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Devarim – Chabat ‘Hazon

« Ce sont là les paroles que Moché adressa à tout Israël de l’autre côté du Jourdain (Yarden), dans le désert, dans la plaine en face de Souf, entre Paran et Tofel, Labân, Hacéroth et Di-Zahav. » (Dévarim 1 ; 1)

Avec l’aide de Hachem, nous allons ouvrir le dernier livre du ‘Houmach, le Séfer Dévarim. Ce Livre est un long discours de Moché Rabénou, adressé à tout le peuple quelques jours avant sa mort, il commence par le verset que nous avons cité plus haut. Rachi nous explique que ces paroles sont des paroles de réprimande, et que…Lire la suite

Nasso: Redonner confiance

Les sujets principaux de la Paracha sont la Sotah et le Nazir et sont liés : celui qui voit une femme infidèle dans sa dégradation, devra se retrancher des tentations en devenant Nazir et en s’abstenant de boire du vin. Le vin représentant les plaisirs de ce monde et la frivolité pouvant entrainer des comportements prohibés par la Torah, dont l’exemple de la Sotah.

Le cas du Nazir soulève plusieurs interrogations. D’après la Halakha le nazir ne peut boire de vin, de jus de raisin ni même consommer des raisins. L’interdit du vin est compréhensible, mais qu’en est-il du jus de raisin ou des fruits de la vigne, en quoi peuvent-ils provoquer un comportement négatif, on ne peut se saouler avec du raisin ? En revanche, tous les alcools devraient lui être prohibés ce qui n’est pas le cas. Un Nazir peut boire de la bière et même du Whisky. Le Nazir a deux autres interdits, il ne peut se rendre impur à cause d’un mort, et ne peut pas se couper les cheveux. Son vœu devra durer au minimum trente jours et au terme de cette période, il se rasera. Ses cheveux seront placés dans le feu, à l’endroit où l’on brûle les Korbanot au Beth Hamikdach.

À propos des interdits du Nazir, on comprend qu’il s’éloigne des raisons qui peuvent le pousser à fauter.  Pourquoi l’empêcher d’être en contact avec les morts ? En effet, bien souvent la vision d’un mort et le deuil de façon générale poussent l’homme à réfléchir à la raison de sa venue dans ce monde, il comprend que lui aussi devra le quitter tôt ou tard, et cela accroît sa crainte du ciel.  Si un homme veut se remettre en question, ce qui semble être le cas du Nazir qui fait une sorte de vœu d’abstinence, il devrait justement se rendre dans une maison d’endeuillés. Pourquoi donc empêcher tout contact avec les morts ?

À propos de Yossef (parachat Mikets) il est écrit qu’il était d’une grande beauté. Rachi précise qu’il se coiffait et soignait sa coupe de cheveux. Il avait de longs cheveux qu’il peignait. C’est alors que D… dit, « tu es en train de te faire beau, Je vais t’envoyer l’épreuve du loup avec la femme de Potifar ». Il s’agissait d’une épreuve de Arayot (relations interdites). Depuis qu’il a quitté son père, Yossef avait fait le vœu de Nezirout. Or une longue et jolie chevelure embellit l’homme. Encore une fois, si on désire que le Nazir s’écarte des tentations, pourquoi lui demander de se laisser pousser les cheveux ? « J’ai créé un mauvais penchant et la Torah en tant que remède » Le Messilat Yecharim explique que tout homme naît avec des mauvais traits de caractère. La seule manière d’avancer et d’améliorer ses Midot, est d’étudier la Torah, elle affine le caractère de l’homme.

Un malade se rendra chez le meilleur des médecins et se devra d’écouter sa prescription et de prendre les médicaments indiqués, sinon il n’a aucune chance de guérison. On parle d’un homme qui a vu une Sotah dans la pire des situations, il a peur de succomber à son mauvais penchant, et décide de s’éloigner des causes de la faute. Or le remède vient d’être cité, la seule solution face à la force du mauvais penchant est la Torah. Pourquoi ne pas conseiller au Nazir de s’asseoir et d’étudier. Existe-t-il un autre remède au Yetser Ara ?

Les Pirkei Avot affirment « Ne te considère pas comme un homme mauvais à tes yeux ». À qui s’adresse la Michna ? Il s’agit forcément d’un homme qui a mal agi, car pourquoi sinon avoir une mauvaise image de soi ? On parle à un racha et on lui dit quant bien même tu es un homme mauvais, ne te considère pas de la sorte. Comment comprendre la Michna ? Doit-on se mentir à nous même ? Le Rambam explique que c’est une façon de préserver l’homme de la faute, à force de se voir comme un racha, plus rien ne l’effraie. Puisqu’il est déjà mauvais autant continuer à fauter, il n’a désormais plus de limites. L’homme n’a plus rien à perdre, donc toutes les bêtises du monde sont ouvertes, il peut fauter sans mauvaise conscience. Il ne s’agit pas de se mentir à soi-même, mais d’avoir en tête qu’on est et sera à jamais des fils de roi. Un juif doit toujours se considérer positivement, non pas par orgueil, mais pour éviter de tomber encore davantage. On le voit au sujet des vêtements, quelqu’un habillé de manière respectueuse avec un costume, un chapeau, une cravate n’osera pas se rendre dans des endroits méprisants, malfamés … L’habit protège l’homme, lui donne un statut social, un sentiment de grandeur, tel est son intérêt.  En revanche, celui qui s’accoutre de jeans ou de vêtements dont le style est négligé ne pourra les utiliser comme protecteurs. Au contraire, ils lui donnent un sentiment de mépris, et puisqu’il est méprisable tout est permis.

Que signifie que le Nazir a vu la Sotah dans sa dégradation, littéralement « bekilkoula » ? Le Rosh Yechiva de Slabodka, précise que le Nazir n’a pas vu la Sotah fauter, il ne l’a pas vu mourir. Le Kohen doit la mépriser, essayer de la perturber au maximum pour la forcer à avouer sa faute et qu’on n’ait pas besoin d’effacer le nom de D…. Le Nazir voit la honte qu’on inflige à cette femme. Même dans le cas où elle était pure et qu’elle a juste été soupçonnée, l’homme doit faire le vœu de Nezirout. En effet, peu importe finalement si elle a fauté ou pas. Le problème vient du fait d’avoir vu cette femme méprisée. Il a perdu la notion d’honneur due à un être humain. Le but n’est pas de l’éloigner des tentations, on a bien vu qu’il peut boire du Whisky ou toute autre sorte d’alcool. On cherche ici à lui redonner l’honneur qui sied à un être humain, sentiment amoindri par le mépris infligé à la Sotah.

Si le Nazir et le Kohen Gadol voient un cadavre délaissé, pour lequel ils ont l’obligation de se rendre impurs, personne d’autre ne pouvant l’enterrer (Mèt Mitsva), la Guemara demande qui est prioritaire pour accomplir cette Mitsva ? On met le Nazir au même niveau que le Kohen Gadol. Afin de réparer le manque de Kavod qu’il a vu, on lui donne beaucoup de respect allant jusqu’à le comparer au Kohen Gadol. Cependant, on ne peut lui donner tous ces honneurs sans effort de sa part, on lui demande donc de prononcer un vœu et de prendre sur lui de ne pas consommer du vin pendant trente jours. Le Nazir vient du mot Nezer signifiant une couronne selon le Ibn Ezra. Toutes les lois qui lui sont propres tournent autour de cette idée, ne pas voir l’homme dans une mauvaise position, on veut relever le kavod chez lui. On insiste sur le fait qu’il est fils de roi. Il doit se laisser pousser les cheveux, or il est tellement saint que même ses cheveux le sont. Une fois qu’il les rasera, on les placera dans l’endroit le plus saint, là on l’on brûle les Korbanot. On lui montre là où un homme peut arriver. Le but du Nazir n’est pas de lutter contre le Yetser Ara, mais de remonter le kavod d’un homme.

Avant de recevoir la Torah, Hachem dit aux Benei Israël, « vous êtes une assemblée de prêtre et un peuple saint ». L’introduction à la Torah est déjà de renforcer ce sentiment en lui qu’il est fils de roi, après tu peux commencer à étudier et à respecter la Torah. Lorsque le Nazir voit la Sotah on ne lui dit pas va étudier, on travaille en amont, on cherche à renforcer son sentiment de grandeur.

On retrouve cette notion en éducation. La Guemara raconte que le fils de Rabbi Chimon Bar Yohai, Rabbi Elazar, mourut jeune et laissa un jeune adolescent orphelin. Privé d’un père pouvant le guider, il sortit petit à petit du chemin indiqué par ses ancêtres et commit des fautes. Un des Tannaïm voyant cela, ne put s’empêcher d’agir, comment imaginer que le fils de Rabbi Elazar, petit-fils de Rabbi Chimon Bar Yohaï pu se comporter de la sorte. Il se lia d’amitié avec le jeune homme et l’appela Rebbi, mon maître, il lui donna beaucoup de respect, le plaça à l’endroit où les Rabbanim étaient assis, insista pour lui prouver qu’il n’était pas n’importe qui, mais un homme très respectable. Petit à petit, ce jeune enfant devint Rabbi Yossi ben rabbi Elazar et suivit la trace de ses remarquables aïeuls.

Il est fréquent de voir des défauts chez nos propres enfants sans savoir d’où ils viennent. On ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas construits comme nous et pourquoi de mauvaises manières ou traits de caractère s’installent. Exaspérants au début, les parents ont tendance à devenir méprisants et une mauvaise relation s’installe. Il est fondamental de garder des liens forts basés sur le respect mutuel. Un être humain qui sent qu’on le respecte est prêt à faire des efforts et à s’améliorer. Plus un parent respecte profondément son enfant, plus la relation est de qualité.

Rav Michaël GUEDJ – Roch Kollel Daat Chlomo Bnei Brak

Béaalotékha: Forfait illimité

«Hachem dit à Moché : Est-ce que le bras d’Hachem est trop court ? » (Bamidbar 11, 23)

Cet appel constitue un encouragement pour chaque juif à repousser de son cœur toute inquiétude convaincu que son Père Céleste s’occupe de tous ses besoins.

Il est fréquent, en effet, que lorsque naissent des sujets  d’inquiétude  importante ou non, dans le domaine spirituel et plus encore matériel, une personne s’y morfonde. Elle ne cesse de penser : « Que va-t-il advenir de mes revenus qui demeurent insuffisants pour vivre, quel sera mon sort dans les Chidoukhim, quand viendra  la  guérison ou la délivrance, comment parvenir à m’affranchir d’untel qui me fait concurrence ou d’un autre qui n’arrête pas de ternir ma réputation ?  » Ce  sera alors  le moment de savoir  que  ces  épreuves  ont un but unique : le Créateur désire que Ses enfants aient confiance en Lui et prennent conscience que, sans Son aide, rien de petit ou de  grand  n’est  possible. De cette manière, l’homme trouve la sérénité et la tranquillité d’esprit, d’autant plus qu’en réalité, cette inquiétude n’a aucun fondement. En effet, rien ni personne ne peut lui nuire ni lui venir en aide, lui causer la moindre perte ou lui apporter le plus petit profit, si cela n’a pas été décrété par Hachem, Créateur du Ciel et de la Terre.

La Guémara (Sanhédrine 106b) enseigne que ”la Torah de Doèg le Edomite n’était que superficielle”. (Doèg fut le conseiller du Roi Chaoul. Erudit en Torah, il fait néanmoins partie des quatre personnages bibliques qui n’ont pas de part au Monde Futur pour avoir discrédité David et ceux qui l’aidèrent dans sa fuite et provoqué ainsi l’exécution par Chaoul de Nov, une ville entière de Cohanim, n.d.t) Certains expliquent cette Guémara de manière allusive (en s’appuyant sur le nom Doèg qui  signifie  en  hébreu  ”s’inquiéter”,  n.d.t) : un homme  qui s’adonne à l’étude  de la Torah et qui est constamment  en proie à la crainte et à l’inquiétude, tant  dans le domaine  spirituel  que  matériel (au sujet de sa subsistance ou de  ses  autres besoins) témoigne par cela que sa Torah demeure  superficielle.  Car  l’étude a pour effet d’imprégner le cœur de l’homme d’une foi intègre dans le Saint-Béni-Soit-Il et, par conséquent, de repousser toute inquiétude lorsqu’il doit faire face aux vicissitudes de l’existence. Au contraire, il est convaincu que tout ce qui lui arrive provient de  son  Père  Céleste et  ne  peut  lui  être que bénéfique.

Un homme richissime avait une fille unique parée de  toutes  les  vertus, Lorsque celle-ci arriva en âge de se marier, son père envoya un émissaire  à l’un  des  plus  grands  Roch Yéchiva en lui   demandant de lui  trouver un mari érudit en Torah, craignant D. et doté des meilleures qualités. Le ‘Hatan pouvait, promit-il, être sûr de ne manquer de rien. Toutes les  dépenses  du  mariage  seraient à son compte et son gendre vivrait à sa charge durant toute son existence. Avec l’aide de D., il n’aurait donc jamais à s’inquiéter de sa subsistance ni d’aucun besoin. Quelques jours après, le Roch Yéchiva fit savoir au père qu’il avait un Ba’hour d’une érudition sans pareille et animé d’une crainte d’Hachem sans compromis qui convenait parfaitement à ses exigences. Sur le champ, le riche se  mit en route avec émotion dans l’intention cependant de tester les connaissances   du dit   Ba’hour dans les sujets talmudiques les plus ardus. Il comptait en         outre vérifier de près sa conduite. Le ‘Hatan fit, en effet, preuve d’une érudition immense dans tous les domaines de la Torah et lui fit bonne impression quant à ses traits de caractère. Le père qui ne cessait de s’émerveiller de ses      connaissances si vastes en Torah associées à un esprit acéré sans pareil, décida qu’il serait son gendre.

Lorsqu’arriva l’heure de conclure  l’union et de lever les verres en l’honneur de l’heureux événement et alors qu’on  était sur le point de ”casser l’assiette”, le  Ba’hour demanda au  père  quelle  somme il prévoyait de donner  en  dot…  Ce  dernier se leva brusquement, se dirigea vers le Roch Yéchiva et lui annonça  que  le Chidoukh était annulé et qu’il refusait catégoriquement de donner sa fille  à  un tel Ba’hour. Le Rav, surpris, lui demanda s’il s’était aperçu chez lui d’un quelconque manque de connaissances ou de crainte de D., ou encore s’il avait découvert un défaut caché.

« Ses connaissances en Torah  et  sa  crainte de D. sont immenses, répondit le père, et il est promis à un grand avenir. Cependant, son manque de bon sens n’a d’égal que sa stupidité. Toute la ville connaît la grandeur de ma richesse et la réputation de ma famille. Tous savent également que je ne possède qu’une fille unique. Cela signifie que tous mes biens sont destinés à ma fille et à son  mari depuis le jour du mariage  et  en  particulier, après 120 ans lorsqu’ils seront mes uniques  héritiers.  Par  conséquent, ses doutes quant au montant de la dot, traduisent un manque de perspicacité évident et pour rien au monde je ne le prendrai comme mari pour ma fille ! »

Cette histoire est un exemple de notre situation : pourquoi s’inquiéter de de la manière dont notre subsistance nous parviendra ? N’est-il pas écrit : « L’argent est à Moi l’or est à Moi, parole du  D.  Tout puissant » (‘Hagaï 2, 8) ? Le monde entier et tout ce qu’il contient est Sa propriété. Sa richesse (si on peut  dire !)  est connue de tous et de plus, les Bné  Israël sont Ses enfants  bien-aimés,  comme   il   est   dit   (Jérémie   31,   19)  : « Ephraïm est mon fils chéri, mon enfant de prédilection », à l’instar de l’enfant unique de ce père richissime. Dès lors, si un juif s’inquiète encore en se demandant constamment ”d’où me viendra l’aide nécessaire ? Comment pourvoirai-je aux besoins de ma famille  ?”, il  ressemble  à ce  Ba’hour et à sa question insensée :”combien recevrai-je en dôt ?”. Ne comprend-il pas qu’en recevant pour femme la fille de ce riche, il recevra également tout ce dont il a besoin ?

Il en est de même  de chaque juif : il doit  se rappeler que son Père Céleste  est présent en permanence et lui promet qu’il ne manquera de rien, comme il est dit: « Rien ne manque à ceux  qui  le  craignent.» (Téhilim 34, 10)

Rav Elimélekh Biderman Chlita