16 juin 2024

VAYELEKH: Se rassembler, “Ah quelle Mitsva!”

« Rassemble le peuple, les hommes et les femmes et les jeunes enfants, et ton Ă©tranger qui est dans tes portes afin qu’ils entendent, et afin qu’ils apprennent et qu’ils craignent Hachem, votre Elokim, ils prendront garde de faire toutes les paroles de cette Torah-ci.» (DĂ©varim 31 ; 12)

Il s’agit du « Hakel Â»,  mitsva  qui nous a Ă©tĂ© enjointe de rassembler tout le peuple au Beth Hamikdach le 2Ăšme jour de la fĂȘte de Souccot, Ă  la fin de chaque septiĂšme annĂ©e. A cette occasion, le Roi donnait une lecture de diffĂ©rentes parties du Sefer DĂ©varim.

Ce rassemblement, explique Rachi qui rapporte les enseignements de la GuĂ©mara (‘Haguiga 3a), a pour but que les hommes apprennent et que les femmes Ă©coutent. Mais les enfants, pourquoi venaient-ils ? Pour procurer du mĂ©rite Ă  ceux qui les avaient emmenĂ©s.

Attardons-nous sur ce dernier enseignement de Rachi.

Le Sfat Emet voit aussi une difficultĂ© dans le fait de devoir emmener les enfants Ă  cette lecture. En effet, pourquoi les faire participer Ă  ce rassemblement ? Ils dĂ©rangeaient plus qu’autre chose, les adultes devaient ĂȘtre moins attentifs lors de ce grand cĂ©rĂ©monial. Ne valait-il pas mieux pour tous, laisser les enfants avec une baby-sitter Ă  la maison, et que chacun ait la paix ?

On peut entrevoir au travers de ce commandement, un grand principe dans l’Ă©ducation des enfants : la pĂ©dagogie de l’exemple.

Lorsque Rachi dit : «  Pour procurer du mĂ©rite Ă  ceux qui les avaient emmenĂ©s Â», cela signifie que mĂȘme s’ils dĂ©rangeaient certainement leurs parents, leur prĂ©sence Ă  cette cĂ©rĂ©monie permettait une transmission, un passage Ă  relais. Ils reprĂ©sentaient la continuitĂ© de la Avodat Hachem de leur parents, et comme le dit le verset : « afin qu’ils entendent, et afin qu’ils apprennent et qu’ils craignent Hachem Â» afin que leur oreilles s’imprĂšgnent de cette Torah.

Comme il est Ă©crit dans les Pirkei de Rabbi EliĂšzer (Chapitre 25) : lorsque l’on rentre dans une parfumerie, qu’on le veuille ou non, et mĂȘme sans rien y acheter, on en ressortira parfumĂ©.

Cette transmission se fera donc, et la prĂ©sence des enfants est indispensable, par le fait que l’enfant verra son pĂšre, observera son attitude, ses rĂ©actions et percevra ses sentiments lors de ce grand rendez-vous. Nous appelons cela l’Ă©ducation par l’exemple, que le SteĂŻpeler prĂ©conisait avec la priĂšre, en premier lieu, afin de rĂ©ussir l’Ă©ducation de son enfant.

L’exemple ! Cela ne signifie pas se valoriser pour ses rĂ©ussites devant son enfant, de façon solitaire et Ă©goĂŻste. Seul on arrivera sĂ»rement Ă  beaucoup de choses, mais au final on restera toujours seul, sans rien avoir transmis.

Notre zĂšle et notre dĂ©votion pour nos objectifs personnels ne devront pas se faire au dĂ©triment de nos enfants. On ne peut pas les mettre au service de notre rĂ©ussite, mais nous grĂące Ă  eux, et eux grĂące Ă  nous, au service d’une rĂ©ussite collective et en chaĂźne pour l’éternitĂ©.

Quelle image offrons-nous Ă  nos enfants ? Eux qui sont si curieux de nous, et si prompts Ă  imiter nos faits et gestes. Nous sommes fiers de voir notre fils nous imiter et se vĂȘtir d’un Talith, ou notre fille mimer la Hadlakat NĂ©rot… Ces petits gestes se feront naturellement dĂšs leur plus jeune Ăąge.

Nos comportements, nos rĂ©actions et sentiments, Ă  l’Ă©gard d’une mitsva, d’une situation quelconque ou d’une personne, seront systĂ©matiquement perçus, compris, et analysĂ©s. Ils feront leur tri personnel et Ă  nous d’offrir le meilleur exemple. 

L’élaboration de leur Ă©ducation et la construction de leur ĂȘtre se feront grĂące Ă  cette cohabitation des parents avec leurs enfants. Nos exigences et nos rĂ©primandes ne seront rien Ă  cĂŽtĂ© de notre honnĂȘtetĂ© dans nos actes, qui auront eux force de loi. Il sera trĂšs difficile de « bluffer Â» notre propre progĂ©niture, et mĂȘme si l’on y parvient, ils dĂ©couvriront un jour ou l’autre le pot au rose, ce qui leur fera beaucoup de mal et nous discrĂ©ditera Ă  leurs yeux.

On raconte du Rabbi de Kotsk Zatzal, qu’il avait un voisin commerçant qui refusait d’Ă©tudier la Torah. De temps Ă  autre, le Rabbi l’invitait Ă  Ă©tudier, mais l’autre refusait Ă  chaque fois, en lui rĂ©torquant que lui n’avait pas le temps, mais que son fils en aurait et que si D.ieu veut, il Ă©tudierait. Quelques annĂ©es passĂšrent, le fils grandit, et entra dans l’affaire familiale. Comme il l’avait fait pour son pĂšre, le Rabbi l’invita quelques fois Ă  Ă©tudier, mais comme son pĂšre le fils rĂ©pondit « que lui n’avait pas le temps, mais que son fils en aurait et que si D.ieu veut, il Ă©tudierait… Â» VoilĂ  donc un fils qui a bien retenu la leçon de son pĂšre !

Nous avons le devoir de scruter nos actes, et nos Ăąmes, de faire attention Ă  l’image que nous vĂ©hiculons. Notre comportement vaudra mieux que tous les plus beaux discours.

La GuĂ©mara (BĂ©rakhot 7b) nous enseigne : « Rabbi Yo’hanane a dit au nom de Rabbi Chimon Bar Yo’haĂŻ : se mettre au service de ceux qui Ă©tudient la Torah est supĂ©rieur Ă  l’Ă©tude de la Torah auprĂšs d’eux Â». Le Maharcha explique qu’un Ă©lĂšve qui assiste son Rav et observe son comportement apprend de nombreuses lois pratiques ; tandis que celui qui Ă©tudie la Torah de son Rav discute de nombreuses lois qui n’ont pas d’application pratique. On constate d’un tel enseignement le pouvoir de l’observation, l’enfant apprend surtout en regardant l’adulte, et c’est la plus grande influence qui guidera sa vie d’homme.

Ce conseil que nous offre la Torah doit ĂȘtre appliquĂ© au quotidien. On court Ă  droite Ă  gauche, des rendez-vous, des clients, un congrĂšs, encore un petit contrat, et on explique aux enfants que pour l’instant on n’a pas trop de temps pour lui, « et mais que Â» Papa travaille pour lui et son confort, pour ses derniĂšres Nike ou son dernier Iphone. On lui inculque que le temps c’est de l’argent, alors on remet cet instant Ă  plus tard, mais le temps c’est de l’amour, et ce « plus tard Â» sera peut-ĂȘtre trop tard.

Nos enfants n’ont pas besoin de discours, d’exigences ou d’excuses, mais simplement de prĂ©sence et d’exemple. Ainsi, en « insĂ©rant Â» NOS enfants dans notre emploi du temps, on leur permettra de grandir et s’Ă©panouir dans les chemins que notre cƓur dĂ©sire et comme le dit Rachi « Pour procurer du mĂ©rite Ă  ceux qui les ont emmenĂ©s. Â».

 Chabat Chalom et Gmar ‘hatima tova

Rav Mordekhai BISMUTH