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Le feuillet hebdomadaire du Rav Biderman

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Quiconque n’a pas peur ne sera pas inquiété par le corona

Extraits d’une intervention du rav Elimelekh Biderman qui a marqué le public.

Le roi Chelomo dit dans sa sagesse (Michlé/Proverbes 18,1) : « L’esprit d’un homme encouragera sa maladie », ce que Rachi interprète : « L’esprit d’un homme – l’esprit d’un homme qui est un homme puissant et ne s’inquiète pas en son cœur et accepte tout ce qui lui arrive avec joie et affection ». Autrement dit, l’homme qui fait ce qui est juste, mais ne s’inquiète pas dans son cœur, n’a pas peur, mais accepte tout ce qui lui arrive avec joie et affection, alors il est assuré que de ne pas être dépassé par les événements.

Et nous avons déjà apporté ce qu’a écrit le Gaon (dans son commentaire sur les Proverbes) : « La joie vient par l’esprit, c’est l’esprit d’un homme toujours heureux, il dominera sa maladie, même si une maladie vient sur lui, il dominera sa maladie grâce à sa joie et l’annulera. Cela montre que la tranquillité d’esprit est bénéfique même si la maladie est déjà là, et à plus forte raison servira-t-elle de bouclier pour que la maladie ne vienne pas.

Et il est explicitement indiqué dans les Écritures que la préoccupation est la « maladie » en elle-même, comme il est dit dans la Tora (Deutéronome 7,5) : « Et le Seigneur enlèvera de vous toute maladie », ce que nos Sages (Yerushalmi Shabbat 14,3) ont interprété comme voulant parler de l’inquiétude. Ainsi donc nos Sages ont compris que «la maladie » est «la préoccupation».

Et c’est ainsi que le Ben Yehoyada (BK 60) a écrit sur les paroles de la Guemara : « Si la peste s’est installée dans la ville, cache-toi », mais en ce qui concerne le choléra, il vaut mieux fuir de la ville, car la quarantaine ne sera pas utile au sein de sa maison en ville, car le fait de rester chez soi et d’avoir peur engendre la maladie chez la personne du fait même qu’elle redoute cette épidémie.

Et les médecins disent, à titre de parabole et de recommandation, qu’il y avait une fois une épidémie de choléra dans une grande ville. Avant que la maladie ne s’intensifie, une personne a rencontré le responsable divin de l’épidémie et lui a demandé combien d’âmes il devait prendre. Il lui parla de cinq mille. Or ce sont quinze mille personnes qui sont mortes. Il le rencontra à nouveau et lui reprocha de lui avoir menti : « Pas 5.000, mais 15.000 ! » « Non, je n’ai pas menti, mon épée n’a tué que cinq mille personnes ; les autres sont mortes du fait de la grande peur qui les a perturbés ! » Là s’arrête la parabole. Autrement dit, il peut arriver que des gens meurent alors que cela n’est pas leur moment juste du fait de la peur et de l’angoisse qu’ils ressentent face à la maladie. En conséquence, il est bon dans un cas pareil de fuir au loin pour ne pas voir l’épidémie qui attaque le public, car cela peut engendrer une mauvaise situation psychologique.

Et si de nos jours nous n’avons nulle part où aller ! Mais l’auteur du ‘Yessod vechorech haAvoda’ a déjà écrit dans une lettre écrite pendant une telle période qu’il « faut enlever de son esprit les mauvaises nouvelles que l’on entend ». Pour nous, cela signifie ne pas rester accroché aux nouvelles distillées tout le temps… C’est sûr qu’il faut se tenir au courant de la conduite à suivre, mais inutile de savoir combien de personnes sont malades et combien ont succombé, car cela ne peut qu’entrainer la peur et le désespoir.

C’est ce que rav Akiva Eiger zatsal écrit aussi dans sa lettre (lorsque l’épidémie de choléra a éclaté en 1801) au milieu de ses avertissements de suivre les avis des médecins : « Ne pas s’inquiéter et s’éloigner toutes sortes de tristesse » (ceci est imprimé dans ses notes sur Nedarim 39b). De ce qu’il dit, nous apprenons que cela fait également partie du maintien de la santé du corps, et tout comme il nous est ordonné de tout faire pour sauvegarder nos âmes, nous devons aussi éviter les inquiétudes et la tristesse.

…Que l’Eternel fasse que se réalise en notre faveur ce que dit le Midrach, « Il n’amène plus de déluge, mais un déluge d’épidémie sur les Nations à la venue du Machia’h », que nous ayons droit à la délivrance du peuple d’Israël !

Article paru sur Kountrass

As-tu espéré la délivrance ?

Cette période de deuil sur la destruction du Temple constitue également un temps où nous espérons que s’accomplisse enfin cette phrase de nos prières : « Montre-nous sa reconstruction et réjouis-nous par son rétablissement  »  (rituel  des fêtes,  n.d.t). Il est tout à fait approprié de rapporter à cette occasion les paroles suivantes extraites du Smak (un des Baalé Hatossefot, commentateur du Moyen-Age, n.d.t)       dans la première Mitsva de la Torah qu’il énumère : Savoir que c’est Lui qui a créé le Ciel et la Terre et qu’Il est le Seul à régner En-Haut et ici-bas et dans les  quatre points    cardinaux, comme il est écrit (Chémot 20, 2) : « Je suis Hachem ton D. » et aussi (Dévarim 4, 39) : « Tu sauras en ce jour que tu  intérioriseras dans ton cœur qu’Hachem est le D. dans les Cieux En-Haut et sur la Terre ici-bas et qu’il n’y en a pas d’autre ». Car le Saint-Béni-Soit-Il gouverne le monde entier par le souffle de Sa  parole.  Il nous a fait sortir d’Egypte et a accompli pour nous des prodiges. Aucun homme ne se cogne en effet le doigt ici-bas si cela n’a pas été décrété auparavant En-Haut, comme il est dit (Téhilim 37,23): « Hachem dirige les pas de l’homme ».

C’est à ce sujet que nos Sages enseignent lorsqu’on le juge après sa mort ”as-tu espéré la délivrance ?”

Et où est écrite cette Mitsva ? Elle est dépendante  d’une autre : la Mitsva d’avoir foi qu’Il nous a fait       sortir d’Egypte, comme il est écrit : « Je suis Hachem ton D. qui t’a fait sortir de la  terre d’Egypte ». Ce qui signifie : « Je désire que vous ayez foi que c’est Moi qui              vous ai fait sortir d’Egypte. De même, Je désire que  vous  ayez  foi  que  Je suis Hachem votre D. et que Je vous rassemblerai à l’avenir et vous délivrerai. » Car Il nous délivrera une seconde fois dans Sa miséricorde, comme il est dit (Dévarim 30, 3)          : « Et tu reviendras à Lui            et Il te rassemblera d’entre tous les peuples. » Et Rabbénou Péretz (dans ses annotations sur le Smak) d’expliquer : « Puisque espérer la délivrance est une Mitsva écrite dans la Torah, incluse dans le premier commandement “Je suis  Hachem  Ton D.”, c’est pour cela qu’on la réclame de l’homme au jour du jugement. »

Il s’ensuit que l’espérance dans la délivrance concerne chaque juif quel qu’il soit puisque la Mitsva de « Je  suis  Hachem Ton D. » inclut tout  Israël dont les ancêtres l’ont entendue au Sinaï. En outre, après 120 ans, le Tribunal Céleste demandera à chacun, et  pas  seulement  aux grands de la génération : « As-tu espéré en la délivrance ? » Et chaque juif sera sommé de répondre s’il a espéré et attendu ardemment notre délivrance et le rachat de nos âmes.

Le Rambam, pour sa part, écrit (Hilkhot Mélakhim, chap. 11) : « Tout celui qui n’attend pas sa venue (du Machia’h) renie  la Torah et Moché Rabbénou. » En revanche, celui qui attend, affirme Rav Lévi Its’hak de Berditchov (Kédouchat Halévi sur  Eikha) mérite déjà à présent de ressentir un peu  de  la  joie qui aura cours lors  de  la  reconstruction de Jérusalem.

On veillera, par conséquent, à placer ce sujet en tête de ses préoccupations  (pour  le moins pendant cette période des trois semaines), comme l’illustre le Maguid de Douvno dans la parabole suivante : Un père riche          avait envoyé ses          cinq fils outre-mer vers un lieu de Torah. Un jour, l’un d’entre eux, Réouven tomba malade. Ses frères s’empressèrent de            lui faire consulter un médecin, spécialiste renommé qui après l’avoir soigneusement examiné rendit son diagnostic : « Sachez, dit-il, que votre frère est atteint d’une grave maladie et qu’il n’existe aucun remède à son mal              à l’exception d’un médicament extrêmement rare qui ne peut être      obtenu que moyennant une immense somme d’argent.

Ne vous             inquiétez pas, lui répondirent-ils, notre père est très  riche et très influent. Nous allons lui écrire une lettre et il nous enverra immédiatement l’argent nécessaire. »

Sur le champ, l’aîné des  frères  entreprit  de rédiger la lettre en question dont voici  le  contenu : « A l’intention de mon respecté père, Envoie-nous beaucoup d’argent car Chimone a cassé ses lunettes, Lévi a besoin de racheter des vêtements  neufs  car les siens sont vieux et usés et ne correspondent          plus à son rang. Notre frère Yéhouda également a emprunté 450 dinars et le temps du paiement est arrivé. Pour Réouven aussi, envoie une grosse somme, car il est gravement malade, sur le point de mourir, et le remède que le médecin préconise coûte une fortune (…) »

La lettre fut ainsi expédiée par la poste. Lorsqu’elle parvint dans les mains du père, celui-ci crut défaillir sous le choc mêlé de  colère qu’il ressentit à cause de la teneur insensée de son contenu. Comment son fils avait-il été à ce point idiot pour inverser entièrement les priorités ? Comment avait-il pu mentionner la maladie de son  frère  à  la fin de la lettre, comme un détail secondaire alors que     tous les              autres besoins n’avaient aucune importance comparés à la situation dramatique du malheureux agonisant ?

La morale de cette parabole est claire. Elle constitue un reproche ouvert à tous ceux qui énumèrent

au Saint-Béni-Soit-Il l’ensemble de leurs besoins et ”se souviennent” d’ajouter à la fin, comme un détail la mention :”que le Temple soit reconstruit très rapidement et de nos jours”, alors que cette supplique devrait se trouver en tête de nos préoccupations.

Le Yéarot Devach (1ère partie, fin du Drouch 1, 3) s’exprime lui en ces termes: « Seul celui qui n’a pas toute sa raison ne ressent pas la  souffrance due à la destruction du Temple. C’est malheureusement notre cas, nous qui, par manque de sagesse, ne ressentons pas réellement cette catastrophe. En revanche, les grands hommes  au  cœur pur ressentaient la         perte incalculable occasionnée par ce grand malheur. Si nous parvenions à percevoir ce que l’absence du Beth Hamikdach a laissé comme vide dans ce monde, nous n’aurions aucune envie  de manger ni boire mais uniquement de nous  rouler  dans la poussière. »

Rav Chimichone Pinkus, pour sa part, (dans Galout Véné’hama p.147-151) explique que les pleurs traduisent chez l’homme  le fait qu’il prend une part dans  la situation spirituelle du Klal Israël et  dans la souffrance de la Présence Divine. Lorsque l’on conduit un défunt à sa dernière demeure, seuls les  proches versent des larmes, seuls ceux qui ressentent une proximité avec lui sont saisis de sanglots. Il en est de même pendant cette période de deuil sur la destruction du Beth Hamikdach : chacun peut alors juger de  son  degré  de proximité avec la Sainteté, et de  la manière dont il se sent concerné et lié au peuple d’Israël et  au  Saint-Béni-Soit-Il.  Le travail du juif constitue à renforcer en lui ce sentiment (…). Celui qui pleure exprime par là qu’il est touché par la perte subie, qu’il ressent la douleur de l’absence, et grâce  à  cela il se rapproche  et se relie à la chose qu’il a perdue.

Celui, conclut-il, qui n’est pas capable de pleurer pendant ces trois semaines sur la destruction du Beth Hamikdach et sur l’exil de la Présence Divine doit s’asseoir par terre pour pleurer amèrement sur sa propre destruction spirituelle, sur le fait même qu’il ne parvient pas à pleurer sur son manque de sensibilité à l’absence du Beth    Hamikdach. Ne             pas ressentir ce vide traduit une vide dans sa propre spiritualité. Cette prise de conscience est en soi une bonne raison de verser des larmes.

Voici ce qu’écrit le Yaavets à ce sujet (Sidour Beth Yaakov) : « La faute qui consiste à ne pas prendre  le deuil comme il se doit sur Jérusalem est une raison qui justifie à elle seule le prolongement de notre exil. A mes yeux, elle constitue la source de toutes les terribles persécutions qui nous frappent et qui dépassent l’entendement, dans tous les endroits où nous avons été disséminés de par le monde. On nous poursuit sans répit  au  sein des peuples sans compter la situation misérable et à la pauvreté auxquelles nous sommes réduits, tout cela, parce que le deuil a quitté nos cœurs. »

Rav Elimélekh Biderman

Pin’has: Je vous prie de faire la Téfila

« Ordonne aux Bné Israël et dis-leur :  Mon offrande, l’aliment de Mon sacrifice qui est brûlée en odeur agréable, vous veillerez à l’apporter en  son  temps.  »  (28, 2)

Le Sfat Emet commente ce verset en associant au terme ‘veillez-Lichmor’ le sens ”d’attendre” (en hébreu, en effet, le verbe Lichmor peut signifier à la fois “veiller à” ou ”être dans l’attente”, n.d.t). Il signifie dès lors aussi : « Vous serez dans l’attente de l’apporter. » Toute la journée sera ainsi  une préparation dans  l’attente  de l’apporter. Toute la journée sera aussi une préparation dans l’attente impatiente de l’heure où l’on pourra enfin apporter le sacrifice perpétuel, et il en sera de même pour la prière (après la destruction du Temple, les prières quotidiennes ont été instituées en remplacement du sacrifice perpétuel du matin et de l’après-midi). Toute la journée d’un juif, explique-t-il, doit être pour lui secondaire en regard du moment où il prie et pendant lequel il vit réellement. C’est ainsi que le Maître du Kouzari enseigne à son disciple la vertu d’un juif fervent (Kouzari 3, 5) : « Cet instant (de la prière) sera pour lui l’essentiel de sa journée  et  le  centre  de ses préoccupations, tous             les autres moments n’étant que des moyens d’arriver à celui-ci. Il désirera ardemment retrouver cette proximité dans laquelle il ressemble aux êtres spirituels et        se distingue de l’animal.» (Le Kouzari explique dans  la suite  de  cet extrait que  la prière doit être pour  l’homme  comme un aliment qui le nourrit lors d’un repas jusqu’au prochain. De même, il tire sa subsistance spirituelle de la prière jusqu’à la prochaine.)

Un juif de Jérusalem dont l’un des membres de la famille devait subir une opération à l’hôpital Hadassa, décida que pour mettre toutes les chances de réussite de leur côté, il devait parler au préalable avec le directeur général de l’hôpital, dont dépendait chaque décision dans cet établissement. En tant que simple citoyen,   il  n’avait  pratiquement aucune chance de pouvoir accéder directement à cet homme qui occupait un poste aussi élevé. Il voulut donc solliciter l’aide  de Rav Firrer, le conseiller médical connu pour ses relations avec le monde de la santé en  Israël (et également  à l’étranger) afin qu’il intercède pour lui auprès de ce directeur .

Le temps ne jouant pas en faveur du malade, il décida  finalement  de  prendre sa voiture pour se rendre à Hadassa. En chemin, il tenta de joindre Rav Firrer pas  moins d’une dizaine  de  fois mais sans succès. Soudain, il aperçut un homme sur le bas-côté de la route qui lui fit signe qu’il était tombé en panne. Au début, il pensa l’ignorer. Il était bien le dernier à être disponible à ce moment crucial où il tentait par tous les moyens de joindre cet intermédiaire tellement nécessaire. Tout d’un coup, à son immense surprise, il se rendit compte que cet         homme n’était autre que… le directeur de l’hôpital en personne! Il n’était dès lors plus nécessaire ni de parler au conseiller, ni à ses secrétaires.

Souvent, il arrive qu’un juif se tienne au milieu de sa prière et se mette à penser : « Ah! Comment vais-je pouvoir arranger rapidement ce problème, parler avec un certain homme d’affaires, courir chez tel médecin, supplier le responsable de la caisse de prêt ou faire des courbettes au banquier,   essayer de m’attirer la grâce de… ? Il ne cesse de remuer dans son  cœur et dans son cerveau le monde entier. Pourquoi ne comprend-il     pas qu’en priant, c’est comme s’il  se  trouvait (si l’on peut dire) devant ce directeur en personne ? Le psychologue et la personne prête à le comprendre, il les trouvera dans la bénédiction de ”Atta ‘Honène” (où l’on demande à Hachem la sagesse), le professeur spécialisé dans celle de   ”Réfaénou” (réservée à la guérison, n.d.t), la subsistance dont il a besoin et la richesse dans celle de ”Barekh Alénou” (ce qui lui épargnera d’avoir à trouver grâce auprès de quiconque), la paix  dans  son  ménage dans celle de ”Sim Chalom”, etc.

Cette approche de l’existence, poursuit le Sefat Emet, est valable  également  tant  que nous sommes  en  exil  dans  l’attente de voir le Beth Hamikdach reconstruit et les sacrifices à nouveau offerts sur l’autel.  En désirant             ardemment que ce temps revienne, nous possédons une part dans les sacrifices qui étaient offerts jadis et dans la construction future du troisième Temple, Biméera Béyaménou Amen !

Un juif ne peut parvenir  à  ce  désir  que s’il est convaincu que toute sa situation spirituelle et matérielle ne dépend que de  la prière. C’est dans cela qu’il doit mettre l’essentiel de ses efforts. Nos pères investissaient toutes leurs forces dans la prière parce qu’ils savaient qu’elle est la source de tous les profits.

Le ‘Hizkouni, dans son  commentaire  sur le verset « (…) Voici les fils de  Yaakov qui lui naquirent à Padan Aram (Et non pas à Beth Lekhem où  Ra’hel  Iménou  décéda en accouchant de Biniamine). L’explication en est, répond-il, que, lors de la naissance de Yossef (plus haut dans le verset 30, 24), elle pria à Hachem « Yossef Li Hachem Ben A’her », « Qu’Hachem m’ajoute un autre fils ». Cette prière            fut exaucée lorsque Biniamine naquit plus tard. Cependant, la Torah considère qu’il était déjà né à l’endroit (Padan Aram) et à l’heure où elle épancha son cœur en suppliques pour mériter un autre fils. Car telle             est la force de la prière : concrétiser la réalité dès le  moment  où elle est exaucée.

Rav Elimélekh Biderman

Ne pas tomber dans le trou

« Car Arnone  est la frontière  de Moav » (Bamidbar 21;13)

Rav Yonathan Eïbeshitz explique le parallèle entre la bataille que livra  Si’hon à Moav et la bataille que l’homme livre contre son Yétser Hara (telle que la Guémara Baba Batra 78b l’enseigne) de la manière suivante : «Ne dis pas, écrit-il, que telle barrière n’est qu’une simple précaution et ne fait pas  une grande différence. Mais, prends exemple de ‘Hechbone, qui était la  ville  frontière de Moav. Si Moav avait veillé sur elle, Si’hone n’aurait jamais pu la vaincre. Comme ce n’était pas une grande cité, il n’utilisa pas tous les moyens militaires possibles pour la garder. Grâce à cela, Si’hon put la conquérir  et à partir de là, la voie était toute tracée pour s’emparer de s’emparer de toute la terre de Moav. »

Cela doit nous enseigner         à veiller scrupuleusement à toutes les barrières pour protéger sa sainteté sans permettre qu’y soit faite la moindre brèche. Car le Yetser Hara guette l’homme précisément dans ses limites sachant que c’est à partir de là qu’il peut provoquer sa chute.

Dans la célèbre ville de Kelm  se trouvait en plein milieu de la place du marché un trou qui causait beaucoup d’accidents. Des gens venaient en toute simplicité à la foire pour y faire des transactions, acheter ou vendre de la marchandise et, absorbés par leurs affaires, ils ne se méfiaient pas de ce trou et y tombaient en se blessant gravement. Certaines personnes (à D. ne plaise) y avaient même perdu la vie. Cela faisait  des générations que  les responsables de la ville et ses ‘sages’ n’étaient pas encore parvenus à  trouver  une solution à cette embûche sur la voie publique (ils ne pouvaient combler cette fosse car ils l’utilisaient).

Lorsque le nombre de victimes  ne  cessa de croître, les sept Touvé Haïr (les gardiens de la ville) en présence d maire décidèrent de réunir une ”cellule d’urgence” à laquelle prendraient part tous les ‘sages’ de la ville. Ils délibéreraient durant trois jours et trois nuits successives afin d’examiner les aspects du problème et parvenir enfin à supprimer ce danger qui planait sur l’ensemble des habitants de la ville depuis toujours. Et en effet, après  un  débat sérieux, ils finirent par  prendre quatre mesures importantes.

Premièrement, étant donné la présence d’eau sale au fond du trou, chaque personne qui tombe se salit à cause de la boue et doit ensuite procéder à un nettoyage long et fastidieux de ses habits. C’est pourquoi il incombe à la mairie de payer des ouvriers qui assècheront toute l’eau et nettoieront le fond  et  les  abords de  la fosse.

Deuxièmement, il sera nécessaire de tapisser le fond du trou avec des couvertures et des coussins afin de préserver celui qui tomberait de s’y briser les os et la tête. Troisièmement, la décision a été prise de              pallier au problème de l’obscurité qui règne au fond du trou              susceptible de terroriser        les personnes qui seraient tombées au point de leur faire perdre la raison. A cette fin, un éclairage y sera installé. Quatrièmement, une échelle sera fixée dans le trou, permettant  aux  victimes d’une chute de pouvoir remonter et en sortir.

La nouvelle fut  ainsi  publiée que grâce à ”l’union de tous les sages”, on avait la joie de faire savoir qu’une solution  avait enfin été  trouvée  afin  d’éradiquer  le danger existant. Et, en effet, durant plusieurs jours d’affilée, des ouvriers travaillèrent sans relâche afin de mettre à exécution les mesures qui avaient été décidées. La ville était au comble de la joie.

Il ne s’écoula pas plus de quelques jours, lorsque la première  victime  tomba  dans la fosse ainsi aménagée. Et oh, merveille, grâce aux coussins, elle ne  se blessa  pas  le moins du monde. Considérant  la lumière qui régnait et la présence de couvertures pour s’allonger, l’homme  ne vit pas la nécessité de se hâter à sortir en empruntant l’échelle. Après deux heures, un deuxième hôte tomba sur la tête du premier et par la force du choc lui brisa presque le crâne. Peu s’en fut qu’il ne lui ôtât la vie. Lui-même se fractura les mains          et les pieds. La consternation régna à nouveau dans la ville !

Encore une fois, une réunion d’urgence fut organisée pour prendre de nouvelles mesures. A ce moment arriva dans la ville un étranger qui, en entendant ce qui  se passait, se mit à blâmer virulemment ses habitants et ses ‘sages’ : «  Est-ce  ainsi, s’écria-t-il, que l’on enlève le danger, en aménageant la fosse ? Construisez plutôt une barrière autour, et préservez-vous ainsi de la chute ! »

Cette parabole nous fait sourire mais en réalité, nous-mêmes ressemblons à ces habitants stupides de Kelm  !  Les  appareils et téléphones portables en tous genres représentent chacun une fosse profonde et une menace  pour  notre  âme et celle de nos enfants (à D. ne plaise).

Que fait             le ”sage             de Kelm” ? Il rembourre et éclaire l’intérieur de la fosse. Ici également, il  demande une ”cacheroute” afin de pouvoir utiliser son appareil. Certes, grâce à ce tampon de conformité, il ne subira pas    de coup. Néanmoins, en l’utilisant sans cesse, il ne se rend pas compte qu’il reste au fond du trou. Et au lieu de remonter et de se  sauver, il l’aménage pour y séjourner.

Ce n’est pas tout : à tout moment, il se trouve également en danger à cause des mauvaises fréquentations. Il  n’est,  en effet, pas  à  l’abri  d’un  ”bon  ami”  qui, lui, n’est  pas  spécialement  scrupuleux  sur la cacheroute des appareils.  Et puisqu’il entretient avec lui une correspondance suivie, il n’est pas exclu qu’il lui ”tombe  dessus”  et  que  chacun  se retrouve estropié (spirituellement) à cause de l’autre.

C’est pourquoi il  faudra,  dans  ce domaine, ancrer la chose  dans  son  cœur et ne pas chercher toutes sortes de ”permissions douteuses”. Mais, au contraire, on se préservera à l’aide de solides barrières en suivant scrupuleusement la voie de nos Rabbanim. Heureux celui qui se conduit de la sorte, dans ce monde et dans le monde futur  !

Rav Elimélekh Biderman