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Septième jour: David

David et la fête de Soukot

Dans le Birkat Hamazone de Soukot, nous ajoutons le « Hara’hamane hou Yakime lanou et Soukat David hanofelete » : Le Miséricordieux établira pour nous la Souka de David qui tombe.

Quelle est le sens de cette phrase ?

La source se trouve dans le verset suivant : «ביום ההוא אקים את סכת דויד הנפלת En ce jour, Je relèverai la Souka de David qui tombe… »  (Amos 9, 11)

Il s’agit de rétablir le royaume de David Hamélekh au temps de la Guéoula (Délivrance Finale).

Pour mieux comprendre, voici une explication du Maharal de Prague, dans son Séfer Nétsa’h Israël chap. 35 : Lorsque l’on parle de “Soukat David”, il s’agit de la royauté de David.

Généralement un royaume est désigné par le mot “Bayit”, mais en ce qui concerne David, on parlera de Souka.

On désigne un royaume par “Bayit/maison”, car une maison est une construction solide et durable, ce qui laisse entendre que la royauté elle aussi est solide et durable.

La royauté de David quant à elle, est appelée “Souka”, car elle est différente de toutes les autres. En effet une « bayit » est une construction qui est fixe dans ce monde-ci, alors qu’une Souka, comme nous l’avons expliqué, a une dimension spirituelle provenant de sa caractéristique d’être provisoire.

Or le règne de David Hamélekh est de source Divine, qui à l’image de la Souka, ne fut établi dans ce monde que de manière provisoire.

Revenons à notre verset, tiré de Amos, cité plus haut : “Bayom Hahou akim eth Soukat David hanofelete.”

Une maison qui tombe ou qui s’écroule est inévitablement détruite. Il n’en reste que des pierres et de la poussière. Le bâtiment initial n’existe plus.

On pourra par la suite reconstruire un nouveau bâtiment, peut-être identique au premier, mais il s’agira alors d’une nouvelle construction.

En revanche, quand une Souka s’écroule, il est facile de la reconstruire, de la remettre sur pied et ainsi de retrouver la même qu’à l’origine.

C’est l’idée du règne et de la royauté de David Hamélekh qui a disparu. Lorsque sa royauté reviendra, elle sera la même qu’au départ, car elle fut, telle une Souka, facile à ériger.

Dans Yechaya (62, 6) il est écrit : « Sur tes remparts, Ô Yerouchalaïm, j’ai posté des guetteurs qui ne se tairont ni le jour ni la nuit, en aucun temps… »

Le Alchikh nous explique ce verset de la façon suivante :

Dans le Zohar Hakadoche il est dit que le futur Beth Hamikdach descendra tout droit du ciel. Il sera fait de feu. En effet le Beth Hamikdach sera érigé par des actes spirituels : c’est notre Torah et nos Mitsvot qui feront évoluer sa construction.

Depuis sa destruction nous devons à tout prix reconstruire ce que nous avons perdu.

Pour la construction d’un bâtiment, nous devons assembler des briques l’une sur l’autre et l’une à côté de l’autre, afin d’en ériger les murs. C’est également ainsi que fonctionne une construction spirituelle. Les murailles de feu ne s’élèveront que par un assemblage du « feu » de notre Torah. Un feu qui symbolise notre enthousiasme sacré et notre entrain joyeux avec lesquels nous accueillons les paroles de Torah, ainsi que l’ardeur qui nous anime lors de l’accomplissement des Mitsvot.

Une question se pose alors : comment se fait-il que depuis tout ce temps, grâce à tous les Tsadikim qui ont éclairé les générations, le Beth Hamikdach n’ait toujours pas été reconstruit ? Leur Torah et leurs Mitsvot n’ont-elles pas construit ces murailles de feu ?

La réponse est que de même que nos bonnes actions construisent ou élèvent ces murailles de feu, de même nos mauvaises actions l’éteignent.

Que faire si parmi nous certains construisent et d’autres détruisent, et qu’il s’agit même parfois de ceux-là qui avaient construit ?

La Torah vient donc et nous enjoint de respecter la Mitsva de Tokha’ha (réprimande), comme il est dit : « Réprimande ton prochain, et tu n’assumeras pas de péché à cause de lui. » Vayikra (19, 17)

La Tokha’ha, ou réprimande, est une Mitsva essentielle car elle vient défendre et préserver l’honneur de Hachem et de la Torah. En effet rappelons au Juif qui ne se soucie pas de voir son prochain fauter, les mots de la Guémara Chabbat 64b nous enseignant : « Celui qui voit son prochain commettre une Avéra et ne le réprimande pas, la faute lui revient comme s’il l’avait commise depuis le départ. »

Imaginez que vous construisiez un mur et qu’un homme vienne et le détruise. Resteriez-vous passifs ou réagiriez-vous ? Évidemment, vous le réprimanderiez sans attendre ! C’est exactement ce que nous dit le verset « Sur tes remparts, Ô Yerouchalaïm, j’ai posté des guetteurs qui ne se tairont ni le jour ni la nuit, en aucun temps… » Les guetteurs mentionnés dans le verset sont les hommes qui réprimanderont leurs prochains pour les fautes, afin d’éviter la destruction.

Maintenant que nous avons vu de quelle façon le Beth Hamikdach sera reconstruit, intéressons-nous au magnifique potentiel de la période que nous vivons actuellement.

Nos Sages nous enseignent qu’une faute est d’autant plus grave si elle est commise en Erets Israël qu’en dehors d’Israël, car Hakadoche Baroukh Hou réside en permanence en Erets Israël.

Cela ressemble à un homme qui fauterait dans le palais du roi tandis qu’un autre commettrait la même faute, mais à l’extérieur du palais.

Le roi serait très mécontent de savoir que quelqu’un ne se comporte pas comme il le désire, à l’intérieur même de chez lui, sans compter l’effronterie que représente une telle attitude.

Il en est de même pour le salaire, qui sera plus important pour celui qui accomplit la volonté d’Hakadoche Baroukh Hou en Erets Israël que celui qui fera de même, mais en dehors d’Israël. Le mérite et la contribution à la construction du Bien sont d’une plus grande ampleur lorsque l’on se trouve en Israël.

Cette règle, que l’on applique aux résidents d’Erets Israël, est la même pour ceux qui résident dans la Souka. La Souka recèle une Kédoucha aussi grande que celle d’Erets Israël, car la Chékhina y réside aussi.

Toutes les Mitsvot que nous accomplirons dans la Souka, où qu’elle se trouve dans le monde, auront le même impact que celles d’un résident d’Erets Israël, c’est-à-dire qu’elles influenceront et accéléreront grandement la reconstruction du Beth Hamikdach.

Dans la Torah, il est écrit : « Toutefois, au quinzième jour du septième mois, quand vous recueillerez la récolte de la terre, vous fêterez la fête de Hachem pendant sept jours… » Vayikra (23, 39)

Comme nous l’avons souligné plus haut, la fête de Soukot est aussi appelée « ‘Hag Haassif ». L’auteur du « Sim’hat Elyahou » nous dévoile une jolie explication à ce sujet.

Nous savons que Roch Hachana et Yom Kippour font référence à des jours de repentir par la crainte (Téchouva Mi Ira). La Guémara Yoma 86b nous enseigne que par le mérite de la Téchouva Mi Ira, les fautes volontaires « Zedonot  » sont transformées en fautes involontaires « Choguégot ».

Pour Soukot, qui fait référence à une période de repentir par amour (Téchouva Bé Ahava), la Guémara nous enseigne que les fautes volontaires « Zedonot  » sont transformées en « Mitsvot ».

C’est pour cette raison que Soukot est aussi appelée « ‘Hag Haassif », car c’est le temps de récolter nos « avérot » qui sont devenues des Mitsvot, par le biais de notre Téchouva.

Toutes nos averot qui ont détruit des murailles de feu, seront, en cette période de Téchouva Bé Ahava, transformées en Mitsvot et attiseront ainsi les flammes de la construction.

« Hara’hamane Hou Yakime lanou eth Soukat David Hanofelete. »

Prions Hakadoche Baroukh Hou que notre Téchouva bé Ahava et nos Mitsvot accomplies sous la Souka attisent le feu de la Torah pour que nous puissions reconstruire, à l’image de la « Soukat David hanofelete », le Beth Hamikdach Biméhéra Béyaménou Amen.

Écarte-toi du mal et fais le bien

David Hamélekh écrit dans les Tehilim (34, 15) :

« Écarte-toi du mal et fais le bien »

Durant toute cette semaine, nous avons tourné une fois chaque matin avec les quatre espèces composant le Loulav, autour du Sefer Torah. Mais à Hochana Raba, nous tournons sept fois, ce qui correspond, entre autres symboliques, aux sept sphères célestes.

Nous allons pendant ces Hakafot/rondes, prier et implorer Hakadoch Baroukh Hou, en proclamant « Hoochaana !/De grâce secours-nous ! », et ainsi pouvoir prendre le dessus sur le mal et le dominer.

Hakafot commémorent le souvenir de la conquête d’Israël qui a débuté par Yeri’ho où Yeouchoua Bin Noun conduisait les Bneï Israël et effectua des rondes autour de la ville pour faire tomber les murailles.

Ils ont tourné une fois les six premiers jours, mais le septième jour ils ont tourné sept fois.

Le Siftei ‘Haïm explique que grâce aux 7 Hakafot de Hochana Raba nous allons, nous aussi, briser et faire tomber la muraille qui nous sépare d’Hakadoche Baroukh Hou, et par cette action, nous nous renforcerons dans la Mitsva de «écarte-toi du mal», nous situant plus près du Bien.

Pourtant, comme nous le dit le verset, il ne suffit pas de « s’écarter du mal », il faudra aussi « faire le bien ». En effet, après avoir fait tomber les murailles et conquis l’adversaire, viendra un jour où ce dernier se relèvera pour revenir à la charge. Nous avons donc besoin d’un plan de défense pour éviter toute agression, or dans ce cas, la meilleure tactique c’est l’attaque !

Cette action s’effectuera au travers de Sim’hat Torah. A Sim’hat Torah aussi nous effectuerons des Hakafot, mais cette fois-ci, sans rien dans les mains, uniquement notre désir d’adhérer à la Torah. Pendant sept jours nous avons tourné autour de la Torah pour faire tomber les murailles du yetser hara qui nous empêchait d’y accéder. Et une fois celles-ci tombées, nous prenons la Torah dans nos bras pour tourner avec elle, encore sept fois, afin d’atteindre les sphères célestes.

Le Siftei ‘Haïm nous dit que par les Hakafot de Sim’hat Torah, nous construisons une muraille de Kédoucha qui sera notre bouclier contre le Mal, pour pouvoir atteindre « fais le bien ».

La Torah est le meilleur bouclier contre le Mal, et notre adhésion à son message est donc indispensable.

« fais le bien », il ne suffit pas de tourner autour d’elle, mais il nous faut aller la chercher, la prendre en main et l’embrasser (de nos bras).

La Guémara Kidouchine 30b nous enseigne la parabole suivante :

Un père corrigea sévèrement son fils et lui causa de graves blessures, mais il lui donna un pansement très efficace pour le guérir, que le fils devait poser sur la plaie.

Le père dit à son fils : « Tant que ce pansement restera sur la plaie, tu pourras manger et boire ce que tu veux, même ce qui est contre-indiqué avec de telles blessures… sans aucune crainte et tout te sera indolore. Par contre si tu l’enlèves, alors la blessure s’infectera. »

Ainsi Hakadoche Baroukh Hou a dit aux Bneï Israël : « Mes enfants, J’ai créé le Yetser Hara, mais J’ai aussi créé la Torah comme antidote. »

Il est écrit dans la Torah, Devarim (11, 18) : « Vé samtem éth devaraï haélé/ Vous placerez Mes paroles-là… », il s’agit des paroles de la Torah. La Guémara nous dit de lire « Vé samtem », « SAM-TAM/remède complet » et Rachi nous dit que ce remède ne manque pas d’éléments de défense contre le Yetser Hara.

« fais le bien » est l’unique moyen dont nous disposons pour nous construire des barrières afin de « s’écarter du mal » en utilisant l’ultime remède, le limoud Torah.

Alors dansons, tournons, rapprochons-nous de la Torah pour atteindre notre Créateur.

L’influence positive

Comme nous l’avons déjà vu, nos Sages nous enseignent que les quatre espèces (étrogue, loulav…) sont représentatives des différents types de Juifs.

En ce qui concerne la Arava (saule), elle représente le plus simple des Juifs, car elle ne possède ni Torah, ni bonnes actions, autrement dit, elle n’a pas de goût ni d’odeur.

Pendant sept jours, ce « simple » Juif va pourtant être associé aux Sages, côtoyer des Juifs plus grands que lui… Cette union va le rendre plus fort. Ils vont en effet l’influencer, le tirer vers le haut.

A tel point que cette Arava, à Hochana Raba sera détachée des autres, afin d’accomplir seule cette fois, la Mitsva de la « ‘habata ».

(C’est à Soukot qu’Hakadoche Baroukh Hou détermine la quantité d’eau qui sera accordée durant l’année, c’est pour cela que l’on multiplie les Tefilot pour l’eau et les pluies. La Arava est un arbre qui a besoin d’eau pour subsister. Nous non plus, Bneï Israël, nous ne pouvons vivre sans l’eau de la Torah. C’est pour cela que nous implorons Hachem de nous envoyer de l’eau (matérielle et spirituelle), en prenant un bouquet de Arava que l’on frappe sur le sol.)

Le Chem mi Chemouël nous dit que c’est grâce à l’influence de son entourage que la Arava est devenue si grande, jusqu’à bénéficier du privilège de recevoir sa propre Mitsva.

Nous aussi, après nous être unis pendant sept jours aux Oushpizine Kadichim, nous avons ressenti leur présence, vécu à leur lumière et nous nous en sommes imprégnés.

Comme la Arava, nous allons en sortir grandis, et Hakadoche Baroukh Hou nous donnera le mérite, pour cette nouvelle année, de bénéficier d’une nouvelle mitsva, ou d’améliorer l’accomplissement de l’ensemble de nos Mitsvot.

Kohélet

« Puis, je me mis à observer tous les actes d’oppression qui se commettent sous le soleil ; partout des opprimés en larmes et personne pour les consoler ! Et on a pris la force de leurs oppresseurs et malgré tout, personne pour les consoler. » (4, 1)

Le ‘Hafets ‘Haïm nous explique ce verset à l’aide de la parabole suivante :

Un homme dut quitter sa famille pour subvenir aux besoins des siens, et pour cela, il partit dans un pays lointain.

Après quelque temps, il fit fortune, son commerce connut une grande réussite. A tel point qu’il oublia la raison première de son départ de son pays d’origine.

Déjà plusieurs années avaient passé, sa femme et ses enfants le suppliaient de rentrer, et il finit par accepter leur expliquant toutefois qu’il devait d’abord tout régler avant de les rejoindre.

Il vendit son affaire, et décida d’investir son argent dans une marchandise qu’il pourrait revendre aisément dans son pays d’origine. Après avoir fait une étude de marché, il parvint à la conclusion que la meilleure marchandise était celle qui lui avait valu sa réussite, c’est-à-dire la viande et le poisson. En effet, ces marchandises étaient très appréciées par toutes les populations, et certains étaient prêts à dépenser des sommes folles pour en obtenir. Par ailleurs, dans le pays où il résidait, se trouvaient aussi des pierres précieuses en abondance, mais elles n’intéressaient personne. Il décida donc de remplir une cargaison de viande et de poisson et d’embarquer tout cela dans un bateau direction la maison. Il informa sa famille et ses proches de son retour, et qu’ils devraient l’aider à décharger toute sa marchandise.

Après plusieurs semaines de voyage, le bateau arriva à destination, sa famille et ses proches l’attendaient au port, impatients. Le moment de décharger les caisses était venu, et les douaniers demandèrent à inspecter le contenu des caisses. Dès l’ouverture de la première, une odeur nauséabonde s’en dégagea. En effet les viandes et poissons avaient tout bonnement pourri durant ce long voyage. Les douaniers s’emparèrent de la marchandise qualifiée de toxique, et la déversèrent dans la mer.

Notre homme ne possédait donc plus rien, plus un sou, il avait tout investi dans ces marchandises, pensant faire fortune une seconde fois, mais il ne fut que la risée de la ville. Quant à sa femme furieuse, elle ne manqua pas de l’accabler et de lui rappeler sans cesse la bêtise de son investissement, comment n’avait-il pas prévu ce qui ne pouvait pas ne pas arriver ?!

Puis, après ce drame et un sommeil agité, notre homme se réveilla et découvrit avec stupeur que d’étonnants changements étaient survenus dans sa maison :

les placards étaient pleins… et surtout, une femme radieuse l’accueillit avec le plus grand des sourires ! Elle avait trouvé dans ses bagages une petite boîte qui renfermait une pierre précieuse dite « ordinaire » du pays d’on il venait. Elle l’avait faite expertiser, et lorsqu’on lui avait annoncé qu’elle valait beaucoup d’argent, elle l’avait vendue sur le champ.

C’est ainsi qu’elle avait acheté du mobilier, des vêtements, rempli les placards… tout cela pendant que son mari était toujours noyé dans son sommeil.

Après les explications de sa femme, il fut accablé, et répéta inlassablement, inconsolable :

« Là où je vivais, il y avait des pierres comme celle-ci en abondance, j’aurais pu en remplir des caisses pour quelques sous… mais j’ai choisi de prendre à la place des mets périssable, aïe, aïe, aïe….  »

La parabole est à l’image de notre vie sur terre et de notre but ici-bas. En effet nous sommes envoyés sur terre pour étudier la Torah et accomplir des Mitsvot, mais très vite, nous nous préoccupons des affaires de ce monde en oubliant l’essentiel.

Lorsque nous devrons rejoindre notre Créateur dans le ciel, nous nous apercevrons nous aussi que nous avons gaspillé notre temps à nous occuper de notre corps et à l’engraisser, alors que lui aussi finira par pourrir… et nous serons comme le pauvre héros de notre histoire, méprisés par notre entourage céleste et condamnés au Guéhinom (que D.ieu nous en préserve !)

Nous devons cependant savoir que même le Juif le plus égaré aura tout de même un mérite quelconque, ne serait-ce que pour avoir répondu « Amen » à une Brakha, mis les Tefilines…

Et de ce fait, après avoir purgé son châtiment, il sera conduit au Gan Éden. Surpris de ce changement, il interrogera et cherchera à en comprendre la raison.

C’est alors que les anges lui expliqueront qu’en fouillant dans ses dossiers, ils ont trouvé, un « Amen » ou une autre « petite » Mitsva… ce qui lui valut finalement une telle récompense.

C’est alors que lui aussi se mettra à pleurer et à gémir. Il sera accablé, et répétera inlassablement et inconsolable : « Là où je vivais, il y avait des Mitsvot en abondance, j’aurais pu en accomplir des centaines et accumuler des milliers de mérites… mais j’ai choisi de m’occuper de mon corps périssable, aïe, aïe, aïe….  »

C’est le sens de notre verset initial : « Puis je me mis à observer tous les actes d’oppression qui se commettent sous le soleil ; partout des opprimés en larmes et personne pour les consoler !… » Ce qui signifie : j’ai vu comment les gens ont été châtiés pour leurs mauvaises actions et de ce fait ils pleurent…

« … et on a pris la force de leurs oppresseurs et malgré tout, personne pour les consoler. »

Mais même lorsque leur châtiment prend fin ils sont inconsolables, car leur récompense aurait pu être beaucoup plus grande, ils pleurent le temps gaspillé durant leur séjour sur Terre…

Pour ne pas pleurer demain, investissons dès à présent…

Sixième jour: Yossef

Yossef et la fête de Soukot

Le Sefer « Betsel Tomere » rapporte le Midrach Chémot Raba (1, 5), qui nous livre l’enseignement selon lequel son nom fut donné à Yossef haTsadik en rapport avec la Délivrance future, comme il est dit : « Et en ce jour, Hachem étendra-יוסיף – une seconde fois la main, pour reprendre possession du reste de son peuple… » (Yechaya 11, 11) D’après le verset de Yechaya, cité par le Midrach, c’est par Yossef que la Guéoula, la Délivrance, arrivera.

Dans le Sefer Yrmiya (Jérémie), il est écrit : « Ainsi parle Hachem : Une voix retentit dans Rama, une voix plaintive, d’amers sanglots. C’est Ra’hel qui pleure ses enfants, qui ne veut pas se laisser consoler de ses fils perdus ! Or dit Hachem, que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car il y aura une compensation à tes efforts. Ils reviendront du pays de l’ennemi. Oui, il y a de l’espoir pour ton avenir, dit Hachem : tes enfants rentreront dans leurs frontières. » (Yrmiya 31 ; 15-16-17)

L’auteur du Sefer « Divrei Yoël » (Parachat Vaye’hi) s’interroge sur ce verset du Sefer Yrmiya et se demande pourquoi c’est précisément Ra’hel qui fut désignée pour pleurer sur l’exil d’Israël. Pourquoi choisir Ra’hel et pas une autre matriarche ou un patriarche ?

Le Divrei Yoël explique le choix de Ra’hel grâce à la Guémara Sanhédrine 19b, qui répond au verset par le Tehilim (77, 16) : « Par ton bras tu libères ton peuple, les fils de Yaakov et de Yossef… »

La Guémara pose la question : Pourquoi les Bneï Israël sont-ils appelés ici les enfants de Yossef ? Est-ce Yakov ou est-ce Yossef qui a mis au monde les douze Tribus ?


La Guémara répond qu’en effet, Yaakov a mis au monde les douze Tribus, mais c’est Yossef qui les a nourries lors de la famine en Égypte (Béréchit 47, 12). C’est pour cette raison que les fils de Yaakov sont appelés ici les enfants de Yossef.

Ainsi, si tous les Bneï Israël sont appelés les Bneï Yossef, Ra’hel, la mère de Yossef, devient logiquement, elle aussi, la mère de tous ces enfants !

Nous comprenons désormais mieux pourquoi Ra’hel a été choisie parmi nos patriarches et matriarches pour pleurer sur le sort de ses enfants en exil, en reprenant notre Midrach cité au début : « c’est par Yossef que la Guéoula, la Délivrance, arrivera. »

Par ses prières, la mère de Yossef, Ra’hel Imenou, notre mère à tous, renforcera notre espoir dans cet exil dur et amer, en attendant qu’Hachem accomplisse Sa promesse : « Tes enfants rentreront dans leurs frontières », ce qui annonce la Délivrance future et finale.

Mais quel lien peut-on faire entre Yossef, la Délivrance finale et la fête de Soukot ?

בַּסֻּכֹּת תֵּשְׁבוּ שִׁבְעַת יָמִים כָּל הָאֶזְרָח בְּיִשְׂרָאֵל יֵשְׁבוּ בַּסֻּכֹּת

« Dans les soukot vous habiterez sept jours, tout citoyen en Israël habitera dans les Soukot. » (Vayikra 23, 42)

Une question se pose sur la construction du verset. En effet, il commence avec une adresse directe : « vous habiterez/תֵּשְׁבוּ », et par la suite, en revanche, il utilise la forme indirecte : « tout citoyen habitera/יֵשְׁבוּ ».

Le Ari Zal explique que la première partie du verset représente l’ordonnance de la Mitsva de s’asseoir dans la Souka, qui s’adresse à tout le peuple. La seconde partie, quant à elle, est la promesse que celui qui accomplira cette Mitsva aura le mérite de יֵשְׁבוּ בַּסֻּכֹּת, de s’asseoir dans la Souka faite avec la peau du Léviathan.

Nous voyons ici que la Mitsva de Souka, elle aussi, fait allusion aux Temps Futurs, à la Délivrance, lorsque l’on sera assis dans la Souka en peau de Léviathan, comme il est écrit (Yechaya 4, 6) :

« Il y aura une Souka donnant tout au long du jour de l’ombre contre la chaleur, servant d’asile et de refuge contre l’orage et la pluie. »

Ainsi par la promesse divine faite à Ra’hel et donc, par le mérite de Yossef HaTsadik, nous sommes aujourd’hui assis dans la Souka et lorsque nous arriverons aux temps messianiques, nous serons tous assis dans la Souka en peau de Léviathan.

Plus encore, le Ari Zal enseigne que nous devons effectuer la Mitsva du Loulav dans la Souka, or le Loulav et la Souka sont deux Mitsvot totalement différentes et indépendantes l’une de l’autre. Tentons de comprendre le lien entre ces deux Mitsvot.

Dans la Guémara Souka 37b il est écrit :

Rabbi Yrmiya demande à Rabbi Zrika pour quelle raison nous ne mentionnons que le Loulav dans la bénédiction des quatre espèces ? 

(En effet, nous prenons les quatre espèces en main et nous bénissons Hachem : … Al netilat Loulav).

Rabbi Zrika lui répond que c’est parce que le Loulav est la plus grande des quatre espèces, autrement dit, il représente l’essentiel du bouquet des quatre espèces, ce qui lui vaut que la bénédiction se fasse en son nom (Rachi).

Rabénou Bé’hayé propose une autre explication : le Loulav présente de nombreuses feuilles, les unes plus hautes que les autres. Elles sont toutes reliées au tronc, à l’image de toutes les créatures du monde, qui proviennent d’une seule source : le Saint Béni Soit-Il, Hakadoche Baroukh Hou.

Le balancement des quatre espèces en direction des quatre points cardinaux possède un sens très profond.

Comme nous l’avons déjà vu (voir Aharon), les quatre espèces sont représentatives des différentes catégories de Juifs.

Nous savons aussi que notre peuple est dispersé aux quatre coins du monde. Mais dans chacune de nos Téfilot, nous prions pour son rassemblement.

Nous balançons nos quatre espèces, de l’avant vers l’arrière, en signe de vouloir faire revenir tous nos frères éloignés.

Et la raison pour laquelle nous ne mentionnons que le Loulav dans la bénédiction, c’est parce qu’il représente Yossef, selon le rite de la Kabale.

(Les trois Hadassim représentent Avraham, Yits’hak et Yaakov, les deux Aravot, Moché et Aharon, le Loulav représente Yossef et le Etrogue, David)

Nous pouvons à présent répondre à la deuxième question : Pourquoi le Ari Zal enseigne-t-il que nous devons effectuer la Mitsva du Loulav dans la Souka ? 

Comme nous l’avons vu, la Délivrance Future viendra par le mérite de Yossef et de la promesse d’Hachem faite à Ra’hel Imenou « tes enfants rentreront dans leurs frontières », ce qui nous donnera la possibilité de nous asseoir dans la Souka en peau de Léviathan.

Nous savons aussi que par les balancements du Loulav et des trois espèces, nous essayons de regrouper le peuple dispersé aux quatre coins du monde.

Nous voyons maintenant que les deux Mitsvot sont liées : nous agitons nos quatre espèces dans la Souka avec l’espoir qu’un jour très prochain, nous soyons tous délivrés de notre exil et rassemblés dans la Souka en peau de Leviathan, symbole d’une délivrance complète de notre peuple, Bimehera Béyaménou, Amen.

Un bunker pour l’avenir

Un Juif a le mérite, au fil de l’année, de pouvoir s’élever spirituellement, lors des grands événements du calendrier. En ce qui concerne notre période, elle est propice à une propulsion spirituelle.

Mais l’essentiel de l’examen est de savoir combien de temps et comment conserver ce niveau acquis, pour le reste l’année.

Explications :

Dans le Téhilim 27, il est écrit : « Hachem est ma lumière et mon salut… Il m’abritera sous Son pavillon… »

Nos Sages nous enseignent que le terme « ma lumière/ אורי » se rapporte à Roch Hachana ; « mon salut/ וישעי  » à Yom Kippour ; et « Il m’abritera sous son pavillon /כי יצפנני בסכה », à Soukot.

L’auteur du « Darkei Moussar » va nous aider à réfléchir sur le déroulement de ces étapes :

A Roch Hachana, l’homme atteint un niveau tellement haut de Kédoucha, qu’il est capable de « palper » la vérité, en particulier grâce aux sonneries du Chofar. Comme l’explique le Rambam, le rôle du son du Chofar est de réveiller celui qui s’est endormi. L’homme se réveille et voit de ses yeux, « ma lumière/ אורי », les voies de D.ieu qui s’éclairent.

Après cette première phase, vient le temps de « mon salut/וישעי », Yom Kippour.

Yom Kippour est le jour où Hakadoche Baroukh Hou nous sauve et nous pardonne de nos fautes. Nous sommes sauvés, car nos fautes obstruaient notre cœur et notre néchama ; or sans ce sauvetage, il nous serait impossible de sortir de cette ” boue “. Hakadoche Baroukh Hou nous a offert ce grand jour pour nous laver et nous purifier. C’est un acte de pur ‘Hessed d’Hachem : nous pardonner et remettre nos compteurs à zéro. C’est grâce à cela que l’homme pourra s’élever à un niveau supérieur. Ce ‘Hessed d’Hachem nous ouvre une voie d’élévation, une piste de décollage pour aller plus haut.

Cependant, après avoir eu accès à ces niveaux, une troisième phase déterminante est indispensable.

« Il m’abriterait sous son pavillon /כי יצפנני בסכה », c’est la fête de Soukot.

L’homme doit s’abriter contre toutes les attaques du Yetser Hara, grand « patron » de ce monde matériel. Nous devons tous « courir aux abris », nous isoler avec Hakadoche Baroukh Hou.

Sans cette condition, tout ce qui aura été acquis durant les deux premières phases sera perdu.

Le Gaon Rav Yits’hak Blazer Zatsal explique que lors des Téfilot de Roch Hachana, un homme peut s’élever et se rapprocher d’Hachem, mais par la suite, au moment du repas, il risque de tout perdre. Un attachement trop sérieux aux plaisirs de la table le fera se détacher de cette connexion établie auparavant grâce à ses Téfilot. En effet les plaisirs de ce monde sont la perte de l’homme, comme il est dit : « Rabbi Eléazar Hakapar dit : l’envie, la volupté et l’ambition abrègent la vie de l’homme », Pirkei Avot (4, 21).

Le Machguia’h de Loumza, Rav Moché Rozenstein Zatsal, explique cette idée à l’aide de la parabole suivante :

Il existe un animal du désert que l’on nomme « bardelasse ». C’est une espèce de félin. Il chante une mélodie qui attire l’attention de l’homme et lorsque celui-ci se rapproche pour mieux entendre, il le capture pour l’amener dans sa tanière.

Une fois arrivé là-bas, il aspire le cerveau de sa victime et ne laisse qu’un corps inerte mais intacte. Celui qui se ballade dans le désert et qui connaît la technique de la bardelasse, sait aussi que le sang de l’homme la repousse. Avant leurs expéditions, les hommes avisés se feront donc volontairement une petite entaille afin de laisser couler quelques gouttes de sang et d’écarter tout risque d’attaque.

De la même façon que la «  bardelasse » chante devant l’homme, ainsi le Olam hazé chante pour nous attirer vers lui. Lui aussi aspire notre cerveau et notre Néchama puis laisse un corps « intact » ! Nous devons donc nous abriter sous les ailes de la Chékhina, afin d’éloigner tout risque de séduction des pièges de ce monde.

La Souka nous garde encore au chaud, à l’abri de toute attaque extérieure. Elle nous aide à concrétiser la bonne volonté dont nous avons fait preuve durant Roch Hachana et Yom Kippour.

Comme nous l’avons déjà expliqué, c’est dans la Souka que va se concrétiser le fabuleux processus de Téchouva, qui ne fait que commencer. La Souka est en fait un bunker face au Yetser Hara, elle est le vernissage de la Téchouva.

La Souka sera une protection « écran total » qui fera effet tout au long de l’année, comme celle dont bénéficièrent les Bneï Israël dans le désert…

Les unes avec les autres

Le Beth Yossef dans le Tour (Or Ha’haïm 651, 11), s’interroge sur la façon de tenir les quatre espèces. Doit-on les rassembler lors du balancement, ou bien tenir les Loulav-Hadass-Arava à droite et le Etrogue à gauche ?

Le Beth Yossef nous répond qu’aucune Guémara ni aucun décisionnaire ne mentionnent une quelconque obligation de rassembler les quatre espèces ! Seul un écrit d’un grand Sage italien, le Rav Ména’hem Mirékanti, dans la Parachat Emor, nous enjoint de les rassembler. Le secret de cet enseignement lui est venu un soir, en rêve.

Lors de la fête de Soukot, le Rav Mirékanti reçut chez lui un homme Ashkénaze pieux, le Rav Yits’hak. Lorsque le Rav Mirékanti s’endormit, il fit un rêve dans lequel il vit son invité, Rav Yits’hak, en train d’écrire le nom de D.ieu d’une curieuse façon. Il écrivit tout d’abord י ה ו et plus loin, éloigné des autres lettres, le ה .

Toujours dans son rêve, le Rav Mirékanti, interpella son invité et lui demanda pourquoi il agissait ainsi. Rav Yits’hak lui répondit que c’était l’habitude chez les Ashkénazes, d’écrire ainsi le nom de D.ieu. Le Rav Mirékanti le reprit, lui expliqua qu’il devait rapprocher les lettres les unes des autres. C’est ce que fit Rav Yits’hak. Une fois le nom d’Hachem rassemblé, le Rav Mirékanti se réveilla.

Il ne comprit ni son rêve, ni le message qu’il renfermait.

Le lendemain, à la synagogue, au moment où tout le monde prend ses quatre espèces pour procéder aux balancements, le Rav aperçut son invité tenant le Loulav-Hadass-Arava à droite et le Etrogue à gauche. Il comprit aussitôt son rêve…

Les quatre espèces possèdent en chacune d’elle une parcelle du nom Divin, et il faut les tenir réunies.

Kohélet

« Réjouis-toi, jeune homme, dans ton jeune âge, que ton cœur soit en fête au temps de ton adolescence. Suis librement les tendances de ton esprit, et ce qui charme tes yeux ; sache seulement que D.ieu t’appellera en jugement pour tout cela. » (11, 9)

Dans son ouvrage, « Machal Venimchal », le Ben Ich ‘Haï nous explique ce verset de la manière suivante :

Il souligne tout d’abord que ce verset comporte trois parties, qui correspondent aux trois sortes de plaisirs de l’homme dans ce monde :

« Réjouis-toi, jeune homme, dans ton jeune âge » désigne le Malbouch, les plaisirs de la mode et des beaux vêtements.

« que ton cœur soit en fête au temps de ton adolescence » désigne la A’hila, les plaisirs de la table, la gourmandise et la boisson.

« Suis librement les tendances de ton esprit, et ce qui charme tes yeux » désigne les Tiyoulim, les plaisirs des promenades et des ballades.

Au passage, le Ben Ich ‘Haï nous fait remarquer que les premières lettres de ces plaisirs assemblées forment le mot Tamé/impur (Tiyoulim, A’hila et Malbouch), car la multiplication de ces plaisirs peut nous faire sombrer dans l’impureté.

Le Ben Ich ‘Haï souligne que dans ce verset, il n’est fait mention d’aucun interdit ou conseil de privation, tels que « habits-toi avec des haillons », « mange du pain dur » ou « reste chez toi entre quatre murs » !

Bien au contraire le verset te dit : « Réjouis-toi… sois en fête… suis librement les tendances de ton esprit… ».

Pourtant le verset conclut par : « sache seulement que D.ieu t’appellera en jugement pour tout cela », afin de nous signaler tout de même que nous serons jugés pour toutes ces choses « permises », nous devrons rendre des comptes. Pourquoi devrions-nous rendre des comptes sur des choses permises, qu’est-ce que cela signifie ?

Dans le tribunal Céleste, la question ne sera pas « pourquoi as-tu agi ainsi, en portant un beau costume ou de jolis vêtements ? »

Mais on nous dira : «  Lorsque tu as porté ce beau costume, tu étais heureux et tu as prononcé la bénédiction de Chéé’héyanou.

Mais est-ce que ta joie fut aussi grande lorsque tu as accompli la Mitsva ordonnée par Hachem que lorsque tu as revêtu ton nouveau costume ? »

On nous jugera sur notre enthousiasme pour l’accomplissement des Mitsvot, en comparaison à notre enthousiasme pour jouir des plaisirs de ce monde.

Aussi, le tribunal Céleste nous demandera : « Tu as mangé, tu as bu et tu en as tiré des plaisirs, tu en as joui… Mais dis-nous si tu as autant savouré et bu les paroles de Torah que tu as apprises et entendues, que les mets et boissons que tu as consommés ! »

Enfin, toute la semaine pendant ton travail, tes amis te proposèrent des promenades ou des ballades, mais jamais tu n’abandonnas ton poste pour aller t’évader, même si dehors il faisait bon, jamais les tentations ne prenaient le dessus sur le travail… Alors le tribunal Céleste demandera : «  Comment et pourquoi le Chabbat, as-tu pu perdre des heures à te balader, comment as-tu pu perdre autant d’heures sacrées conçues pour les plaisirs spirituels ?! »

En réfléchissant et en observant, l’homme arrivera à la conclusion que toutes les accusations portées contre lui ne seront que le fruit de son comportement vis-à-vis du matériel au détriment du spirituel.

Chaque chose de la vie courante pourra occasionner une remontrance, c’est ce que signifie la conclusion de notre verset « sache seulement que D.ieu t’appellera en jugement pour tout cela. », afin de nous dire que les reproches concerneront nos lacunes dans notre Avodat Hachem, en mesurant la différence entre notre engagement dans le spirituel et celui dans les plaisirs terrestres.

Tout ne se fera donc que dans une évaluation par rapport à nous avec nous-mêmes, jamais en nous comparant aux autres. Tel est le message de notre verset.

Troisieme jour: Yaakov

Yaakov et la fête de Soukot

« Dans les Soukot vous habiterez sept jours, tout citoyen en Israël habitera dans les Soukot. » (Vayikra 23, 42)

La Torah ordonne à chaque Juif d’abandonner sa maison, son confort, pour s’installer dans la Souka, demeure précaire et temporaire.

Le Rav Yechayaou Yossef Pinto Chlita, nous explique que derrière ce commandement, se cachent des raisons profondes.

La Torah, à travers cette Mitsva, nous inculque que toute notre vie sur terre n’est que précarité.

Le temps que nous passons ici n’est qu’un passage, une préparation au monde futur, le Olam Ha Emeth (le monde de vérité), qui lui, est éternel et infini.

Le Tour (Ora’h ‘Haïm simane 417) cite, au nom de son frère Rabbi Yéhouda, que les trois fêtes, Pessa’h, Chavouot et Soukot correspondent à nos Patriarches Avraham, Yts’hak et Yaakov.

Pessa’h correspond à Avraham, qui avait demandé à Sarah de préparer des gâteaux pour honorer ses invités au moment de Pessa’h, comme il est dit : 

« Avraham se hâta vers la tente, vers Sarah, il dit : Vite prends trois mesures de fleur de farine, pétris et fais des gâteaux » (Béréchit 18, 6).

Chavouot correspond à Yts’hak, car lors du Don de la Torah, le son du Chofar qui retentit au Mont Sinaï fut obtenu de la corne gauche du bélier qui monta en sacrifice à la place d’Yts’hak lors de la Akedat Yts’hak (la ligature d’Yts’hak), comme cela est enseigné dans les Pirkei de Rabbi Eliezer (chap 31).

Quant à la corne de droite, la plus grande, elle sera utilisée par Hakadoche Baroukh Hou, Qui en sonnera dans les temps futurs. Comme il est écrit : « En ce jour résonnera le grand Chofar » (Isaïe 27, 13)

Pour ce qui est de la fête de Soukot, elle correspond à Yaakov car il est écrit :

« Et Yaakov voyagea vers Soukot, il s’y construisit une maison. Et pour son bétail il fit des cabanes/Soukot, c’est pourquoi on appela cet endroit Soukot. » (Béréchit 33, 17)

En observant ces événements, nous remarquons que chacun a une relation plus ou moins directe à la fête.

Cependant, on pourrait s’étonner, en ce qui concerne Yaakov, car les cabanes qu’il construisit étaient destinées à son bétail.

Est-il possible que parce que Yaakov a agi ainsi pour son bétail, Hakadoche Baroukh Hou institua la fête de Soukot pour les générations suivantes ?

On aurait peut-être pu faire un lien entre cet événement et Soukot, si cette fête avait porté le nom des maisons que Yaakov construisit, comme il est dit :

«  … il s’y construisit une maison. », une vraie maison, fixe, durable et habitable.

Alors quel rapport peut-il y avoir entre la fête de Soukot et le bétail de Yaakov ?

En fait la « maison » que Yaakov bâtit n’était pas une maison telle que nous la définissons, c’est-à dire un lieu où l’on vit… mais c’était un Beth Hamidrach !

C’est en effet dans cette « maison » que Yaakov habita et s’assit, jours et nuits.

Pour sa famille, ses serviteurs et son bétail, il construisit des cabanes, lieu d’habitation précaire et fragile.

Yaakov n’a pas agi ainsi par souci d’économie ou par manque de moyen, car il pouvait bâtir une vraie maison pour chacun, mais uniquement pour ancrer en nous la valeur essentielle de la vie. Une maison fixe et durable, ce ne peut être que pour le Beth Hamidrach, lieu d’étude de la Torah et de la vie Éternelle.

Comme lieu d’habitation, en revanche, il choisit la précarité, afin de nous faire ressentir que nous ne sommes que de passage dans ce monde-ci.

Ainsi les choix volontaires de notre Père Yaakov, viennent nous éclairer sur le chemin à emprunter dans nos propres vies.

La fête de Soukot nous installe dans une habitation provisoire, pour nous faire comprendre profondément que l’essentiel de la vie dans ce monde-ci ne réside aucunement dans le confort.

Qu’Hachem fasse que par cet enseignement de notre Père Yaakov, nous distinguions la superficialité du matériel et transformions nos maisons fixes en Beth Hamidrach, lieu d’étude et de sainteté ! Amen

Le moteur du bonheur

« Dans les soukot vous habiterez sept jours, tout citoyen en Israël habitera dans les Soukot. » Vayikra (23, 42)

Dans la Guémara Souka 2b, nos Sages nous enseignent sur ce verset, que durant sept jours, nous devons sortir de notre demeure fixe pour rejoindre un habitat temporaire.

Nous pouvons dès lors nous poser la question suivante : si nous avons la Mitsva de nous réjouir pendant la fête de Soukot, comme il est dit dans Vayikra (23, 40) : « … vous vous réjouirez devant Hachem, votre Elokim, durant sept jours. », nous devrions plutôt nous installer dans un hôtel de luxe ou dans un super club de vacances “Tout compris” avec toute la famille…

Pourquoi nous donne-t-on l’ordre d’aller dans une Souka, de quitter notre confort, pour dormir à la belle étoile, à l’étroit, sur un lit de camp (pour les plus chanceux) ? Ce déménagement ne risque-t-il pas plutôt de réduire notre joie ? En fait, nous comprenons ainsi que l’on ne peut atteindre une joie véritable que lorsque l’on reconnaît que ce monde-ci est temporaire et précaire.

Celui qui investit toute sa vie durant dans ce monde-ci, ne sera jamais heureux ni satisfait. Nos Sages nous enseignent en effet que celui qui a cent, en veut deux cents, celui qui a deux cents, en veut quatre cents, et ainsi de suite… L’envie et les plaisirs ne pouvant jamais être assouvis.

Comme il est dit dans Kohélet Raba (1, 34) : “Personne ne meurt avec la moitié de ses désirs réalisés.”

Ainsi, tous les jours de la vie de l’homme passés à la recherche des plaisirs de ce monde furent des jours de tristesse de ne pas avoir pu les satisfaire.

D’autre part, nous savons que celui qui court après la réalisation de ses désirs n’a finalement plus de vie, car l’envie et la jalousie le rongent.

Comme il est dit dans les Pirkei Avot (4, 21) : “La jalousie, la convoitise et la recherche des honneurs excluent l’homme du monde.”

L’homme ne parvient donc ainsi à aucune joie véritable !

Expliquons cela au moyen d’une parabole que nos Sages nous enseignent :

Le fils d’un roi était atteint d’une maladie qui le rendait nerveux et dépressif. Son père, inquiet de le voir ainsi, consulta les plus grands médecins et professeurs, mais aucun d’entre eux ne réussit à le guérir.

Le roi ne perdit pas espoir. Il fit venir un grand médecin d’un pays voisin qui après avoir ausculté et interrogé le prince sur différents points, annonça au père qu’il avait trouvé un moyen de guérir son fils. Le médecin prescrivit à son patient qu’il devait porter la chemise d’un homme heureux.

Sans perdre un instant, le roi envoya son fils chez les notables et propriétaires de grandes richesses, pensant que le bonheur s’y trouvait.

Cependant, les notables de la ville révélèrent au prince que justement, leurs biens et richesses leur causaient de nombreux soucis et de grandes tensions.

Le prince chercha donc ailleurs, chez les commerçants, les entrepreneurs… partout où les gens avaient l’air heureux… mais au cours de chacune de ses visites il obtint la même réponse.

Voilà notre prince encore plus malheureux qu’auparavant. Puis il croisa sur le chemin du retour un berger, qui lui vanta sa joie de vivre et son bonheur immense.

Aussitôt, le prince lui demanda sa chemise. Mais le berger lui répondit qu’il n’en avait pas, et que s’il en avait une, son bonheur serait moins grand, parce qu’il aurait le souci de la laver, de la repasser et de la conserver…

Nous comprenons maintenant que les deux commandements de la Torah ne se contredisent pas, au contraire…

C’est grâce à la Mitsva de la Souka que l’on atteindra la vraie joie.

En effet à Soukot, nous avons l’ordre de sortir totalement de notre maison et de son confort et de rentrer dans la Souka. Mais c’est justement à ce moment-là qu’il n’y a plus aucune inquiétude, ni aucune crainte… La joie est complète et véritable.

Ce n’est que lorsqu’un homme comprend que ce monde-ci n’est qu’un couloir vers le monde futur, qu’il investit dans la Torah et les Mitsvot.

Comme il est écrit dans les Pirkei Avot (4, 16) : Rabbi Yaacov dit : “Ce monde n’est que le couloir du Monde Futur. Prépare-toi dans le couloir, pour que tu puisses entrer dans le Palais”.

Se Sentir bien

Dans le Midrach Vayikra Raba 30, le Hadass est décrit comme celui qui a un parfum mais pas de goût. Aussi, dans le Zohar, il est dit que les trois hadassim correspondent aux patriarches, Avraham, Yits’hak et Yaakov.

Essayons de voir le lien qui existe entre le parfum et nos Patriarches.

Le Sfat Emeth nous explique qu’un parfum a le pouvoir de se dissiper et de se propager afin de pouvoir embaumer au loin. C’est une des raisons pour laquelle nous respirons des plantes odorantes chaque sortie de Chabbat, au moment de la havdala. Par cet acte, nous demandons que le « parfum » de Chabbat se propage tout au long de la semaine.

Chez nos Patriarches, un tel parfum existe aussi, ceci pour deux raisons.

סוכות 4

D’une part, ils ont ancré un parfum dans chacune des âmes des Bneï Israël, que possède même celui qui n’est pas encore dans les voies de la Torah.

D’autre part, nos Pères qui ont vécu avant le don de la Torah, on su capter son « parfum » avant même qu’elle ne soit donnée. Ils ont su capter le parfum d’une Torah qui ne sera donnée que bien plus tard, car la force d’un parfum est qu’il embaume jusqu’au lointain.

Il est écrit dans Chir Hachirim (1, 3) :

« Tes parfums sont suaves à respirer ; une huile aromatique qui se répand, tel est ton nom. »

Les actions qu’ont accomplies nos Pères représentent ces « parfums suaves », et nous, nous sommes cette « huile aromatique qui se répand ».

Ainsi, nous aussi nous possédons en nous le parfum de nos Pères, c’est-à-dire cette sensibilité de l’odorat.

C’est pourquoi, grâce à notre pouvoir, nous avons le devoir de ressentir déjà ici-bas le parfum du olam haba et de nous y préparer jour après jour.

Kohélet

« Si le serpent mord faute d’avoir été charmé, alors le maître du langage n’a aucun avantage. » (10, 11)

Dans la Guémara Taanit 8a, Reich Lakich nous explique le sens de ce verset :

Dans les temps futurs, tous les animaux se regrouperont et viendront auprès du serpent et lui diront : « Le lion lui, saisit sa proie et la mange ; le loup déchire sa proie et la mange ; mais toi quel plaisir as-tu à mordre les gens et à les tuer ? »

Alors le serpent leur répondra « et le maître du langage n’a aucun avantage » ; c’est-à-dire que celui qui médit des autres, lui non plus ne jouit pas de ses propos préjudiciables.

En d’autres termes, le jour du jugement du serpent, celui-ci sera humilié pour ses actes mauvais, mais il rétorquera que les médisants aussi agissent comme lui, ce qui les entraînera avec lui dans sa chute.

C’est pour cela qu’il est écrit dans Kohélet (5, 5) : « Ne permets pas à ta bouche de charger ta personne d’un péché… et ne prétends pas devant l’émissaire que c’était une erreur. » C’est-à-dire, lorsque la bouche prononce des paroles de Lachone hara, elle pèche contre tout le corps, car elle amène le châtiment sur lui. Et si tu penses que lorsque tu profères ces paroles, personne ne t’entend, détrompe-toi.

Comme il est dit dans le Midrach Devarim Raba (6, 5) : « Sache que je nomme auprès de toi un envoyé chargé d’enregistrer toutes les paroles que tu profères contre ton prochain ».

Et si cela nous laisse septique, le ‘Hafets ‘Haïm déjà en son temps, enseignait un grand moussar sur le téléphone. Il enseignait que grâce à lui, on pouvait désormais prendre conscience de la possibilité de transmission d’une parole d’un endroit à l’autre ! Si déjà le ‘Hafets ‘Haïm, il y a plus d’un demi siècle avait observé ce phénomène pour nous faire réaliser combien les paroles de la Torah sont authentiques (à l’époque il n’y avait pas de téléphone et pourtant nous était prédit que nos paroles seraient rapportées la Haut), combien nous, dans ce monde de communication parvenue à son apogée, pouvons vivre leur véracité !

Comme il est dit « … car l’oiseau du ciel transmettra le son de la voix et la gent ailée rapportera les propos. » Kohélet (10, 20)

Le Gaon de Vilna écrit dans son testament que nous serons jugés pour chaque parole que nous aurons prononcée, rien ne sera perdu, même pas la plus petite remarque. La faute du Lachone hara est la plus grave de toutes, car comme nous l’enseignent nos Sages, c’est l’une des fautes dont, si l’on s’empêche de la commettre, on mange les fruits dans ce monde, mais dont le capital sera pour le monde futur. »

C’est ainsi qu’il est écrit dans Kohélet (6, 7) : « Tout le labeur de l’homme est pour sa bouche », c’est-à-dire que toutes les Mitsvot et bonnes actions accomplies par l’homme ne suffisent pas pour annuler les paroles de lachone hara prononcées.

Dans les Pirkei Avot (1, 17) il est écrit : « J’ai passé toute ma vie au milieu des Sages, et je n’ai rien trouvé de plus salutaire que le silence… celui qui parle trop occasionne des péchés. »

Cela ne signifie pas que nous devons rester muets et silencieux, mais nous devons veiller à ne pas médire de notre prochain. Comme il est dit : « Celui qui met un frein à sa bouche et à sa langue se préserve de bien des tourments. » Michlei (21, 23)

Le ‘Hafets ‘Haïm affirme que l’étude des lois du langage nous rendra obligatoirement meilleurs, car en nous efforçant continuellement d’éviter de faire du mal à notre prochain, soit par une parole vexante, soit par un affront, soit par un manque de respect quelconque, cela nous permettra de nous construire intérieurement, et de créer des relations de qualité avec nos semblables, basées sur la sincérité.

Si chacun d’entre nous étudie chaque jour quelques minutes les lois du langage, tous les efforts qu’il investira au service de cette étude et de son application, entraîneront un surcroît de clémence dans le monde, et constitueront une source de forces pour une vie de bonheur et de paix.

Deuxième jour: Its’hak

Yits’hak et la fête de Soukot

Nos Sages ont fixé que les festivités de Sim’ha Bet Hachoéva devaient débuter chaque année le premier jour de ‘hol hamoëd, deuxième soir de Soukot, quand Yits’hak Avinou est à l’honneur, oushpez du jour.

Yits’hak Avinou, rappelons-le, représente la Guevoura (la force de caractère). La spécificité de son service d’Hachem fut la perfection qu’il atteignit dans sa Yirat Chamaïm-crainte des Cieux, appelée communément Pa’had Yits’hak.

L’auteur du “Divrei Yoël” se demande pourquoi le représentant de la crainte est-il précisément associé à un si grand moment de joie et de festivité ? Voyez et appréciez comment il répond…

Dans la Torah il est écrit : « Yits’hak supplia Hachem au sujet de sa femme, car elle était stérile. Hachem l’exauça. Rivka, sa femme, conçut. » (Béréchit 25, 21)

Rachi explique « Hachem l’exauça », lui mais pas elle, parce que la Téfila (prière) d’un Tsadik fils de Tsadik, ne ressemble pas à une Téfila de Tsadik fils de racha.

A première vue, les mots de Rachi sont destinés à Rivka. Mais dans ce cas, l’expression « Tsadik fils de racha » est surprenante. En effet, on aurait dû voir « Tsadeket fille de racha », Rivka étant la fille de Betouel, considéré comme un racha.

Essayons d’abord de comprendre pourquoi la Téfila d’un Tsadik fils de Tsadik est-elle différente de celle d’un Tsadik fils de racha. Le Tsadik se caractérise par le fait qu’il n’est pas sûr de lui-même, dans le sens où il scrute sans cesse ses actions.

A tel point que même lorsque Hakadoche Baroukh Hou lui fait une promesse, il craindra toujours d’avoir fauté, et de se trouver en posture de « non méritant » de voir la promesse se réaliser en sa faveur.

Nous avons vu ce type de comportement chez nos Pères, tout d’abord avec Avraham Avinou :

« … Ne crains point Avram, Je suis un bouclier pour toi, ton salaire se multipliera beaucoup. » (Béréchit 15, 1)

Sur ce, Rachi explique qu’après avoir bénéficié du miracle qui lui permit de vaincre les rois, Avram était tourmenté, craignant d’avoir déjà reçu la récompense de tous ses mérites.

De même, avec Yaakov Avinou, Hakadoche Baroukh Hou lui garantit que lors de son voyage à ‘Haran, Il serait à ses côtés et le protégerait, comme il est dit : « et voici Je suis avec toi, Je te garderai partout où tu iras… » (Béréchit 28, 15). Pourtant, Yaakov eut peur, comme il est dit : « Je suis trop petit pour toutes les grâces et pour toute la vérité que tu as faites à ton serviteur… » (Béréchit 32, 11).

Rachi explique que Yaakov craignit que ses mérites aient diminué depuis la proclamation de la promesse d’Hachem, à cause des différents péchés qu’il avait pu commettre.

Avec ces éléments, nous comprenons déjà un peu mieux ce que représente la Téfila d’un Tsadik fils de Tsadik, qui est l’expression de la véracité et de la sincérité de ses paroles.

Continuons notre développement grâce à l’enseignement de la Guémara Yevamot 64a, selon laquelle lorsqu’un homme a vécu dix ans auprès d’une femme sans avoir eu d’enfants, il devra s’en séparer et lui donner sa ketouva (le contrat de mariage) ; car il n’a pas mérité d’enfanter d’elle.

Ces derniers mots de la Guémara : « n’a pas mérité d’enfanter d’elle », laissent entendre que le problème viendrait de lui, c’est donc pour cette raison que la Guémara dit qu’il était obligé de payer la ketouva. En clair, la responsabilité incomberait à l’homme.

A propos de ces mots de la Guémara, lorsque la Torah écrit : “Yits’hak supplia Hachem au sujet de sa femme, car elle était stérile. Hachem l’exauça, Rivka sa femme, conçut” (Béréchit 25, 21), c’est justement Yits’hak et non pas Rivka, que l’Eternel entendit.

S’il en est ainsi, pourquoi dans le cas d’Avraham et Sarah, le miracle eut-il lieu au contraire par le mérite de Sarah ? Quelle différence y a-t-il entre Sarah et Rivka ? Pourquoi agréer la Téfila de Sarah et disqualifier celle de Rivka ?

Rachi répond à cette question : « parce que la Téfila d’un Tsadik fils de Tsadik, ne ressemble pas à celle d’un Tsadik fils de racha. »

En effet, Avraham Avinou fut un Tsadik parfait. Son père, en revanche était au contraire un grand racha. Sa Téfila avait donc besoin d’un « coup de pouce », en l’occurrence le mérite et la Téfila de Sarah.

Pour Yits’hak, la situation était différente. Il est Tsadik ben Tsadik. Il n’avait donc pas besoin du mérite de Rivka pour qu’Hakadoche Baroukh Hou agrée sa prière.

Avec ces enseignements, nous comprenons que l’explication de Rachi, “Tsadik ben racha” ne se rapporte pas à Rivka, mais à Avraham, qui avait besoin du mérite et de l’aide de Sarah.

Pour conclure, lors sa naissance, Yits’hak reçut une part de crainte grâce à Sarah Imenou, mais aussi une part de joie, grâce à Avraham Avinou. Rachi rapporte en effet à ce sujet que lorsque Hachem annonça à Avraham la naissance prochaine d’un fils, celui-ci ressentit joie et satisfaction. (Béréchit 17, 17)

La naissance d’Yits’hak fut donc vécue dans un amalgame de crainte et de joie intenses, c’est pour cette raison que nos Sages ont placé Yits’hak Avinou comme Oushpez ce soir-là, puisqu’il représente la Guevoura et la crainte ainsi que la foi et la joie.

C’est d’ailleurs sur ce modèle que nous devons, nous aussi, construire notre Avodat Hachem : une avoda remplie de crainte, mais aussi de Sim’ha.

Premier jour particulier

« Vous prendrez pour vous, au premier jour, un fruit de l’arbre Hadar, des palmes de dattiers, et un rameau de l’arbre de avot et des saules de rivières… » Vayikra (23, 40)

La question que tous les commentateurs se posent ici est la suivante : de quel “premier jour” parle-t-on, puisque la fête de Soukot débute le 15 tichri ?

Le Midrach nous dit : « Le premier jour, le premier du compte de nos fautes… »

Qu’est-ce que cela signifie ? Soukot débute quatre jours après Yom Kippour, dont nous sortons lavés et pardonnés de nos fautes ; dès Yom Kippour, le compteur est donc remis à zéro.

Durant ces quatre jours, nous sommes tellement occupés à réaliser toutes les tâches relatives à la préparation de Soukot, que nos Sages disent que nous n’avons pas le temps de fauter.

Mais cette explication semble bancale, comment peut-on en effet affirmer que personne ne faute pendant quatre jours ?

Il est écrit : « Car il n’est pas d’homme juste sur cette terre qui fasse le bien et ne pèche pas. » Kohelet (7, 20) De là, nous comprenons que même quelqu’un qui est occupé à accomplir une Mitsva, faute !

A quoi correspond donc ce premier jour du compte de nos fautes ?

Le Gaon de Vilna nous éclaire sur ce point, grâce à une explication sur la différence entre « Din/justice et ‘Hechbone/compte ».

La Michna dans Avot (3, 1) dit : «Pénètre-toi de ces trois choses et tu éviteras le péché : pense à ton origine et à ta fin ; et rappelle-toi devant qui tu auras un jour à rendre justice (Din) et compte (‘Hechbone) de tes actions…»
Le Gaon de Vilna demande à quoi sert cette redondance «Din/justice et ‘Hechbone/compte».

Il explique qu’au niveau du Din/justice, on punit l’homme pour les fautes qu’il a commises, tandis qu’au niveau du ‘Hechbone/compte, on prendra en compte le moment où il a fauté, c’est-à-dire que l’on regardera si au moment où il a péché, il pouvait accomplir une Mitsva.

La Avera ne sera alors prise en compte que s’il a accompli la faute intentionnellement.

Pendant ces quatre jours, il est donc possible que l’on faute (que D.ieu nous en préserve), mais par le nombre important de tâches positives à accomplir, il sera difficile, voire impossible, de penser le faire intentionnellement. Aussi, notre compteur de faute restera-t-il bloqué jusqu’à ce que démarre la fête de Soukot.

Nous comprenons mieux à présent le verset et le Midrach lorsqu’ils évoquent le premier jour… premier du compte de nos fautes !

Une question demeure cependant, pourquoi parler de premier jour du compte de nos fautes et non pas du compte de nos Mitsvot !

L’Admour Ye’hezkel de Kouzmir nous explique ce Midrach à travers la parabole suivante :

Un commerçant avait l’habitude de s’approvisionner chez son fournisseur en payant quatre-vingt-dix-jours plus tard, afin de vendre la marchandise auparavant.

Une année, ses affaires périclitèrent, et petit à petit, les rentrées d’argent se firent plus rares.

Les échéances approchaient, et il fut donc contraint d’aller voir son fournisseur afin qu’il lui accorde un délai supplémentaire pour le remboursement, celui-ci accepta. L’échéance suivante arriva aussi, mais il n’était toujours pas parvenu à réunir la somme suffisante. Il retourna donc chez son fournisseur afin de lui expliquer la situation. Celui-ci, compréhensif, lui accorda une réduction du remboursement et un délai supplémentaire.

La nouvelle échéance survint et notre commerçant ne pouvait toujours pas payer. Il supplia son fournisseur de patienter, et celui-ci accepta encore de réduire la dette et d’allonger le délai de remboursement. La même scène se reproduisit plusieurs fois, jusqu’à ce que le fournisseur efface toute son ardoise !

Le commerçant fut soulagé, mais après un court instant de réflexion, il réalisa que plus personne n’accepterait de lui vendre aucune marchandise, plus personne ne lui ferait confiance. Son nom serait sali sur toute la place du marché… il ne pourrait plus travailler !

Il fit donc appel à tous ses proches, les supplia, les implora… il leur expliqua sa situation et les conséquences. Finalement chacun lui donna une certaine somme d’argent selon ses possibilités, afin de l’aider au maximum. C’est ainsi qu’il réunit la somme correspondant à sa dette et qu’il put rembourser son fournisseur, qui accepta donc de reprendre les affaires avec lui.

Ce commerçant nous ressemble.

En effet, dans le Midrach Tan’houma, rapporté par le Tour Ora’h Haïm (581, 2), une parabole similaire nous est décrite :

Les citoyens d’une ville doivent payer la taxe au roi, mais ils ont du retard.

C’est alors que le roi décide d’aller vers le peuple. Lorsqu’il pénètre dans le premier périmètre de la ville, les « grands/guedolim » parmi le peuple vont à sa rencontre et lui expliquent qu’ils n’ont rien à lui donner. Le roi leur accorde aussitôt une réduction d’un tiers de la somme demandée. Le roi décide ensuite de se rapprocher davantage.

Cette fois, ce sont les « Beïnonim/moyens » qui lui disent la même chose. Le roi réduit leur dette d’un tiers. Mais il ne reçoit toujours aucun paiement. Sur ce, il décide de se rapprocher encore plus du peuple ; c’est alors que tout le peuple vient à sa rencontre. Ils revendiquent toujours la même chose. Le roi est donc contraint d’effacer toute leur ardoise.

Le roi de cette histoire c’est Hakadoche Baroukh Hou et le peuple c’est nous.

Expliquons-nous : A Roch Hachana, les grands du peuple jeûnent. Grâce à eux, un tiers de nos fautes est pardonné. Ensuite, pendant les dix jours de pénitence, les « Beïnonim/moyens » jeûnent à leur tour. De ce fait, encore un tiers des fautes du peuple sera pardonné. Mais à Yom Kippour, c’est tout le monde qui jeûne et toutes les fautes qui sont pardonnées.

Dès la sortie de Kippour, chacun d’entre nous commence à construire sa Souka, cherche ses quatre espèces pour le Loulav… Nous avons tant à faire en vue de la fête de Soukot, que nos Sages disent que nous n’avons pas le temps de fauter ; c’est pour cela que le premier jour de Soukot est : « Le premier jour, le premier du compte de nos fautes… »

Comme nous l’avons déjà souligné plus haut, il reste cependant une question : pourquoi parler de premier jour du compte de nos fautes ? Parlons plutôt du compte de nos Mitsvot !

La raison est que même si Hakadoche Baroukh Hou nous a pardonné toutes nos fautes, il reste un petit problème. Comme pour le commerçant de notre histoire, notre souci est de savoir comment regagner la confiance d’Hachem. Va-t-Il nous réapprovisionner en marchandise, c’est-à-dire en Torah, en occasions d’accomplir des Mitsvot ?

A Soukot nous agissons comme le commerçant, nous appelons tous nos proches, afin de rembourser la dette et de rétablir la confiance d’Hachem.

Nos proches sont représentés par les Oushpizine Hakedochim. Nous leur demandons d’intervenir en notre faveur auprès d’Hakadoche Baroukh Hou, de nous aider, afin de pouvoir recevoir de la nouvelle marchandise. Chacun d’eux va donner ce qu’il a afin de nous aider… Avraham, sa mida de ‘Hessed, Yits’hak, sa mida de Guevoura, qui nous aidera à surmonter le yetser hara, etc.

Lorsque l’on dit que Soukot est « Le premier jour, le premier du compte de nos fautes… », c’est en fait le premier jour du remboursement du compte de la dette de nos fautes, grâce à l’arrivée chaque jour des Oushpizine, qui par leurs mérites, nous permettront d’honorer nos dettes.

La joie de la Mitsva

Une année, dans la ville de Vilna et ses alentours, il était impossible de trouver de hadass méhoudar, ce qui perturbait beaucoup le Gaon de Vilna.

A quelques jours de la fête, l’un de ses proches marchait dans les rues de la ville lorsque soudain, il aperçut de magnifiques hadassim sur le rebord d’une fenêtre. Sans perdre un instant, il se précipita vers le propriétaire de la maison, pour tenter de les lui acheter. La maison appartenait à une femme non juive, qui refusa de couper les hadassim qui ornaient les fenêtres de sa demeure. Le Juif lui proposa de belles sommes, mais la femme continua à refuser.

En désespoir de cause, l’homme entreprit de lui révéler pourquoi il insistait tellement pour acheter ses hadassim, et il lui expliqua l’importance que revêtait pour le Gaon de Vilna, l’accomplissement de la Mitsva des quatre espèces.

La femme accepta alors, non pas de lui vendre les hadassim, mais de les lui offrir, à une seule condition.

Surpris, il lui demanda laquelle. Elle lui répondit qu’elle désirait le salaire de la Mitsva du Gaon.

Sans savoir comment le Gaon réagirait à cette condition, il accepta. Il les présenta ensuite au Gaon qui fut très heureux d’une telle trouvaille, et il lui expliqua, la gorge serrée, à quelle condition il les avait acquis.

A sa grande surprise, le Gaon se leva brusquement et s’écria de joie : Je vais enfin pouvoir accomplir une Mitsva 100% Lichma ! Sans recevoir de salaire, je vais accomplir la Mitsva des quatre espèces selon la Halakha et conformément à la volonté de D.ieu !

En effet, il est dit dans les Pirkei Avot (1, 3) : « Antigone de Sokho, disciple de Chimone Hatsadik disait : Ne soyez pas comme des serviteurs qui servent leur maître afin de recevoir un salaire, mais soyez comme des serviteurs qui servent leur maître sans attendre aucune rémunération, et soyez pénétrés de la crainte de D.ieu. »

Cette même année, les fidèles de la communauté de Vilna virent un Gaon plus heureux que jamais d’accomplir la Mitsva des quatre espèces.

Kohélet

« Le Sage a le cœur à droite et le sot à gauche. » (10, 2)

Nos Sages font remarquer que les lettres qui précèdent (à droite) dans l’alphabet, chacune des deux lettres composant le mot לב qui signifie “cœur” : “ל”et”ב”, sont les lettres “א” et  “כ/ך” qui constituent le mot אך : “seulement”, terme que nos Maîtres qualifient de restrictif. Cela signifie que le Sage se restreint, se veut modeste.

Le cœur du sot est à gauche, c’est ainsi que les lettres qui suivent (à gauche) dans l’alphabet, les deux lettres formant le mot לב sont “ג” et “מ/ם” qui constituent le mot גם, “aussi”, qui est selon nos Maîtres un terme d’ajout. Parce que le sot veut tout ramener à lui, il veut toujours plus et encore, et se prend pour plus grand qu’il n’est en réalité. L’homme sensé se doit de faire un point sur son existence, de réfléchir à tout ce qui aurait pu arriver au cours de sa vie sans la Hachga’ha pratit (Providence Divine), reconnaître la limite de ses moyens et de sa liberté d’action, et comprendre que Seul le Maître du Monde peut l’aider à se surpasser.

Quand l’homme réalise qu’il n’est pas éternel, qu’au moment où la mort surviendra, il devra laisser tous ses biens sans rien emporter avec lui dans sa tombe, que l’éclat de son visage disparaîtra, qu’il sera la proie des vers, qu’il se putréfiera et dégagera une odeur fortement nauséabonde, etc… il ne peut que devenir humble et chasser tout orgueil de son être. Comme il est dit dans les Pirkei Avot (3, 1) : Akavia ben Mahalal -El dit : « Pénètre-toi de ces trois choses et tu éviteras le péché : pense à ton origine et à ta fin, et rappelle-toi devant Qui tu auras un jour à rendre des comptes. Ton origine, c’est une vile matière. Ta fin, c’est ta tombe où tu deviendras la pâture des vers. Et celui à Qui tu auras à rendre compte de tes actions, c’est le Roi des rois, Hakadoche Baroukh Hou. » L’essentiel dans ce monde n’est point le Kavod et les plaisirs, mais uniquement la Torah et les Mitsvot, explication grâce à la parabole suivante :

Un renard rusé passa près d’un vignoble barricadé de tous côtés, inaccessible. Mais en longeant ce grillage, le renard aperçut une petite brèche lui semblant donner accès, en se faufilant, au magnifique vignoble. Malheureusement pour ce renard, la brèche était trop petite. Celui-ci ne s’avoua pas vaincu et jeûna quelques jours afin de pouvoir passer. Il réussit donc enfin à se trouver de l’autre côté de la clôture. Il engloutit donc un maximum de raisins, mangea tant que possible, les jours passèrent, et notre ami rusé prit du poids. C’est ainsi qu’au moment de vouloir sortir du vignoble, il se rappela que la brèche n’était pas assez grande. Il dut alors, comme lorsqu’il avait voulu y pénétrer, jeûner de nouveau pour perdre du poids et passer de l’autre côté. Après cette histoire, le renard regardant le vignoble s’exclama : « Vignoble, tu es bien beau et bien bon, mais je te quitte comme je t’ai trouvé… ».

Ainsi en est-il de notre monde, rien des plaisirs et désirs terrestres ne pourra être emporté avec nous au moment du grand départ, seules les paroles de Torah et les Mitsvot accomplies ici-bas feront partie du voyage.

Soukot – Vezot Haberakha

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la Torah ne termine pas avec un « happy end », mais au contraire en rappelant un évènement plutôt dur, celui de la destruction des Tables de la Loi après la faute du veau d’or.
Pourquoi se quitter sur un épisode aussi triste ? Quel est le sens de l’acte de Moché et en quoi est-il important ?
La Torah vient nous rappeler le grand acte de Moché et souhaite que nous en percevions l’utilité et les conséquences positives. Lire la suite

Oushpizine – Invitation à la Kédoucha

Peu de livres abordent ce sujet, mais nous avons une chance inouïe de pouvoir inviter sous notre Souka, des invités d’honneur. Cet ouvrage, « Oushpizines, une invitation à la Kédoucha » est un petit guide qui vous accompagnera à chaque instant de la fête de Soukot. Chaque jour est dédié à l’Ouchpez correspondant, avec des louanges à son intention, son histoire liée à la fête de Soukot, une petite anecdote sur les Arbaat haminim et un passage du livre de Koheleth (L’Ecclésiaste) écrit par le roi Salomon (Chlomo Hamelekh), le plus sage de tous les hommes. Le but de cet ouvrage est de donner une nouvelle dimension spirituelle à la fête de Soukot et de contribuer à la diffusion de la Torah : « Afin que vos générations sachent que J’ai fait demeurer les Bnei Israël dans des cabanes, quand Je les ai faits sortir du pays d’Égypte, Moi, Hachem, votre D.ieu ! » (Vayikra 23 ; 42-43)

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