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Troisieme jour: Yaakov

Yaakov et la fête de Soukot

« Dans les Soukot vous habiterez sept jours, tout citoyen en Israël habitera dans les Soukot. » (Vayikra 23, 42)

La Torah ordonne à chaque Juif d’abandonner sa maison, son confort, pour s’installer dans la Souka, demeure précaire et temporaire.

Le Rav Yechayaou Yossef Pinto Chlita, nous explique que derrière ce commandement, se cachent des raisons profondes.

La Torah, à travers cette Mitsva, nous inculque que toute notre vie sur terre n’est que précarité.

Le temps que nous passons ici n’est qu’un passage, une préparation au monde futur, le Olam Ha Emeth (le monde de vérité), qui lui, est éternel et infini.

Le Tour (Ora’h ‘Haïm simane 417) cite, au nom de son frère Rabbi Yéhouda, que les trois fêtes, Pessa’h, Chavouot et Soukot correspondent à nos Patriarches Avraham, Yts’hak et Yaakov.

Pessa’h correspond à Avraham, qui avait demandé à Sarah de préparer des gâteaux pour honorer ses invités au moment de Pessa’h, comme il est dit : 

« Avraham se hâta vers la tente, vers Sarah, il dit : Vite prends trois mesures de fleur de farine, pétris et fais des gâteaux » (Béréchit 18, 6).

Chavouot correspond à Yts’hak, car lors du Don de la Torah, le son du Chofar qui retentit au Mont Sinaï fut obtenu de la corne gauche du bélier qui monta en sacrifice à la place d’Yts’hak lors de la Akedat Yts’hak (la ligature d’Yts’hak), comme cela est enseigné dans les Pirkei de Rabbi Eliezer (chap 31).

Quant à la corne de droite, la plus grande, elle sera utilisée par Hakadoche Baroukh Hou, Qui en sonnera dans les temps futurs. Comme il est écrit : « En ce jour résonnera le grand Chofar » (Isaïe 27, 13)

Pour ce qui est de la fête de Soukot, elle correspond à Yaakov car il est écrit :

« Et Yaakov voyagea vers Soukot, il s’y construisit une maison. Et pour son bétail il fit des cabanes/Soukot, c’est pourquoi on appela cet endroit Soukot. » (Béréchit 33, 17)

En observant ces événements, nous remarquons que chacun a une relation plus ou moins directe à la fête.

Cependant, on pourrait s’étonner, en ce qui concerne Yaakov, car les cabanes qu’il construisit étaient destinées à son bétail.

Est-il possible que parce que Yaakov a agi ainsi pour son bétail, Hakadoche Baroukh Hou institua la fête de Soukot pour les générations suivantes ?

On aurait peut-être pu faire un lien entre cet événement et Soukot, si cette fête avait porté le nom des maisons que Yaakov construisit, comme il est dit :

«  … il s’y construisit une maison. », une vraie maison, fixe, durable et habitable.

Alors quel rapport peut-il y avoir entre la fête de Soukot et le bétail de Yaakov ?

En fait la « maison » que Yaakov bâtit n’était pas une maison telle que nous la définissons, c’est-à dire un lieu où l’on vit… mais c’était un Beth Hamidrach !

C’est en effet dans cette « maison » que Yaakov habita et s’assit, jours et nuits.

Pour sa famille, ses serviteurs et son bétail, il construisit des cabanes, lieu d’habitation précaire et fragile.

Yaakov n’a pas agi ainsi par souci d’économie ou par manque de moyen, car il pouvait bâtir une vraie maison pour chacun, mais uniquement pour ancrer en nous la valeur essentielle de la vie. Une maison fixe et durable, ce ne peut être que pour le Beth Hamidrach, lieu d’étude de la Torah et de la vie Éternelle.

Comme lieu d’habitation, en revanche, il choisit la précarité, afin de nous faire ressentir que nous ne sommes que de passage dans ce monde-ci.

Ainsi les choix volontaires de notre Père Yaakov, viennent nous éclairer sur le chemin à emprunter dans nos propres vies.

La fête de Soukot nous installe dans une habitation provisoire, pour nous faire comprendre profondément que l’essentiel de la vie dans ce monde-ci ne réside aucunement dans le confort.

Qu’Hachem fasse que par cet enseignement de notre Père Yaakov, nous distinguions la superficialité du matériel et transformions nos maisons fixes en Beth Hamidrach, lieu d’étude et de sainteté ! Amen

Le moteur du bonheur

« Dans les soukot vous habiterez sept jours, tout citoyen en Israël habitera dans les Soukot. » Vayikra (23, 42)

Dans la Guémara Souka 2b, nos Sages nous enseignent sur ce verset, que durant sept jours, nous devons sortir de notre demeure fixe pour rejoindre un habitat temporaire.

Nous pouvons dès lors nous poser la question suivante : si nous avons la Mitsva de nous réjouir pendant la fête de Soukot, comme il est dit dans Vayikra (23, 40) : « … vous vous réjouirez devant Hachem, votre Elokim, durant sept jours. », nous devrions plutôt nous installer dans un hôtel de luxe ou dans un super club de vacances “Tout compris” avec toute la famille…

Pourquoi nous donne-t-on l’ordre d’aller dans une Souka, de quitter notre confort, pour dormir à la belle étoile, à l’étroit, sur un lit de camp (pour les plus chanceux) ? Ce déménagement ne risque-t-il pas plutôt de réduire notre joie ? En fait, nous comprenons ainsi que l’on ne peut atteindre une joie véritable que lorsque l’on reconnaît que ce monde-ci est temporaire et précaire.

Celui qui investit toute sa vie durant dans ce monde-ci, ne sera jamais heureux ni satisfait. Nos Sages nous enseignent en effet que celui qui a cent, en veut deux cents, celui qui a deux cents, en veut quatre cents, et ainsi de suite… L’envie et les plaisirs ne pouvant jamais être assouvis.

Comme il est dit dans Kohélet Raba (1, 34) : “Personne ne meurt avec la moitié de ses désirs réalisés.”

Ainsi, tous les jours de la vie de l’homme passés à la recherche des plaisirs de ce monde furent des jours de tristesse de ne pas avoir pu les satisfaire.

D’autre part, nous savons que celui qui court après la réalisation de ses désirs n’a finalement plus de vie, car l’envie et la jalousie le rongent.

Comme il est dit dans les Pirkei Avot (4, 21) : “La jalousie, la convoitise et la recherche des honneurs excluent l’homme du monde.”

L’homme ne parvient donc ainsi à aucune joie véritable !

Expliquons cela au moyen d’une parabole que nos Sages nous enseignent :

Le fils d’un roi était atteint d’une maladie qui le rendait nerveux et dépressif. Son père, inquiet de le voir ainsi, consulta les plus grands médecins et professeurs, mais aucun d’entre eux ne réussit à le guérir.

Le roi ne perdit pas espoir. Il fit venir un grand médecin d’un pays voisin qui après avoir ausculté et interrogé le prince sur différents points, annonça au père qu’il avait trouvé un moyen de guérir son fils. Le médecin prescrivit à son patient qu’il devait porter la chemise d’un homme heureux.

Sans perdre un instant, le roi envoya son fils chez les notables et propriétaires de grandes richesses, pensant que le bonheur s’y trouvait.

Cependant, les notables de la ville révélèrent au prince que justement, leurs biens et richesses leur causaient de nombreux soucis et de grandes tensions.

Le prince chercha donc ailleurs, chez les commerçants, les entrepreneurs… partout où les gens avaient l’air heureux… mais au cours de chacune de ses visites il obtint la même réponse.

Voilà notre prince encore plus malheureux qu’auparavant. Puis il croisa sur le chemin du retour un berger, qui lui vanta sa joie de vivre et son bonheur immense.

Aussitôt, le prince lui demanda sa chemise. Mais le berger lui répondit qu’il n’en avait pas, et que s’il en avait une, son bonheur serait moins grand, parce qu’il aurait le souci de la laver, de la repasser et de la conserver…

Nous comprenons maintenant que les deux commandements de la Torah ne se contredisent pas, au contraire…

C’est grâce à la Mitsva de la Souka que l’on atteindra la vraie joie.

En effet à Soukot, nous avons l’ordre de sortir totalement de notre maison et de son confort et de rentrer dans la Souka. Mais c’est justement à ce moment-là qu’il n’y a plus aucune inquiétude, ni aucune crainte… La joie est complète et véritable.

Ce n’est que lorsqu’un homme comprend que ce monde-ci n’est qu’un couloir vers le monde futur, qu’il investit dans la Torah et les Mitsvot.

Comme il est écrit dans les Pirkei Avot (4, 16) : Rabbi Yaacov dit : “Ce monde n’est que le couloir du Monde Futur. Prépare-toi dans le couloir, pour que tu puisses entrer dans le Palais”.

Se Sentir bien

Dans le Midrach Vayikra Raba 30, le Hadass est décrit comme celui qui a un parfum mais pas de goût. Aussi, dans le Zohar, il est dit que les trois hadassim correspondent aux patriarches, Avraham, Yits’hak et Yaakov.

Essayons de voir le lien qui existe entre le parfum et nos Patriarches.

Le Sfat Emeth nous explique qu’un parfum a le pouvoir de se dissiper et de se propager afin de pouvoir embaumer au loin. C’est une des raisons pour laquelle nous respirons des plantes odorantes chaque sortie de Chabbat, au moment de la havdala. Par cet acte, nous demandons que le « parfum » de Chabbat se propage tout au long de la semaine.

Chez nos Patriarches, un tel parfum existe aussi, ceci pour deux raisons.

סוכות 4

D’une part, ils ont ancré un parfum dans chacune des âmes des Bneï Israël, que possède même celui qui n’est pas encore dans les voies de la Torah.

D’autre part, nos Pères qui ont vécu avant le don de la Torah, on su capter son « parfum » avant même qu’elle ne soit donnée. Ils ont su capter le parfum d’une Torah qui ne sera donnée que bien plus tard, car la force d’un parfum est qu’il embaume jusqu’au lointain.

Il est écrit dans Chir Hachirim (1, 3) :

« Tes parfums sont suaves à respirer ; une huile aromatique qui se répand, tel est ton nom. »

Les actions qu’ont accomplies nos Pères représentent ces « parfums suaves », et nous, nous sommes cette « huile aromatique qui se répand ».

Ainsi, nous aussi nous possédons en nous le parfum de nos Pères, c’est-à-dire cette sensibilité de l’odorat.

C’est pourquoi, grâce à notre pouvoir, nous avons le devoir de ressentir déjà ici-bas le parfum du olam haba et de nous y préparer jour après jour.

Kohélet

« Si le serpent mord faute d’avoir été charmé, alors le maître du langage n’a aucun avantage. » (10, 11)

Dans la Guémara Taanit 8a, Reich Lakich nous explique le sens de ce verset :

Dans les temps futurs, tous les animaux se regrouperont et viendront auprès du serpent et lui diront : « Le lion lui, saisit sa proie et la mange ; le loup déchire sa proie et la mange ; mais toi quel plaisir as-tu à mordre les gens et à les tuer ? »

Alors le serpent leur répondra « et le maître du langage n’a aucun avantage » ; c’est-à-dire que celui qui médit des autres, lui non plus ne jouit pas de ses propos préjudiciables.

En d’autres termes, le jour du jugement du serpent, celui-ci sera humilié pour ses actes mauvais, mais il rétorquera que les médisants aussi agissent comme lui, ce qui les entraînera avec lui dans sa chute.

C’est pour cela qu’il est écrit dans Kohélet (5, 5) : « Ne permets pas à ta bouche de charger ta personne d’un péché… et ne prétends pas devant l’émissaire que c’était une erreur. » C’est-à-dire, lorsque la bouche prononce des paroles de Lachone hara, elle pèche contre tout le corps, car elle amène le châtiment sur lui. Et si tu penses que lorsque tu profères ces paroles, personne ne t’entend, détrompe-toi.

Comme il est dit dans le Midrach Devarim Raba (6, 5) : « Sache que je nomme auprès de toi un envoyé chargé d’enregistrer toutes les paroles que tu profères contre ton prochain ».

Et si cela nous laisse septique, le ‘Hafets ‘Haïm déjà en son temps, enseignait un grand moussar sur le téléphone. Il enseignait que grâce à lui, on pouvait désormais prendre conscience de la possibilité de transmission d’une parole d’un endroit à l’autre ! Si déjà le ‘Hafets ‘Haïm, il y a plus d’un demi siècle avait observé ce phénomène pour nous faire réaliser combien les paroles de la Torah sont authentiques (à l’époque il n’y avait pas de téléphone et pourtant nous était prédit que nos paroles seraient rapportées la Haut), combien nous, dans ce monde de communication parvenue à son apogée, pouvons vivre leur véracité !

Comme il est dit « … car l’oiseau du ciel transmettra le son de la voix et la gent ailée rapportera les propos. » Kohélet (10, 20)

Le Gaon de Vilna écrit dans son testament que nous serons jugés pour chaque parole que nous aurons prononcée, rien ne sera perdu, même pas la plus petite remarque. La faute du Lachone hara est la plus grave de toutes, car comme nous l’enseignent nos Sages, c’est l’une des fautes dont, si l’on s’empêche de la commettre, on mange les fruits dans ce monde, mais dont le capital sera pour le monde futur. »

C’est ainsi qu’il est écrit dans Kohélet (6, 7) : « Tout le labeur de l’homme est pour sa bouche », c’est-à-dire que toutes les Mitsvot et bonnes actions accomplies par l’homme ne suffisent pas pour annuler les paroles de lachone hara prononcées.

Dans les Pirkei Avot (1, 17) il est écrit : « J’ai passé toute ma vie au milieu des Sages, et je n’ai rien trouvé de plus salutaire que le silence… celui qui parle trop occasionne des péchés. »

Cela ne signifie pas que nous devons rester muets et silencieux, mais nous devons veiller à ne pas médire de notre prochain. Comme il est dit : « Celui qui met un frein à sa bouche et à sa langue se préserve de bien des tourments. » Michlei (21, 23)

Le ‘Hafets ‘Haïm affirme que l’étude des lois du langage nous rendra obligatoirement meilleurs, car en nous efforçant continuellement d’éviter de faire du mal à notre prochain, soit par une parole vexante, soit par un affront, soit par un manque de respect quelconque, cela nous permettra de nous construire intérieurement, et de créer des relations de qualité avec nos semblables, basées sur la sincérité.

Si chacun d’entre nous étudie chaque jour quelques minutes les lois du langage, tous les efforts qu’il investira au service de cette étude et de son application, entraîneront un surcroît de clémence dans le monde, et constitueront une source de forces pour une vie de bonheur et de paix.

Message du Rav KANIEWSKY Chlita

QUELQUES MOTS DE RAV KANIEWSKY CHLIT’’A (COMMENTE PAR Néfesh Yéhoudi) SUR LA SITUATION ACTUELLE

Face à la situation actuelle et à la propagation du virus (Hachem yerah’em), Rav H’ayim Kaniewsky Chalit’a a écrit un ktav yad (un mot de sa mains) qui a été photocopié et affiché dans toutes les Synagogues et les Baté Midrachote de Bné Brak. Il y est écrit, à l’encre bleu, le texte suivant :

Nous devons en cette période nous renforcer dans le domaine du lachone ara (médisance) car la situation du mêtsora (lépreux atteint de la tsaraate à cause de ses fautes) ressemble beaucoup à notre situation “il a séparé un homme de son ami, un mari de son épouse et lui aussi est séparé des autres” (dit la guémara erkhin). Il faut également se renforcer dans le domaine de la anava (humilité) et savoir passer sur ses midote (essayer de ne pas être pointilleux même dans les domaines qui nous dérangent) comme la écrit le Roch à la fin du traité orayote »

On voit donc que d’après Rav Kaniewsky les difficultés actuelles seraient liées de près à la faute du lachone ara et notre situation ressemblerait à la faute du metsora (lépreux).

Q1°) Nous allons béezrate Hachem essayer d’éclaircir comment le Metsora était traité pendant cette période et en quoi la situation est-elle vraiment similaire.

Q2°) Nous essaierons également de comprendre comment une faute si légère (à nos yeux ; c’est-à- dire facile à transgresser) comme le lachone ara (médisance) peut entraîner une situation si grave.

HILKHOT METSORA (LES LOIS DU LEPREUX) : DES LOIS QUI NE S’APPLIQUENT PLUS DE NOS JOURS, MAIS QUE NOUS APPLIQUONS POURTANT EN CETTE PERIODE

Dans la Parachat Tazria (Metsora), la Torah nous parle d’un homme qui découvre un beau matin qu’il a une plaie de lèpre sur une des parties de son corps. Il doit alors appeler le Cohen pour qu’il vienne vérifier : est-ce que c’est bien la tsaraate (lèpre) ou non ? Le Cohen vient alors voir cette personne et l’examine. S’il présente les caractéristiques d’impureté de la Torah, alors il est déclaré ‘’métsora moukhlate’’, un vrai métsora. Mais, parfois, il se peut qu’il y ait une vraie plaie de lèpre mais qu’il n’y ait pas encore les simanim d’impureté. Dans ce cas-là, le Cohen ordonne au ‘’suspect’’ de rester chez lui pendant sept jours enfermé (mousgar) le temps de voir l’évolution de la plaie et peut-être que la semaine suivante les signes d’impureté vont apparaître. On l’appelle donc le metsora mousgar.

Si au bout d’une semaine les signes ne sont pas sortis mais que la plaie est toujours présente, le Cohen le déclare encore une fois, pour une deuxième semaine metsora mousgar (lépreux suspect et enfermé) afin de voir l’évolution au bout de cette dernière semaine. S’il n’y a pas eu poil blanc ou d’extension de la plaie (qui sont des signes d’impureté) il peut alors sortir librement de son enfermement.

Le Rambam écrit (Hilkhote toumate metsora chap.9, chap. 10): l’impureté du metsora est particulièrement grave plus que d’autres impuretés (h’oumra yetéra). En effet, le metsora peut contaminer les gens par son impureté qu’il soit moukhlate, (un metsora déclaré), ou même lorsqu’il est mousgar, (un metsora suspect) en attente d’autres signes d’impureté. C’est pourquoi, pendant la semaine où l’on suspecte le metsora mousgar, tout celui qui rentre chez lui et reste « chiour kédé akhilat prass » (entre quatre et neuf minutes, selon les avis) devient impur même s’il ne l’a pas touché directement. Non seulement celui qui a visité le metsora moussgar est impur (s’il est resté 4 mn) mais même les kélim qui sont sur lui (habits, bijoux) deviennent impurs et quand bien même ce metsora là n’a pas encore été décrété véritablement lépreux (insiste le Rambam).

Quant au métsora moukhlate, (celui qui a été déclaré impur clairement car il avait les signes d’impureté de la tsaraate) alors il ne pourra même pas rester chez lui, il devra s’exiler ailleurs, en dehors de la ville, et restera complètement seul et même pas avec d’autres métsoraïm.

Dès qu’un metsora est déclaré moukhlate, (vraiment impur), la Torah ordonne qu’il recouvre sa bouche. En effet, cela était la coutume des avélim (endeuillés), et ce tout le temps où il est metsora.Il doit faire savoir à tout le monde qu’il est metsora, ‘’tamé, tamé, ikra’’, afin que les gens s’éloignent de lui et prient pour lui, expliquent nos Sages. Il n’a pas le droit de dire bonjour ; que ce soit Chabbat ou Yom Tov, toutes ces lois d’appliquent.

Pendant le temps où il est metsora moukhlate : il a le droit de manger, de boire, de se laver, de mettre des chaussures en cuir… La seule chose qu’on lui demande c’est de s’isoler complètement, et même en dehors de Yerouchalaïm. Il n’a pas le droit de cacher son impureté comme nous l’avons déjà dit et s’il arrache sa plaie de lèpre, entièrement ou même partiellement, il transgresse un interdit strict déOraïta (de la Torah).

Evidemment le parallèle est clair, la réflexion de Rav H’aïm Kaniewsky chlit’’a, est pertinente et il n’est même pas nécessaire d’expliquer le nimchal (le comparé).

La Guemara dans Brakhote (8a)enseigne que la mita (peine céleste) qui est réservée aux baalé lachone ara est la askara. Rachi écrit ’’ estranglemente ‘’ en français. La Guemara le prouve d’un passouk : ‘’issakhérou pi dovré cheker – que se ferme la bouche de celui qui raconte du mensonge’’ (le lachone ara, même lorsqu’il est vrai, est appelé mensonge dit le Yad Haketana car ses effets sont destructeurs et mensongers). D’ailleurs, lorsque ces effets sont constructifs et qu’il y a un intérêt (létoélète), il y a de nombreuses permissions (voire H’afets H’aïm chap 10).

LES AUTRES FAUTES QUI ENTRAINENT NOTRE SITUATION

Nous avons vu de nombreux points communs entre le metsora et notre situation actuelle. Précisons tout de même ce que la Guemara dit dans Eikhine (15a) qu’il y a sept avérote qui peuvent entrainer la tsaraate et qui rendent metsora : en premier certes le lachone ara. Mais il y en a d’autres et les voici : guilouye arayote (la débauche), chfikhoute damim (le meurtre), guezel (le vol), chvouate chav (jurer ou dire le nom d’Hachem en vain), tsaroute aïn (l’avarice/l’œil étroit avec les autres) ; gassoute haroua’h (l’orgueil). Il y a donc lieu de se renforcer dans tous ces domaines afin d’éveiller dans le Ciel de la rah’amim (miséricorde) et qu’Hachem nous sauve vite de cette situation.

[Il y a de nombreuses allusions entre le virus et la faute de débauche et d’impudeur ; plusieurs guematriote et raché tévote ont été proposés ; nous n’en rapporterons qu’une maguéfate Corona = 523+367 = 900 = h’osser tsinioute= 274+626= 900, qui signifie le manque de pudeur.

La Guematria ne révèle pas le sens simple des choses (comme le dit le Ari za’’l, c’est le sod :le secret), et au sens simple Rav Kaniewski nous révèle que le problème est lié au lachone ara ou encore aux autres fautes qui entraînent la tsaraate ; il n’en reste pas moins qu’il est toujours bon de se renforcer dans le domaine de la tsinioute (pudeur) qui a, comme particularité, dit le H’afets H’aïm d’entraîner la protection du Klal Israël mesure pour mesure que chaque personne protège son corps et son intimité par les vêtements et une bonne conduite.]

 LA GRAVITE D’UNE FAUTE TELLEMENT LEGERE

Il y a quatre fautes qui sont punies dans ce monde ci et dont le capitale reste intact pour le monde futur (Guémara Péa Yerouchalmi ; Rambam deot ch 7) : guilouye arayote, chefikhoute damim, avoda zara (la débauche, le meurtre, l’idolâtrie) et le lachone ara kénegued coulam (aussi importante que toutes les autres).

La question est de savoir comment une simple parole peut-elle entrainer des effets si graves et serait comparables aux trois fautes capitales (voire pire). C’est a priori disproportionné !

-David Hamélekh disait à ce sujet : ‘’BéMa Ira biymé Ra, avone akévaye yéssoubéni – de quoi j’ai peur le jour du malheur ? Des fautes que mon talon piétine ». En d’autres termes, en ce qui concerne les fautes graves un Juif ressent des remords, fait techouva, s’en éloigne mais les fautes légères s’accumulent s’accumulent…jusqu’à ce qu’il faille rembourser une lourde dette, h’as véchalom.

-Rabbi Yéochoua Ben Lévi, de plus, a révélé (Erkhine 15b) : « celui qui dit du lachone ara fait grandir les fautes jusqu’au Ciel ; comme il est écrit dans Tehilim (73) : ‘’ils ont mis leur bouche dans le ciel et leur langue se promène sur terre’’. »

En d’autres termes, un second élément de gravité du lachone ara est que nous ne parlons pas en l’air ou devant un mur mais c’est dans le Ciel que nous parlons. A cause du lachone ara les fautes grandissent jusqu’au ciel, a dit Yeochoua Ben Lévi. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le H’afets H’aïm rapporte (Chemirat Halachone,chaar hazekhira, chap.2) au nom du Zohar Parachat Emor : « chaque action qu’un homme fait en bas, il réveille une action identique dans le Ciel. Par exemple, lorsqu’un homme fait du h’essed en bas, dans le ciel on fera également du h’essed dans le monde. » Le Zohar, ailleurs, ajoute (Parachat Pekoudé) : « il y a un esprit d’impureté qui se réveille lorsqu’un homme dit du lachone ara. Il s’appelle sikhsoukha ; cet esprit monte dans le ciel et entraîne dans le monde des destructions. Malheur à celui qui réveille cet esprit et qui ne fait pas attention à sa bouche. Il ne sait pas que son réveil d’en bas a provoqué dans le Ciel un réveil d’accusation. Lorsque les esprits s’accumulent ils réveillent alors un grand accusateur qui s’appelle nah’ach gadol (le grand serpent) qui accuse le monde entier ; tout cela à cause du lachone ara qui a été dit en bas ! (Zohar,Pekoudé)

Le H’afets H’aïm explique qu’Hakadoch Baroukh Hou aime trop les Bné Israël pour voir leurs fautes ; comme il est écrit : ‘’lo ibite aven béYaacov lo raa amal béIsraël , Il ne scrute pas les fautes de Yaacov, Il ne voit pas combien L’énerve et le dérange Israël’’ (Bamidbar 23-21). Tout cela est vrai tant que les Juifs ne s’accusent pas les uns les autres, qu’ils vivent en paix et dans la fraternité et qu’il y a de l’amour entre eux. Comme à l’époque d’Akhav où les Juifs étaient idolâtres, certes, mais ne disaient pas de mal les uns des autres et vivaient en paix. Il n’y avait pas un mort dans cette génération lorsqu’ils partaient en guerre. Inversement à la génération de David Hamélekh où les Bné Israël étaient plus érudits mais se dénonçaient et s’accusaient, il y avait de nombreuses pertes, à la guerre.

Lorsqu’un Juif, qui est tellement important aux yeux d’Hachem, se met à accuser un autre, alors là Hachem est d’accord d’écouter l’accusation et de se comporter (h’as véchalom) avec rigueur sur celui qui est accusé. Cependant, la Guemara dit que celui qui accuse est également passé au crible puisqu’il réveille lui-même la Midat hadin.

Il est très difficile de comprendre qu’une parole puisse entraîner de telles conséquences mais dans notre situation où une simple discussion entre un homme et son prochain, à moins de deux mètres de distance, peut entraîner les pires conséquences, il peut nous paraître alors plus évident que la parole est dangereuse. Si nous arrivons à croire à l’un, pourquoi ne croirions-nous pas à l’autre ?

D’après cette dernière raison, le lachone ara n’est qu’un déclencheur et un accusateur d’autres fautes plus graves qui provoquent également de graves conséquences.

LA LANGUE DE SERPENT

Pourquoi est-ce un grand serpent qui accuse le monde ? Pourquoi le serpent punit souvent celui qui faute dans le domaine du lachone ara ?

Comme l’écrit Rachi, nous voyons dans la Torah (Bamidbar 21.6) que lorsque les Bné Israël ont parlé sur Hachem et sur Moché et se sont plaints de la manne, des serpents brûlants les ont alors attaqués et piqués. Rachi dit : celui qui a fait le premier le lachone ara sur Hachem (le serpent), et sur Adam, qu’il vienne punir ceux qui ont fait du lachone ara ! Rachi dit également : celui qui n’a pas le sens du goût (le serpent), qu’il vienne punir ceux qui ont parlé sur la manne et se sont plaints de son goût.

Le serpent a donc deux particularités : il a dit en premier du lachone ara et il n’a pas le sens du goût. Il a été choisi pour punir la faute du lachone ara. C’est d’ailleurs un verset de Kohélète (10.11) : ‘’le serpent mord sans faire de bruit et il n’y a pas d’intérêt pour celui qui dit du lachone ara’’. Que signifie ce verset (demande la gumara dans taanit (8a) ? Reich Lakich a expliqué dans : « Dans les temps futurs viendront toutes les h’ayote (animaux) voir le serpent et lui diront : certes, le lion tue de sang-froid ses proies, mais c’est pour les manger vivantes qu’il le fait ; certes, le loup tue et met de côté ses proies, mais c’est pour les manger après-coup qu’il agit ainsi. Mais toi, pourquoi tu piques et pourquoi tu manges (il n’y a pas d’intérêt de piquer et il n’y a pas d’intérêt de manger puisque tout a le goût de la terre pour le serpent depuis la première malédiction). Le serpent répondra alors : certes, mais expliquez-moi pourquoi celui qui fait du lachone ara, en fait ? [Qu’est-ce qu’il a gagné ? Y -a-t-il un intérêt ? Un gain ? Un plaisir qui ressort du lachone ara ?] »

Nous voyons donc, une fois de plus, un lien étroit entre le serpent choisi pour punir le lachone ara et cette faute : c’est le manque d’intérêt, de gain, de plaisir corporel dans cette faute qui est comme une faute sans goût et qui est comparée aux proies du serpent qui sont mangées, ou piquées sans goût et cela n’est pas sans rappeler le virus actuel qui prive du goût.

Y-AT-IL UNE SOLUTION ?

La Guemara dans Eikhine (15b)rapporte une controverse entre Rabbi H’ama Bar H’anina et Rabbi Ah’a Bar H’anina : « Le premier dit : quelle est la solution et la réparation pour celui qui a fait du lachone ara ? C’est l’étude de la Torah, comme le dit le verset : ‘’marpé lachone ets h’aïm – il guérit la langue l’arbre de vie’’ et l’arbre de vie c’est la Torah comme il est dit : ets h’aïm hi lamah’azikim ba, (c’est un arbre de vie pour ceux qui s’y rattachent). Rabbi Ah’a a dit : ce qui est fait est fait ! Mais quelle est la réparation ou la solution, à l’avenir, pour celui qui a dit du lachone ara ? C’est l’étude de la Torah.

Comme il est écrit : marpé lachone ets h’aïm ; (d’après ce second avis , il n’est pas possible avec l’étude, de réparer le lachone ara qui a été fait mais tout au moins de se réparer soi-même et sa langue pour l’avenir.)

La Guemara demande : et si la personne n’est pas érudite, qu’est-ce qu’elle peut faire ? La Guemara propose : la anava (l’humilité), comme le dit la fin du verset : ‘’marpé lachone ets h’aïm vésélef la chévér roua’h- il guérit la langue l’arbre de vie et l’esprit contrit, (humble, cassé) arrive à la tordre (la mauvaise langue). » Là encore, Rabbi H’ama et Rabbi Ah’a discutent sur les effets de l’humilité même pour le passé ou seulement pour le futur.

Rav Israël Salanter a ajouté lorsque la Guemara parle d’étude de Torah, certes, il s’agit de tous les domaines de la Torah qui ont une segoula (propriété) très puissante quel que soit le sujet, à condition qu’il soit approfondi. Mais, il n’en reste pas moins que lorsqu’on étudie le domaine précis dans lequel nous avons fauté, la segoula est encore plus intense. On comprend mieux que Rav Kaniewsky Chalita nous enjoint de nous renforcer dans l’étude des lois de la médisance, en cette période, et également dans la anava, (écrit-il), car les deux sont un remède pour le lachone ara.

 OU EST DONC NOTRE CONFIANCE ?

Le Chomer Emounim dans (Chaar Habitah’one, ch.9) rapporte au nom du Ari zal qu’il y a lieu de se renforcer, en période d’épidémie, dans le domaine de la confiance en Hachem. En effet : ‘’h’erdate adam itène mokech – la peur d’un homme le fait trébucher’’, ‘’oubota’h b’Hachem yessougav – mais celui qui a confiance en Hachem sera sauvé’’. (Michlé 29. 25) Cela signifie que lorsqu’un homme a peur, cela lui cause du tort et même plus de tort que ce qui devait lui arriver mais lorsqu’un homme fait confiance à Hachem même dans une situation d’angoisse, il sera sauvé même si cela n’était pas prévu, explique Rabenou Yona.

Le Ari zal dit : en période d’épidémie, l’ange du mal et ses armées se promènent dans les rues ; il y a donc lieu de ne pas les rencontrer mais il n’en reste pas moins qu’ils ne peuvent s’en prendre qu’à celui qui a peur et qui manque de confiance en Hachem. Le Ari zal conclut : dans cette période, il faut étudier la Torah et les Kétorète en permanence et alors l’épidémie s’en ira du monde (parole du Ari zal).

Auteur : Rav C. Hagege (Feuillet Néfesh Yéhoudi)Renseignement ou pour recevoir ce feuillet 052.36.76.325