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De Valentin à Avraham (2ème partie)

Après avoir été lâchement dénoncé, Avraham fut arrêté et emprisonné par la police qui informa immédiatement ses parents que leur cher fils avait été retrouvé, mais que celui-ci avait abjuré la religion chrétienne en se convertissant au judaïsme.

Bouleversés, ses parents accoururent, et insistèrent pour ramener leur tendre Valentin à la raison et dans sa religion d’origine. Les plus hautes autorités religieuses intervinrent également dans ce sens, lui expliquant l’immense honte pour ses parents, une famille de nobles, d’avoir un fils qui avait aussi mal tourné. Mais en vain, toutes leurs argumentations restèrent parfaitement stériles.

Ses parents d’une richesse incommensurable, étaient prêts s’il renonçait en public au judaïsme, de lui construire un beth hamidrach privé, où il pourra étudier seul et sans contrainte. Mais Avraham répondait sans faiblir que la loi juive constituait sa conviction profonde et sacrée et qu’il était prêt, s’il le fallait à mourir par fidélité à sa foi.

Un Jour, un évêque important de l’église lui expliqua que son attitude était tout à fait illogique et voici ses paroles : « Si D.ieu avait voulu que tu sois Juif, Il t’aurait fait naître de parents Juifs. Mais puisque tu es né de parents chrétiens, cela prouve qu’Il veut que tu sois chrétien, comme tes pères!»

Mais Avraham lui répondit : «  Lorsque Hachem a donné la Torah au Mont Sinaï. Il l’a tout d’abord proposée à toutes les nations du monde, qui l’ont refusée. Cependant Il n’a pas fait du porte à porte vers chaque individu pour lui proposer la Torah. Il l’a présentée aux chefs de chaque peuple et nation. Parmi eux, certainement y avait-t-il eu nombres de personnes qui auraient souhaité recevoir la Torah; mais elles en furent empêchées par les décisions de leurs autorités. Toutefois Hachem ne prive aucune créature de la récompense qu’elle mérite. Il a prévu dans Sa bonté suprême que les âmes des descendants de ceux qui auraient voulu recevoir la Torah seraient dispersées dans toutes les générations et accéderaient individuellement à leur place dans le peuple Juif par une démarche vers leur conversion. Inversement, parmi l’ensemble des Enfants d’Israël qui acceptèrent la Torah, il devait bien y en avoir qui personnellement, auraient préféré la refuser. Mais portés par l’acceptation de l’ensemble du peuple, ils sont entrés dans la vie Juive, malgré eux. Leurs descendants forment ceux qui ont trahi et quittent le Judaïsme à une époque ou à une autre. »

L’évêque déconcerté et voyant qu’ils ne réussissaient pas à influencer le fils Potoçki, n’avait pas d’autres choix de lui infliger d’atroces souffrances physiques et morales. Après un long emprisonnement et un procès pour hérésie, il fut condamné à être brûlé vif à Vilna, le second jour de Chavouot de l’année 1749. Sentence qu’il accepta de grand cœur, en expliquant même, qu’il était heureux de purifier son corps par le feu, de tous aliments impurs qu’il avait consommés avant de devenir Juif.

Le Gaon de Vilna lui envoie un message lui offrant la possibilité de le secourir en utilisant la Kabbale. Mais Abraham ben Abraham refuse, préférant mourir « al kiddoush Hachem/en sanctifiant le nom de D.ieu » et s’enquiert auprès du Gaon de la prière qu’il devra réciter juste avant de mourir. Le Gaon de Vilna le manda de réciter la bénédiction suivante : « Baroukh ata Ha-Chem…vetsivanou leqadèch eth chemo be’rabim/Béni sois-Tu…qui nous a ordonné de sanctifier le Nom en public ».

Comme il était en ces temps très dangereux pour un Juif d’assister à l’exécution, la communauté juive envoya un Juif ne portant pas la barbe, pour se mêler à la foule afin qu’il puisse l’écouter et lui répondre « amen ». Il réussit aussi, par corruption, à se procurer quelques cendres du martyr, lesquelles furent ensuite enterrées dans le cimetière juif.

Le Jour même de son exécution est né Rabbi Haïm de Vologin, le plus grand des disciples du Gaon de Vilna, fondateur de la grande Yéchiva de Vologin. En 1796 le Gaon de Vilna quitta ce monde, et fut enterré juste à côté de Avraham ben Avraham.

On considère que Chavouot est le moment de raconter l’histoire de Potoçki parce Chavouot est l’anniversaire de son exécution. Une réflexion doit venir à l’esprit : Chavouot étant la « célébration » du don de la Torah au mont Sinaï et le moment d’accepter de recevoir la Torah, les arguments qu’utilisa Avraham contre l’évêque, de l’attitude de nos pères lors du don de la Torah peuvent nous inspirer sur la manière de prendre sur nous les engagements et notre façon d’accepter la Torah. Étaient-ils parmi l’ensemble des Enfants d’Israël qui acceptèrent la Torah, ou ceux portés par l’acceptation de l’ensemble du peuple ?

Lecture du « Tikoune » la nuit de Chavouot : l’importance et la sainteté de cette nuit

Les décisionnaires (cf. le Michna Broura 494, 1) rapportent au nom du Ari Zal (Chaar Ha Kavanot) que « celui qui ne dort pas du tout pendant la nuit de Chavouot et s’adonne à l’étude de la Torah est certain de vivre toute cette année et de ne subir aucun dommage

». On peut, à travers cela, se rendre compte de l’importance de l’étude pendant cette nuit, puisque l’on ne trouve pratiquement nulle part la formulation d’une telle promesse (« est certain de vivre toute cette année… »). Le Ari Zal ajoute : « Ce n’est pas tout mais encore de cela dépend la décision de faire vivre l’homme pendant cette année. »

Cet enseignement puise en réalité sa source dans les paroles suivantes du Zohar (dans l’introduction) qui rapporte que Rabbi Chimone et tous ses fidèles s’adonnaient à l’étude de la Torah pendant toute cette nuit et chacun d’entre eux innovait des paroles inédites de Torah. Leur joie était immense au point que Rabbi Chimone leur dit alors :

« Mes enfants, heureux est votre sort car la fiancée, la Présence Divine, ne pénétrera sous le dais nuptial demain qu’en votre compagnie, car tous ceux qui s’occupent d’arranger les apparats de la fiancée pendant cette nuit dans la joie, seront inscrits dans le Livre du Souvenir et le Saint-Béni-Soit-Il les bénira de soixante-dix bénédictions et de soixante-dix couronnes des mondes supérieurs. » Plus loin, le Zohar poursuit en disant : « Celui qui s’associe à Elle pendant cette nuit, sera protégé En-Haut et en bas pendant toute cette année et il finira cette année en paix. »

Dans un autre endroit, le Zohar (98a) rapporte : « C’est pourquoi les Anciens ne dormaient par durant toute cette nuit et étudiaient la Torah en disant :  »Venons

hériter la Torah qui est un patrimoine sacré pour nous-mêmes et pour nos enfants dans ce monde et dans le monde futur. » »

Veillons donc à remplir et à exploiter au mieux cette nuit tellement sacrée !

Rabbi ‘Haïm Brime aperçut une fois un juif qui somnolait pendant la prière du matin de Chavouot (en ayant succombé au sommeil après une nuit entière d’étude). Lorsqu’il se réveilla, Rabbi ‘Haïm lui demanda :

« As-tu déjà vu dans ta vie un fiancé qui somnole sous le dais nuptial ? Le jour des noces du peuple d’Israël, c’est le jour du don de la Torah ! »

Un homme demanda une fois à Rav Chlomo Zalman Auerbach : connaissant sa propre nature, il savait qu’en veillant toute la nuit pour étudier la Torah, il allait somnoler le matin lors de la prière. A quoi devait-il donner priorité ?

Rav Chlomo Zalman Auerbach lui répondit alors sagement : « Bien que selon la loi, la prière du matin a la priorité sur la veillée qui n’est qu’une coutume, néanmoins, tu dois veiller à l’âme de tes enfants (en lui signifiant ainsi : que D. préserve qu’ils apprennent  de toi à traiter avec désinvolture cette coutume ancestrale observée par tous les juifs !). »

Rabbi ‘Haïm Leib Auerbach (le père de Rav Chlomo Zalman) avait coutume de se rendre le jour de Chavouot chez le Rav Moché Yossef Hofman, juge rabbinique de Papo, qui habitait au fin fond de Jérusalem, afin de lui donner sa bénédiction à l’occasion de la fête.

Une année, il le trouva le visage rayonnant de joie et lui en demanda la raison.

« Je n’avais pas l’intention de t’en parler, lui répondit-il, mais puisque tu me le demandes, je vais te révéler un secret : lorsque j’étais jeune homme, j’ai étudié dans la grande Yéchiva du Ketav Sofer (le fils du

‘Hatam Sofer, n.d.t). Il était de tradition au nom du ‘Hatam Sofer que celui qui étudie toute  la nuit de Chavouot sans s’interrompre ne fût-ce qu’un instant avec une grande concentration, mériterait de voir le Prophète Eliahou. De nombreux Ba’hourim essayèrent de mener à bien cette promesse, mais sans y parvenir. Moi-même, je tentai durant des années d’étudier toute la nuit sans m’interrompre mais je n’ai jamais mérité d’arriver au bout. Cette année, j’ai étudié toute la nuit en ne concentrant mon esprit que sur l’étude. Or cela faisait longtemps que je butais sur la compréhension d’un passage du Zohar. Dans la nuit, un vieil homme est venu et me l’a expliqué très clairement. Après qu’il eut fini, je fermai les yeux pour réfléchir à son explication. Lorsque je les ouvris, il avait disparu. En regardant la montre, je constatai que l’aube était arrivée Je compris alors que ce vieillard n’était autre que le Prophète Eliahou. Comment ne serais-je pas rempli d’allégresse? »

Chacun pourrait se dire : « Qui suis-je pour assumer un tel rôle ? Penses-tu vraiment que moi, qui suis si petit et misérable, puisse parer la Présence Divine de Ses bijoux ? »

Ecoutons plutôt ce que dit le Séder Yom  à ce sujet en rapportant les paroles du Zohar (citées plus haut) : « Heureux est celui qui mérite un tel honneur qui fait l’orgueil et l’apparat du Créateur. Que cela ne soit pas une mince chose à ses yeux, car même si l’homme est faible et misérable sous un certain angle, il a le pouvoir de soutenir tous les mondes, ce que même un ange céleste ne peut accomplir. Et il donne (si l’on peut dire) force et vaillance au Créateur du monde, comme il est écrit (Dévarim 33, 26) : « Il chevauche les Cieux par ton aide. » Chacun, aussi petit et simple soit-il, doit s’habituer à se considérer et à s’enorgueillir dans ce domaine en se disant : « Peut-être que grâce  à moi, l’accomplissement de la Volonté Divine dans un certain domaine sera rendue possible ? » Nos Sages enseignent : « Que la bénédiction d’un homme simple ne soit pas négligeable à tes yeux (…). Lorsqu’une

personne se dévalorise à ses propres yeux  en disant « qui suis-je et que vaux-je pour être digne de parfaire les mondes par mes actes ou (au contraire) de les endommager (…) »

Voici les célèbres paroles de Rabbi Chlomo Alkabèts (l’auteur du chant bien connu Lekha Dodi, n.d.t) pendant la nuit de Chavouot

: « Lorsque nous commençâmes à étudier la Michna et après avoir terminé deux traités, notre Créateur nous fit mériter d’entendre une voix Céleste qui disait : « Ecoutez mes amis qui recherchez la perfection, mes amis bien-aimés, que la paix soit sur vous, heureux soyez-vous et heureux soient celles qui vous ont mis au monde, heureux soyez-vous dans le monde futur, vous qui vous efforcerez de Me couronner cette nuit ! Voilà plusieurs années déjà que Ma couronne est tombée et personne ne Me console. Je suis jeté dans la poussière en étreignant les immondices. A présent, vous M’avez restitué ma couronne. Efforcez-vous encore mes amis, soyez courageux mes bien-aimés, réjouissez-vous et sachez que vous comptez parmi les gens de valeur et que vous faites partie du Sanctuaire du Roi, que la voix de votre Torah et que le souffle sacré de votre bouche sont montés jusque devant le Saint-Béni-Soit-Il et qu’ils ont transpercé plusieurs espaces et plusieurs Cieux avant d’y arriver. Les anges célestes se sont tu, les Séraphins sont demeurés inertes, les saintes ‘Hayot se sont arrêtées, toute l’armée Céleste et le Saint- Béni-Soit-Il écoutent votre voix (…) ! Vous êtes tellement élevés ! Heureux soyez-vous et heureux celles qui vous ont mis au monde, mes amis qui n’avez pas donné le sommeil   à vos yeux ! Grâce à vous, Je me suis élevé cette nuit ! C’est pourquoi, renforcez-vous et réjouissez-vous mes chers enfants qui recherchez la perfection, ne vous arrêtez pas d’étudier, car une nuée de bonté vous recouvre et votre Torah est suave pour le Saint-Béni-Soit-Il ! Levez-vous, élevez-Moi et dites à voix haute comme le Jour de Kippour : Baroukh Chem Kevod Malkhouto Leolam Vaède ! » »

Cela pour nous enseigner que la sainteté de la nuit de Chavouot est comparable à celle de Yom Kippour. Et en particulier, s’il s’adonne à l’étude de la Torah à ce moment, un juif a le pouvoir d’élever grâce à cela la Présence Divine, de compter parmi les fidèles du Sanctuaire Royal et de pénétrer avec la fiancée, la Présence Divine, sous le dais nuptial. (Certes cela a été dit au sujet des grands de notre peuple comme le Beth Yossef et la sainte assemblée des cabalistes, néanmoins, tout cela est valable pour nous chacun à son échelle, comme les paroles du ‘Hatam Sofer rapportées plus haut: même le plus faible d’entre les juifs possède un potentiel immense !)

Le Mégalé Amoukot rapporte pour sa part au nom du Avital que demeurer éveillé une nuit entière en étudiant la Torah a la force d’expier une peine de Karète (retranchement, n.d.t) dont un juif se serait rendu passible. Et si cela est vrai au sujet d’une nuit d’étude n’importe quand dans l’année, combien a fortiori la nuit de Chavouot possède-t-elle la force d’expier une multitude de peines de Karète !

« Ouvre nos cœurs ! » : prier pour acquérir la crainte du Ciel et pour réussir dans la Torah

Un juif ne doit pas perdre une occasion d’abonder en prières pour sa réussite spirituelle. Le ‘Hidouché Harim (rapporté plusieurs fois par le Sefat Emet) explique la coutume de lire le livre de Ruth pour la fête de Chavouot par le fait que celle-ci se termine par la naissance de David Hamélekh qui a abreuvé le Saint-Béni-Soit-Il de chants et de louanges. (Brakhot 7b) Cet enseignement est basé sur la ressemblance du nom רות(Ruth) et du verbe להרוות(abreuver, n.d.t). Or, David Hamélekh lui-même s’est exclamé en disant (Téhilim 119, 4) : « Vaani Téfilah », « je suis une prière », cela pour nous enseigner qu’il est impossible d’acquérir la Torah sans prier comme il est impossible de dissocier la prière de la Torah (et c’est pourquoi le jour du don de la Torah, il est coutume de lire le livre de Ruth qui évoque les prières composées par son descendant David Hamélekh, n.d.t).

Rabbi Naphtali de Rachpitz s’allongeait pendant des heures dans la prière  »Ahava Rabba » (prière faisait l’éloge de la Torah, nommée

ainsi dans le rite achkénaze et qui correspond à la même prière que Ahavat Olam dans le rite Sépharade, n.d.t). Il s’épanchait alors avec une dévotion sacrée devant le Maître du Monde pour mériter la réussite dans la Torah et la Crainte du Ciel. Cette conduite des Tsadikim vient confirmer qu’il est impensable de réussir dans la Torah et dans n’importe quel travail spirituel, sans prier à cette fin pendant ce jour. Puisse Hachem recevoir avec miséricorde nos prières. Un des disciples du ‘Hatam Sofer qui s’était marié avec une femme de la banlieue de Rachpitz se trouva un jour de Chavouot à prier en compagnie de Rabbi Naphtali. Lorsqu’il revint chez son Maître, ce dernier s’enquit de l’endroit où il avait passé la fête. Lorsqu’il apprit qu’il était à Rachpitz, le ‘Hatam Sofer lui demanda ce qu’il avait vu et entendu. Son élève lui décrivit alors l’aspect de la synagogue toute entière en émotion au moment de la prière de Ahava Rabba, lorsque tous les fidèles suppliaient en larmes qu’Hachem leur ouvre le cœur à Sa Torah. En entendant cela, le ‘Hatam Sofer ne tarit pas d’éloges à leur sujet !

Le Rav de Monkacht dans son livre Chaaré Issakhar (dans le passage consacré à Chavouot) écrit : « Les Tsadikim fervents ont coutume de s’étendre longuement dans la bénédiction de Ahava Rabba « le jour de Chavouot ». »

Rabbi Chmalké de Nikalshburg déclara une fois devant ses élèves : « Celui qui n’a pas dit la bénédiction de Ahava Rabba ou de Atta ‘Honène (toutes deux sont en rapport avec  l’étude de la Torah, n.d.t) avec dévotion, ne peut espérer innover un enseignement de Torah inédit ce jour-là. » Un de ses disciples protesta en avouant qu’il n’avait pas prononcé ces bénédictions avec concentration et qu’il avait pourtant réussi à innover le même jour un enseignement inédit de Torah. Le Rav lui demanda d’exposer cet enseignement et lui montra comment le réfuter, lui prouvant ainsi qu’il manquait d’authenticité.

On peut voir également à travers les mots de la prière qui nous a été transmise par les Anciens de la Grande Assemblée, à quel point l’homme doit s’efforcer de supplier afin que, du Ciel, on lui ouvre les portes de la compréhension dans la Torah. On ne trouve en effet dans aucune autre partie de la prière un tel langage de supplique comme Ahava Rabba. Celle-ci débute par une requête : « Puisses-tu Hachem entendre la voix de nos prières en l’honneur de Ton Grand Nom ! » On y mentionne ensuite le mérite de nos Patriarches : « En l’honneur de nos Pères qui ont placé leur confiance en Toi. » Tout ceci afin que nous puissions mériter la bénédiction : « Fais-nous grâce en nous enseignant Ta Torah ». Puis, on continue à solliciter la Miséricorde Divine en invoquant à nouveau notre relation d’un fils avec son Père envers Hachem en disant  »Notre Père, Père miséricordieux », en rappelant en outre que cette miséricorde pour nous est permanente et en Le suppliant ainsi, que même à présent, Il ait pitié de nous : « Aie pitié de nous et donne à notre cœur le discernement et l’intelligence afin de comprendre, d’étudier et de transmettre, de conserver, d’appliquer et d’accomplir toutes les paroles d’enseignement de Ta Torah, avec amour. » De telles formules ne se trouvent dans aucune autre prière, car le fondement de tout notre travail spirituel débute par la compréhension de la Torah, sans laquelle notre existence même est menacée. On trouve à cela une allusion dans l’enseignement de nos Sages (Mekhilta  Chemot 20) : au moment du don de la Torah, Hachem est apparu comme  »un vieillard rempli de miséricorde », afin d’indiquer à l’homme qu’il doit abonder en prières pour solliciter la miséricorde du Tout-Puissant et mériter ainsi de comprendre Sa Sainte Torah.

Dans sa traduction araméenne de la Torah, à propos des recommandations que Yitro adressa à Moché Rabbénou « Et tu les mettras en garde sur les lois et les préceptes et tu leur feras savoir la voie qu’ils doivent adopter » (Chemot 18, 20), Yonathan Ben Ouziel traduit et commente ce verset en écrivant : « Tu leur enseigneras les prières qu’ils doivent dire dans leurs synagogues », alors que ce verset ne fait nullement mention de prières mais seulement des lois et des préceptes. Ceci afin de suggérer à nouveau que la réussite dans la Torah nécessite d’épancher son cœur en prières devant Hachem.

Néanmoins, sitôt après avoir prié, on devra s’adonner à l’étude. Il est en effet illusoire de supplier dans la prière de Ahava Rabba si lorsqu’il s’agit de mettre les choses en pratique, l’homme est absent.

Le ‘Hafets ‘Haïm comparait cela à un pauvre qui avait supplié en pleurant un homme riche de l’aider à subvenir à ses besoins. Ce dernier lui répondit qu’il n’avait pas d’argent en poche et lui recommanda de venir à son travail à une certaine heure. Il serait alors en mesure de lui remettre une somme conséquente. Le pauvre ne vint pas ce jour-là. Le lendemain, le pauvre réitéra sa requête. « Je t’avais pourtant recommandé de venir hier, lui dit le riche, pourquoi n’es- tu pas venu ? Bon, viens aujourd’hui ! » Le phénomène se reproduisit plusieurs jours d’affilée. Peut-on imaginer, demande le ‘Hafets ‘Haïm, que ce riche continue encore  à prêter attention aux demandes de ce pauvre ?

On rapporte que le Rav de Rachpitz aperçut un jour un Avrekh qui priait avec beaucoup de dévotion le jour de Chavouot et qui prononçait pendant très longtemps les mots « éclaire nos yeux de ta Torah », et cela plusieurs fois comme un fils qui demanderait à son père avec insistance. Lorsqu’il eut fini, le Rav s’approcha de lui avec un grand livre de Guemara dans ses mains et lui dit : « J’étais dans le Ciel et j’ai vu que ta prière a porté ses fruits et a été exaucée avec bienveillance ! Voici une Guemara, commence à étudier ! »

Il est connu que Rabbi Mendel de Riminov disait (Béérot Hamaïm) qu’à partir de Roch ‘Hodèche Sivan lorsque les Bné Israël commencèrent à voyager dans le désert jusqu’à leur arrivée au Mont Sinaï où ils reçurent la Torah, ils prononçaient la prière de Ahava Rabba avec application et une dévotion particulière et ils suppliaient du fond du cœur  »éclaire-nous de Ta Torah et attache nos cœurs à tes préceptes » afin de se préparer au don de la Torah.

Il nous incombe en particulier pendant cette période, de veiller à prononcer les bénédictions de la Torah avec d’autant plus de concentration. Le Noda Beyouda (Tsa’h Brakhot 64a) affirme que selon lui la bénédiction sur la Torah possède la propriété miraculeuse de faire que l’on n’oublie pas ce que l’on étudie.

Rav Elimélekh Biderman chlita

Bamidbar

Rachi nous explique que « c’est par amour qu’Hachem porte pour les Bneï Israël, qu’Il les compte à tout moment. Il les a comptés lorsqu’ils sont sortis d’égypte, et de nouveau après qu’ils déchurent par la faute du veau d’or afin de connaître le nombre de survivant (voir chémot 38;26), et encore une fois lorsqu’Il est venu faire résider Sa chékhina sur eux. »

Une question se pose sur le premier commentaire de Rachi lorsqu’il dit qu’Hachem «  les compte à tout moment », or par la suite de son commentaire ne voyons-nous pas qu’il ne les a fait dénombrer qu’à certaines occasions ?

Le fait d’être compté attribue une importance à l’objet ou la personne dénombrée comme nous dit la Guémara (Beitsa 3b) « une chose qui est dénombrée ne peut s’annuler même parmi mille autres ». Lire la suite

Donner pour recevoir

Cette semaine nous ouvrons le Séfer Bamidbar, cette Paracha précède toujours la fête de Chavouot, afin de ne pas juxtaposer, nous enseignent Tossfot (Méguila 31b), les malédictions de Bé’houkotaï, avec la fête. Notre Paracha nous permet aussi de mieux nous préparer à Chavouot, qui est le don de la Torah, grâce au Midrach Rabba (1 ; 72) qui nous enseigne, à partir de notre verset, la façon dont nous l’avons reçue.
La Torah a été donnée au-travers de trois choses : l’eau, le désert et le feu. L’un des points communs entre ces trois éléments, c’est leur gratuité d’acquisition.

En effet, le feu et l’eau sont des éléments naturels à la libre disposition de chacun (même si aujourd’hui nous payons le service qui nous approvisionne à domicile). Quant au désert, il est tout autant à l’abandon : vous pouvez aller y habiter, personne ne viendra vous réclamer quoi que ce soit. Il en est de même pour la Torah, elle est posée « al keren zavit », celui qui la veut va la chercher. Elle n’est pas liée à un homme en particulier, mais à tout le monde et dans la même mesure. Elle est un héritage pour chacun d’entre nous, quel que soit notre niveau. Elle est accessible à tous et de ce fait, chacun se doit de s’investir pour elle et la pratique des Mitsvot.

Cependant, creusons un peu plus notre sujet, pourquoi avons-nous besoin de ces trois éléments ?

Le Rav Moché Stern, dans son commentaire sur le Midrach, nous aide à déterminer la symbolique de ces trois éléments. Ce que le Midrach nous enseigne nous permet de tracer les règles de conduite que nous devons appliquer, d’une part pour acquérir la Torah, d’autre part pour nous pénétrer de sa morale.

Le feu est le symbole de l’enthousiasme sacré et de l’entrain joyeux avec lesquels nous devons accueillir les paroles de Torah. Il représente également l’ardeur qui doit nous animer lors de l’accomplissement des Mitsvot. Il signifie aussi le sacrifice de la vie pour Hachem, comme en témoigna notre père Avraham, qui refusa de céder à la Avoda zara et se laissa pour cela jeter dans la fournaise.

L’eau en est un autre moyen d’acquisition, elle représente l’humilité et la modestie, puisque naturellement, elle coule du haut vers le bas. Elle nous fut prodiguée dans le désert par le plus humble des hommes, comme il est écrit (Bamidbar 12 ; 3): « … et l’homme Moché très humble, plus que tout homme qui fût sur la surface de la terre. ». Elle symbolise aussi la pondération, le sang-froid, les gestes réfléchis, indispensables pour éviter de tomber dans les fosses de la passion et du vice. Enfin, elle nous rappelle le dévouement collectif de nos ancêtres, attestant d’une foi inébranlable en la promesse Divine lors du passage de la mer rouge. Ils n’hésitèrent point à s’y précipiter lorsque leurs oreilles entendirent : “Ordonne aux Bneï Israël de se mettre en marche.” (Chémot 16 ; 15)

Pour finir, le désert symbolise la modération dans la jouissance des biens matériels, afin d’être capables de recevoir la Torah. Comme il est écrit au sujet de Yaakov : “ … du pain pour se nourrir et des vêtements pour se couvrir…” (Beréchit 28 ; 20) La course effrénée aux biens matériels ne s’accorde pas avec les principes de notre Torah. Le désert symbolise le réceptacle que tout homme doit être. Celui qui voudra être  »Mékabel ète HaTorah/acquérir la Torah » devra être humble et se considérer à sa juste mesure : tels la poussière de la terre, le sable… (tout en étant conscient de sa valeur intrinsèque). Il faut savoir dépasser le matériel de ce monde pour laisser la place à la spiritualité. La Torah ne pénètre en nous que si nous lui faisons de la place. Le désert symbolise également la confiance illimitée en Hachem puisque le peuple L’a suivi dans le désert, dans un pays aride et dénué de tout. Tout comme le désert ne produit aucun fruit, la Torah doit se pratiquer dans un élan de piété excluant tout calcul, dans un total désintéressement, sans attendre de récompense ici-bas. Ce que l’on appelle la Torah Lichma.

Le Rav Dessler nous enseigne que l’on ne peut prendre que ce qui a été donné, et que l’on ne peut acheter (avec de l’argent et des efforts pour réaliser cet achat) que ce qui est offert à la vente.
Celui qui désire recevoir la Torah doit se trouver là où on la « vend », c’est-à-dire dans les maisons d’études ou dans les synagogues. Toutefois elle ne s’acquerra qu’au prix d’un effort intensif.
Chavouot et Kabalat Hatorah ne se feront qu’avec un enthousiasme, une humilité et un don de soi illimités !

Rav Mordékhaï Bismuth

De Valentin à Avraham (1er partie)

Au dix-huitième siècle en Pologne vivait le comte Potoçki. Issu d’une famille aristocratique catholique polonaise religieuse. Ce comte avait un fils Valentin, particulièrement brillant, qui suivit un cursus d’études théologiques chez les prêtres. Dans son parcours il étudia également les premiers chapitres du pentateuque, or. l’étude de ces textes a suscité de graves doutes dans l’esprit du jeune Valentin à propos de la foi chrétienne dans laquelle ses parents l’avaient élevé. Il interrogea ses maîtres, mais ceux-ci s’avérèrent incapables d’y répondre.

Constatant que leur élève se montrait sensible à la l’étude du livre de Beréchit, ainsi que dans les premiers chapitres du deuxième livre, ils craignaient qu’il se penche davantage sur les études juives, décidèrent de lui cacher l’existence du troisième volet du pentateuque, le livre de Vayikra. En effet il pourrait découvrir nombre de règles de pureté et de sainteté susceptibles de l’attirer vers le judaïsme.

Le comte Potoçki faisait régulièrement appel à un juif pour amuser sa cour à l’occasion des fêtes qu’il organisait dans son palais. Une fois un de ces festins eut lieu un vendredi, et à l’approche de Chabat, le juif demanda l’autorisation de rentrer chez lui plus tôt pour pouvoir accueillir Chabat dignement. Mais le comte, déjà sous l’emprise de l’alcool, refusa catégoriquement, et rajouta que l’on flagelle le juif en public pour son effronterie. Un spectacle très apprécié par la cour polonaise, qui se délecta de cette terrible exhibition. Mais finalement, avec ce qui lui restait de force, ce juif rentra chez lui, ses plaies et s’habilla en l’honneur de Chabat, puis entonna mélodieusement « lékha dodi » pour recevoir Chabat dignement.

Entre temps, Valentin, outré par l’attitude de son père, et inquiet de la santé du juif, se dit que ce Juif n’était pas en mesure de panser ses blessures. Il prit donc un lot de pansements et se rendit chez le Juif, s’attendant à le trouver dans un état de grandes souffrances. Quelle ne fut pas sa surprise en arrivant chez le juif ! De le voir à une belle table, agréablement éclairée, entourée de sa famille, tous heureux de ce repas de Chabat.

Il réfléchit à la honte et à la souffrance que ce juif venait d’endurer un peu plus tôt, et qui se montrait si rapidement capable de se relever. Valentin fut tellement impressionné par cette vision, que dès lors il était décidé à s’intéresser de plus près au judaïsme et à l’étude de ses textes sacrés.

Valentin réfléchit au fait que ses maîtres avaient curieusement cessé l’étude du pentateuque, il décida donc d’aller à la découverte des parties du texte que ses maîtres lui cachaient. Au château des Potoçki l’eau potable était fournie régulièrement par les soins d’un jeune juif, qui attira particulièrement l’attention de Valentin. Notre jeune Potoçki en plein questionnement, n’hésita pas à lui demander de lui enseigner la Torah. Cette expérience lui fit une si forte impression, qu’il lui demanda de lui apprendre l’hébreu. En six mois, il avait acquis une grande compétence dans le langage biblique et un fort penchant pour le judaïsme

lors de l’étude du ‘houmach Vayikra, ils abordèrent les lois de pureté et d’impureté, et notamment celle de la mystérieuse purification par le mikvé. Valentin très étonné et curieux de découvrir cette vertu du mikvé, décida dans d’expérimenter une immersion dans le mikvé. Étant donné la sincérité de sa recherche, étant donné surtout qu’Hachem vient en aide à ceux qui cherchent à se purifié, il arriva qu’en sortant du mikvé, il ressentît une transformation complète s’opérer en lui. Il fut pris d’une grande sainteté, et son cœur brûla du désir de devenir Juif.

Potoçki se rendit alors à Rome, puis à Amsterdam, l’un des rares lieux dans l’Europe de l’époque où les chrétiens pouvaient ouvertement se convertir au judaïsme, après s’être convaincu qu’il ne pouvait plus rester catholique. Là, il prit sur lui d’embrasser la religion d’Abraham, et c’est à Amsterdam, qu’eut lieu la Brit Mila et la conversion du jeune Valentin Potoçki. Adoptant le nom d’Abraham ben Abraham.

Devenu un digne converti, se consacrant à l’étude de la Torah et accomplissant les mitsvot avec sincérité et enthousiasme, après avoir séjourné pendant une courte période en Allemagne, un pays qu’il détestait, il retourna en Pologne. Pendant un certain temps, il vécut avec les Juifs du village d’Ilye, où peu de membres de la communauté étaient au courant de sa véritable identité.

Un jour, il vit un jeune homme qui se mit à parler avec un ami pendant la Téfila, alors qu’il portait les Téfiline. Bouleversé de leur comportement, il lui en fit le reproche. Cependant vexé d’avoir était sermonné par un « converti », il décida de se venger en le dénonçant à la police. Il révéla l’identité de Potoçki, que l’on recherchait depuis longtemps, ce qui mena à l’arrestation du dévoué Avraham. À suivre

Le compte des Bneï Israël après la sortie d’Égypte

Le Midrach relate que lorsque Moché annonça aux Bneï Israël la délivrance, il ajouta qu’au terme de 50 jours, ils recevraient la Torah au mont Sinaï.

Enthousiasmés par cette nouvelle, dès la sortie d’Égypte, les Bneï d’Israël se mirent à compter les jours qui les séparaient du don de la Torah : « Un jour s’est écoulé, deux jours se sont écoulés » et ainsi de suite, en se disant qu’ils se rapprochaient ce jour tant attendu.

C’est à la suite de ce compte qu’Hakadoch Baroukh Hou ordonna les années suivantes de compter les jours qui séparent Pessa’h de Chavouot.

Le Rambam dans son ouvrage « Moré Névoukhim » (3-43) écrit : « Chavouot est le jour du don de la Torah. Pour rehausser ce jour, ils ont compté les jours depuis la première fête (Pessa’h) jusque là. Quelqu’un qui attendrait une personne qu’il aime comptera les jours et même les heures [qui le séparent de son arrivée]. C’est la raison du compte du Ômère, des jours qui séparent la sortie d’Égypte du don de la Torah qui était l’intention et le but de leur sortie. »

Le Midrach Rabba (1 ; 72) nous enseigne que nous avons reçu la Torah à travers trois choses : l’eau, le désert et le feu. Ce que le Midrach nous apprend nous permet de tracer les règles de conduite que nous devons appliquer, d’une part pour acquérir la Torah, d’autre part pour nous pénétrer de sa morale.

Le feu est le symbole de l’enthousiasme sacré et de l’entrain avec lesquels nous devons accueillir les paroles de Torah. Il représente également l’ardeur qui doit nous animer lors de l’accomplissement des Mitsvot. Il évoque aussi le sacrifice de notre vie pour Hachem, comme le fit notre père Avraham qui refusa de prêter foi à la Avoda zara/idolâtrie et se laissa jeter dans la fournaise.

L’eau est un autre moyen d’acquisition de la Torah. Elle représente l’humilité et la modestie, puisque, naturellement, elle coule du haut vers le bas.

Elle symbolise aussi la pondération, le sang-froid, les gestes réfléchis indispensables pour éviter de tomber dans la fosse de la passion et du vice.

Enfin, elle nous rappelle le dévouement collectif de nos ancêtres, témoignant d’une foi inébranlable en la promesse Divine lors de la traversée de la mer Rouge. Ils n’hésitèrent pas à se jeter à l’eau lorsqu’ils entendirent : « Ordonne aux Bnei Israël de se mettre en marche ».

Le désert symbolise le réceptacle que tout homme doit être. Celui qui veut être « Mékabel ète HaTorah »/recevoir la Torah devra être humble et se considérer tel qu’il est, semblable à la poussière de la terre et au sable (tout en restant conscient de sa valeur intrinsèque d’être humain). Il faut savoir dépasser le côté matériel de ce monde pour laisser la place à la spiritualité.

La Torah ne pénètre en nous que si nous lui faisons de la place.

Le désert symbolise également la confiance illimitée en Hachem, puisque le peuple L’a suivi dans le désert, une région aride et dénuée de toute plantation. Chavouot et Kabalat Hatorah supposent un enthousiasme, une humilité et un don de soi illimités !

Rav Mordékhaï BISMUTH

Direction Matane Torah

Nous lisons dans la Hagada de Pessa’h : « Voici le pain de pauvre que nos pères mangeaient en Égypte… L’année prochaine, en Erets Israël, des hommes libres ». Mais dans toutes les Téfilot aussi, nous répétons : « Zeman ‘hérouténou »/l’époque de notre liberté….

Mais que signifie l’expression בְּנֵי חוֹרִין ? Si l’on nous  posait la question, chacun d’entre nous répondrait : « libre, liberté, affranchi… ». Mais si on pose la question à un olé ‘hadach (nouvel arrivant en Israël) peu hébraïsant, qui chercherait dans son dictionnaire, il la traduirait par : « les fils des trous… ».

Cette traduction littérale semble étrange, mais elle est d’une extrême profondeur !

Dans les Pirkeï Avot 6;2 il est dit : « Les tables de la loi étaient l’œuvre de D.ieu, et l’écriture était celle de D.ieu, gravée sur les tables » (Chémot 32;16) ; ne lis pas חָרוּת/gravée mais חֵרוּת/liberté.

Car il n’y a d’homme réellement libre que celui qui s’adonne à l’étude de la Torah, comme il est écrit : « Et de Matana Na’haliel et de Na’haliel Bamot (Bamidbar 21)… »

Il est fréquent de trouver dans la Michna ce genre d’enseignement : « ne lis pas de cette façon, mais plutôt ainsi ». On pourrait se demander pourquoi, et surtout de quel droit, on pourrait changer ce qu’il est écrit.

L’intention de la Michna n’est pas de corriger le texte de l’Ecriture. Elle veut simplement montrer que le verset peut être interprété différemment.

Le Maharal de Prague explique ce qui suit : Lorsque l’on taille la pierre pour y graver des lettres, c’est grâce à l’action de creuser que la lettre va apparaître, en tapant des petits coups qui font des trous. L’accumulation de tous ces petits trous va donner naissance à une lettre, puis une autre, puis un mot…

Ainsi, les Lou’hot/tables de la loi ont été taillées par Hakadoch Baroukh Hou. Il les a gravées ! Il a gravé les Dix Commandements et, par cette action, a « imprimé notre carte d’identité » dans la pierre.

Celle-ci en main, nous sommes un peuple, un peuple libre, des Bneï ‘Horine.

Établissons maintenant un lien entre la traduction de notre olé ‘hadach et la Michna dans les Pirkeï Avot qui nous demande de ne pas lire Gravée mais Liberté.

En effet, Bneï ‘Horine signifie les hommes libres, mais aussi les « fils des trous ».C’est grâce à ces trous, les trous de la gravure des Lou’hot/tables de la loi, que nous sommes libres !

Ainsi, l’expression Bneï ‘Horine prend tout son sens[1]: hommes libres mais aussi fils des trous, qui sont issus de la taille des Lou’hot !!

Nous comprenons donc que le but de la fête de Pessa’h, ce n’est pas juste la sortie d’Égypte. 

Le but principal, c’est de recevoir la Torah !

Comme le dit la Michna : Car il n’y a d’homme réellement libre que celui qui s’adonne à l’étude de la Torah !

il ne faut pas confondre cette notion avec le terme de liberté employé en hébreu moderne : « ‘hofchi », car un juif n’est jamais « ‘hofchi »/affranchi.

Comme l’exprime David Hamélekh dans les Téhilim (88;6) : « בַּמֵּתִים חָפְשִׁי/les morts sont libres ». Et la Guémara (Chabat 30a) explique dans quel sens les morts sont libres : lorsqu’un homme meurt, il devient libre/’hofchi de la Torah et des Mitsvot, dans la mesure où il ne peut plus étudier ni accomplir des Mitsvot.

Un juif vivant ne peut pas être ‘hofchi/affranchi, et encore moins lorsqu’il vit en Erets Israël (contrairement au passage de l’hymne national israélien : « lihyot am ‘hofchi beartsénou…. »/être un peuple affranchi sur notre terre).

Nous sommes dans ce monde dans un seul but, Hachem nous a libérés d’Égypte pour une seule raison :

Le Midrach Hagada enseigne : « Moché annonça la délivrance aux Bneï Israël et ajouta qu’au terme de 50 jours après la délivrance, ils recevraient la Torah.

Comme il est dit : « Quand tu auras fait sortir le peuple d’Égypte, vous servirez Ha-Elokim sur cette montagne-ci » (Chémot 3;12), et le texte fait allusion au don de la Torah sur le mont Sinaï.

Le Séfer Ha’hinoukh est un ouvrage ayant pour but de nous expliquer la racine et la nature de chaque Mitsva, ainsi que ses raisons de cette dernière, afin de mieux comprendre les Mitsvot et définir notre rôle et notre travail.

Il explique que la Mitsva de Séfirat Haômère n’est pas simplement l’action de compter. Tout le monde sait compter.Que la Torah attend-elle de nous ?

La sortie d’Égypte, précédée des plaies et accompagnée de miracles, n’a été orchestrée et accomplie que dans un seul but : la venue des Bneï Israël au Mont Sinaï pour recevoir la Torah.

Dans quel but Hakadoch Baroukh Hou nous a-t-Il délivrés de l’esclavage ?

Est-ce pour que nous puissions souffler, respirer, échapper à nos souffrances, pouvoir profiter du soleil du désert ? Non !

Hachem nous a délivrés et nous a fait sortir d’Égypte par les prodiges que nous connaissons – les 10 plaies, l’ouverture de la mer, etc. – uniquement pour que nous puissions nous rendre au mont Sinaï et recevoir la Torah !

Tous les événements de la sortie d’Égypte n’ont été que des signes, que le Séfer Ha’hinoukh qualifie de Tafel/accessoires, par rapport au Ikar/l’essentiel qui est le don de la Torah.

Rachi (Beréchit 2;31) explique à propos du mot « yom Hachichi » / le sixième jour, que la lettre « ה » semble être superflue car elle n’apparaît pas pour les autres jours de la création.

Hachem ayant terminé la création du monde ce jour-là, nous devons comprendre que toute Son œuvre est destinée à nous faire savoir que Hakadoch Baroukh Hou l’a accompagnée d’une condition : que le peuple juif accepte les cinq (valeur numérique de la lettre ה) Livres de la Torah.

Le prophète affirme : « אִם לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא שָׂמְתִּי/Si ce n’était pour Mon alliance [la Torah] le jour et la nuit, Je ne maintiendrais pas les lois du ciel et de la terre » (Yirmiyaou 33;25).  Ce verset nous apprend que l’existence du monde dépend de l’étude de la Torah !

Le Séfer Ha’hinoukh poursuit en expliquant que la Torah nous a ordonné de compter depuis le lendemain du premier yom tov de Pessa’h jusqu’au don de la Torah pour exprimer notre désir immense de recevoir la Torah.

Nous comptons jour après jour, non pas dans un compte à rebours, mais le nombre de jours passés. Nous introduisons quarante-neuf jours dans notre « compteur à Mitsvot » pour mériter d’atteindre ce grand événement, Matane Torah.

Rav Mordékhaï BISMUTH


[1]D’après le Maharal de Prague

Le but de l’attente

Hakadoch Baroukh Hou délivre les Bneï Israël dans le seul but de leur donner la Torah, comme il est dit : « Quand tu auras fait sortir le peuple d’Égypte, vous servirez Ha-Elokim sur cette montagne » (Chémot 3;12).

Les commentateurs demandent pourquoi la Torah préfère employer le futur « vous servirez/תַּעַבְדוּן », plutôt que l’impératif « servez/תַּעַבְדוּ ». Ils répondent que c’est pour nous informer que le don de la Torah ne suivrait pas immédiatement la sortie d’Égypte, mais aurait lieu après une période d’attente de cinquante jours. Ils y voient une allusion dans la lettre « noun » [du mot תַּעַבְדוּן], qui a pour valeur numérique 50.

Pourquoi fallait-il attendre ? N’aurait-il pas mieux valu recevoir la Torah immédiatement !?

Cette période est une transition, une préparation pour être digne de recevoir la Torah.

Le Midrach illustre cette idée à l’aide de la parabole suivante : Le fils du roi tomba gravement malade et dut être hospitalisé pendant une longue période. Après ce long séjour, il retrouva la santé et revint au palais royal.

Les conseillers royaux suggérèrent à son père qu’après cette longue période, il serait bon que le prince entreprenne des études afin qu’il puisse acquérir des connaissances dignes d’un prince.

Le roi accepta la proposition de ses conseillers, mais leur expliqua que le moment était précoce pour commencer. Le prince venant juste de se rétablir, il avait besoin d’une convalescence pour retrouver les forces nécessaires pour entreprendre ces études.

C’est ainsi que le roi accorda à son fils une période de convalescence et de rétablissement avant de commencer les études. Il en était de même pour les Bneï Israël, après leurs deux cent dix ans d’esclavage dans des conditions éprouvantes, tant pour le corps que pour l’âme. Pour le corps, par l’esclavage et les travaux forcés et pour l’âme, par l’atmosphère immorale de l’Égypte où ils avaient sombré au 49ème degré d’impureté.

Dès leur sortie d’Égypte, les anges ont conseillé à Hakadoch Baroukh Hou de leur donner la Torah. Mais Il leur répondit que les Bneï Israël devaient d’abord se remettre de cet exil égyptien si éprouvant.

C’est ainsi que pendant cinquante jours, les Bneï Israël se renforceront physiquement comme spirituellement. Ils renforceront leur corps en se nourrissant de la manne et des cailles et en buvant l’eau du puits de Myriam. Ils affermiront  leur âme et leur foi grâce à la traversée de la mer Rouge et la guerre contre Amalek. Ce ne sera qu’après ce processus que les Bneï Israël seront aptes à recevoir la Torah.

Ainsi, pendant cinquante jours, les Bneï Israël vont faire l’effort de quitter leurs 49 degrés d’impureté pour s’élever et accéder aux 49 degrés de tahara/pureté qui seront leur ticket d’entrée au mont Sinaï. (L’aspect de cette tahara/purification sera exposé plus en détail ultérieurement.)

Le Rav Pinkus zatsal explique que chaque jour de la Séfirat Haômère ne doit pas constituer une distance entre nous et Chavouot. Au contraire, il doit représenter une opportunité pour nous préparer au mieux au don de la Torah.

Chacun des cinquante jours est une opportunité réelle de nous construire et de nous enrichir spirituellement.

Il ne faut pas sous-estimer la préparation à la réception de la Torah par le biais du Compte du Ômère, vu l’importance du jour du Don de la Torah.

La Torah dit :  «Yaakov travailla pour Ra’hel sept années ; elles furent à ses yeux comme quelques jours, en raison de son amour pour elle. » (Beréchit 29;20). Lorsque Yaakov Avinou demanda Ra’hel en mariage, Lavan exigea de lui sept ans de travail en échange de sa fille. La Torah raconte que ces sept années ont passé extrêmement vite pour Yaakov, « comme quelques jours ».

Le Rav Aaron Kotler zatsal demande comment cela est possible : ces sept années auraient dû lui paraître interminables, au contraire ! En effet, lorsque l’homme attend une chose qu’il désire, cette attente lui semble longue.

Le Rav Kotler répond que Yaakov considérait ces jours non pas comme une simple attente, mais comme des jours de construction. Yaakov savait qu’il devait optimiser chaque jour de ces sept années pour se construire et s’élever, afin de fonder avec Ra’hel le Klal Israël. C’est pour cette raison que le temps ne lui a pas paru long. Lorsque l’on a des projets, le temps passe toujours très vite.

Le Rav Pinkus Zatsal l’explique à l’aide de la parabole suivante. Imaginez qu’une personne apprenne qu’elle recevrait cent jours plus tard la somme d’un million de dollars.

Dans un premier cas, ces cent jours lui paraîtront une éternité car ces jours sont pour lui un obstacle entre le jour de l’annonce et le jour de la réception de cette somme d’argent.

Cependant, si cette personne reçoit durant cette période mille dollars par jour, elle se rapproche chaque jour du million, elle progresse. Aujourd’hui, elle possède davantage qu’hier. Pour elle, ces jours fileront.

Quelle est la différence entre ces deux cas ?

Dans le premier, cette période de cent jours est une attente pénible, des jours vides. Mais pour le second, chaque jour est une progression ; il a reçu quelque chose, il a construit. Chaque jour est une nouvelle brique de son bâtiment, chaque jour il s’enrichit. Il avance dans le temps, il n’attend pas que le temps passe !

Il en est de même pour Yaakov Avinou Pendant les sept années d’attente de son mariage à Ra’hel, il considérait chaque jour comme une brique.

Au cours de cette période, il construisit des fondations solides et essentielles pour être digne de devenir le père des Bneï Israël. C’est ainsi que ces années « furent à ses yeux comme quelques jours ».

Nous aussi, entre Pessa’h et Chavouot, sommes dans cette attente de recevoir la Torah. Si nous devions seulement attendre une date, alors nous aurions compté ainsi : 49, 48, 47… comme une personne qui attend que le temps passe.

Mais étant donné que ces jours sont des jours de préparation, de construction, nous allons avancer dans le temps et nous rapprocher du don de la Torah, sans attendre placidement la date de la fête de Chavouot.

La Séfirat Haômère représente 49 jours de construction de soi pour recevoir la Torah, 49 jours de progression, d’évolution. Nous devons être en mode de « mossif ve olekh /aller en augmentant », comme il est écrit par allusion dans la Torah : « אֵלֶּה תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב יוֹסֵף /voici les générations de Yaakov, Yossef… » (Beréchit 37;2). Car le nom de Yossef rappelle la notion de « mossif »/augmenter. Cela nous apprend que l’héritage de Yaakov est de toujours aller de l’avant et pas d’attendre que le temps passe.

D’ailleurs, les expressions françaises « tuer le temps » ou « un passe-temps » représentent nettement ce concept étranger au mode de vie des Bneï Israël. Car comme le disent nos sages : « אין אבידה כאבידת הזמן/il n’y a pas de perte comme celle du temps ».

Le Rav Nissim Yaguen Zatsal montre parfaitement ce concept. Il explique que la fête du don de la Torah porte le nom de Chavouot parce que Hakadoch Baroukh Hou donne la Torah à celui qui s’y est préparé. Celui qui ne se sera pas préparé ne recevra rien.

Chavouot est le nom de l’époque de préparation.

Par exemple, lorsqu’un étudiant reçoit son diplôme de médecine après sept ans d’études, on n’appelle pas cette cérémonie « la fête du diplôme ». Le diplôme en lui-même ne vaut rien, ce n’est qu’un bout de papier. Le diplôme montre qu’il a étudié durant sept ans et qu’il a réussi l’examen. Le diplôme prouve combien et comment il s’est préparé à devenir médecin.

La fête du don de la Torah porte le nom de « Chavouot » pour nous enseigner que celui qui mérite de recevoir la Torah est celui qui s’est construit et préparé, pendant cette période de Séfirat Haômère.

Rav Mordékhaï BISMUTH