Archives par mot-clé : paracha de la semaine

Chéla’h Lékha

Les Bneï Israël sont au seuil de la Terre promise, et c’est alors que se produit un épisode lourd en conséquences. Douze illustres personnalités du peuple, une désignée par tribu, sont chargées de mener une mission d’exploration du Pays. Mais à leur retour, ces explorateurs fournissent un rapport catastrophique, démoralisant le peuple qui se mit à douter sur la possibilité de prendre possession de la Terre qu’Hachem avait promise à Avraham en héritage. A cause de cela, toute cette génération sera condamnée à périr dans le désert et l’entrée en Terre Sainte sera décalée de quarante ans. Pourquoi l’expédition des explorateurs en Terre Sainte a-t-elle échoué et entraîné de graves conséquences? LIRE LA SUITE

Chéla’h Lékha: Le Moi en émoi

« Tout est entre les mains du  Ciel  »  :  le véritable croyant, celui qui ne cesse de voir la main d’Hachem dans chaque événement

«Envoie pour toi des hommes » (13, 2) Rachi explique :  »pour toi »,  selon  ton  avis, Moi Je ne t’en donne pas l’ordre. Certains expliquent ce Rachi de la manière qui suit, après une petite introduction sur un verset des Téhilim (116,  10-11) : « J’ai cru que je parlerais, j’ai été très pauvre. J’ai     dit en hâte tout dans l’homme est trompeur.» (verset du Hallel, n.d.t)

Tout homme a  tendance par nature à s’attribuer le mérite de  ses  actions  :  il fait, il bâtit, il détruit, il réussit, etc. Mais en réalité, s’il vivait avec une foi parfaite qu’Hachem est à l’origine de toutes ses actions, il se rendrait à  l’évidence  que  tout provient d’En-Haut.

C’est ce que vient nous  enseigner  ce verset en allusion : « J’ai cru que je parlerais » : celui qui vit dans une perspective où c’est le ‘je’ qui  parle,  où tout ce qui advient est orienté vers  son  ego parce qu’il croit que  »c’est moi qui ai fait, c’est l’œuvre de mes mains », obtient comme résultat de son attitude : « j’ai été très pauvre ». Une telle personne est que tout provient du Ciel.

En revanche, le véritable croyant mentionne en permanence l’intervention Divine dans tous les évènements de son existence et seulement très rarement évoque en  hâte  le  ‘je’  :  «  J’ai  dit  en hâte ». On ne peut réellement lui en tenir rigueur, car l’imperfection est humaine et

« tout dans l’homme est trompeur ».

C’est suivant cette ligne de pensée  que  l’on peut également expliquer le commentaire de Rachi sur  les  explorateurs : ‘Moi, Je ne te  l’ordonne  pas’. Allusivement, cela  évoque qu’Hachem a dit à Moché : Je  ne  t’ordonne pas d’envoyer des gens qui revendiquent leur ‘Moi’. Car envoyer de tels émissaires dont  toutes  les  paroles sont guidées par leur ego, peut avoir des conséquences fâcheuses et incalculables.

Et de fait, cette crainte se concrétisa finalement, puisque les explorateurs échouèrent dans leur mission par manque de confiance en Hachem. Ils pensèrent en effet, que la conquête de la Terre d’Israël dépendait de la force des hommes. Dès lors, ils furent saisis de crainte à  la vue  des géants qui occupaient le pays et ils communiquèrent leur propre  peur  aux Bné Israël en prétendant : « Nous ne pourrons pas aller à l’encontre de ce peuple car il est plus fort que nous (…). Nous avons vu là-bas des créatures gigantesques. (..) » (13, 31-33). Et par de tels propos, ils altérèrent leur Emouna. Si au contraire, ils avaient été  convaincus  que rien n’est dans les mains de  l’homme et que tout dépend de la Volonté  Divine  ils n’auraient              pas eu la moindre inquiétude et n’auraient jamais été effrayés de la sorte.

La Torah elle-même en témoigne dans la Paracha de Dévarim (lorsque              Moché relate cet épisode, n.d.t) : « Je vous dis (alors) :  »Ne vous émouvez pas et ne craignez rien, Hachem votre D. marche à votre tête et Il combat pour vous ! » » (1, 29-30)        Est-ce  que quelque chose peut empêcher D.   d’amener la délivrance ? Les explorateurs qui effrayèrent les Bné Israël ne furent conduits à agir de la sorte que parce qu’ils mirent exagérément en avant leur ego.

Le Rachav de Loubavitch  envoya  une  fois le Reitz, chez un certain juif pour lui venir en aide. Ce dernier se         hâta d’accomplir l’ordre de son père : « J’ai accompli ton ordre, j’ai fait du  bien  à  cette personne.

Tu te trompes doublement mon fils, lui répondit le Rachav. Premièrement,  quand tu dis ‘j’ai accompli ta mission’, c’est faux. Ce n’est  pas  toi  qui accomplis à chaque instant tout ce qui advient. Ta seule part dans cette Mitsva est d’avoir été choisi pour être Son émissaire, à savoir : il avait déjà été décrété que cette personne fût  délivrée de son épreuve à cet instant. Et même sans ton intervention, elle aurait été sauvée car D. possède de nombreux émissaires à Sa disposition pour réaliser

Ses plans. Ensuite, lorsque tu as dit  »j’ai fait du bien à cet  homme »,  cela  aussi  est inexact, car au  contraire,  c’est  lui  qui t’a fait du bien comme nos Sages l’enseignent   (Midrach Zouta Ruth 2,19) :  »le pauvre fait plus pour le maître  de maison  que  le maître de maison  fait pour le pauvre ».

On peut d’ailleurs ajouter à ce qui précède que celui qui se garde de  vivre une existence tournée  uniquement  vers son ego, se rend de fait à l’évidence qu’il est dépendant de la Bonté Divine et que c’est              elle qui le fait vivre à chaque instant. Lorsqu’il se trouve parfois confronté à des difficultés, il n’a dès lors aucune crainte de l’avenir car il sait que pour Hachem,  qui est tout puissant, il n’y  a aucune différence entre faire vivre des myriades d’êtres humains et sauver  les  Bné Israël des géants qui occupent  la  Terre Sainte.              Seul celui qui vit en pensant être capable de pourvoir à ses besoins est saisi de terreur à  la  vue  de  ces créatures gigantesques. Car face à  elles, même son ego si  »important » perd tous ses moyens.

Rabbi Elimélekh Biderman

CHELA’H LEKHA: Hafrachat ‘hala

Cette semaine nous découvrons dans notre paracha (Chap 15; 17-21) la fabuleuse Mitsva de la « Hafrachat ‘hala, voici quelques points  qui expliquent le but et le sens de cette Mitsva.

Pourquoi cette Mitsva est-elle spécifiquement réservée aux femmes ?

Les femmes sont responsables de prélever la ‘hala, comme l’enseigne le Midrach Beréchit Raba (Beréchit 14 ; 1.), car ‘Hava a fait déchoir Adam Harichone et l’a rendu impur. Or Adam Harichone était surnommé la  » ‘Hala du monde » car il avait été confectionné d’un mélange d’eau et de poussière de la terre, assimilable à une pâte. La femme doit allumer les bougies avant Chabbat car la première femme a éteint la lumière du monde en incitant Adam à fauter. Enfin, elle doit observer les lois de Nida pour avoir versé le sang du premier homme en le faisant devenir mortel.

Une seconde raison que donne Rachi (Chabbat 31b) pour laquelle les femmes sont tenues de prélever la ‘hala est que la maîtresse de maison a habituellement la charge des tâches ménagères.

La Michna (Chabbat 2;6) dit : « A cause de trois transgressions, les femmes meurent au moment de l’accouchement : parce qu’elles ne font pas attention aux lois de nida, de ‘hala et d’allumage des lumières de Chabbat. » La Guémara (Chabbat31b) explique le sens de cette Michna de la façon suivante. Hakadoch Baroukh Hou a dit : « J’ai mis en vous un révi’it de sang (la quantité minimum nécessaire pour la survie d’un homme) et c’est pour cela que Je vous ai donné un commandement concernant le sang (nida). De plus, Je vous ai appelés  »prémices », c’est pour cela que Je vous ai donné un commandement concernant les prémices (‘hala). Enfin l’âme que J’ai placée en vous est appelée  »lumière », c’est pour cela que Je vous ai donné un commandement concernant la lumière (de Chabbat). Si vous remplissez ces obligations, très bien, mais sinon, Je reprendrai vos âmes. »

Rachi explique que l’expression « Je reprendrai vos âmes », signifie qu’Hachem reprendra le révi’it de sang, éteindra notre lumière (Néchama) et annulera notre nom de prémices.

RÉPARER LA FAUTE ORIGINELLE

Comme nous l’avons dit, c’est pour réparer la faute de ‘Hava que les femmes sont plus visées par l’accomplissement de cette Mitsva.

En effet, Adam Harichone qui fut créé la veille de Chabbat était  «’halato chel Olam – la ‘hala du monde ». Par sa faute, ‘Hava détériora cette « ‘hala » et par ce prélèvement, elle réparera en quelque sorte cette faute et cette ‘hala. C’est pour cela que la coutume répandue dans le Klal Israël est de cuire du pain, « les ‘hallot », en l’honneur du Chabbat, afin que la femme puisse prélever la ‘hala.

Le Midrach Tan’houma (Parachat Noa’h 1) nous l’enseigne en effet : « D’où apprenons-nous la Mitsva de ‘hala? C’est parce qu’elle (‘Hava) a rendue impure la ‘hala du monde, comme l’a dit Rabbi Yossi ben Douméska : « De même que la femme mélange sa pâte avec de l’eau puis prélève la ‘hala, ainsi Hachem a confectionné Adam Harichone, comme il est écrit (Beréchit 2;6-7) :  »Et une vapeur d’eau s’élevait de la terre, elle abreuvait toute la face du sol. Hachem-Elokim forma l’homme de la poussière de la terre… » »

Il existe un second Midrach (Beréchit Raba 14;1) semblable au précédent : Le verset dit (Beréchit 2;7): « Hachem-Elokim forma l’homme de la poussière de la terre » et (Michlé 29;4) : « Un roi érige son pays dans la justice ». Ce roi, c’est le Roi des rois, Hakadoch Baroukh Hou, qui érige la terre dans la justice et qui a créé le monde selon l’attribut de justice, comme il est dit (Beréchit 1;1) : « Au commencement, Elokim créa les cieux et la terre » . Aussi il est écrit (Michlé 29;4) : « avide de don, il le ruine » – il s’agit de Adam Harichone qui fut l’achèvement de la ‘hala du monde. Et l’on appelle la ‘hala, térouma, comme il est dit (Bamidbar 15;20) « Les prémices de votre pâte, une ‘hala, vous prélèverez… ».

Le Talmud Yérouchalmi (Chabbat 6) dit que Adam Harichone était une ‘hala pure pour le monde, comme il est écrit (Beréchit 2;7) « Hachem-Elokim forma l’homme de la poussière de la terre ». Rabbi Yossi bar Kétsarta dit : « comme cette femme qui mélange sa pâte avec de l’eau puis prélève la ‘hala ; puisque la femme entraîna la mort [d’Adam], la Mitsva de la ‘hala lui fut remise ».

POUR LE CORPS ET L’ÂME

Le Séfer Ha’hinoukh (Mitsva 385), un ouvrage ayant pour but d’expliquer la racine et la nature de chaque Mitsva, ainsi que ses différentes raisons pour nous les faire comprendre et définir notre rôle et notre travail, explique la chose suivante. C’est un fait que l’alimentation est vitale pour l’homme et que la plus grande partie de l’humanité se nourrit de pain. C’est pourquoi Hachem a voulu nous fournir un mérite permanent grâce à cette Mitsva liée intrinsèquement à notre pain quotidien. Ainsi, par l’intermédiaire de cette Mitsva, une bénédiction reposera sur notre pain et nous pourrons acquérir un mérite. De ce fait, notre pâte à pain devient une nourriture pour le corps mais aussi pour l’âme.

POUR LES SERVITEURS D’HACHEM

Le Séfer Ha’hinoukh (Mitsva 385) offre une seconde explication : le prélèvement de ‘hala permet de nourrir les serviteurs d’Hachem, les Cohanim, sans leur occasionner d’efforts. Contrairement au prélèvement de la grange (Térouma guédola) qui leur était destiné, mais dont ils bénéficiaient au prix d’efforts tels que tamiser et moudre la récolte, la ‘hala leur était donnée sans effort de leur part.

Extrait de l’ouvrage « La ‘Hala, un prélèvement pour Hachem » LIRE UN EXTRAIT

Béa’aloté’ha: Être soi-même

« … et l’homme Moché très humble, plus que tout homme qui fût sur la surface de la terre. » Bamidbar (12 ; 3)

Dans ce verset, la Torah nous dévoile la mida principale de notre Maître Moché, dans laquelle il excella : la Anava.

Comment Moché Rabbénou, dirigeant du peuple d’Israël, du peuple de D.ieu, pût-il rester humble ? Mais au juste qu’est-ce que l’humilité ?

Afin de donner une piste de réflexion, nous vous rapportons une histoire que le Rav Samuel Chlita raconta un jour : Un enfant demanda au ‘Hazon Ich : « Rav êtes-vous humble ? Savez-vous que vous êtes le ‘Hazon Ich ? Mais si vous savez que vous êtes le ‘Hazon Ich vous ne pouvez pas être humble… »

Voici ce que lui répondit le Tsadik : « Je sais que je suis le ‘Hazon Ich et c’est pour cela que je suis humble, parce que je sais ce que Hachem attend de moi. Or j’ai très peur de ne pas répondre à Ses attentes, et c’est pour cela que je suis humble. »

De là nous percevons que l’humilité correspond à l’état d’incertitude intérieure que j’ai par rapport à mes résultats qui dépendent de mes capacités. J’ai un certain potentiel, Hachem m’a octroyé des dons, des qualités, des moyens (financiers ou autres), dans un but précis qui n’est réservé qu’à moi, comment vais-je exploiter tous ces cadeaux ?

L’humilité va donc naître chez la personne censée ayant conscience qu’elle ne peut pas savoir si elle a réussi. On n’attendra pas du tout le même travail d’une personne bête que d’une personne intelligente, riche et pauvre, etc. Elles ne pourront pas accomplir le même type de Mitsvot.

Être humble, ce n’est donc pas du tout se sentir inférieur aux autres, ni se laisser faire, mais c’est tout simplement jouer le rôle qui m’est attribué selon mes aptitudes. Être à la hauteur de moi-même !

Parfois un élan de modestie extérieure peut être une marque d’orgueil.

Or l’orgueilleux qui se sent toujours plus fort que l’autre, plus beau, plus tsadik, plus intelligent… doit comprendre qu’il n’est que le résultat d’une programmation Divine, il n’a donc aucune fierté à tirer de cela !

On ne naît pas meilleur que l’autre, ni moins bon, nous sommes chacun au mieux de ce que nous devons être, créés par Hachem, nous devons être heureux de cela et faire le maximum avec. Chacun son processeur, ou son moteur, et chacun SON rôle.

Être humble, c’est vivre dans une incertitude perpétuelle quant à savoir si nous avons réussi ou échoué, c’est être incapable de se donner une note aux divers contrôles de la vie. Il est en tous cas très important de se connaître bien, de savoir qui nous sommes, à quelle place nous nous trouvons et quelles sont nos aptitudes, d’être clairvoyant sur tous ces éléments afin d’avoir plus de chances de réussite.

Ainsi dans une société, le magasinier n’est pas l’informaticien, et le cuisinier pas le PDG ; dans une famille, le fils n’est pas le père, et la grand-mère pas la bru, etc… L’un n’est pas plus ou moins bien que l’autre, mais chacun sa place et son rôle, il faut en être conscient et toujours respecter l’ordre établi, sinon c’est la dérive assurée !

Si nous respectons cet état de fait, nous éviterons de nous gâcher la vie, par exemple à viser toujours ce qui est trop élevé pour nous, ou bien au contraire nous ne passerons pas à côté de notre mission sur terre par sous-estimation de soi.

« … et l’homme Moché très humble, plus que tout homme qui fût sur la surface de la terre. »

Pourtant Moché a  cassé les Tables de la Loi, il a parfois négocié avec Hachem, il L’a harcelé de prières pour entrer en Erets Israël, etc… Oui, mais il n’a fait que jouer son rôle, et toujours avec cette crainte et cette incertitude quant au résultat, et sans jamais se sentir supérieur à qui que ce soit.

Être soi-même est l’un des rôles les plus difficiles à jouer dans le scénario de la vie. Mais le jeu en vaut la chandelle !

Rav Mordékhai Bismuth

Béaalotékha-Nasso

C’est dans une prestigieuse salle et dans des conditions féeriques que Réouven a prise Sarah comme épouse aux yeux de centaines d’invités ébahis de cette inoubliable cérémonie. À l’issue de cet événement, le jeune couple prit le chemin de leur demeure pour commencer leur nouvelle vie. Mais voilà que le lendemain des noces, le jeune marié sortit faire quelques course sans revenir. Le temps passe, une heure, deux heures…et toujours pas de nouvelles du ‘hatan. Avait-il été subi un accident ? Un malaise? A-t-il était agressé ? La nuit tomba, la jeune épouse se retrouva seule et angoissée de savoir ce qui a pu bien arriver à son jeune mari. Elle déclara l’incident à la police qui fit son enquête, et lança un avis de recherche. Mais le temps passe, et toujours pas de nouvelle, une semaine s’écoula, puis deux, et toujours pas de ‘hatan, il s’était volatilisé ! Aucun signe de vie, ni mails ,ni sms… Juste les mouvements du compte en banque qui prouvent que le jeune marié était bel et bien en vie, et usait paisiblement des cadeaux du mariage.

Couverte de honte, après une année de torture et de solitude, le soir de l’anniversaire de leur mariage, la jeune femme regarda seule et tristement les photos , seuls vestiges de son mariage.

Soudain elle entendit frapper à la porte, elle se leva pour ouvrir et resta clouée sur place en voyant son mari se tenant sur le seuil de la porte, souriant dans son costume du mariage tenant un bouquet de fleurs. Pensez vous que notre pauvre Cala va accueillir le h’atan à bras ouverts ? LIRE LA SUITE

Nasso: Le pouvoir de la paix

« Le Cohen inscrira les malédictions sur un parchemin et l’effacera dans les eaux amères » Bamidbar (5 ; 23) « … et t’accordes la paix » Bamidbar (6 ; 26)

Notre Paracha vient nous enseigner l’importance et la grandeur de la paix, le Chalom, en nous exposant sa valeur à deux occasions. Notre premier verset concerne l’épisode de la femme soupçonnée d’adultère (icha sota), et l’on voit que Hachem est prêt à effacer son Nom afin de reconstituer le Chalom Baït.

Puis plus loin, toujours dans notre Paracha, un second verset nous apprend la bénédiction que devaient (et doivent encore) effectuer les Cohanim sur les Bnei Israël selon l’ordre Divin. Celle-ci se termine par des paroles de paix. Hachem vient donc « personnellement » nous enseigner ainsi que la paix est l’objectif suprême de tout être. Le Séfer Maalat Hamidot écrit que le Chalom est précieux, on le voit au fait qu’il est l’un des Noms de D.ieu.

Refuser à chercher la paix dans une situation donnée, c’est donc exclure Hachem (‘Hass véChalom).

David Hamélekh écrit[1]: « Cherche le Chalom et poursuis-le.  Cherche le Chalom pour tes amis et poursuis-le parmi tes ennemis. Cherche le Chalom près de chez toi et poursuis-le en d’autres lieux. Cherche le Chalom avec ta personne et poursuis-le avec tes ressources. Cherche le Chalom pour toi et poursuis-le pour ton prochain.

Cherche le Chalom aujourd’hui et poursuis-le pour demain… »

Il ne faut jamais se dire que c’est impossible, il faut tout mettre en œuvre et sans cesse essayer afin d’y parvenir.

Le Tout Puissant Lui-même S’est investi dans cette recherche, au point de faire effacer Son Nom en cas de doute sur l’honnêteté d’une femme. Ceci afin de ramener la paix dans les foyers. Alors que dire de nous, qui venons de la poussière ? A plus forte raison devons-nous effacer notre « moi » et faire tout ce qui est en notre pouvoir afin de rétablir une situation familiale, amicale, professionnelle, conjugale… ou tout simplement personnelle.

La Guémara[2] affirme que celui qui voit une marmite en rêve peut espérer la paix. Le Rav Mordekhaï Benêth interprète cet enseignement en expliquant que la marmite est l’agent de la paix par excellence. Elle réconcilie en effet les deux éléments les plus contraires qui soient : l’eau et le feu. Grâce à son « dévouement », la marmite leur permet de cohabiter. Elle ne craint pas de noircir, ni de subir la violence des flammes, et cela, uniquement pour que l’eau et le feu se côtoient paisiblement.

Faisons de même ! Nous aussi devenons des « marmites » ! Même si le prix à payer est douloureux, le meilleur reste à venir…

Le Rav Ovadia Yossef, dans son ouvrage « Anaf Ets Avot », nous met en garde sur la fougue des « Baalé Tchouva » qui, à notre grand bonheur à tous, se multiplient de plus en plus, mais qui parfois, à cause de leur enthousiasme enflammé, provoquent de gros dégâts du fait de leur ignorance. En effet, absorber les Halakhot comme il se doit et comprendre quelles sont les priorités prend du temps, c’est pourquoi ils font souvent preuve d’une rigueur excessive et même extrémiste, en oubliant l’essentiel. Leur amour incontrôlé et tout frais pour Le Créateur sème donc parfois le trouble et la discorde dans les couples et les familles, au lieu du contraire tant désiré par Hachem. Afin de mieux comprendre de quoi il s’agit, voici une histoire du Rav Ovadia Yossef relatant le fait suivant : un homme se présenta un jour, après Pessa’h, au Beth Din du Rav Avraham Yéochoua Echel d’Apte, pour divorcer de sa femme. Le Rav lui demanda les raisons de sa décision. L’homme lui répondit : « Elle m’a fait manger pendant Pessa’h de la Matsa trempée, ce qui est contraire à notre usage ! » (Certains ont la coutume de ne pas manger de Matsa trempée dans un liquide durant la fête de Pessa’h.) Le Rav fit alors appeler la Rabanite, sa femme, et lui demanda : « Quelle Matsa as-tu posée devant moi le soir du Séder ? » La Rabanite répondit : « de simples Matsot, car la Matsa Chemoura, qui avait été préparée avant la fête, a été donnée par erreur à un pauvre. Et c’est au moment de mettre la Matsa à table que je me suis aperçue de sa disparition. » Afin de préserver une atmosphère calme et détendue en cette sainte soirée, la Rabanite avait donc pris de simples Matsot qu’elle avait emballées dans une serviette, puis elle avait fait comme si de rien n’était. Et le saint Rav avait dirigé le Séder avec une Matsa ordinaire. (Alors que nombre de Juifs pieux n’utilisent que la Matsa Chmoura ce soir-là !)

Le Rav s’adressant ensuite à l’homme : «  Regarde, j’ai mangé de simples Matsot le soir du Séder et j’ai fait comme si de rien n’était quand je l’ai appris, je ne me suis pas mis en colère, tout cela afin de préserver la paix. Et toi tu viens pour une histoire de « Matsa trempée ?! Ce n’est pas comme cela que l’on agit… »

Il n’y a pas de Mitsva à rechercher les « ‘Houmrot », surtout quand c’est aux dépens des autres et du Chalom.

Dans Avot de Rabbi Nathan[3], se trouve expliqué le fait qu’il y a des mitsvot que l’on ne doit pas forcément chercher à accomplir, on les réalise uniquement lorsqu’elles se présentent à nous.

Il en est ainsi de la Mitsva de « Chiloua’h Hakène » (renvoyer la mère d’un nid d’oiseaux pour prendre ses petits) à propos de laquelle il est écrit :  « Quand se présentera un nid d’oiseaux devant toi sur le chemin… »[4], on parle ici d’une rencontre hasardeuse. Mais en ce qui concerne la paix, la poursuivre signifie que si l’on est au courant qu’existe un différend entre Moché et Réouven, je dois me précipiter pour essayer de faire régner à nouveau entre eux paix et amour.  « Sof maasé bé ma’hchava tékhila »[5], si l’on est capable de concevoir le Chalom, sa réalisation suivra donc. Dévouons-nous pour acquérir cette force, aimons le Chalom et poursuivons-le, car un salaire infini est réservé à celui qui le recherche.


[1]Téhilim (34 ; 15)

[2]Bérakhot 56b

[3]Chapitre 12

[4]Dévarim (22 ; 6)

[5]tout acte abouti provient d’abord d’une pensée -Lekha Dodi

Bamidbar

Rachi nous explique que « c’est par amour qu’Hachem porte pour les Bneï Israël, qu’Il les compte à tout moment. Il les a comptés lorsqu’ils sont sortis d’égypte, et de nouveau après qu’ils déchurent par la faute du veau d’or afin de connaître le nombre de survivant (voir chémot 38;26), et encore une fois lorsqu’Il est venu faire résider Sa chékhina sur eux. »

Une question se pose sur le premier commentaire de Rachi lorsqu’il dit qu’Hachem «  les compte à tout moment », or par la suite de son commentaire ne voyons-nous pas qu’il ne les a fait dénombrer qu’à certaines occasions ?

Le fait d’être compté attribue une importance à l’objet ou la personne dénombrée comme nous dit la Guémara (Beitsa 3b) « une chose qui est dénombrée ne peut s’annuler même parmi mille autres ». Lire la suite

Bamidbar: Élever chacun de nous

« L’Éternel parla en ces termes à Moïse, dans le désert de Sinaï, dans la tente d’assignation, le premier jour du second mois de la deuxième année après leur sortie du pays d’Égypte: « Relevez/séou le nombre de têtes de toute la communauté des enfants d’Israël, selon leurs familles et leurs maisons paternelles, au moyen d’un recensement nominal de tous les mâles.Depuis l’âge de vingt ans et au-delà, tous les Israélites aptes au service, vous les dénombrerez/tafkidou selon leurs légions, toi et Aaron… »

Rachi nous explique que « c’est par amour qu’Hachem porte pour les Bneï Israël, qu’Il les compte à tout moment. Il les a comptés lorsqu’ils sont sortis d’égypte, et de nouveau après qu’ils déchurent par la faute du veau d’or afin de connaître le nombre de survivant (voir chémot 38;26), et encore une fois lorsqu’Il est venu faire résider Sa chékhina sur eux. »

Une question se pose sur le premier commentaire de Rachi lorsqu’il dit qu’Hachem «  les compte à tout moment », or par la suite de son commentaire ne voyons-nous pas qu’il ne les a fait dénombrer qu’à certaines occasions ?

Le fait d’être compté attribue une importance à l’objet ou la personne dénombrée comme nous dit la Guémara (Beitsa 3b) « une chose qui est dénombrée ne peut s’annuler même parmi mille autres ».

Le Kéli Yakar souligne que l’expression employée pour exprimer le décompte des Bneï Israël est « Séou», qui se traduit aussi par « élever ». Ce choix de langage qu’emploie Hachem, exprime Son attachement aux Bneï Israël par rapport aux autres peuples. En effet ce n’est pas l’habitude d’un agriculteur de compter dans le détail ses bottes de foin qui sont constituées de milliers de brins de paille. Ainsi l’humanité qui est comparée à cette botte de foin n’est pas comptée dans le détails par son créateur. Cependant Hachem prend soin de compter tous les membres du peuple d’Israël, pour dire combien ils lui sont importants. Ce compte montre qu’il existe une Providence Divine qui s’exerce sur chaque membre du peuple d’Israël, ce qu’on appelle la Hachgahat Pratit. Concept exclusivement réservé aux Bneï Israël. Comme il est dit « Hachem dit à Moché, descend avertis le peuple…et il en tombera beaucoup » (Chémot19;21) . Rachi explique que même s’il devait en tomber qu’un seul, il compterait « beaucoup » pour Moi, fin des paroles du Kéli Yakar.

C’est pourquoi ce compte est bien plus qu’un simple dénombrement et c’est une élévation! Chaque juif est d’une extrême importance aux yeux du Tout-puissant. Ce décompte particulier des Bneï Israël viendrai répondre à tout celui qui se considère loin d’Hachem, et qui est incapable de s’en rapprocher.

Notre Paracha qui est lue chaque année avant la fête de Chavouot, fête du don de la Torah, vient sensibiliser chacun de nous. Hachem vient nous dire par ce décompte, que «toi» aussi tu es important, « toi » aussi tu as les capacités pour aborder l’étude de la Torah. Preuve en est de ce décompte où « les têtes de toute la communauté des enfants d’Israël » sont dénombrées, au même titre que Moché Rabénou et les Princes des Tribus d’Israël! Tout le monde à sa place, le droit et les compétences pour étudier.

Chavouot est la fête du Matane/don de la Torah, c’est aussi celle de la Kabala/réception de la Torah.

Lors de tout don, une personne expédie et une autre réceptionne. À Chavouot, Hakadoch Baroukh Hou est l’expéditeur : Il va nous donner à nouveau la Torah, au niveau individuel. Nous, nous serons les destinataires. Cependant, pour optimiser ce don, il nous faudra être prêt à devenir des réceptacles.

Dans la suite des versets la Torah emploi « vous les dénombrerez/tafkidou selon leurs légions, toi et Aaron… ». Ce terme « tafkidou/dénombrez »,à la même racine que le mot « tafkid », qui signifie un rôle, pour dire que chacun à un rôle très précis et indispensable. En effet le Mégualé Amoukot (§186) écrit que les 600 000 âmes des Bneï Israël sont comparées au nombre de lettres qui composent le séfer Torah. Il rajoute que le mot « ISRAËL » constitue les acronyme de « Yech Chichim Ribo Otiot Latorah » c’est-à-dire » il y a 600 000 lettres dans la Torah ».

Cependant dans nos dans un séfer torah on ne trouve que 304’805 lettres, soit environ deux fois moins que le nombre de Bneï Israël, comment accorder ces deux informations?

Les lettres dans le séfer Torah son constituées d’ assemblages de plusieurs lettres. Par exemple le Aleph est composé d’un « Vav » et de deux « Youd », le khét est composé de deux zaïn, le hé est composé d’un dalet et un youd. Tandis que des lettres comme le Vav et le Youd comptent pour une lettre. On retrouve ce décompte à la fin du ‘Houmach Emek Davar qui d’après un calcul précis nous amène à 600.000 lettres et des poussières.

Le chiffre de 600,000 implique toutes les lettres qui sont imbriquées l’une dans l’autre. On comprend que chaque juif est indispensable l’un de l’autre, chacun est une pièce indispensable de la Torah d’Hachem.

Relevez/séou et dénombrerez/tafkidou, le choix de langage utilisé par la Torah pour recenser les Bneï Israël prend tout son sens, Hachem prend en compte chacun de nous.

Ainsi, le premier commentaire de Rachi sur cette paracha qui dit qu’Hachem «  les compte à tout moment », bien qu’il ne les a dénombré qu’à certaines occasions, nous apprendre que sans cesse, à tout instant, chaque Juif a un rôle propre et spécifique devant son Créateur. Lorsque Hachem nous compte «par amour», c’est bien pour accorder Son importance à chaque Juif et souligner que dans tout l’univers, il est l’être doté du plus grand mérite d’accomplir la volonté divine.

Chabat Chalom

Rav Mordékhaï Bismuth

Donner pour recevoir

Cette semaine nous ouvrons le Séfer Bamidbar, cette Paracha précède toujours la fête de Chavouot, afin de ne pas juxtaposer, nous enseignent Tossfot (Méguila 31b), les malédictions de Bé’houkotaï, avec la fête. Notre Paracha nous permet aussi de mieux nous préparer à Chavouot, qui est le don de la Torah, grâce au Midrach Rabba (1 ; 72) qui nous enseigne, à partir de notre verset, la façon dont nous l’avons reçue.
La Torah a été donnée au-travers de trois choses : l’eau, le désert et le feu. L’un des points communs entre ces trois éléments, c’est leur gratuité d’acquisition.

En effet, le feu et l’eau sont des éléments naturels à la libre disposition de chacun (même si aujourd’hui nous payons le service qui nous approvisionne à domicile). Quant au désert, il est tout autant à l’abandon : vous pouvez aller y habiter, personne ne viendra vous réclamer quoi que ce soit. Il en est de même pour la Torah, elle est posée « al keren zavit », celui qui la veut va la chercher. Elle n’est pas liée à un homme en particulier, mais à tout le monde et dans la même mesure. Elle est un héritage pour chacun d’entre nous, quel que soit notre niveau. Elle est accessible à tous et de ce fait, chacun se doit de s’investir pour elle et la pratique des Mitsvot.

Cependant, creusons un peu plus notre sujet, pourquoi avons-nous besoin de ces trois éléments ?

Le Rav Moché Stern, dans son commentaire sur le Midrach, nous aide à déterminer la symbolique de ces trois éléments. Ce que le Midrach nous enseigne nous permet de tracer les règles de conduite que nous devons appliquer, d’une part pour acquérir la Torah, d’autre part pour nous pénétrer de sa morale.

Le feu est le symbole de l’enthousiasme sacré et de l’entrain joyeux avec lesquels nous devons accueillir les paroles de Torah. Il représente également l’ardeur qui doit nous animer lors de l’accomplissement des Mitsvot. Il signifie aussi le sacrifice de la vie pour Hachem, comme en témoigna notre père Avraham, qui refusa de céder à la Avoda zara et se laissa pour cela jeter dans la fournaise.

L’eau en est un autre moyen d’acquisition, elle représente l’humilité et la modestie, puisque naturellement, elle coule du haut vers le bas. Elle nous fut prodiguée dans le désert par le plus humble des hommes, comme il est écrit (Bamidbar 12 ; 3): « … et l’homme Moché très humble, plus que tout homme qui fût sur la surface de la terre. ». Elle symbolise aussi la pondération, le sang-froid, les gestes réfléchis, indispensables pour éviter de tomber dans les fosses de la passion et du vice. Enfin, elle nous rappelle le dévouement collectif de nos ancêtres, attestant d’une foi inébranlable en la promesse Divine lors du passage de la mer rouge. Ils n’hésitèrent point à s’y précipiter lorsque leurs oreilles entendirent : “Ordonne aux Bneï Israël de se mettre en marche.” (Chémot 16 ; 15)

Pour finir, le désert symbolise la modération dans la jouissance des biens matériels, afin d’être capables de recevoir la Torah. Comme il est écrit au sujet de Yaakov : “ … du pain pour se nourrir et des vêtements pour se couvrir…” (Beréchit 28 ; 20) La course effrénée aux biens matériels ne s’accorde pas avec les principes de notre Torah. Le désert symbolise le réceptacle que tout homme doit être. Celui qui voudra être  »Mékabel ète HaTorah/acquérir la Torah » devra être humble et se considérer à sa juste mesure : tels la poussière de la terre, le sable… (tout en étant conscient de sa valeur intrinsèque). Il faut savoir dépasser le matériel de ce monde pour laisser la place à la spiritualité. La Torah ne pénètre en nous que si nous lui faisons de la place. Le désert symbolise également la confiance illimitée en Hachem puisque le peuple L’a suivi dans le désert, dans un pays aride et dénué de tout. Tout comme le désert ne produit aucun fruit, la Torah doit se pratiquer dans un élan de piété excluant tout calcul, dans un total désintéressement, sans attendre de récompense ici-bas. Ce que l’on appelle la Torah Lichma.

Le Rav Dessler nous enseigne que l’on ne peut prendre que ce qui a été donné, et que l’on ne peut acheter (avec de l’argent et des efforts pour réaliser cet achat) que ce qui est offert à la vente.
Celui qui désire recevoir la Torah doit se trouver là où on la « vend », c’est-à-dire dans les maisons d’études ou dans les synagogues. Toutefois elle ne s’acquerra qu’au prix d’un effort intensif.
Chavouot et Kabalat Hatorah ne se feront qu’avec un enthousiasme, une humilité et un don de soi illimités !

Rav Mordékhaï Bismuth

Bé’houkotaï : Aller de l’avant

« Si dans mes statuts vous marchez et mes Mitsvot vous gardez, vous les faites… je donnerai leur pluies en leur temps…vous aurez du pain à manger en abondance, et vous demeurerez en sécurité dans votre pays. Je ferai régner la paix dans ce pays, et nul n’y troublera votre repos ;  je ferai disparaitre du pays les animaux nuisibles, et le glaive ne traversera point votre territoire… » Vayikra (26 ; 3-6)

Dès les premiers mots de notre paracha, Rachi nous explique que « Si dans Mes statuts vous marchez », n’évoque pas l’observance des mitsvot puisque celle-ci est évoquée par la suite avec « et Mes mitsvot vous gardez », mais de la peine dans l’étude de la Torah, afin de l’observer et de la pratiquer.

Cette peine est la source de toutes nos rétributions !

Point de départ de notre Judaïsme, l’effort est l’élément indispensable afin de parvenir au but. Un peu comme à l’école, lors d’un examen, même si le résultat est parfois faux, à cause d’une étourderie, ou autre, nous obtenons la majorité de la note grâce à notre effort de rédaction ou/et de réflexion.

Imaginez un employeur qui paie son personnel non pas pour sa productivité, mais pour l’effort d’avoir travaillé… impensable ! Et pourtant…

Très souvent en lisant cette promesse de Hachem, on pense qu’elle ne concerne qu’une partie du peuple Juif. Seul l’orthodoxe peut se donner de la « peine dans l’étude », les autres savent à peine étudier et ne fréquentent que très peu les lieux d’études.

Le ‘Hafets ‘Haïm  nous aide à mieux comprendre cette notion de peine et d’effort au travers d’un récit :

Un matin, Réouven se leva en retard, ce fut donc la course pour arriver au travail à l’heure.

Vite ! Vite ! Il se prépare et sort en trombe de la maison. Son voisin le voyant affolé et pressé l’interpelle et lui demande : « Est-ce vraiment la peine de courir, tu penses qu’en courant ainsi tu deviendras l’homme le plus riche ? »

Réouven lui répondit : « Parce que je ne serai jamais le plus riche, alors je dois même m’abstenir de gagner ma vie ? »

Nous devons avoir la même réaction que Réouven à l’égard de notre étude : est-ce parce que je ne deviendrai jamais Baba Salé ou le ‘Hazon Ich que je dois m’abstenir d’étudier ?

Dans le Yalkout Chemouni[1] il est écrit : « Ne dis pas :  » Je ne peux pas observer toute la Torah car Elle est plus étendue en longueur que toute la terre.  » »

Le fait que la Torah soit vaste et complexe ne justifie pas le « non effort ».

Cela ressemble à l’histoire d’un homme qui possédait une énorme citerne, il engagea deux hommes pour la remplir. L’un des deux employés regarda la citerne et dit : « Mais quand finirai-je de la remplir ? » Son compagnon, plus sage, lui rétorqua : « Quelle importance, on reçoit un salaire pour la tâche, sois heureux d’avoir trouvé du travail ! »

Il en est de même avec notre Éternel Employeur, nous recevrons un salaire pour notre peine. Comme il est dit : « On distingue quatre qualités parmi ceux qui vont à la maison d’étude. Celui qui s’y rend mais n’agit pas, sera récompensé pour y être allé… »[2]

L’Admour de Kotzk dit qu’il reçoit la récompense de s’être arraché de son chez soi, cet acte à lui tout seul comporte déjà une peine et un effort considérables.

Cependant il est tout de même surprenant d’accorder un salaire à cette personne alors qu’elle ne sera pas du tout attentive à l’étude dispensée, comme nous dit la michna : « … mais n’agit pas… »

Ici, on ne parle pas d’une personne qui va à la maison d’étude pour chauffer les bancs ou rencontrer les amis, mais d’une personne dont les facultés de compréhension sont limitées pour comprendre le sujet étudié.

Le Rav Ovadia Yossef rapporte à ce sujet : « C’est son désir d’apprendre et sa peine pour y parvenir qui lui valent une récompense, comme il est enseigné dans la Guémara[3] : « On doit toujours répéter l’enseignement entendu, même si on l’oublie, même si on ne le comprend pas, comme il est dit : « Mon Âme est travaillée des désirs de Tes préceptes. »[4] »

Comme des grains de café grossièrement moulus que l’on voudrait rendre plus fins, le désir puissant d’étudier la Torah, la peine que l’on mettra dans cette étude, mettront en poussière les difficultés et les incompréhensions. Même si l’on n’en sortira ni Gaon, ni grand Rabbin, nous pourrons recevoir la même récompense qu’un Gaon, car comme lui, nous nous serons « décarcassés ».

Revenons à présent à notre verset et à la promesse de l’Éternel :

« Si dans Mes statuts vous marchez », ce sont l’assiduité et l’effort qui me permettront de : « et Mes Mitsvot vous gardez, vous les faites », afin d’obtenir : « Je donnerai leurs pluies en leur temps… vous aurez du pain à manger en abondance… »

Hachem, dans Sa miséricorde, offre Sa bénédiction à chacun d’entre nous. Que l’on soit grand ou petit, très érudit ou débutant, le plus important est la volonté, l’effort et le don de soi pour essayer d’observer toute la Torah et d’en découvrir les merveilles.

Peu importe notre niveau, notre envie d’avancer et d’évoluer dans le chemin de la Torah nous fera bénéficier d’une parnassa tova : « vous aurez du pain à manger en abondance », bechaa tova : « Je donnerai leurs pluies en leur temps », dans le chalom et la santé : « Je donnerai la paix dans le pays ». Que toutes Ses bénédictions nous soient attribuées. Amen

Rav Mordékhaï Bismuth


[1]Ekev 863

[2]Pirkei Avot (5 ; 14)

[3]Avoda zara 9a

[4]Téhilim (119 ; 20)