin été  trouvée  afin  d’éradiquer  le danger existant. Et, en effet, durant plusieurs jours d’affilée, des ouvriers travaillèrent sans relâche afin de mettre à exécution les mesures qui avaient été décidées. La ville était au comble de la joie.

Il ne s’écoula pas plus de quelques jours, lorsque la première  victime  tomba  dans la fosse ainsi aménagée. Et oh, merveille, grâce aux coussins, elle ne  se blessa  pas  le moins du monde. Considérant  la lumière qui régnait et la présence de couvertures pour s’allonger, l’homme  ne vit pas la nécessité de se hâter à sortir en empruntant l’échelle. Après deux heures, un deuxième hôte tomba sur la tête du premier et par la force du choc lui brisa presque le crâne. Peu s’en fut qu’il ne lui ôtât la vie. Lui-même se fractura les mains          et les pieds. La consternation régna à nouveau dans la ville !

Encore une fois, une réunion d’urgence fut organisée pour prendre de nouvelles mesures. A ce moment arriva dans la ville un étranger qui, en entendant ce qui  se passait, se mit à blâmer virulemment ses habitants et ses ‘sages’ : «  Est-ce  ainsi, s’écria-t-il, que l’on enlève le danger, en aménageant la fosse ? Construisez plutôt une barrière autour, et préservez-vous ainsi de la chute ! »

Cette parabole nous fait sourire mais en réalité, nous-mêmes ressemblons à ces habitants stupides de Kelm  !  Les  appareils et téléphones portables en tous genres représentent chacun une fosse profonde et une menace  pour  notre  âme et celle de nos enfants (à D. ne plaise).

Que fait             le ”sage             de Kelm” ? Il rembourre et éclaire l’intérieur de la fosse. Ici également, il  demande une ”cacheroute” afin de pouvoir utiliser son appareil. Certes, grâce à ce tampon de conformité, il ne subira pas    de coup. Néanmoins, en l’utilisant sans cesse, il ne se rend pas compte qu’il reste au fond du trou. Et au lieu de remonter et de se  sauver, il l’aménage pour y séjourner.

Ce n’est pas tout : à tout moment, il se trouve également en danger à cause des mauvaises fréquentations. Il  n’est,  en effet, pas  à  l’abri  d’un  ”bon  ami”  qui, lui, n’est  pas  spécialement  scrupuleux  sur la cacheroute des appareils.  Et puisqu’il entretient avec lui une correspondance suivie, il n’est pas exclu qu’il lui ”tombe  dessus”  et  que  chacun  se retrouve estropié (spirituellement) à cause de l’autre.

C’est pourquoi il  faudra,  dans  ce domaine, ancrer la chose  dans  son  cœur et ne pas chercher toutes sortes de ”permissions douteuses”. Mais, au contraire, on se préservera à l’aide de solides barrières en suivant scrupuleusement la voie de nos Rabbanim. Heureux celui qui se conduit de la sorte, dans ce monde et dans le monde futur  !

Rav Elimélekh Biderman

Chéla’h Lékha

Les Bneï Israël sont au seuil de la Terre promise, et c’est alors que se produit un épisode lourd en conséquences. Douze illustres personnalités du peuple, une désignée par tribu, sont chargées de mener une mission d’exploration du Pays. Mais à leur retour, ces explorateurs fournissent un rapport catastrophique, démoralisant le peuple qui se mit à douter sur la possibilité de prendre possession de la Terre qu’Hachem avait promise à Avraham en héritage. A cause de cela, toute cette génération sera condamnée à périr dans le désert et l’entrée en Terre Sainte sera décalée de quarante ans. Pourquoi l’expédition des explorateurs en Terre Sainte a-t-elle échoué et entraîné de graves conséquences? LIRE LA SUITE

Chéla’h Lékha: Le Moi en émoi

« Tout est entre les mains du  Ciel  »  :  le véritable croyant, celui qui ne cesse de voir la main d’Hachem dans chaque événement

«Envoie pour toi des hommes » (13, 2) Rachi explique : ”pour toi”,  selon  ton  avis, Moi Je ne t’en donne pas l’ordre. Certains expliquent ce Rachi de la manière qui suit, après une petite introduction sur un verset des Téhilim (116,  10-11) : « J’ai cru que je parlerais, j’ai été très pauvre. J’ai     dit en hâte tout dans l’homme est trompeur.» (verset du Hallel, n.d.t)

Tout homme a  tendance par nature à s’attribuer le mérite de  ses  actions  :  il fait, il bâtit, il détruit, il réussit, etc. Mais en réalité, s’il vivait avec une foi parfaite qu’Hachem est à l’origine de toutes ses actions, il se rendrait à  l’évidence  que  tout provient d’En-Haut.

C’est ce que vient nous  enseigner  ce verset en allusion : « J’ai cru que je parlerais » : celui qui vit dans une perspective où c’est le ‘je’ qui  parle,  où tout ce qui advient est orienté vers  son  ego parce qu’il croit que ”c’est moi qui ai fait, c’est l’œuvre de mes mains”, obtient comme résultat de son attitude : « j’ai été très pauvre ». Une telle personne est que tout provient du Ciel.

En revanche, le véritable croyant mentionne en permanence l’intervention Divine dans tous les évènements de son existence et seulement très rarement évoque en  hâte  le  ‘je’  :  «  J’ai  dit  en hâte ». On ne peut réellement lui en tenir rigueur, car l’imperfection est humaine et

« tout dans l’homme est trompeur ».

C’est suivant cette ligne de pensée  que  l’on peut également expliquer le commentaire de Rachi sur  les  explorateurs : ‘Moi, Je ne te  l’ordonne  pas’. Allusivement, cela  évoque qu’Hachem a dit à Moché : Je  ne  t’ordonne pas d’envoyer des gens qui revendiquent leur ‘Moi’. Car envoyer de tels émissaires dont  toutes  les  paroles sont guidées par leur ego, peut avoir des conséquences fâcheuses et incalculables.

Et de fait, cette crainte se concrétisa finalement, puisque les explorateurs échouèrent dans leur mission par manque de confiance en Hachem. Ils pensèrent en effet, que la conquête de la Terre d’Israël dépendait de la force des hommes. Dès lors, ils furent saisis de crainte à  la vue  des géants qui occupaient le pays et ils communiquèrent leur propre  peur  aux Bné Israël en prétendant : « Nous ne pourrons pas aller à l’encontre de ce peuple car il est plus fort que nous (…). Nous avons vu là-bas des créatures gigantesques. (..) » (13, 31-33). Et par de tels propos, ils altérèrent leur Emouna. Si au contraire, ils avaient été  convaincus  que rien n’est dans les mains de  l’homme et que tout dépend de la Volonté  Divine  ils n’auraient              pas eu la moindre inquiétude et n’auraient jamais été effrayés de la sorte.

La Torah elle-même en témoigne dans la Paracha de Dévarim (lorsque              Moché relate cet épisode, n.d.t) : « Je vous dis (alors) : ”Ne vous émouvez pas et ne craignez rien, Hachem votre D. marche à votre tête et Il combat pour vous !” » (1, 29-30)        Est-ce  que quelque chose peut empêcher D.   d’amener la délivrance ? Les explorateurs qui effrayèrent les Bné Israël ne furent conduits à agir de la sorte que parce qu’ils mirent exagérément en avant leur ego.

Le Rachav de Loubavitch  envoya  une  fois le Reitz, chez un certain juif pour lui venir en aide. Ce dernier se         hâta d’accomplir l’ordre de son père : « J’ai accompli ton ordre, j’ai fait du  bien  à  cette personne.

Tu te trompes doublement mon fils, lui répondit le Rachav. Premièrement,  quand tu dis ‘j’ai accompli ta mission’, c’est faux. Ce n’est  pas  toi  qui accomplis à chaque instant tout ce qui advient. Ta seule part dans cette Mitsva est d’avoir été choisi pour être Son émissaire, à savoir : il avait déjà été décrété que cette personne fût  délivrée de son épreuve à cet instant. Et même sans ton intervention, elle aurait été sauvée car D. possède de nombreux émissaires à Sa disposition pour réaliser

Ses plans. Ensuite, lorsque tu as dit ”j’ai fait du bien à cet  homme”,  cela  aussi  est inexact, car au  contraire,  c’est  lui  qui t’a fait du bien comme nos Sages l’enseignent   (Midrach Zouta Ruth 2,19) : ”le pauvre fait plus pour le maître  de maison  que  le maître de maison  fait pour le pauvre”.

On peut d’ailleurs ajouter à ce qui précède que celui qui se garde de  vivre une existence tournée  uniquement  vers son ego, se rend de fait à l’évidence qu’il est dépendant de la Bonté Divine et que c’est              elle qui le fait vivre à chaque instant. Lorsqu’il se trouve parfois confronté à des difficultés, il n’a dès lors aucune crainte de l’avenir car il sait que pour Hachem,  qui est tout puissant, il n’y  a aucune différence entre faire vivre des myriades d’êtres humains et sauver  les  Bné Israël des géants qui occupent  la  Terre Sainte.              Seul celui qui vit en pensant être capable de pourvoir à ses besoins est saisi de terreur à  la  vue  de  ces créatures gigantesques. Car face à  elles, même son ego si ”important” perd tous ses moyens.

Rabbi Elimélekh Biderman

Béaalotékha: Forfait illimité

«Hachem dit à Moché : Est-ce que le bras d’Hachem est trop court ? » (Bamidbar 11, 23)

Cet appel constitue un encouragement pour chaque juif à repousser de son cœur toute inquiétude convaincu que son Père Céleste s’occupe de tous ses besoins.

Il est fréquent, en effet, que lorsque naissent des sujets  d’inquiétude  importante ou non, dans le domaine spirituel et plus encore matériel, une personne s’y morfonde. Elle ne cesse de penser : « Que va-t-il advenir de mes revenus qui demeurent insuffisants pour vivre, quel sera mon sort dans les Chidoukhim, quand viendra  la  guérison ou la délivrance, comment parvenir à m’affranchir d’untel qui me fait concurrence ou d’un autre qui n’arrête pas de ternir ma réputation ?  » Ce  sera alors  le moment de savoir  que  ces  épreuves  ont un but unique : le Créateur désire que Ses enfants aient confiance en Lui et prennent conscience que, sans Son aide, rien de petit ou de  grand  n’est  possible. De cette manière, l’homme trouve la sérénité et la tranquillité d’esprit, d’autant plus qu’en réalité, cette inquiétude n’a aucun fondement. En effet, rien ni personne ne peut lui nuire ni lui venir en aide, lui causer la moindre perte ou lui apporter le plus petit profit, si cela n’a pas été décrété par Hachem, Créateur du Ciel et de la Terre.

La Guémara (Sanhédrine 106b) enseigne que ”la Torah de Doèg le Edomite n’était que superficielle”. (Doèg fut le conseiller du Roi Chaoul. Erudit en Torah, il fait néanmoins partie des quatre personnages bibliques qui n’ont pas de part au Monde Futur pour avoir discrédité David et ceux qui l’aidèrent dans sa fuite et provoqué ainsi l’exécution par Chaoul de Nov, une ville entière de Cohanim, n.d.t) Certains expliquent cette Guémara de manière allusive (en s’appuyant sur le nom Doèg qui  signifie  en  hébreu  ”s’inquiéter”,  n.d.t) : un homme  qui s’adonne à l’étude  de la Torah et qui est constamment  en proie à la crainte et à l’inquiétude, tant  dans le domaine  spirituel  que  matériel (au sujet de sa subsistance ou de  ses  autres besoins) témoigne par cela que sa Torah demeure  superficielle.  Car  l’étude a pour effet d’imprégner le cœur de l’homme d’une foi intègre dans le Saint-Béni-Soit-Il et, par conséquent, de repousser toute inquiétude lorsqu’il doit faire face aux vicissitudes de l’existence. Au contraire, il est convaincu que tout ce qui lui arrive provient de  son  Père  Céleste et  ne  peut  lui  être que bénéfique.

Un homme richissime avait une fille unique parée de  toutes  les  vertus, Lorsque celle-ci arriva en âge de se marier, son père envoya un émissaire  à l’un  des  plus  grands  Roch Yéchiva en lui   demandant de lui  trouver un mari érudit en Torah, craignant D. et doté des meilleures qualités. Le ‘Hatan pouvait, promit-il, être sûr de ne manquer de rien. Toutes les  dépenses  du  mariage  seraient à son compte et son gendre vivrait à sa charge durant toute son existence. Avec l’aide de D., il n’aurait donc jamais à s’inquiéter de sa subsistance ni d’aucun besoin. Quelques jours après, le Roch Yéchiva fit savoir au père qu’il avait un Ba’hour d’une érudition sans pareille et animé d’une crainte d’Hachem sans compromis qui convenait parfaitement à ses exigences. Sur le champ, le riche se  mit en route avec émotion dans l’intention cependant de tester les connaissances   du dit   Ba’hour dans les sujets talmudiques les plus ardus. Il comptait en         outre vérifier de près sa conduite. Le ‘Hatan fit, en effet, preuve d’une érudition immense dans tous les domaines de la Torah et lui fit bonne impression quant à ses traits de caractère. Le père qui ne cessait de s’émerveiller de ses      connaissances si vastes en Torah associées à un esprit acéré sans pareil, décida qu’il serait son gendre.

Lorsqu’arriva l’heure de conclure  l’union et de lever les verres en l’honneur de l’heureux événement et alors qu’on  était sur le point de ”casser l’assiette”, le  Ba’hour demanda au  père  quelle  somme il prévoyait de donner  en  dot…  Ce  dernier se leva brusquement, se dirigea vers le Roch Yéchiva et lui annonça  que  le Chidoukh était annulé et qu’il refusait catégoriquement de donner sa fille  à  un tel Ba’hour. Le Rav, surpris, lui demanda s’il s’était aperçu chez lui d’un quelconque manque de connaissances ou de crainte de D., ou encore s’il avait découvert un défaut caché.

« Ses connaissances en Torah  et  sa  crainte de D. sont immenses, répondit le père, et il est promis à un grand avenir. Cependant, son manque de bon sens n’a d’égal que sa stupidité. Toute la ville connaît la grandeur de ma richesse et la réputation de ma famille. Tous savent également que je ne possède qu’une fille unique. Cela signifie que tous mes biens sont destinés à ma fille et à son  mari depuis le jour du mariage  et  en  particulier, après 120 ans lorsqu’ils seront mes uniques  héritiers.  Par  conséquent, ses doutes quant au montant de la dot, traduisent un manque de perspicacité évident et pour rien au monde je ne le prendrai comme mari pour ma fille ! »

Cette histoire est un exemple de notre situation : pourquoi s’inquiéter de de la manière dont notre subsistance nous parviendra ? N’est-il pas écrit : « L’argent est à Moi l’or est à Moi, parole du  D.  Tout puissant » (‘Hagaï 2, 8) ? Le monde entier et tout ce qu’il contient est Sa propriété. Sa richesse (si on peut  dire !)  est connue de tous et de plus, les Bné  Israël sont Ses enfants  bien-aimés,  comme   il   est   dit   (Jérémie   31,   19)  : « Ephraïm est mon fils chéri, mon enfant de prédilection », à l’instar de l’enfant unique de ce père richissime. Dès lors, si un juif s’inquiète encore en se demandant constamment ”d’où me viendra l’aide nécessaire ? Comment pourvoirai-je aux besoins de ma famille  ?”, il  ressemble  à ce  Ba’hour et à sa question insensée :”combien recevrai-je en dôt ?”. Ne comprend-il pas qu’en recevant pour femme la fille de ce riche, il recevra également tout ce dont il a besoin ?

Il en est de même  de chaque juif : il doit  se rappeler que son Père Céleste  est présent en permanence et lui promet qu’il ne manquera de rien, comme il est dit: « Rien ne manque à ceux  qui  le  craignent.» (Téhilim 34, 10)

Rav Elimélekh Biderman Chlita

Lecture du « Tikoune » la nuit de Chavouot : l’importance et la sainteté de cette nuit

Les décisionnaires (cf. le Michna Broura 494, 1) rapportent au nom du Ari Zal (Chaar Ha Kavanot) que « celui qui ne dort pas du tout pendant la nuit de Chavouot et s’adonne à l’étude de la Torah est certain de vivre toute cette année et de ne subir aucun dommage

». On peut, à travers cela, se rendre compte de l’importance de l’étude pendant cette nuit, puisque l’on ne trouve pratiquement nulle part la formulation d’une telle promesse (« est certain de vivre toute cette année… »). Le Ari Zal ajoute : « Ce n’est pas tout mais encore de cela dépend la décision de faire vivre l’homme pendant cette année. »

Cet enseignement puise en réalité sa source dans les paroles suivantes du Zohar (dans l’introduction) qui rapporte que Rabbi Chimone et tous ses fidèles s’adonnaient à l’étude de la Torah pendant toute cette nuit et chacun d’entre eux innovait des paroles inédites de Torah. Leur joie était immense au point que Rabbi Chimone leur dit alors :

« Mes enfants, heureux est votre sort car la fiancée, la Présence Divine, ne pénétrera sous le dais nuptial demain qu’en votre compagnie, car tous ceux qui s’occupent d’arranger les apparats de la fiancée pendant cette nuit dans la joie, seront inscrits dans le Livre du Souvenir et le Saint-Béni-Soit-Il les bénira de soixante-dix bénédictions et de soixante-dix couronnes des mondes supérieurs. » Plus loin, le Zohar poursuit en disant : « Celui qui s’associe à Elle pendant cette nuit, sera protégé En-Haut et en bas pendant toute cette année et il finira cette année en paix. »

Dans un autre endroit, le Zohar (98a) rapporte : « C’est pourquoi les Anciens ne dormaient par durant toute cette nuit et étudiaient la Torah en disant : ”Venons

hériter la Torah qui est un patrimoine sacré pour nous-mêmes et pour nos enfants dans ce monde et dans le monde futur.” »

Veillons donc à remplir et à exploiter au mieux cette nuit tellement sacrée !

Rabbi ‘Haïm Brime aperçut une fois un juif qui somnolait pendant la prière du matin de Chavouot (en ayant succombé au sommeil après une nuit entière d’étude). Lorsqu’il se réveilla, Rabbi ‘Haïm lui demanda :

« As-tu déjà vu dans ta vie un fiancé qui somnole sous le dais nuptial ? Le jour des noces du peuple d’Israël, c’est le jour du don de la Torah ! »

Un homme demanda une fois à Rav Chlomo Zalman Auerbach : connaissant sa propre nature, il savait qu’en veillant toute la nuit pour étudier la Torah, il allait somnoler le matin lors de la prière. A quoi devait-il donner priorité ?

Rav Chlomo Zalman Auerbach lui répondit alors sagement : « Bien que selon la loi, la prière du matin a la priorité sur la veillée qui n’est qu’une coutume, néanmoins, tu dois veiller à l’âme de tes enfants (en lui signifiant ainsi : que D. préserve qu’ils apprennent  de toi à traiter avec désinvolture cette coutume ancestrale observée par tous les juifs !). »

Rabbi ‘Haïm Leib Auerbach (le père de Rav Chlomo Zalman) avait coutume de se rendre le jour de Chavouot chez le Rav Moché Yossef Hofman, juge rabbinique de Papo, qui habitait au fin fond de Jérusalem, afin de lui donner sa bénédiction à l’occasion de la fête.

Une année, il le trouva le visage rayonnant de joie et lui en demanda la raison.

« Je n’avais pas l’intention de t’en parler, lui répondit-il, mais puisque tu me le demandes, je vais te révéler un secret : lorsque j’étais jeune homme, j’ai étudié dans la grande Yéchiva du Ketav Sofer (le fils du

‘Hatam Sofer, n.d.t). Il était de tradition au nom du ‘Hatam Sofer que celui qui étudie toute  la nuit de Chavouot sans s’interrompre ne fût-ce qu’un instant avec une grande concentration, mériterait de voir le Prophète Eliahou. De nombreux Ba’hourim essayèrent de mener à bien cette promesse, mais sans y parvenir. Moi-même, je tentai durant des années d’étudier toute la nuit sans m’interrompre mais je n’ai jamais mérité d’arriver au bout. Cette année, j’ai étudié toute la nuit en ne concentrant mon esprit que sur l’étude. Or cela faisait longtemps que je butais sur la compréhension d’un passage du Zohar. Dans la nuit, un vieil homme est venu et me l’a expliqué très clairement. Après qu’il eut fini, je fermai les yeux pour réfléchir à son explication. Lorsque je les ouvris, il avait disparu. En regardant la montre, je constatai que l’aube était arrivée Je compris alors que ce vieillard n’était autre que le Prophète Eliahou. Comment ne serais-je pas rempli d’allégresse? »

Chacun pourrait se dire : « Qui suis-je pour assumer un tel rôle ? Penses-tu vraiment que moi, qui suis si petit et misérable, puisse parer la Présence Divine de Ses bijoux ? »

Ecoutons plutôt ce que dit le Séder Yom  à ce sujet en rapportant les paroles du Zohar (citées plus haut) : « Heureux est celui qui mérite un tel honneur qui fait l’orgueil et l’apparat du Créateur. Que cela ne soit pas une mince chose à ses yeux, car même si l’homme est faible et misérable sous un certain angle, il a le pouvoir de soutenir tous les mondes, ce que même un ange céleste ne peut accomplir. Et il donne (si l’on peut dire) force et vaillance au Créateur du monde, comme il est écrit (Dévarim 33, 26) : “Il chevauche les Cieux par ton aide.” Chacun, aussi petit et simple soit-il, doit s’habituer à se considérer et à s’enorgueillir dans ce domaine en se disant : “Peut-être que grâce  à moi, l’accomplissement de la Volonté Divine dans un certain domaine sera rendue possible ?” Nos Sages enseignent : “Que la bénédiction d’un homme simple ne soit pas négligeable à tes yeux (…). Lorsqu’une

personne se dévalorise à ses propres yeux  en disant “qui suis-je et que vaux-je pour être digne de parfaire les mondes par mes actes ou (au contraire) de les endommager (…)”

Voici les célèbres paroles de Rabbi Chlomo Alkabèts (l’auteur du chant bien connu Lekha Dodi, n.d.t) pendant la nuit de Chavouot

: « Lorsque nous commençâmes à étudier la Michna et après avoir terminé deux traités, notre Créateur nous fit mériter d’entendre une voix Céleste qui disait : “Ecoutez mes amis qui recherchez la perfection, mes amis bien-aimés, que la paix soit sur vous, heureux soyez-vous et heureux soient celles qui vous ont mis au monde, heureux soyez-vous dans le monde futur, vous qui vous efforcerez de Me couronner cette nuit ! Voilà plusieurs années déjà que Ma couronne est tombée et personne ne Me console. Je suis jeté dans la poussière en étreignant les immondices. A présent, vous M’avez restitué ma couronne. Efforcez-vous encore mes amis, soyez courageux mes bien-aimés, réjouissez-vous et sachez que vous comptez parmi les gens de valeur et que vous faites partie du Sanctuaire du Roi, que la voix de votre Torah et que le souffle sacré de votre bouche sont montés jusque devant le Saint-Béni-Soit-Il et qu’ils ont transpercé plusieurs espaces et plusieurs Cieux avant d’y arriver. Les anges célestes se sont tu, les Séraphins sont demeurés inertes, les saintes ‘Hayot se sont arrêtées, toute l’armée Céleste et le Saint- Béni-Soit-Il écoutent votre voix (…) ! Vous êtes tellement élevés ! Heureux soyez-vous et heureux celles qui vous ont mis au monde, mes amis qui n’avez pas donné le sommeil   à vos yeux ! Grâce à vous, Je me suis élevé cette nuit ! C’est pourquoi, renforcez-vous et réjouissez-vous mes chers enfants qui recherchez la perfection, ne vous arrêtez pas d’étudier, car une nuée de bonté vous recouvre et votre Torah est suave pour le Saint-Béni-Soit-Il ! Levez-vous, élevez-Moi et dites à voix haute comme le Jour de Kippour : Baroukh Chem Kevod Malkhouto Leolam Vaède !” »

Cela pour nous enseigner que la sainteté de la nuit de Chavouot est comparable à celle de Yom Kippour. Et en particulier, s’il s’adonne à l’étude de la Torah à ce moment, un juif a le pouvoir d’élever grâce à cela la Présence Divine, de compter parmi les fidèles du Sanctuaire Royal et de pénétrer avec la fiancée, la Présence Divine, sous le dais nuptial. (Certes cela a été dit au sujet des grands de notre peuple comme le Beth Yossef et la sainte assemblée des cabalistes, néanmoins, tout cela est valable pour nous chacun à son échelle, comme les paroles du ‘Hatam Sofer rapportées plus haut: même le plus faible d’entre les juifs possède un potentiel immense !)

Le Mégalé Amoukot rapporte pour sa part au nom du Avital que demeurer éveillé une nuit entière en étudiant la Torah a la force d’expier une peine de Karète (retranchement, n.d.t) dont un juif se serait rendu passible. Et si cela est vrai au sujet d’une nuit d’étude n’importe quand dans l’année, combien a fortiori la nuit de Chavouot possède-t-elle la force d’expier une multitude de peines de Karète !

« Ouvre nos cœurs ! » : prier pour acquérir la crainte du Ciel et pour réussir dans la Torah

Un juif ne doit pas perdre une occasion d’abonder en prières pour sa réussite spirituelle. Le ‘Hidouché Harim (rapporté plusieurs fois par le Sefat Emet) explique la coutume de lire le livre de Ruth pour la fête de Chavouot par le fait que celle-ci se termine par la naissance de David Hamélekh qui a abreuvé le Saint-Béni-Soit-Il de chants et de louanges. (Brakhot 7b) Cet enseignement est basé sur la ressemblance du nom רות(Ruth) et du verbe להרוות(abreuver, n.d.t). Or, David Hamélekh lui-même s’est exclamé en disant (Téhilim 119, 4) : « Vaani Téfilah », « je suis une prière », cela pour nous enseigner qu’il est impossible d’acquérir la Torah sans prier comme il est impossible de dissocier la prière de la Torah (et c’est pourquoi le jour du don de la Torah, il est coutume de lire le livre de Ruth qui évoque les prières composées par son descendant David Hamélekh, n.d.t).

Rabbi Naphtali de Rachpitz s’allongeait pendant des heures dans la prière ”Ahava Rabba” (prière faisait l’éloge de la Torah, nommée

ainsi dans le rite achkénaze et qui correspond à la même prière que Ahavat Olam dans le rite Sépharade, n.d.t). Il s’épanchait alors avec une dévotion sacrée devant le Maître du Monde pour mériter la réussite dans la Torah et la Crainte du Ciel. Cette conduite des Tsadikim vient confirmer qu’il est impensable de réussir dans la Torah et dans n’importe quel travail spirituel, sans prier à cette fin pendant ce jour. Puisse Hachem recevoir avec miséricorde nos prières. Un des disciples du ‘Hatam Sofer qui s’était marié avec une femme de la banlieue de Rachpitz se trouva un jour de Chavouot à prier en compagnie de Rabbi Naphtali. Lorsqu’il revint chez son Maître, ce dernier s’enquit de l’endroit où il avait passé la fête. Lorsqu’il apprit qu’il était à Rachpitz, le ‘Hatam Sofer lui demanda ce qu’il avait vu et entendu. Son élève lui décrivit alors l’aspect de la synagogue toute entière en émotion au moment de la prière de Ahava Rabba, lorsque tous les fidèles suppliaient en larmes qu’Hachem leur ouvre le cœur à Sa Torah. En entendant cela, le ‘Hatam Sofer ne tarit pas d’éloges à leur sujet !

Le Rav de Monkacht dans son livre Chaaré Issakhar (dans le passage consacré à Chavouot) écrit : « Les Tsadikim fervents ont coutume de s’étendre longuement dans la bénédiction de Ahava Rabba “le jour de Chavouot”. »

Rabbi Chmalké de Nikalshburg déclara une fois devant ses élèves : « Celui qui n’a pas dit la bénédiction de Ahava Rabba ou de Atta ‘Honène (toutes deux sont en rapport avec  l’étude de la Torah, n.d.t) avec dévotion, ne peut espérer innover un enseignement de Torah inédit ce jour-là. » Un de ses disciples protesta en avouant qu’il n’avait pas prononcé ces bénédictions avec concentration et qu’il avait pourtant réussi à innover le même jour un enseignement inédit de Torah. Le Rav lui demanda d’exposer cet enseignement et lui montra comment le réfuter, lui prouvant ainsi qu’il manquait d’authenticité.

On peut voir également à travers les mots de la prière qui nous a été transmise par les Anciens de la Grande Assemblée, à quel point l’homme doit s’efforcer de supplier afin que, du Ciel, on lui ouvre les portes de la compréhension dans la Torah. On ne trouve en effet dans aucune autre partie de la prière un tel langage de supplique comme Ahava Rabba. Celle-ci débute par une requête : « Puisses-tu Hachem entendre la voix de nos prières en l’honneur de Ton Grand Nom ! » On y mentionne ensuite le mérite de nos Patriarches : « En l’honneur de nos Pères qui ont placé leur confiance en Toi. » Tout ceci afin que nous puissions mériter la bénédiction : « Fais-nous grâce en nous enseignant Ta Torah ». Puis, on continue à solliciter la Miséricorde Divine en invoquant à nouveau notre relation d’un fils avec son Père envers Hachem en disant ”Notre Père, Père miséricordieux”, en rappelant en outre que cette miséricorde pour nous est permanente et en Le suppliant ainsi, que même à présent, Il ait pitié de nous : « Aie pitié de nous et donne à notre cœur le discernement et l’intelligence afin de comprendre, d’étudier et de transmettre, de conserver, d’appliquer et d’accomplir toutes les paroles d’enseignement de Ta Torah, avec amour. » De telles formules ne se trouvent dans aucune autre prière, car le fondement de tout notre travail spirituel débute par la compréhension de la Torah, sans laquelle notre existence même est menacée. On trouve à cela une allusion dans l’enseignement de nos Sages (Mekhilta  Chemot 20) : au moment du don de la Torah, Hachem est apparu comme ”un vieillard rempli de miséricorde”, afin d’indiquer à l’homme qu’il doit abonder en prières pour solliciter la miséricorde du Tout-Puissant et mériter ainsi de comprendre Sa Sainte Torah.

Dans sa traduction araméenne de la Torah, à propos des recommandations que Yitro adressa à Moché Rabbénou « Et tu les mettras en garde sur les lois et les préceptes et tu leur feras savoir la voie qu’ils doivent adopter » (Chemot 18, 20), Yonathan Ben Ouziel traduit et commente ce verset en écrivant : « Tu leur enseigneras les prières qu’ils doivent dire dans leurs synagogues », alors que ce verset ne fait nullement mention de prières mais seulement des lois et des préceptes. Ceci afin de suggérer à nouveau que la réussite dans la Torah nécessite d’épancher son cœur en prières devant Hachem.

Néanmoins, sitôt après avoir prié, on devra s’adonner à l’étude. Il est en effet illusoire de supplier dans la prière de Ahava Rabba si lorsqu’il s’agit de mettre les choses en pratique, l’homme est absent.

Le ‘Hafets ‘Haïm comparait cela à un pauvre qui avait supplié en pleurant un homme riche de l’aider à subvenir à ses besoins. Ce dernier lui répondit qu’il n’avait pas d’argent en poche et lui recommanda de venir à son travail à une certaine heure. Il serait alors en mesure de lui remettre une somme conséquente. Le pauvre ne vint pas ce jour-là. Le lendemain, le pauvre réitéra sa requête. « Je t’avais pourtant recommandé de venir hier, lui dit le riche, pourquoi n’es- tu pas venu ? Bon, viens aujourd’hui ! » Le phénomène se reproduisit plusieurs jours d’affilée. Peut-on imaginer, demande le ‘Hafets ‘Haïm, que ce riche continue encore  à prêter attention aux demandes de ce pauvre ?

On rapporte que le Rav de Rachpitz aperçut un jour un Avrekh qui priait avec beaucoup de dévotion le jour de Chavouot et qui prononçait pendant très longtemps les mots « éclaire nos yeux de ta Torah », et cela plusieurs fois comme un fils qui demanderait à son père avec insistance. Lorsqu’il eut fini, le Rav s’approcha de lui avec un grand livre de Guemara dans ses mains et lui dit : « J’étais dans le Ciel et j’ai vu que ta prière a porté ses fruits et a été exaucée avec bienveillance ! Voici une Guemara, commence à étudier ! »

Il est connu que Rabbi Mendel de Riminov disait (Béérot Hamaïm) qu’à partir de Roch ‘Hodèche Sivan lorsque les Bné Israël commencèrent à voyager dans le désert jusqu’à leur arrivée au Mont Sinaï où ils reçurent la Torah, ils prononçaient la prière de Ahava Rabba avec application et une dévotion particulière et ils suppliaient du fond du cœur ”éclaire-nous de Ta Torah et attache nos cœurs à tes préceptes” afin de se préparer au don de la Torah.

Il nous incombe en particulier pendant cette période, de veiller à prononcer les bénédictions de la Torah avec d’autant plus de concentration. Le Noda Beyouda (Tsa’h Brakhot 64a) affirme que selon lui la bénédiction sur la Torah possède la propriété miraculeuse de faire que l’on n’oublie pas ce que l’on étudie.

Rav Elimélekh Biderman chlita