8 août 2026

Qui est l’homme qui souhaite la vie ?

Chemini Atseret et Sim’hat Torah

Rav Galinsky interroge: Pourquoi nos sages ont-ils choisi de fixer la fĂȘte de Sim’hat Torah le jour de Chemini Atseret ? Afin de terminer ce jour-lĂ  la lecture de toute la Torah et de la recommencer, ainsi que de se rĂ©jouir avec elle. J’ai une rĂ©ponse personnelle Ă  cette question dont la source provient d’une michna explicite. La Torah nous enseigne que pour vivre selon son enseignement, il faut manger du pain trempĂ© dans du sel et boire de l’eau avec parcimonie, dormir par terre, et vivre une vie de souffrance, ĂȘtre n’ĂȘtre occupĂ© qu’Ă  Ă©tudier la Torah; si l’on vie ainsi, on sera heureux et satisfait, on sera heureux dans ce monde et satisfait dans le monde futur (Avot 6-4).

Le ‘Hovot halevavot (‘hechbon hanefech 3-25) commente que l’un de nos sages a dit que comme l’eau et le feu ne peuvent cohabiter dans un mĂȘme rĂ©cipient, l’homme croyant ne peut concilier dans son cƓur l’amour pour ce monde et l’amour pour le monde futur. On dit que ce monde terrestre et le monde futur ressemblent Ă  deux femmes rivales; quand l’homme satisfera l’une d’elle, l’autre se mettra en colĂšre.

Il ne faut surtout pas comprendre qu’il faille souffrir pour vivre une vie de Torah. Au contraire, en effet, il est dit que l’homme sera heureux dans ce monde en plus d’ĂȘtre satisfait dans le monde futur. Cela s’apparente Ă  la parabole suivante: un homme se trouve dans son magasin au moment des soldes et vend une grande quantitĂ© de marchandises Ă  des prix intĂ©ressants. Il sait que cette semaine va lui rapporter des profits lui suffisant pour vivre toute l’annĂ©e. Il ne lui vient mĂȘme pas Ă  l’esprit de faire une pause dans la journĂ©e, ou de prier les clients de sortir pour qu’il puisse manger et se reposer. En effet, il ne ressent mĂȘme pas la faim et il est portĂ© par des sentiments de joie et de plaisir, d’exaltation et de bonheur.

Je vais vous relater ce que j’ai entendu de la bouche de Rabbi IsraĂ«l Yaakov Loubtchansky ztsl, le gendre du Saba de Novardok ztsl, et le Machguia’h de la yĂ©chiva de Baranovith. A l’Ă©poque, il se rendit Ă  Baychichok oĂč se trouvait un groupe de Juifs qui Ă©tudiaient la Torah dans des conditions difficiles. A la mĂȘme Ă©poque, le ‘Hafetz ‘Hayim ztsl y sĂ©journait Ă©galement et Ă©tudiait la Torah, coupĂ© de toutes contingences matĂ©rielles, pendant de long mois. Auparavant, il avait fait paraĂźtre son Ɠuvre qui le rendit si cĂ©lĂšbre. Il Ă©tudiait avec assiduitĂ© et prenait ses repas chez des familles de la ville.

Un jour, un des habitants se moqua de lui: vous avez publiez une Ɠuvre trĂšs connu, ce n’est pas digne de vous de prendre vos repas dans des familles (on appelait cela manger des “jours” yamim). Est-ce cela la rĂ©compense de l’Ă©tude de la Torah, ne pouvez-vous pas travailler afin de subvenir Ă  vos besoins ?

Le ‘Hafets ‘Hayim ne s’Ă©tonna pas outre mesure de cette moquerie et rĂ©pondit paisiblement Ă  son interlocuteur: ne connaissez-vous pas le verset explicite (Psaumes 34-13): “Qui est l’homme qui “dĂ©sire la vie” (Ha’hafetz ‘hayim), qui aime “les jours” (ohev yamim)” ! Et pourquoi ? Afin de voir “mieux” Tov. Il n’y a pas mieux que la Torah, comme il est dit (Michle 4-2) “Car je vous ai donnĂ© un bon enseignement, c’est ma Torah, ne la quittez pas” (Avot 6-3).

Voici donc ma rĂ©ponse entiĂšre: c’est seulement aprĂšs que nous soyons passĂ©s d’une rĂ©sidence permanente Ă  une rĂ©sidence temporaire, et que nous ayons compris qu’il ne faut pas mettre l’accent sur l’amour pour ce monde terrestre, que nous serons capables de cĂ©lĂ©brer Sim’hat Torah dans toute son intensitĂ©.

Rabbi Elazar nous enseigne (Soucca 54B) que ces soixante-dix taureaux (que nous sacrifions Ă  la fĂȘte de Souccot) se rapportent aux soixante-dix nations (afin de les absoudre de leurs pĂ©chĂ©s et de permettre Ă  la pluie de tomber, car Ă  Souccot, Rachi explique que le jugement porte sur l’eau). A Chemini Atseret, on sacrifie un taureau qui se rapporte Ă  l’unique nation concernĂ©e.

La mĂ©taphore est la suivante: un roi de chair et de sang ordonne Ă  ses serviteurs de lui prĂ©parer un grand festin. Le dernier jour, il dit Ă  son serviteur prĂ©fĂ©rĂ©: prĂ©pare-moi un petit repas afin que je me rĂ©jouisse en ta compagnie (je n’ai aucune satisfaction avec les autres, seulement avec toi, explique Rachi). Rabbi Yo’hanan commente: les Nations ne savant pas ce qu’elles ont perdu depuis que le Temple a Ă©tĂ© dĂ©truit car l’autel des sacrifices permettait d’absoudre leurs fautes, mais Ă  prĂ©sent, rien ne peut les aider.

A l’Ă©poque, en Russie, les pouvoirs ordonnĂšrent d’introduire les matiĂšres profanes dans les yĂ©chivot. Ils veillaient Ă  ce que les Ă©tudiants des yĂ©chivot bĂ©nĂ©ficient d’une instruction complĂšte afin de les sauver de l’ignorance leur permettre de dĂ©couvrir le grand monde ! Tous les efforts ne portĂšrent pas de fruits. Le ministre de l’Ă©ducation ne comprit pas ce qu’on lui voulait et pourquoi il se heurtait Ă  un refus si intransigeant. Il n’interdit pas d’Ă©tudier la Torah ni la pĂ©dagogie des yĂ©chivot. Etudier comme bon vous le semble, nous n’intervenons pas dans vos institutions. Nous voulons seulement y faire entrer une idole, quel est le problĂšme ?

Les sages de la gĂ©nĂ©ration se rĂ©unirent. Ils discutĂšrent des moyens Ă  employer afin de faire comprendre Ă  ce non-juif l’idĂ©e selon laquelle l’huile pure ne peut se mĂ©langer Ă  autre chose. Comment lui faire comprendre concrĂštement ce qu’est la Torah pour nous ?

L’un des sages se leva, proposa de traduire la bĂ©nĂ©diction “Ahava raba” en russe et de la faire lire au ministre en question afin qu’il comprenne notre relation Ă  la Torah: Tu nous aimes d’un grand amour, Eternel notre D., Tu es misĂ©ricordieux envers nous. Notre PĂšre et Roi, par le mĂ©rite de nos ancĂȘtres qui ont mis en Toi leur confiance et Tu leur as enseignĂ© les lois de la vie, aie pitiĂ© de nous et enseigne-nous. Notre PĂšre misĂ©ricordieux, sois compatissant envers nous. Accorde nous l’intelligence afin de comprendre, de s’instruire, d’Ă©couter, d’apprendre et d’enseigner, d’observer et d’accomplir toutes les paroles de la Torah avec amour. Eclaire nos yeux de ta Torah et que notre cƓur s’attache Ă  tes commandements dans l’amour et la crainte de Ton saint nom.

Le ministre lira et sera impressionné. Il comprendra nos sentiments et notre émoi. La proposition fit sensation et fut accepté avec enthousiasme.

Rabbi ItsalĂ© de Poniovitch se leva et intervint: si nous traduisions pour nous-mĂȘmes la bĂ©nĂ©diction en question, nous ne serions pas obligĂ© de la traduire pour le ministre !

Comme cette affirmation est pertinente


“L’Ă©tranger qui rĂ©sidera chez toi s’Ă©lĂšvera de plus en plus au-dessus de toi, et toi tu descendras de plus en plus” (Devarim 28-43); cette terrible rĂ©primande concerne le fait qu’il est dĂ©crĂ©tĂ© que les nations nous imposent leur joug. Quand on rĂ©duit le nombre de taureaux, cela signifie que l’on rĂ©duit et qu’on annule l’influence des nations sur nous, on sacrifie 98 brebis afin d’annuler les 98 malĂ©dictions et rĂ©primandes (Rachi Bamidbar 29-18).

Ainsi, nous mĂ©ritons la joie de la Torah, avec tout l’enthousiasme et la ferveur de la bĂ©nĂ©diction “Ahava raba“.

(Véhigadeta)