Elloul la grande évasion

Le mois d’Elloul est la période propice à la Téchouva. En effet, à quelques semaines de Roch Hachana, chacun d’entre nous se doit de faire un bilan personnel sur ses actes et comportements passés, afin d’aborder la nouvelle année sur de meilleures bases. Certes, la Téchouva se vit et s’applique au quotidien, toute l’année ! Mais Elloul est particulièrement propice, parce que nous approchons du jour de notre Jugement, Roch Hachana.

C’est pour cela qu’il est conseillé de procéder méthodiquement, en passant en revue tous nos actes passés. Gardons à l’esprit qu’il n’existe pas de « Téchouva Grande Vitesse » ; ce serait le meilleur moyen de dérailler. En cette période plus propice pour examiner sa conduite, on consacrera plus de temps et d’attention dans l’étude de la Torah, dans l’accomplissement des Mitsvot et dans le perfectionnement de nos traits de caractère. En quoi est-il plus propice ? Le Rav Pinkus nous l’expliquons à travers la parabole suivante :

Une famille déménagea dans une autre ville en quête d’un nouvel environnement, meilleur et plus saint. Bien entendu, ils font appel à une entreprise de déménagement qui prendra en charge l’opération avec son camion muni d’un élévateur. Après avoir fixé la date, l’entreprise demanda à la famille que tous les cartons soient prêts à cette date. La famille se mit donc à la tâche, et tria et emballa ses affaires, carton après carton. Il fallait préparer un maximum de cartons et démonter les meubles, car tout objet qui ne serait pas emporté le jour du déménagement par le camion devrait être pris ensuite sans aucune aide, au prix d’innombrables allers-retours.

Hakadoch Baroukh Hou nous offre une « entreprise de déménagement » pour partir vers un nouvel environnement, meilleur et plus saint. Les déménageurs nous aideront à nous déplacer et à nous élever. À nous d’être prêts, car une fois les déménageurs partis, tout sera beaucoup plus difficile…

Dans le livre de Amos (3;8), nous lisons le verset suivant : « Le lion rugit, qui n’aurait pas peur ?/ אַרְיֵה שָׁאָג מִי לֹא יִירָא  ».

Le mot hébreu lion-אַרְיֵה forme les initiales de א֒לול /Elloul, ר֒אש-השנה /Roch Hachana,י֒ום כיפורYom Kippour, et ה֒ושענה רבא/Hochaâna Raba. Le verset demande donc : le lion (Elloul, Roch Hachana…) rugit, qui n’aurait pas peur !? De quel peur s’agit-il ? On peut comprendre que Roch Hachana éveille la crainte, car c’est le jour du jugement ; Yom Kippour aussi, car c’est la fin du jugement, ainsi que Hochaâna Raba qui est la signature finale du jugement. Mais en ce qui concerne Elloul, pourquoi avoir peur ?  N’est il pas le mois de la clémence et de la miséricorde ?

Il faut savoir que ces jours-là, y compris tout le mois d’Elloul, sont des jours à double tranchant. En effet, comme ce sont des jours propices à la Téchouva et qu’une voie nous est ouverte pour progresser et fuir nos fautes, si nous restons inactifs, l’accusation contre nous sera plus forte.

Ainsi l’explique Rabénou Yona dans son œuvre « Chaareï Téchouva » : « L’un des bienfaits qu’a accordé Hachem à Ses créatures est celui de leur avoir préparé une voie leur permettant de s’élever au-dessus de l’abime de leurs actes et de fuir le piège de leurs fautes, un chemin par lequel se préserver de la destruction et détourner de soi la colère divine… » Cette voie est celle de la Téchouva comme il est dit (Jérémie 3;22), « revenez enfants rebelles, Je guérirai vos égarements ». Rabénou Yona poursuit en affirmant que le châtiment du fauteur qui tarde à se repentir s’alourdit chaque jour. En effet, puisque que le fauteur est conscient d’être l’objet de la colère de D.ieu et connaît une voie de refuge, mais persiste dans son mauvais comportement, il montre qu’il ne craint pas la colère divine ! C’est pour cette raison que son cas s’aggrave de jour en jour.

Pour exprimer cela, il rapporte cette parabole extraite du Midrach (Kohélet Rabba 7;15) : une bande de malfaiteurs emprisonnés dans les prisons du roi décidèrent de s’échapper en creusant un tunnel depuis leur cellule. Le grand jour arriva, et tous prirent la fuite par ce souterrain, sauf un qui décida de rester tranquillement dans sa cellule.

Le lendemain matin, le geôlier découvrit le tunnel et la fuite des détenus. Lorsqu’il vit le prisonnier seul dans la cellule, il se mit à le battre en lui criant : « Sot que tu es ! Le tunnel est devant toi, pourquoi ne t’es-tu pas enfui ? » D.ieu nous préserve de penser qu’on encourage les prisonnier à s’évader… Mais une question se pose tout de même : en ne s’évadant pas, ce brave homme désirait ne pas causer de tort au roi, aussi c’est une récompense qu’il aurait du recevoir plutôt que des coups !

Au contraire ! En restant dans sa cellule, il a montré que le châtiment royal n’était pas si terrible que cela et qu’il préférait rester dans sa cellule…

Ainsi en est-il pour quiconque ne se repent pas, qui n’emprunte pas le tunnel creusé par Hakadoch Baroukh Hou Lui-même ! Car Hachem désire notre retour comme nous le disons dans les séli’hot : « Car Ta main droite est tendue pour recevoir les repentis -כִּי יְמִינְךָ פְּשׁוּטָה לְקַבֵּל שָׁבִים». Ne pas faire Téchouva est donc une preuve de mépris envers le cadeau du Tout-Puissant !

Nous comprenons mieux à présent pourquoi il faut trembler en ces jours « redoutables » : durant 40 jours, le tunnel ouvrant vers la voie de la vie est devant nous, gardons-nous de nous endormir !

La Téchouva est un élixir de vie offert par D.ieu Lui-même, et pas un effort ingrat imposé par les rabbins. La Téchouva nous offre la vie ; pourquoi se la refuser ?

Lorsqu’un médecin nous prescrit un médicament, il prend en compte notre âge, notre poids, nos allergies et notre état de santé. Au moment d’avaler le cachet, nous avons entièrement confiance en notre médecin, car nous savons pertinemment que grâce à ses études et sa sagesse, son choix est le bon. Si nous pouvons faire confiance à un être humain pour avaler des cachets, nous pouvons de toute évidence faire confiance au Maître du monde !

 Béatslakha!