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‘Houkat

« Et tout ustensile ouvert, sur lequel il n’y a pas de couvercle attaché, est impur. » (Bamidbar 19 ;15)

Rachi : Et tout ustensile ouvert – Le texte parle ici d’un récipient en terre cuite, lequel ne peut pas devenir impur par une cause extérieure, mais seulement intérieure. Si la fermeture de son couvercle n’est pas parfaitement ajustée, il peut devenir impur. Si en revanche il porte un « couvercle attaché », il reste pur (‘Houlin 25a).

Le Rav Sofèr (Ouba’harta ba ‘haïm), explique par allusion que cet ustensile en question fait référence à la bouche de l’homme. Comme le dit Rachi, si « la fermeture de son couvercle n’est pas parfaitement ajustée, il peut devenir impur. » En d’autres termes notre bouche, ne pas peut dire ce qu’elle veut, quand elle le veut, elle doit être mise sous contrôle. Mis à part l’interdit notoire et gravissime du lachone ara dont la Torah nous défend explicitement, nous allons plutôt nous pencher sur la manière de parler et de s’exprimer. Nous devons nous efforcer à parler avec honneur et distinction, et non pas de manière grossière ou familière. LIRE LA SUITE

Ne pas tomber dans le trou

« Car Arnone  est la frontière  de Moav » (Bamidbar 21;13)

Rav Yonathan Eïbeshitz explique le parallèle entre la bataille que livra  Si’hon à Moav et la bataille que l’homme livre contre son Yétser Hara (telle que la Guémara Baba Batra 78b l’enseigne) de la manière suivante : «Ne dis pas, écrit-il, que telle barrière n’est qu’une simple précaution et ne fait pas  une grande différence. Mais, prends exemple de ‘Hechbone, qui était la  ville  frontière de Moav. Si Moav avait veillé sur elle, Si’hone n’aurait jamais pu la vaincre. Comme ce n’était pas une grande cité, il n’utilisa pas tous les moyens militaires possibles pour la garder. Grâce à cela, Si’hon put la conquérir  et à partir de là, la voie était toute tracée pour s’emparer de s’emparer de toute la terre de Moav. »

Cela doit nous enseigner         à veiller scrupuleusement à toutes les barrières pour protéger sa sainteté sans permettre qu’y soit faite la moindre brèche. Car le Yetser Hara guette l’homme précisément dans ses limites sachant que c’est à partir de là qu’il peut provoquer sa chute.

Dans la célèbre ville de Kelm  se trouvait en plein milieu de la place du marché un trou qui causait beaucoup d’accidents. Des gens venaient en toute simplicité à la foire pour y faire des transactions, acheter ou vendre de la marchandise et, absorbés par leurs affaires, ils ne se méfiaient pas de ce trou et y tombaient en se blessant gravement. Certaines personnes (à D. ne plaise) y avaient même perdu la vie. Cela faisait  des générations que  les responsables de la ville et ses ‘sages’ n’étaient pas encore parvenus à  trouver  une solution à cette embûche sur la voie publique (ils ne pouvaient combler cette fosse car ils l’utilisaient).

Lorsque le nombre de victimes  ne  cessa de croître, les sept Touvé Haïr (les gardiens de la ville) en présence d maire décidèrent de réunir une  »cellule d’urgence » à laquelle prendraient part tous les ‘sages’ de la ville. Ils délibéreraient durant trois jours et trois nuits successives afin d’examiner les aspects du problème et parvenir enfin à supprimer ce danger qui planait sur l’ensemble des habitants de la ville depuis toujours. Et en effet, après  un  débat sérieux, ils finirent par  prendre quatre mesures importantes.

Premièrement, étant donné la présence d’eau sale au fond du trou, chaque personne qui tombe se salit à cause de la boue et doit ensuite procéder à un nettoyage long et fastidieux de ses habits. C’est pourquoi il incombe à la mairie de payer des ouvriers qui assècheront toute l’eau et nettoieront le fond  et  les  abords de  la fosse.

Deuxièmement, il sera nécessaire de tapisser le fond du trou avec des couvertures et des coussins afin de préserver celui qui tomberait de s’y briser les os et la tête. Troisièmement, la décision a été prise de              pallier au problème de l’obscurité qui règne au fond du trou              susceptible de terroriser        les personnes qui seraient tombées au point de leur faire perdre la raison. A cette fin, un éclairage y sera installé. Quatrièmement, une échelle sera fixée dans le trou, permettant  aux  victimes d’une chute de pouvoir remonter et en sortir.

La nouvelle fut  ainsi  publiée que grâce à  »l’union de tous les sages », on avait la joie de faire savoir qu’une solution  avait enfin été  trouvée  afin  d’éradiquer  le danger existant. Et, en effet, durant plusieurs jours d’affilée, des ouvriers travaillèrent sans relâche afin de mettre à exécution les mesures qui avaient été décidées. La ville était au comble de la joie.

Il ne s’écoula pas plus de quelques jours, lorsque la première  victime  tomba  dans la fosse ainsi aménagée. Et oh, merveille, grâce aux coussins, elle ne  se blessa  pas  le moins du monde. Considérant  la lumière qui régnait et la présence de couvertures pour s’allonger, l’homme  ne vit pas la nécessité de se hâter à sortir en empruntant l’échelle. Après deux heures, un deuxième hôte tomba sur la tête du premier et par la force du choc lui brisa presque le crâne. Peu s’en fut qu’il ne lui ôtât la vie. Lui-même se fractura les mains          et les pieds. La consternation régna à nouveau dans la ville !

Encore une fois, une réunion d’urgence fut organisée pour prendre de nouvelles mesures. A ce moment arriva dans la ville un étranger qui, en entendant ce qui  se passait, se mit à blâmer virulemment ses habitants et ses ‘sages’ : «  Est-ce  ainsi, s’écria-t-il, que l’on enlève le danger, en aménageant la fosse ? Construisez plutôt une barrière autour, et préservez-vous ainsi de la chute ! »

Cette parabole nous fait sourire mais en réalité, nous-mêmes ressemblons à ces habitants stupides de Kelm  !  Les  appareils et téléphones portables en tous genres représentent chacun une fosse profonde et une menace  pour  notre  âme et celle de nos enfants (à D. ne plaise).

Que fait             le  »sage             de Kelm » ? Il rembourre et éclaire l’intérieur de la fosse. Ici également, il  demande une  »cacheroute » afin de pouvoir utiliser son appareil. Certes, grâce à ce tampon de conformité, il ne subira pas    de coup. Néanmoins, en l’utilisant sans cesse, il ne se rend pas compte qu’il reste au fond du trou. Et au lieu de remonter et de se  sauver, il l’aménage pour y séjourner.

Ce n’est pas tout : à tout moment, il se trouve également en danger à cause des mauvaises fréquentations. Il  n’est,  en effet, pas  à  l’abri  d’un   »bon  ami »  qui, lui, n’est  pas  spécialement  scrupuleux  sur la cacheroute des appareils.  Et puisqu’il entretient avec lui une correspondance suivie, il n’est pas exclu qu’il lui  »tombe  dessus »  et  que  chacun  se retrouve estropié (spirituellement) à cause de l’autre.

C’est pourquoi il  faudra,  dans  ce domaine, ancrer la chose  dans  son  cœur et ne pas chercher toutes sortes de  »permissions douteuses ». Mais, au contraire, on se préservera à l’aide de solides barrières en suivant scrupuleusement la voie de nos Rabbanim. Heureux celui qui se conduit de la sorte, dans ce monde et dans le monde futur  !

Rav Elimélekh Biderman

Le masque qui dévoile

Cette semaine en France et les semaines dernières en Erets nous lisons la célèbre paracha des Tsitsit où il est écrit : « parle aux enfants d’Israël et dis leur : ils feront des Tsitsit pour eux mêmes…un cordon d’azur…et vous le regarderez et vous vous rappellerez…et vous ne vous égarerez pas… »

Rav Dessler Zatsal explique que le Tsitsit est un instrument de mémoire, et voici ce qu’il écrit à ce sujet dans son célébre Mikhtav Mi-Eliyahou :

« Comment faut-il procéder pour, dans les profondeurs de son coeur, mettre en œuvre le souvenir ? Comment se rappeler les valeurs oubliées ? Nous l’apprenons dans le paragraphe sur les Tsitsit, puisque la Mitsva les concernant nous a été donnée dans le but explicite de nous amener à nous souvenir, comme il est dit : «Afin que vous vous souveniez de toutes les Mitsvot…»

La Mitsva des TSITSIT est présentée d’une manière quelque peu insolite : PARLE AUX ENFANTS D’ISRAËL. Le mot daber («parle») est souvent employé pour souligner la dureté du langage. Parler durement [à une personne mûre] permet de la choquer et d’ouvrir ses oreilles [spirituelles]. Puis : ET DIS-LEUR. Le mot émor («dire») comporte une connotation plus tendre ; l’amour et la tendresse transmettent le message au cœur. La présentation du sujet doit donc être placée à la fois sous le signe de la crainte et celui de l’amour.

Le mot TSITSIT signifie «un regard concentré» (voir Rachi). ILS FERONT DES TSITSIT POUR EUX-MEMES. L’objet du regard concentré doit être soigneusement préparé. Il faut donc absolument qu’il soit dirigé vers nous-mêmes.

AUX COINS DE LEURS VETEMENTS. Un endroit toujours facilement accessible à l’examen.

 ILS AJOUTERONT […] UN CORDON D’AZUR. Pour réaliser cette influence considérable, il fallait une association supplémentaire : «La laine bleu azur ressemble à la mer, la mer ressemble au ciel et le ciel au Trône céleste.» Ce rapprochement est destiné à nous faire prendre conscience du fait que les Mitsvot viennent de Dieu et qu’elles ont pour but la sanctification de son Nom et la proclamation qu’il est notre Roi (tel est le sens des mots : «Trône céleste»). Lorsque quelqu’un reconnaît la véritable valeur des commandements divins, il est prêt pour la notion de TSITSIT, pour le regard intense et profond qui éloigne l’oubli de son cœur.

Mais tout cela n’est pas suffisant. Il faut encore autre chose : CELA SERA POUR VOUS DES TSITSIT. Il vous faut vous préparer. Vous devez sentir que par le biais de ce signe vous allez entrer dans une concentration profonde, grâce à laquelle : ET VOUS LE REGARDEREZ : il s’agit de Hachem ; non pas, bien évidemment, de son essence — aucune créature ne peut la sonder — mais de sa providence, y compris tout ce qui existe dans le monde et tout ce qu’il y advient. Voir Hachem, c’est voir qu’il n’est rien d’autre dans le monde que son ‘héssed, c’est également constater de la manière la plus claire qui soit, avec les yeux que nous prêt  avoir perçu cette vision d’une totale clarté, que la Torah désigne sous l’expression «et vous le regarderez», que l’on peut accéder avec une sincérité totale au niveau appelé : ET VOUS VOUS RAPPELLEREZ… C’est de cette manière seulement que le vrai souvenir est possible.

A défaut de tous ces préliminaires, notre «souvenir» n’est pas digne d’être appelé ainsi, parce qu’il est alors fondé sur l’illusion et la fausseté. Il n’est certes pas facile de se rappeler du plus profond de son cœur, comme nous y invite la Torah lorsqu’elle dit : [ET VOUS VOUS RAPPELLEREZ] TOUS LES COMMANDEMENTS DE HACHEM. Seul celui dont le cœur  est concentré en permanence sur Hachem exclusivement peut se rappeler tous ses commandements, et alors : ET VOUS LES EXÉCUTEREZ. Là où il n’y a pas de véritable souvenir, il n’y aura pas d’action. De là on s’élèvera à l’étape suivante : ET VOUS NE VOUS ÉGAREREZ PAS… » (fin des paroles du Rav Dessler)

De nos jours, n’ont n’avons pas encore le mérite de porter ce fil azur influent, mais les éventements actuels nous offrent un nouvel instrument de mémoire : ce masque que le monde entier porte pour se protéger du virus.. Ces masques qui cachent notre visage nous dévoilent la présence divine.

De plus, majoritairement bleu azur, ils ressemblent, si l’on peut s’exprimer ainsi, en quelques points au commandement du Tsitsit. Il se place à un endroit toujours visible à l’image du Tsitsit qui se porte aux coins du vêtement. Sa couleur bleu azur, qui à lui aussi peut s’appliquer l’enseignement de la guémara «La laine bleu azur ressemble à la mer, la mer ressemble au ciel et le ciel au Trône céleste.»

En le voyant on ne peut que se rappeler que tout ce chamboulement mondial n’est que Sa volonté, et en ayant cela en tête on réalisera « et vous ne vous égarerez pas… »

Chéla’h Lékha

Les Bneï Israël sont au seuil de la Terre promise, et c’est alors que se produit un épisode lourd en conséquences. Douze illustres personnalités du peuple, une désignée par tribu, sont chargées de mener une mission d’exploration du Pays. Mais à leur retour, ces explorateurs fournissent un rapport catastrophique, démoralisant le peuple qui se mit à douter sur la possibilité de prendre possession de la Terre qu’Hachem avait promise à Avraham en héritage. A cause de cela, toute cette génération sera condamnée à périr dans le désert et l’entrée en Terre Sainte sera décalée de quarante ans. Pourquoi l’expédition des explorateurs en Terre Sainte a-t-elle échoué et entraîné de graves conséquences? LIRE LA SUITE

Attestation de bonheur

Ces derniers jours nos enfants ont pu, Baroukh Hachem, retrouver le chemin de l’école, mais pour cela chaque parent doit signer une attestation que son enfant et sa famille sont en bonne santé.

Une fiche qu’on est tenu de remplir chaque matin, nom, prénom, téléphone, numéro de carte d’identité….suivi d’une série de questions ! Votre enfant a-t-il de la fièvre, est-il malade, est-ce que tout le monde se porte bien à la maison, des membres de la famille sont-ils confinés…

Et tous les matins, le même rituel, remplir une fiche par enfant, tous les matins la même fiche et les mêmes questions, épuisant ! Mais c’est le passe pour rentrer en classe. En attendant, on réfléchit pour les remplir plus vite, éviter cette « corvée » en faisant des photocopies….

Lorsque j’ai entendu la réflexion du Rav Israël Klein chlita, qui a une tout autre vision de l’événement.

Une corvée ? Dit-il, ‘hass véchalom !! Dans chaque événement qu’il nous arrive, nous devons toujours comprendre et chercher ce qu’Hachem attend de nous.

En remplissant cette attestation chaque matin, je ne fais que remercier Le Maître du monde, dit-il. En effet, j’atteste que mon fils Chlomo Klein de 8 ans est en bonne santé et qu’il n’a pas de fièvre. Mais aussi que tous ses frères, sœurs et parents sont eux aussi en bonne santé. Que tous ceux qui vivent avec lui n’ont pas besoin d’être en confinement. Bref, ce n’est pas une corvée, mais une attestation de bonheur.

Je ne dis pas que merci à Hachem, mais je le lui signe et le lui atteste par écrit chaque matin, multiplié par le nombre d’enfants, 2,3,4… Cette attestation est une prise de conscience que ce n’est pas si normal et évident que tout aille bien !

Magnifique ! Après avoir entendu cette merveilleuse réflexion du Rav Klein, j’en ai fait part à mes enfants, et aujourd’hui tous les matins, c’est dans la joie et l’allégresse que nous remplissons ces « attestions de bonheur », en rajoutant à côté de la signature des parents la mention « Baroukh Hachem », « ‘Hasdeï Hachem, ou encore « Ichtab’ah Chémo » !!

Hachem se dévoile, ne nous cachons pour lui dire Merci !

Chéla’h Lékha: Le Moi en émoi

« Tout est entre les mains du  Ciel  »  :  le véritable croyant, celui qui ne cesse de voir la main d’Hachem dans chaque événement

«Envoie pour toi des hommes » (13, 2) Rachi explique :  »pour toi »,  selon  ton  avis, Moi Je ne t’en donne pas l’ordre. Certains expliquent ce Rachi de la manière qui suit, après une petite introduction sur un verset des Téhilim (116,  10-11) : « J’ai cru que je parlerais, j’ai été très pauvre. J’ai     dit en hâte tout dans l’homme est trompeur.» (verset du Hallel, n.d.t)

Tout homme a  tendance par nature à s’attribuer le mérite de  ses  actions  :  il fait, il bâtit, il détruit, il réussit, etc. Mais en réalité, s’il vivait avec une foi parfaite qu’Hachem est à l’origine de toutes ses actions, il se rendrait à  l’évidence  que  tout provient d’En-Haut.

C’est ce que vient nous  enseigner  ce verset en allusion : « J’ai cru que je parlerais » : celui qui vit dans une perspective où c’est le ‘je’ qui  parle,  où tout ce qui advient est orienté vers  son  ego parce qu’il croit que  »c’est moi qui ai fait, c’est l’œuvre de mes mains », obtient comme résultat de son attitude : « j’ai été très pauvre ». Une telle personne est que tout provient du Ciel.

En revanche, le véritable croyant mentionne en permanence l’intervention Divine dans tous les évènements de son existence et seulement très rarement évoque en  hâte  le  ‘je’  :  «  J’ai  dit  en hâte ». On ne peut réellement lui en tenir rigueur, car l’imperfection est humaine et

« tout dans l’homme est trompeur ».

C’est suivant cette ligne de pensée  que  l’on peut également expliquer le commentaire de Rachi sur  les  explorateurs : ‘Moi, Je ne te  l’ordonne  pas’. Allusivement, cela  évoque qu’Hachem a dit à Moché : Je  ne  t’ordonne pas d’envoyer des gens qui revendiquent leur ‘Moi’. Car envoyer de tels émissaires dont  toutes  les  paroles sont guidées par leur ego, peut avoir des conséquences fâcheuses et incalculables.

Et de fait, cette crainte se concrétisa finalement, puisque les explorateurs échouèrent dans leur mission par manque de confiance en Hachem. Ils pensèrent en effet, que la conquête de la Terre d’Israël dépendait de la force des hommes. Dès lors, ils furent saisis de crainte à  la vue  des géants qui occupaient le pays et ils communiquèrent leur propre  peur  aux Bné Israël en prétendant : « Nous ne pourrons pas aller à l’encontre de ce peuple car il est plus fort que nous (…). Nous avons vu là-bas des créatures gigantesques. (..) » (13, 31-33). Et par de tels propos, ils altérèrent leur Emouna. Si au contraire, ils avaient été  convaincus  que rien n’est dans les mains de  l’homme et que tout dépend de la Volonté  Divine  ils n’auraient              pas eu la moindre inquiétude et n’auraient jamais été effrayés de la sorte.

La Torah elle-même en témoigne dans la Paracha de Dévarim (lorsque              Moché relate cet épisode, n.d.t) : « Je vous dis (alors) :  »Ne vous émouvez pas et ne craignez rien, Hachem votre D. marche à votre tête et Il combat pour vous ! » » (1, 29-30)        Est-ce  que quelque chose peut empêcher D.   d’amener la délivrance ? Les explorateurs qui effrayèrent les Bné Israël ne furent conduits à agir de la sorte que parce qu’ils mirent exagérément en avant leur ego.

Le Rachav de Loubavitch  envoya  une  fois le Reitz, chez un certain juif pour lui venir en aide. Ce dernier se         hâta d’accomplir l’ordre de son père : « J’ai accompli ton ordre, j’ai fait du  bien  à  cette personne.

Tu te trompes doublement mon fils, lui répondit le Rachav. Premièrement,  quand tu dis ‘j’ai accompli ta mission’, c’est faux. Ce n’est  pas  toi  qui accomplis à chaque instant tout ce qui advient. Ta seule part dans cette Mitsva est d’avoir été choisi pour être Son émissaire, à savoir : il avait déjà été décrété que cette personne fût  délivrée de son épreuve à cet instant. Et même sans ton intervention, elle aurait été sauvée car D. possède de nombreux émissaires à Sa disposition pour réaliser

Ses plans. Ensuite, lorsque tu as dit  »j’ai fait du bien à cet  homme »,  cela  aussi  est inexact, car au  contraire,  c’est  lui  qui t’a fait du bien comme nos Sages l’enseignent   (Midrach Zouta Ruth 2,19) :  »le pauvre fait plus pour le maître  de maison  que  le maître de maison  fait pour le pauvre ».

On peut d’ailleurs ajouter à ce qui précède que celui qui se garde de  vivre une existence tournée  uniquement  vers son ego, se rend de fait à l’évidence qu’il est dépendant de la Bonté Divine et que c’est              elle qui le fait vivre à chaque instant. Lorsqu’il se trouve parfois confronté à des difficultés, il n’a dès lors aucune crainte de l’avenir car il sait que pour Hachem,  qui est tout puissant, il n’y  a aucune différence entre faire vivre des myriades d’êtres humains et sauver  les  Bné Israël des géants qui occupent  la  Terre Sainte.              Seul celui qui vit en pensant être capable de pourvoir à ses besoins est saisi de terreur à  la  vue  de  ces créatures gigantesques. Car face à  elles, même son ego si  »important » perd tous ses moyens.

Rabbi Elimélekh Biderman

Nasso: Redonner confiance

Les sujets principaux de la Paracha sont la Sotah et le Nazir et sont liés : celui qui voit une femme infidèle dans sa dégradation, devra se retrancher des tentations en devenant Nazir et en s’abstenant de boire du vin. Le vin représentant les plaisirs de ce monde et la frivolité pouvant entrainer des comportements prohibés par la Torah, dont l’exemple de la Sotah.

Le cas du Nazir soulève plusieurs interrogations. D’après la Halakha le nazir ne peut boire de vin, de jus de raisin ni même consommer des raisins. L’interdit du vin est compréhensible, mais qu’en est-il du jus de raisin ou des fruits de la vigne, en quoi peuvent-ils provoquer un comportement négatif, on ne peut se saouler avec du raisin ? En revanche, tous les alcools devraient lui être prohibés ce qui n’est pas le cas. Un Nazir peut boire de la bière et même du Whisky. Le Nazir a deux autres interdits, il ne peut se rendre impur à cause d’un mort, et ne peut pas se couper les cheveux. Son vœu devra durer au minimum trente jours et au terme de cette période, il se rasera. Ses cheveux seront placés dans le feu, à l’endroit où l’on brûle les Korbanot au Beth Hamikdach.

À propos des interdits du Nazir, on comprend qu’il s’éloigne des raisons qui peuvent le pousser à fauter.  Pourquoi l’empêcher d’être en contact avec les morts ? En effet, bien souvent la vision d’un mort et le deuil de façon générale poussent l’homme à réfléchir à la raison de sa venue dans ce monde, il comprend que lui aussi devra le quitter tôt ou tard, et cela accroît sa crainte du ciel.  Si un homme veut se remettre en question, ce qui semble être le cas du Nazir qui fait une sorte de vœu d’abstinence, il devrait justement se rendre dans une maison d’endeuillés. Pourquoi donc empêcher tout contact avec les morts ?

À propos de Yossef (parachat Mikets) il est écrit qu’il était d’une grande beauté. Rachi précise qu’il se coiffait et soignait sa coupe de cheveux. Il avait de longs cheveux qu’il peignait. C’est alors que D… dit, « tu es en train de te faire beau, Je vais t’envoyer l’épreuve du loup avec la femme de Potifar ». Il s’agissait d’une épreuve de Arayot (relations interdites). Depuis qu’il a quitté son père, Yossef avait fait le vœu de Nezirout. Or une longue et jolie chevelure embellit l’homme. Encore une fois, si on désire que le Nazir s’écarte des tentations, pourquoi lui demander de se laisser pousser les cheveux ? « J’ai créé un mauvais penchant et la Torah en tant que remède » Le Messilat Yecharim explique que tout homme naît avec des mauvais traits de caractère. La seule manière d’avancer et d’améliorer ses Midot, est d’étudier la Torah, elle affine le caractère de l’homme.

Un malade se rendra chez le meilleur des médecins et se devra d’écouter sa prescription et de prendre les médicaments indiqués, sinon il n’a aucune chance de guérison. On parle d’un homme qui a vu une Sotah dans la pire des situations, il a peur de succomber à son mauvais penchant, et décide de s’éloigner des causes de la faute. Or le remède vient d’être cité, la seule solution face à la force du mauvais penchant est la Torah. Pourquoi ne pas conseiller au Nazir de s’asseoir et d’étudier. Existe-t-il un autre remède au Yetser Ara ?

Les Pirkei Avot affirment « Ne te considère pas comme un homme mauvais à tes yeux ». À qui s’adresse la Michna ? Il s’agit forcément d’un homme qui a mal agi, car pourquoi sinon avoir une mauvaise image de soi ? On parle à un racha et on lui dit quant bien même tu es un homme mauvais, ne te considère pas de la sorte. Comment comprendre la Michna ? Doit-on se mentir à nous même ? Le Rambam explique que c’est une façon de préserver l’homme de la faute, à force de se voir comme un racha, plus rien ne l’effraie. Puisqu’il est déjà mauvais autant continuer à fauter, il n’a désormais plus de limites. L’homme n’a plus rien à perdre, donc toutes les bêtises du monde sont ouvertes, il peut fauter sans mauvaise conscience. Il ne s’agit pas de se mentir à soi-même, mais d’avoir en tête qu’on est et sera à jamais des fils de roi. Un juif doit toujours se considérer positivement, non pas par orgueil, mais pour éviter de tomber encore davantage. On le voit au sujet des vêtements, quelqu’un habillé de manière respectueuse avec un costume, un chapeau, une cravate n’osera pas se rendre dans des endroits méprisants, malfamés … L’habit protège l’homme, lui donne un statut social, un sentiment de grandeur, tel est son intérêt.  En revanche, celui qui s’accoutre de jeans ou de vêtements dont le style est négligé ne pourra les utiliser comme protecteurs. Au contraire, ils lui donnent un sentiment de mépris, et puisqu’il est méprisable tout est permis.

Que signifie que le Nazir a vu la Sotah dans sa dégradation, littéralement « bekilkoula » ? Le Rosh Yechiva de Slabodka, précise que le Nazir n’a pas vu la Sotah fauter, il ne l’a pas vu mourir. Le Kohen doit la mépriser, essayer de la perturber au maximum pour la forcer à avouer sa faute et qu’on n’ait pas besoin d’effacer le nom de D…. Le Nazir voit la honte qu’on inflige à cette femme. Même dans le cas où elle était pure et qu’elle a juste été soupçonnée, l’homme doit faire le vœu de Nezirout. En effet, peu importe finalement si elle a fauté ou pas. Le problème vient du fait d’avoir vu cette femme méprisée. Il a perdu la notion d’honneur due à un être humain. Le but n’est pas de l’éloigner des tentations, on a bien vu qu’il peut boire du Whisky ou toute autre sorte d’alcool. On cherche ici à lui redonner l’honneur qui sied à un être humain, sentiment amoindri par le mépris infligé à la Sotah.

Si le Nazir et le Kohen Gadol voient un cadavre délaissé, pour lequel ils ont l’obligation de se rendre impurs, personne d’autre ne pouvant l’enterrer (Mèt Mitsva), la Guemara demande qui est prioritaire pour accomplir cette Mitsva ? On met le Nazir au même niveau que le Kohen Gadol. Afin de réparer le manque de Kavod qu’il a vu, on lui donne beaucoup de respect allant jusqu’à le comparer au Kohen Gadol. Cependant, on ne peut lui donner tous ces honneurs sans effort de sa part, on lui demande donc de prononcer un vœu et de prendre sur lui de ne pas consommer du vin pendant trente jours. Le Nazir vient du mot Nezer signifiant une couronne selon le Ibn Ezra. Toutes les lois qui lui sont propres tournent autour de cette idée, ne pas voir l’homme dans une mauvaise position, on veut relever le kavod chez lui. On insiste sur le fait qu’il est fils de roi. Il doit se laisser pousser les cheveux, or il est tellement saint que même ses cheveux le sont. Une fois qu’il les rasera, on les placera dans l’endroit le plus saint, là on l’on brûle les Korbanot. On lui montre là où un homme peut arriver. Le but du Nazir n’est pas de lutter contre le Yetser Ara, mais de remonter le kavod d’un homme.

Avant de recevoir la Torah, Hachem dit aux Benei Israël, « vous êtes une assemblée de prêtre et un peuple saint ». L’introduction à la Torah est déjà de renforcer ce sentiment en lui qu’il est fils de roi, après tu peux commencer à étudier et à respecter la Torah. Lorsque le Nazir voit la Sotah on ne lui dit pas va étudier, on travaille en amont, on cherche à renforcer son sentiment de grandeur.

On retrouve cette notion en éducation. La Guemara raconte que le fils de Rabbi Chimon Bar Yohai, Rabbi Elazar, mourut jeune et laissa un jeune adolescent orphelin. Privé d’un père pouvant le guider, il sortit petit à petit du chemin indiqué par ses ancêtres et commit des fautes. Un des Tannaïm voyant cela, ne put s’empêcher d’agir, comment imaginer que le fils de Rabbi Elazar, petit-fils de Rabbi Chimon Bar Yohaï pu se comporter de la sorte. Il se lia d’amitié avec le jeune homme et l’appela Rebbi, mon maître, il lui donna beaucoup de respect, le plaça à l’endroit où les Rabbanim étaient assis, insista pour lui prouver qu’il n’était pas n’importe qui, mais un homme très respectable. Petit à petit, ce jeune enfant devint Rabbi Yossi ben rabbi Elazar et suivit la trace de ses remarquables aïeuls.

Il est fréquent de voir des défauts chez nos propres enfants sans savoir d’où ils viennent. On ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas construits comme nous et pourquoi de mauvaises manières ou traits de caractère s’installent. Exaspérants au début, les parents ont tendance à devenir méprisants et une mauvaise relation s’installe. Il est fondamental de garder des liens forts basés sur le respect mutuel. Un être humain qui sent qu’on le respecte est prêt à faire des efforts et à s’améliorer. Plus un parent respecte profondément son enfant, plus la relation est de qualité.

Rav Michaël GUEDJ – Roch Kollel Daat Chlomo Bnei Brak

Bamidbar

Rachi nous explique que « c’est par amour qu’Hachem porte pour les Bneï Israël, qu’Il les compte à tout moment. Il les a comptés lorsqu’ils sont sortis d’égypte, et de nouveau après qu’ils déchurent par la faute du veau d’or afin de connaître le nombre de survivant (voir chémot 38;26), et encore une fois lorsqu’Il est venu faire résider Sa chékhina sur eux. »

Une question se pose sur le premier commentaire de Rachi lorsqu’il dit qu’Hachem «  les compte à tout moment », or par la suite de son commentaire ne voyons-nous pas qu’il ne les a fait dénombrer qu’à certaines occasions ?

Le fait d’être compté attribue une importance à l’objet ou la personne dénombrée comme nous dit la Guémara (Beitsa 3b) « une chose qui est dénombrée ne peut s’annuler même parmi mille autres ». Lire la suite

Bamidbar: Élever chacun de nous

« L’Éternel parla en ces termes à Moïse, dans le désert de Sinaï, dans la tente d’assignation, le premier jour du second mois de la deuxième année après leur sortie du pays d’Égypte: « Relevez/séou le nombre de têtes de toute la communauté des enfants d’Israël, selon leurs familles et leurs maisons paternelles, au moyen d’un recensement nominal de tous les mâles.Depuis l’âge de vingt ans et au-delà, tous les Israélites aptes au service, vous les dénombrerez/tafkidou selon leurs légions, toi et Aaron… »

Rachi nous explique que « c’est par amour qu’Hachem porte pour les Bneï Israël, qu’Il les compte à tout moment. Il les a comptés lorsqu’ils sont sortis d’égypte, et de nouveau après qu’ils déchurent par la faute du veau d’or afin de connaître le nombre de survivant (voir chémot 38;26), et encore une fois lorsqu’Il est venu faire résider Sa chékhina sur eux. »

Une question se pose sur le premier commentaire de Rachi lorsqu’il dit qu’Hachem «  les compte à tout moment », or par la suite de son commentaire ne voyons-nous pas qu’il ne les a fait dénombrer qu’à certaines occasions ?

Le fait d’être compté attribue une importance à l’objet ou la personne dénombrée comme nous dit la Guémara (Beitsa 3b) « une chose qui est dénombrée ne peut s’annuler même parmi mille autres ».

Le Kéli Yakar souligne que l’expression employée pour exprimer le décompte des Bneï Israël est « Séou», qui se traduit aussi par « élever ». Ce choix de langage qu’emploie Hachem, exprime Son attachement aux Bneï Israël par rapport aux autres peuples. En effet ce n’est pas l’habitude d’un agriculteur de compter dans le détail ses bottes de foin qui sont constituées de milliers de brins de paille. Ainsi l’humanité qui est comparée à cette botte de foin n’est pas comptée dans le détails par son créateur. Cependant Hachem prend soin de compter tous les membres du peuple d’Israël, pour dire combien ils lui sont importants. Ce compte montre qu’il existe une Providence Divine qui s’exerce sur chaque membre du peuple d’Israël, ce qu’on appelle la Hachgahat Pratit. Concept exclusivement réservé aux Bneï Israël. Comme il est dit « Hachem dit à Moché, descend avertis le peuple…et il en tombera beaucoup » (Chémot19;21) . Rachi explique que même s’il devait en tomber qu’un seul, il compterait « beaucoup » pour Moi, fin des paroles du Kéli Yakar.

C’est pourquoi ce compte est bien plus qu’un simple dénombrement et c’est une élévation! Chaque juif est d’une extrême importance aux yeux du Tout-puissant. Ce décompte particulier des Bneï Israël viendrai répondre à tout celui qui se considère loin d’Hachem, et qui est incapable de s’en rapprocher.

Notre Paracha qui est lue chaque année avant la fête de Chavouot, fête du don de la Torah, vient sensibiliser chacun de nous. Hachem vient nous dire par ce décompte, que «toi» aussi tu es important, « toi » aussi tu as les capacités pour aborder l’étude de la Torah. Preuve en est de ce décompte où « les têtes de toute la communauté des enfants d’Israël » sont dénombrées, au même titre que Moché Rabénou et les Princes des Tribus d’Israël! Tout le monde à sa place, le droit et les compétences pour étudier.

Chavouot est la fête du Matane/don de la Torah, c’est aussi celle de la Kabala/réception de la Torah.

Lors de tout don, une personne expédie et une autre réceptionne. À Chavouot, Hakadoch Baroukh Hou est l’expéditeur : Il va nous donner à nouveau la Torah, au niveau individuel. Nous, nous serons les destinataires. Cependant, pour optimiser ce don, il nous faudra être prêt à devenir des réceptacles.

Dans la suite des versets la Torah emploi « vous les dénombrerez/tafkidou selon leurs légions, toi et Aaron… ». Ce terme « tafkidou/dénombrez »,à la même racine que le mot « tafkid », qui signifie un rôle, pour dire que chacun à un rôle très précis et indispensable. En effet le Mégualé Amoukot (§186) écrit que les 600 000 âmes des Bneï Israël sont comparées au nombre de lettres qui composent le séfer Torah. Il rajoute que le mot « ISRAËL » constitue les acronyme de « Yech Chichim Ribo Otiot Latorah » c’est-à-dire » il y a 600 000 lettres dans la Torah ».

Cependant dans nos dans un séfer torah on ne trouve que 304’805 lettres, soit environ deux fois moins que le nombre de Bneï Israël, comment accorder ces deux informations?

Les lettres dans le séfer Torah son constituées d’ assemblages de plusieurs lettres. Par exemple le Aleph est composé d’un « Vav » et de deux « Youd », le khét est composé de deux zaïn, le hé est composé d’un dalet et un youd. Tandis que des lettres comme le Vav et le Youd comptent pour une lettre. On retrouve ce décompte à la fin du ‘Houmach Emek Davar qui d’après un calcul précis nous amène à 600.000 lettres et des poussières.

Le chiffre de 600,000 implique toutes les lettres qui sont imbriquées l’une dans l’autre. On comprend que chaque juif est indispensable l’un de l’autre, chacun est une pièce indispensable de la Torah d’Hachem.

Relevez/séou et dénombrerez/tafkidou, le choix de langage utilisé par la Torah pour recenser les Bneï Israël prend tout son sens, Hachem prend en compte chacun de nous.

Ainsi, le premier commentaire de Rachi sur cette paracha qui dit qu’Hachem «  les compte à tout moment », bien qu’il ne les a dénombré qu’à certaines occasions, nous apprendre que sans cesse, à tout instant, chaque Juif a un rôle propre et spécifique devant son Créateur. Lorsque Hachem nous compte «par amour», c’est bien pour accorder Son importance à chaque Juif et souligner que dans tout l’univers, il est l’être doté du plus grand mérite d’accomplir la volonté divine.

Chabat Chalom

Rav Mordékhaï Bismuth