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Noa’h : PRÉSERVER NOTRE OXYGÈNE

« Elokim dit à Noa’h  : « La fin de toute chair est venue devant Moi, car la terre est remplie de violence à cause d’eux et voici Je les détruis avec la terre.» Beréchit  (6 ; 13)

Tout le monde connaît l’histoire de l’arche de Noé! Hachem décida de détruire le monde et ordonna à Noa’h de construire une arche afin de s’y réfugier et de sauver sa vie.

Comme le monde est un éternel recommencement, nous allons voir comment la génération de Noa’h et la nôtre se ressemblent sous divers aspects, malgré les milliers d’années qui les séparent.

La terre était remplie de vol, de violence, de corruption, et de débauche tant chez les hommes que chez les animaux. D.ieu annonça donc à Noa’h Sa décision de détruire le monde par un déluge.

Ce déluge, dont les eaux étaient bouillantes, devait anéantir tout être vivant sur la surface de la terre, excepté Noa’h et sa famille ainsi que les poissons qui n’avaient pas fauté. Hachem fit d’ailleurs un miracle en leur faveur : les eaux se trouvant dans le périmètre de l’arche restèrent à une température normale afin de les maintenir en vie.

Hachem ordonna donc à Noa’h de construire une arche qui devait les contenir lui et ses proches, ainsi que les couples de chaque espèce animale qui ne s’était pas débauchée.

Noa’h exécuta les ordres du Créateur.

Le Sefer « Maayane Hachavoua » rapporte la Guémara (Zévah’im 113b) qui relate l’histoire du Réem, une espèce de gros mammouth, trop grand pour rentrer dans l’arche. Il fut pourtant sauvé du déluge en nageant sans cesse dans ce fameux périmètre protégé.

La Guémara pose la question suivante : Comment pouvait-il respirer ? Même s’il nageait dans des eaux à température vivable, les eaux avaient submergé le monde et il n’était pas poisson.

La Guémara répond que sa trompe était dans l’arche et que seul son corps était resté à l’extérieur. Et effectivement, pour la survie de Noa’h, sa famille ainsi que des animaux, il y avait de l’oxygène à l’intérieur de l’arche.

En quoi l’histoire du déluge nous parle-t-elle aujourd’hui ? En quoi la génération de Noa’h et du déluge représente-t-elle une mise en garde pour la postérité ?

Hachem nous a fait la promesse de ne plus ré-envoyer de déluge sur le monde, comme il est écrit : « … et il n’y aura plus de déluge pour détruire la terre. » (Beréchit 9 ; 11)

Pourtant, n’avons-nous pas reproduit les mêmes horreurs que cette génération passée ?

Vol, violence, corruption, débauche, constituent malheureusement la toile de fond de notre quotidien. D’autant que les nouvelles technologies permettent de propager, diffuser, gangrener et empoisonner à vitesse grand V et à échelle internationale.

Notre société actuelle pousse à la recherche des plaisirs immédiats et l’un des mots d’ordre aujourd’hui est : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » (Yechaya 22 ; 13)

La perversité s’est installée et nos pensées sont polluées.

Apprenons de nos pères et sauvons nos enfants.

Noa’h a vécu à contre courant, malgré les gens qui le prenaient pour un fou, et toutes les tentations du monde environnant sans limites et sans lois, il est pourtant resté droit, intègre, sincère avec D.ieu, et déterminé : il n’a pas cessé de construire l’arche afin de sauver sa vie et celle de ses proches,et surtout, afin de respecter la volonté de Son Créateur.

Hachem est bon et miséricordieux, Il a donné à Noa’h les plans de l’arche, mais nous aussi nous avons notre Arche. Une Arche des temps modernes, qui diffuse de l’oxygène dans les synagogues, les centres d’étude, les yéchivoth, etc… Alors n’hésitons pas ! Nous devons absolument y entrer, nous y asseoir, étudier, prier, et bien sûr comme Noa’h, y emmener nos proches.

Comme Noa’h nous devons nous déconnecter de la société, abandonner notre génération, et pénétrer dans l’Arche spirituelle qui nous assurera un avenir sain et saint dans le monde de la Torah et des Mitsvot.

Il est évident qu’il n’est pas toujours facile de se couper totalement de la société, notamment pour des raisons de parnassa, ou autre. Ces raisons sont presque toujours d’un ordre matériel et on ne peut pas les négliger, mais Hachem donne à chacun des moyens d’accès à l’évolution.

Prenons comme exemple notre mammouth. Malgré son impossibilité physique de rentrer complètement dans l’arche, il est resté à côté en nageant autour, dans le périmètre vivable. Son corps (le matériel) est donc resté à l’extérieur, mais sa tête (ses pensées, son être) était à l’intérieur de l’arche afin de pouvoir respirer.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Que le matériel : l’argent, le travail… ne doivent pas être ce qui nous maintient en vie.

Notre oxygène à nous se trouve dans la Torah.

Étudier, ne serait-ce que quelques minutes pour commencer, ne serait-ce que quelques passages de Torah, doit représenter pour nous l’essentiel de la vie.

Le Juif est fait pour cela ! Lorsqu’il plonge dans la Torah, il est comme un poisson dans l’eau. Véritablement! D’ailleurs la Torah est comparée à l’eau.

Aidons nos enfants à respirer de l’air pur, guidons-les vers les sommets. Et si nous n’avons pas la chance d’avoir tout notre corps dans l’Arche, faisons en sorte que nos enfants aient ce privilège.

Il s’agit véritablement de sauver sa vie même si cela n’en a pas l’air et si nous pouvons sembler fous. C’est l’éternel recommencement !

Étudions ce qui s’est passé, regardons ce qui se passe aujourd’hui, et réfléchissons, interrogeons-nous, ouvrons les yeux, ne soyons pas comme des moutons, à suivre aveuglément la première mode venue !

Pensons ! Avec le souci de l’authenticité.

Et puis sautons dans l’Arche avant qu’il ne soit trop tard ! Le déluge menace, il a peut-être déjà commencé…

Chabat Chalom

Rav Mordekhai Bismuth

Vezot Haberakha : Finir par comprendre

« Et il ne s’est plus levé de prophète en Israël comme Moché, auquel Hachem S’est fait connaître face à face… et pour toute la main forte, et pour toute la grande terreur qu’a faites Moché aux yeux de tout Israël. » Dévarim (34 ; 10-12)
Rachi vient nous expliquer les derniers mots de la Torah : « aux yeux de tout Israël », en disant : « Son cœur l’a poussé à briser les Tables de la Loi sous leurs yeux ».
Aussi étonnant que cela puisse paraître, la Torah ne termine pas avec un « happy end », mais au contraire en rappelant un évènement plutôt dur, celui de la destruction des Tables de la Loi après la faute du veau d’or.
Pourquoi se quitter sur un épisode aussi triste ? Quel est le sens de l’acte de Moché et en quoi est-il important ?
La Torah vient nous rappeler le grand acte de Moché et souhaite que nous en percevions l’utilité et les conséquences positives.
Au moment où tout le peuple d’Israël s’apprête à clôturer la lecture des cinq Livres et à fêter Sim’hat Torah, Hachem, estimant ce moment particulièrement propice, nous transmet alors un précieux message afin de mieux recommencer une nouvelle lecture de la Torah et une nouvelle année.
Comme nous le savons et le constatons tous, nous sortons ce jour-là dans nos communautés, tous les Sifrei Torah et leurs accessoires du Heikhal.
Les fidèles ne lésinent pas sur l’achat des Mitsvot, comme l’ouverture, la fermeture du Heikhal, ou le port du Séfer Torah.
On dépense de belles sommes pour les Rimonim ou autre décoration du Séfer Torah. Cet aspect de la Torah nous plaît, ce sont des moments forts. Chantez, dansez, Kavod à la Torah !
Les synagogues sont pleines : des hommes « ivres » de joie, des femmes « armées » de bonbons, et des enfants munis de leur mini Sefer Torah en peluche qui imitent les grands. Personne ne manque ce grand évènement tellement spécial.
Le ‘Hafets ‘Haïm nous explique cet engouement et les risques qu’il comporte, si l’on ne s’en tient qu’à cela, au moyen de la parabole suivante :
C’est l’histoire de Rivka et Sarah, deux sœurs aux destins opposés.
Rivka épousa un homme riche, elle connait les voyages, les hôtels, les bijoux et mène une vie de grand standing. Sarah quant à elle, épousa un homme de condition modeste, ils bouclent tout juste les fins de mois, le mobilier est le même depuis le début du mariage, ses vêtements sont un peu démodés, etc.
Après quelques années, Rivka et Sarah se rencontrent.
Rivka demande à sa sœur : « Puis-je te poser une question ? Comment peux-tu être aussi heureuse en vivant tellement à l’étroit ? »
Sarah lui répondit par la question inverse : « Pourquoi es-tu aussi triste malgré ton train de vie de princesse ? » suite p3
Alors Rivka lui expliqua : il est vrai qu’elle avait déjà fait deux fois le tour du monde, qu’elle ne manquait de rien, ni de vêtements, ni de bijoux…  mais son mari ne la considérait pas comme sa femme. Il ne lui demandait jamais conseil, ne la consultait pour rien, elle se sentait aussi importante que la belle bibliothèque qui trônait dans leur salon.
Et Sarah à son tour lui décrivit sa vie. Il est vrai que son mobilier n’avait jamais changé, que ses vêtements n’étaient pas renouvelés souvent… mais son mari la considérait vraiment comme sa femme, il s’inquiétait de sa santé, sa vie, c’était leur vie, son avis était primordial…
C’était cette considération qui rendait Sarah heureuse, tandis que c’était l’absence de considération qui rendait Rivka malheureuse.
Le ‘Hafets ‘Haïm nous explique ensuite que la Torah est notre « Échet ‘Hayil », cependant il y a deux types de comportements que l’on peut adopter à son égard : la considérer et la consulter, ou bien s’en tenir à l’orner de Rimonim et de beaux tissus.
Ne soyons pas comme le « Mr Rivka », pour qui sa femme n’est qu’une accompagnatrice, mais avec qui, il ne vit pas.
On peut acheter, décorer, honorer la Torah, mais il ne faut pas s’arrêter là. On doit consulter la Torah, la craindre, la respecter, l’écouter, vivre avec Elle et pour Elle. C’est là, la véritable considération.
En cassant les Tables de la Loi après la faute du veau d’or, Moché nous a enseigné que la Torah n’était pas juste faite pour rester dans les Arone Hakodech. On ne peut pas vivre avec le veau (exclure la Torah) et posséder la Torah (dans une boîte).
Si on ne pratique pas la Torah, il n’y a pas de Torah, on ne peut pas se dire respecter et aimer la Torah en dansant avec elle ou l’ornant de jolies décorations, et d’un autre côté ne pas écouter ses Lois. Ce serait lui faire un affront, se moquer d’Elle !
Moché, devant leur comportement irrespectueux, a dû briser les Tables de la Loi parce qu’elles n’étaient plus d’aucune utilité. Nous devons comprendre que la Torah nous a été donnée afin d’être respectée et pratiquée.
Si, après la lecture de 54 parachiotes retraçant l’histoire de nos Patriarches, la sortie d’Égypte, le don de la Torah… nous n’avions toujours pas compris le message, la Torah en guise de conclusion, nous dit les choses sans équivoque, en mentionnant pour conclure l’évènement majeur des Tables de la Loi brisées.
Avant d’entreprendre nos achats pour Sim’hat Torah, rappelons-nous que le but principal du don de la Torah est de l’étudier en vue de l’appliquer.
Même si l’un n’empêche pas l’autre, le plus grand bonheur pour une femme, n’est pas tant les cadeaux et leurs valeurs, que l’intention qui a motivé leur achat, l’attention et l’effort qui l’ont accompagné.
Jusqu’à quand un ‘Hatan est-il considéré comme ‘Hatan ? Tant qu’il considère sa Cala comme une reine.Notre peuple est marié à la belle Torah, traitons-la comme il se doit, avec tous les égards qu’elle mérite, et nous serons souverains parmi les peuples.

Rav Mordekhai Bismuth