22 juin 2024

Les captifs selon la Halakha (loi juive)

Cette semaine je traiterai d’un sujet trĂšs dĂ©licat et assez difficile, qui n’est pas directement liĂ© avec notre bulletin mais qui reste malheureusement d’actualitĂ© en Erets. Il s’agit du regard de la Tora sur le rachat des captifs. Mon Ă©tude reste trĂšs sommaire, donc il ne s’agit pas de prendre au pied de la lettre ce dĂ©veloppement, toutefois, cela donnera Ă  mes lecteurs une idĂ©e sur le vaste sujet. J’espĂšre profondĂ©ment que par le mĂ©rite de notre approfondissement, tous nos dĂ©tenus de Gaza retrouveront le chemin de la libertĂ© tant espĂ©rĂ©e et que nos soldats reviendront sains et saufs dans leurs maisons.

Le SĂ©fer Ahavat Hessed, dans son introduction, enseigne que la Tora est remplie de Mitsvoth de ‘Hessed (gĂ©nĂ©rositĂ©). Seulement il existe parmi tous ces commandements la Mitsva de Pidion ChevouĂŻm (rachat des captifs). La Guemara dans Baba Bathra (8) enseigne d’aprĂšs le verset que le rachat des captifs et la plus grande Mitsva qui existe dans ce domaine. Par exemple, si la communautĂ© a rĂ©coltĂ© des fonds pour l’aide aux pauvres ou une autre bonne Ɠuvre, et que se prĂ©sente cette Mitsva du rachat des captifs, les responsables communautaires devront rĂ©orienter les fonds pour les dĂ©livrer. Donc il s’agit d’un commandement qui incombe Ă  tout Ă  chacun de faire le maximum pour libĂ©rer les prisonniers lorsqu’ils ne sont coupables d’aucun dĂ©lit. C’est la plus grande des Tsedakoth qui puisse exister. Si on n’a pas le choix, on devra mĂȘme vendre le SĂ©fer Thora de la communautĂ© pour racheter le captif. Le Choul’han ‘Aroukh (YorĂ© Dé’a 252,2) stipule que celui qui a la possibilitĂ© de libĂ©rer un otage et s’en empĂȘche pour une raison ou une autre, transgresse un interdit de la Tora : « Lo ta’amod ‘al dam rĂ©Ă©kha / ne sois pas insensible au sang versĂ© de ton ami Â» en plus d’autres Mitsvoth. Donc, si parmi mes nombreux lecteurs de la fameuse « Table du Chabbath Â» il se trouvait des gens qui ont le bras long jusqu’au Qatar, voir mĂȘme Gaza ou, plus proche de nous, auprĂšs du recteur de la grande MosquĂ©e de Paris alors il faudra aussitĂŽt lever le combinĂ© tĂ©lĂ©phonique et se mettre au travail au plus vite. Cependant, lisez jusqu’à la fin mon dĂ©veloppement


Seulement cette Mitsva du rachat est bien connue des sources talmudiques. La Guemara dans Guitin (45.) conditionne cette action de libĂ©ration au fait qu’on ne dĂ©passe pas un seuil : la valeur marchande des captifs. En effet, Ă  une Ă©poque reculĂ©e, les pratiques barbares existaient dĂ©jĂ , les gazouis n’ont rien inventĂ©, et peut-ĂȘtre que c’était dĂ©jĂ  leurs ancĂȘtres
 qui sait ? Et frĂ©quemment des groupes de fanatiques enlevaient des paisibles touristes qui passaient des moments inoubliables auprĂšs d’un oasis du dĂ©sert. Semble-t-il qu’il y avait dĂ©jĂ  le Club Med en version cacher
 (Ndlr : « nommer ces terroristes par le mot Â« fanatique Â» c’est une aimable claque donnĂ©e Ă  tous les courants libĂ©raux de la communautĂ© qui ont traitĂ©s durant des dizaines d’annĂ©es la communautĂ© juive orthodoxe par ce mĂȘme mot « fanatique Â»!? Or, de nos jours, se dĂ©voile au grand jour la vĂ©ritable nature de toutes ces peuplades qui prĂŽnent la destruction et la mort ainsi que leurs innombrables disciples qui brandissent le mĂȘme brassard du fanatisme cruel et dangereux qui, sans le dire ouvertement, est une rĂ©miniscence de l’Allemagne nazie, avec pour diffĂ©rence qu’ils agissent ouvertement sans se cacher et en filmant et diffusant leurs crimes en temps rĂ©el dans le monde entier. Donc, je pose cette vĂ©ritable question Ă  mes lecteurs Ă  savoir qui sont les vĂ©ritables fanatiques de la planĂšte : les hommes de BenĂ© Brak / JĂ©rusalem ou les allumĂ©s de Gaza et du Sud Liban en passant par les gauchistes de Paris qui dĂ©filent Ă  l’unisson avec des Ă©tendards appelant au meurtre ? Fin de l’apartĂ©.)

Mais revenons Ă  notre dĂ©veloppement. La Guemara enseigne donc qu’on ne pouvait pas dĂ©passer la valeur des hommes. Deux raisons sont Ă©voquĂ©es. La premiĂšre, afin de ne pas appauvrir la communautĂ© car Ă  l’époque, il n’existait pas d’organisme social qui offrait un salaire minimum, la deuxiĂšme, par crainte que les bandits n’en viennent Ă  se spĂ©cialiser dans le domaine du kidnapping lucratif notamment lorsque c’est un proche parent qui paye la rançon. D’aprĂšs cette raison, on pourra le laisser payer la rançon (il n’y a pas d’appauvrissement de la communautĂ©), mais d’aprĂšs la deuxiĂšme raison, ce sera prohibĂ©). Un autre enseignement (dans Ketouvoth 51) existe au sujet de l’obligation du mari de racheter sa femme prisonniĂšre. En cas de kidnapping, c’est une des obligations inscrites dans la Ketouba (acte de mariage) de racheter sa femme. Est-ce que le mari devra dĂ©penser plus que sa valeur (ndlr : c’est sĂ»r que nos Ă©pouses n’ont pas de prixn’est-ce pas ?).

Un premier avis considĂšre que cela fait partie des obligations du mariage donc le mari, devra racheter sa femme Ă  n’importe quel prix (en fonction de ses capacitĂ©s). D’aprĂšs un second avis, rabban Gamliel, l’obligation inscrite dans la Ketouba est identique au cas classique qui prĂ©cise que l’on ne devra pas dĂ©passer la valeur commune.

Le Tour tranche comme le Roch : un homme pourra dĂ©passer de beaucoup la valeur commune de sa femme car « ichto kegoufo » son Ă©pouse est considĂ©rĂ©e comme son propre corps. Or, par rapport Ă  soi-mĂȘme, on peut dĂ©penser toute sa fortune pour se libĂ©rer. Le Choul’han ‘Aroukh (Even Hazer 78.2) tranche comme l’avis de rabban Gamliel tandis que le Rama comme le Tour.

Comment dĂ©finir la valeur d’une personne ?

A une Ă©poque reculĂ©e il existait le marchĂ© aux esclaves et suivant les capacitĂ©s du serviteur (physiques et intellectuelles) on fixait un prix. Cependant, de nos jours puisqu’il n’en existe plus, certains dĂ©cisionnaires considĂšrent que tout dĂ©pend des circonstances (capacitĂ© financiĂšre et autres) (Pit’hĂ© Techouva 242,5).

Il existe une autre Guemara intĂ©ressante (Guitin 58) au sujet d’un enfant qui Ă©tait captif Ă  Rome. Rabbi Yehouchoua’ l’a su et a dit : « Je paierais tout l’argent du monde pour le dĂ©livrer Â». Tossafoth s’étonne : « Nous savons le principe qu’on ne peut pas racheter les captifs au de-lĂ  de leur valeur, donc comment rabbi Yehochoua se permet de payer une trĂšs forte rançon ? Â»

RĂ©ponse : le cas est diffĂ©rent car il y avait un danger de mort qui pesait sur l’enfant.

Cet enfant Ă©tait particuliĂšrement intelligent et rav Yehochoua savait qu’il deviendrait un grand rav. D’aprĂšs la premiĂšre rĂ©ponse de Tossafoth, dans le cas oĂč il y a danger de mort, on n’appliquera pas le principe de ne pas racheter le captif plus que sa valeur.

Au niveau des grands Poskim, le Rambam tranche que dans tous les cas on ne devra pas payer une rançon plus que la valeur. D’autres dĂ©cisionnaires plus tardifs permettent de payer une plus forte rançon (Yam chel Chelomo 3, 66/72).

Dans le cas oĂč l’on doit libĂ©rer des terroristes dans la transaction, est-ce que le cas sera similaire ?

La Guemara dans SanhĂ©drin (73) nous apprend qu’un homme doit tout faire pour sauver son prochain d’un danger certain. On l’apprend du verset de la sainte Tora : « Tu ne seras pas insensible au sang versĂ© de ton prochain Â». Le Talmud de JĂ©rusalem considĂšre qu’on devra aller jusqu’à se mettre en danger pour sauver son frĂšre. Cependant, le Beth Yossef (‘H. M. 426) ne tranche pas comme ce dernier avis. Au final, on ne devra pas se mettre en danger pour accomplir cette Mitsva de sauvetage. Les Posskim de notre Ă©poque (Chevet HalĂ©vy H. 8 .87) rajoutent que dans le cas oĂč il existe une faible probabilitĂ© de danger, on devra accomplir le sauvetage. D’autre part, dans une autre responsa, il Ă©crit qu’on ne devra pas prendre en compte le danger futur lorsque la vie des otages est en jeu.

Un autre point est Ă  mettre dans la balance : lorsqu’il s’agit d’une guerre. Il est dans les prĂ©rogatives d’un Ă©tat d’entrer en guerre avec son voisinage pour des raisons tactiques et de gestion du pays et par consĂ©quent de mettre sa population en danger. Si la libĂ©ration des otages entraĂźne des perturbations dans l’accomplissement de la guerre, par exemple que la rançon renforce les ennemis, l’Etat n’est pas tenu de sauver ses dĂ©tenus (d’aprĂšs le Min’hath ‘Hinoukh sur la Mitsva 425 et 604 ; H. Sofer H. M. 44 ; Netsiv Ha’émek Davar BerĂ©chith 9,5).

En 1970 des avions ont Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©s vers la Jordanie. Parmi les passagers se trouvait rav Hutner Zatsal, un grand rav d’AmĂ©rique avec sa famille. Ses Ă©lĂšves ont voulu rĂ©unir de l’argent et faire des tractations avec les terroristes pour sauver le rav et sa famille. La sommitĂ© de Tora aux USA, rav Ya’akov Kaminietski (Ă  ne pas confondre avec le rav ‘Haim Kanievski de BenĂ© Brak) avait repoussĂ© l’offre des Ă©lĂšves du rav Hunter en expliquant qu’à pareille Ă©poque la situation Ă©tait celle d’une guerre et qu’il ne fallait pas perturber le cours des choses


Rav David GOLD