« Le Cohen inscrira les malĂ©dictions sur un parchemin et l’effacera dans les eaux amĂšres » (Bamidbar 5 ; 23) « ⊠et t’accordes la paix » (Bamidbar 6 ; 26)
Notre Paracha vient nous enseigner l’importance et la grandeur de la paix, le Chalom, en nous exposant sa valeur Ă deux occasions. Notre premier verset concerne l’Ă©pisode de la femme soupçonnĂ©e dâadultĂšre (icha sota), et lâon voit que Hachem est prĂȘt Ă effacer son Nom afin de reconstituer le Chalom BaĂŻt.
Puis plus loin, toujours dans notre Paracha, un second verset nous apprend la bĂ©nĂ©diction que devaient (et doivent encore) effectuer les Cohanim sur les Bnei IsraĂ«l selon lâordre Divin. Celle-ci se termine par des paroles de paix.
Hachem vient donc « personnellement » nous enseigner ainsi que la paix est l’objectif suprĂȘme de tout ĂȘtre.
Le SĂ©fer Maalat Hamidot Ă©crit que le Chalom est prĂ©cieux, on le voit au fait quâil est l’un des Noms de D.ieu. Refuser Ă chercher la paix dans une situation donnĂ©e, c’est donc exclure Hachem (‘Hass vĂ©Chalom). David HamĂ©lekh Ă©crit (TĂ©hilim 34;15): « Cherche le Chalom et poursuis-le. Cherche le Chalom pour tes amis et poursuis-le parmi tes ennemis. Cherche le Chalom prĂšs de chez toi et poursuis-le en d’autres lieux. Cherche le Chalom avec ta personne et poursuis-le avec tes ressources. Cherche le Chalom pour toi et poursuis-le pour ton prochain. Cherche le Chalom aujourd’hui et poursuis-le pour demain… »
Il ne faut jamais se dire que c’est impossible, il faut tout mettre en Ćuvre et sans cesse essayer afin dây parvenir. Le Tout Puissant Lui-mĂȘme S’est investi dans cette recherche, au point de faire effacer Son Nom en cas de doute sur lâhonnĂȘtetĂ© dâune femme. Ceci afin de ramener la paix dans les foyers. Alors que dire de nous, qui venons de la poussiĂšre ? A plus forte raison devons-nous effacer notre « moi » et faire tout ce qui est en notre pouvoir afin de rĂ©tablir une situation familiale, amicale, professionnelle, conjugale… ou tout simplement personnelle.
La GuĂ©mara (BĂ©rakhot 56b) affirme que celui qui voit une marmite en rĂȘve peut espĂ©rer la paix. Le Rav MordekhaĂŻ BenĂȘth interprĂšte cet enseignement en expliquant que la marmite est l’agent de la paix par excellence. Elle rĂ©concilie en effet les deux Ă©lĂ©ments les plus contraires qui soient : l’eau et le feu. GrĂące Ă son « dĂ©vouement », la marmite leur permet de cohabiter. Elle ne craint pas de noircir, ni de subir la violence des flammes, et cela, uniquement pour que l’eau et le feu se cĂŽtoient paisiblement. Faisons de mĂȘme ! Nous aussi devenons des « marmites » ! MĂȘme si le prix Ă payer est douloureux, le meilleur reste Ă venir…
Le Rav Ovadia Yossef Zatsal, dans son ouvrage « Anaf Ets Avot », nous met en garde sur la fougue des « BaalĂ© Tchouva » qui, Ă notre grand bonheur Ă tous, se multiplient de plus en plus, mais qui parfois, Ă cause de leur enthousiasme enflammĂ©, provoquent de gros dĂ©gĂąts du fait de leur ignorance. En effet, absorber les Halakhot comme il se doit et comprendre quelles sont les prioritĂ©s prend du temps, câest pourquoi ils font souvent preuve d’une rigueur excessive et mĂȘme extrĂ©miste, en oubliant l’essentiel. Leur amour incontrĂŽlĂ© et tout frais pour Le CrĂ©ateur sĂšme donc parfois le trouble et la discorde dans les couples et les familles, au lieu du contraire tant dĂ©sirĂ© par Hachem.
Afin de mieux comprendre de quoi il sâagit, le Rav relate le fait suivant :
un homme se prĂ©senta un jour, aprĂšs Pessaâh, au Beth Din du Rav Avraham YĂ©ochoua Echel d’Apte, pour divorcer de sa femme. Le Rav lui demanda les raisons de sa dĂ©cision. L’homme lui rĂ©pondit : « Elle m’a fait manger pendant Pessaâh de la Matsa trempĂ©e, ce qui est contraire Ă notre usage ! » (Certains ont la coutume de ne pas manger de Matsa trempĂ©e dans un liquide durant la fĂȘte de Pessaâh.)
Le Rav fit alors appeler la Rabanite, sa femme, et lui demanda : « Quelle Matsa as-tu posĂ©e devant moi le soir du SĂ©der ? » La Rabanite rĂ©pondit : « de simples Matsot, car la Matsa Chemoura, qui avait Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e avant la fĂȘte, a Ă©tĂ© donnĂ©e par erreur Ă un pauvre. Et câest au moment de mettre la Matsa Ă table que je me suis aperçue de sa disparition. »
Afin de prĂ©server une atmosphĂšre calme et dĂ©tendue en cette sainte soirĂ©e, la Rabanite avait donc pris de simples Matsot qu’elle avait emballĂ©es dans une serviette, puis elle avait fait comme si de rien nâĂ©tait. Et le saint Rav avait dirigĂ© le SĂ©der avec une Matsa ordinaire. (Alors que nombre de Juifs pieux nâutilisent que la Matsa Chmoura ce soir-lĂ !)
Le Rav s’adressant ensuite Ă l’homme : « Regarde, j’ai mangĂ© de simples Matsot le soir du SĂ©der et j’ai fait comme si de rien nâĂ©tait quand je lâai appris, je ne me suis pas mis en colĂšre, tout cela afin de prĂ©server la paix. Et toi tu viens pour une histoire de ââMatsa trempĂ©eââ ?! Ce n’est pas comme cela que l’on agit… »
Il n’y a pas de Mitsva Ă rechercher les « ‘Houmrot », surtout quand c’est aux dĂ©pens des autres et du Chalom.
Dans Avot de Rabbi Nathan (Chap.12), se trouve expliquĂ© le fait qu’il y a des mitsvot que l’on ne doit pas forcĂ©ment chercher Ă accomplir, on les rĂ©alise uniquement lorsqu’elles se prĂ©sentent Ă nous.
Il en est ainsi de la Mitsva de « Chilouaâh HakĂšne » (renvoyer la mĂšre dâun nid dâoiseaux pour prendre ses petits) Ă propos de laquelle il est Ă©crit :
« Quand se prĂ©sentera un nid d’oiseaux devant toi sur le chemin… »(DĂ©varim 22;6), on parle ici d’une rencontre hasardeuse. Mais en ce qui concerne la paix, la poursuivre signifie que si l’on est au courant quâexiste un diffĂ©rend entre MochĂ© et RĂ©ouven, je dois me prĂ©cipiter pour essayer de faire rĂ©gner Ă nouveau entre eux paix et amour. « Sof maasĂ© bĂ© maâhchava tĂ©khila », si lâon est capable de concevoir le Chalom, sa rĂ©alisation suivra donc.
Dévouons-nous pour acquérir cette force, aimons le Chalom et poursuivons-le, car un salaire infini est réservé à celui qui le recherche.
Rav Mordekhai Bismuth

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