16 juin 2024

Un cuisinier non-juif dans un restaurant Cacher

Question: Dans les derniĂšres Halachot, il a Ă©tĂ© question de l’interdiction de consommer un aliment cuit par un non-juif. Selon cela, il semble qu’il soit interdit de consommer dans tous les restaurants Cachers oĂč des non-juifs sont employĂ©s comme cuisiniers. Dans ce cas, pourquoi ces restaurants bĂ©nĂ©ficient-ils d’un certificat de Cacherout?

RĂ©ponse: Il est d’usage dans de nombreux restaurants « Cacher » que le juif allume le feu dĂšs le matin, et durant toute la journĂ©e, les cuisiniers non-juifs y posent les plats.
La question est: y a-t-il dans de telles conditions l’interdiction de consommer ces plats à titre de cuissons des non-juifs ou pas?

Ce point fait l’objet d’une divergence d’opinion parmi nos maĂźtres les dĂ©cisionnaires mĂ©diĂ©vaux:

Selon certains dĂ©cisionnaires, si le juif allume le feu, mĂȘme si c’est ensuite le non-juif qui pose le plat sur les brĂ»leurs, il n’y a pas d’interdiction Ă  titre de cuissons des non-juifs. (Ceci est l’opinion du RAAVAN, du MORDEH’I, de Rabbenou PĂ©rets, du TEROUMAT HA-DECHEN, et d’autres). C’est ainsi que tranche le RAMA dans ses notes sur le Choulh’an ‘Arouh’ (chap.113-7).

Par contre, selon l’opinion du RAN, du RACHBA, du RIVACH, de Rabbenou Yona et de nombreux autres grands dĂ©cisionnaires mĂ©diĂ©vaux, le fait que le juif allume le feu n’est d’aucune utilitĂ© vis-Ă -vis de l’interdiction des cuissons des non-juifs (par opposition au Din du « pain cuit par un non-juif », mais nous ne nous Ă©tendrons pas ici sur les dĂ©tails de ce Din). Telle est la dĂ©cision de MARAN l’auteur du Choulh’an ‘Arouh’.

A partir de lĂ , puisque selon le RAMA – sur lequel se basent les AchkĂ©nazim –  il est suffisant que le juif allume le feu pour contourner l’interdiction de cuissons des non-juifs, il est donc permis aux AchkĂ©nazim de consommer dans ces conditions. Alors que selon MARAN l’auteur du Choulh’an ‘Arouh’ – sur qui se basent les SĂ©faradim -,  on ne peut autoriser que seulement lorsque le juif pose le plat sur le feu, et selon cela, les SĂ©faradim ne sont pas autorisĂ©s Ă  consommer si le juif a seulement allumĂ© le feu.

C’est pour cette raison que les organismes de Cacherout du Grand Rabbinat d’IsraĂ«l et de la « ‘Eda Ha-H’arĂ©dit » n’exigent pas que le juif pose le plat sur le feu, car ils ne s’imposent pas l’opinion rigoureuse de MARAN l’auteur du Choulh’an ‘Arouh’ sur ce point. Ils se contentent donc que le juif allume le feu dĂšs le matin.

Mais plus tard, les SĂ©faradim commencĂšrent Ă  se pencher surle problĂšme, et demandĂšrent aux diffĂ©rents organismes de Cacherout de veiller Ă  cela, que le juif pose le plat sur le feu, conformĂ©ment Ă  l’opinion de MARAN l’auteur du Choulh’an ‘Arouh’, mais malheureusement, de nombreux endroits ne veillent pas Ă  cette exigence. D’oĂč la question: Les SĂ©faradim sont-ils autorisĂ©s Ă  consommer dans des restaurants oĂč le non-juif pose le plat sur le feu?

Notre maĂźtre le Rav Ovadia YOSSEF z.ts.l a Ă©crit sur ce sujet Ă  de nombreuses occasions, et il tranche que du point de vue de la Halacha, si l’établissement est la propriĂ©tĂ© d’un juif, mĂȘme si le juif se contente d’allumer le feu dĂšs le matin, on peut malgrĂ© tout autoriser mĂȘme selon l’opinion de MARAN l’auteur du Choulh’an ‘Arouh’.

Ceci en raison du fait que selon plusieurs dĂ©cisionnaires, si le non-juif cuisine dans la maison du juif, il n’y a pas de crainte de cuissons des non-juifs, car dans ce cas on ne peut craindre ni « que le non-juif fasse consommer un aliment interdit au juif », ni « que le juif en arrive Ă  s’unir par des liens de mariage avec le non-juif », puisque le non-juif cuisine dans la maison du juif (en particulier si le non-juif est l’employĂ© du juif.)

Il est vrai que cette opinion n’est pas retenue par la Halacha, malgrĂ© tout, lorsqu’on rĂ©uni les deux exigences ensemble, c’est-Ă -dire, que le feu soit allumĂ© par un juif, et que le non-juif place le plat sur le feu dans un restaurant appartenant Ă  un juif en Ă©tant son employĂ©, on peut autoriser Ă  consommer les cuissons du non-juif dans un tel cas. (Voir aussi le livre Halichot ‘Olam tome 7 page 120).

Mais il est interdit aux SĂ©faradim de consommer dans un restaurant (Cacher) appartenant Ă  un non-juif, mĂȘme si c’est un juif qui allume le feu, car selon l’opinion de MARAN l’auteur du Choulh’an ‘Arouh’, cela constitue une transgression de l’interdit des cuissons des non-juif. Ce n’est que dans le restaurant d’un juif qu’il y a matiĂšre Ă  autoriser mĂȘme selon l’opinion de MARAN l’auteur du Choulh’an ‘Arouh’, comme nous l’avons expliquĂ©.

En conclusion: Un restaurant appartenant Ă  un juif, oĂč un juif allume le feu dĂšs le matin et ensuite un employĂ© non-juif pose les plats sur le feu, on peut faire preuve de tolĂ©rance envers les personnes qui s’autorisent Ă  y consommer, mĂȘme s’il s’agit de SĂ©faradim.

Mais il faut Ă  priori faire preuve de vigilance et s’imposer de consommer seulement lorsque le surveillant rabbinique pose lui-mĂȘme les plats sur le feu.
Il est bon de rappeler les cĂ©lĂšbres propos du Gaon H’ah’am TsĂ©vi qui disait:
« Combien il serait souhaitable que nous (les AchkĂ©nazim) nous imposions ne serait ce que quelques unes des H’oumrot (rigueurs) dictĂ©es par le Beit Yossef, car elles sont plus prĂ©cieuses que toutes celles adoptĂ©es par les AchkĂ©nazim. » Fin de citation.

(source: http://halachayomit.co.il/fr)