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De Valentin à Avraham (2ème partie)

Après avoir été lâchement dénoncé, Avraham fut arrêté et emprisonné par la police qui informa immédiatement ses parents que leur cher fils avait été retrouvé, mais que celui-ci avait abjuré la religion chrétienne en se convertissant au judaïsme.

Bouleversés, ses parents accoururent, et insistèrent pour ramener leur tendre Valentin à la raison et dans sa religion d’origine. Les plus hautes autorités religieuses intervinrent également dans ce sens, lui expliquant l’immense honte pour ses parents, une famille de nobles, d’avoir un fils qui avait aussi mal tourné. Mais en vain, toutes leurs argumentations restèrent parfaitement stériles.

Ses parents d’une richesse incommensurable, étaient prêts s’il renonçait en public au judaïsme, de lui construire un beth hamidrach privé, où il pourra étudier seul et sans contrainte. Mais Avraham répondait sans faiblir que la loi juive constituait sa conviction profonde et sacrée et qu’il était prêt, s’il le fallait à mourir par fidélité à sa foi.

Un Jour, un évêque important de l’église lui expliqua que son attitude était tout à fait illogique et voici ses paroles : « Si D.ieu avait voulu que tu sois Juif, Il t’aurait fait naître de parents Juifs. Mais puisque tu es né de parents chrétiens, cela prouve qu’Il veut que tu sois chrétien, comme tes pères!»

Mais Avraham lui répondit : «  Lorsque Hachem a donné la Torah au Mont Sinaï. Il l’a tout d’abord proposée à toutes les nations du monde, qui l’ont refusée. Cependant Il n’a pas fait du porte à porte vers chaque individu pour lui proposer la Torah. Il l’a présentée aux chefs de chaque peuple et nation. Parmi eux, certainement y avait-t-il eu nombres de personnes qui auraient souhaité recevoir la Torah; mais elles en furent empêchées par les décisions de leurs autorités. Toutefois Hachem ne prive aucune créature de la récompense qu’elle mérite. Il a prévu dans Sa bonté suprême que les âmes des descendants de ceux qui auraient voulu recevoir la Torah seraient dispersées dans toutes les générations et accéderaient individuellement à leur place dans le peuple Juif par une démarche vers leur conversion. Inversement, parmi l’ensemble des Enfants d’Israël qui acceptèrent la Torah, il devait bien y en avoir qui personnellement, auraient préféré la refuser. Mais portés par l’acceptation de l’ensemble du peuple, ils sont entrés dans la vie Juive, malgré eux. Leurs descendants forment ceux qui ont trahi et quittent le Judaïsme à une époque ou à une autre. »

L’évêque déconcerté et voyant qu’ils ne réussissaient pas à influencer le fils Potoçki, n’avait pas d’autres choix de lui infliger d’atroces souffrances physiques et morales. Après un long emprisonnement et un procès pour hérésie, il fut condamné à être brûlé vif à Vilna, le second jour de Chavouot de l’année 1749. Sentence qu’il accepta de grand cœur, en expliquant même, qu’il était heureux de purifier son corps par le feu, de tous aliments impurs qu’il avait consommés avant de devenir Juif.

Le Gaon de Vilna lui envoie un message lui offrant la possibilité de le secourir en utilisant la Kabbale. Mais Abraham ben Abraham refuse, préférant mourir « al kiddoush Hachem/en sanctifiant le nom de D.ieu » et s’enquiert auprès du Gaon de la prière qu’il devra réciter juste avant de mourir. Le Gaon de Vilna le manda de réciter la bénédiction suivante : « Baroukh ata Ha-Chem…vetsivanou leqadèch eth chemo be’rabim/Béni sois-Tu…qui nous a ordonné de sanctifier le Nom en public ».

Comme il était en ces temps très dangereux pour un Juif d’assister à l’exécution, la communauté juive envoya un Juif ne portant pas la barbe, pour se mêler à la foule afin qu’il puisse l’écouter et lui répondre « amen ». Il réussit aussi, par corruption, à se procurer quelques cendres du martyr, lesquelles furent ensuite enterrées dans le cimetière juif.

Le Jour même de son exécution est né Rabbi Haïm de Vologin, le plus grand des disciples du Gaon de Vilna, fondateur de la grande Yéchiva de Vologin. En 1796 le Gaon de Vilna quitta ce monde, et fut enterré juste à côté de Avraham ben Avraham.

On considère que Chavouot est le moment de raconter l’histoire de Potoçki parce Chavouot est l’anniversaire de son exécution. Une réflexion doit venir à l’esprit : Chavouot étant la « célébration » du don de la Torah au mont Sinaï et le moment d’accepter de recevoir la Torah, les arguments qu’utilisa Avraham contre l’évêque, de l’attitude de nos pères lors du don de la Torah peuvent nous inspirer sur la manière de prendre sur nous les engagements et notre façon d’accepter la Torah. Étaient-ils parmi l’ensemble des Enfants d’Israël qui acceptèrent la Torah, ou ceux portés par l’acceptation de l’ensemble du peuple ?

De Valentin à Avraham (1er partie)

Au dix-huitième siècle en Pologne vivait le comte Potoçki. Issu d’une famille aristocratique catholique polonaise religieuse. Ce comte avait un fils Valentin, particulièrement brillant, qui suivit un cursus d’études théologiques chez les prêtres. Dans son parcours il étudia également les premiers chapitres du pentateuque, or. l’étude de ces textes a suscité de graves doutes dans l’esprit du jeune Valentin à propos de la foi chrétienne dans laquelle ses parents l’avaient élevé. Il interrogea ses maîtres, mais ceux-ci s’avérèrent incapables d’y répondre.

Constatant que leur élève se montrait sensible à la l’étude du livre de Beréchit, ainsi que dans les premiers chapitres du deuxième livre, ils craignaient qu’il se penche davantage sur les études juives, décidèrent de lui cacher l’existence du troisième volet du pentateuque, le livre de Vayikra. En effet il pourrait découvrir nombre de règles de pureté et de sainteté susceptibles de l’attirer vers le judaïsme.

Le comte Potoçki faisait régulièrement appel à un juif pour amuser sa cour à l’occasion des fêtes qu’il organisait dans son palais. Une fois un de ces festins eut lieu un vendredi, et à l’approche de Chabat, le juif demanda l’autorisation de rentrer chez lui plus tôt pour pouvoir accueillir Chabat dignement. Mais le comte, déjà sous l’emprise de l’alcool, refusa catégoriquement, et rajouta que l’on flagelle le juif en public pour son effronterie. Un spectacle très apprécié par la cour polonaise, qui se délecta de cette terrible exhibition. Mais finalement, avec ce qui lui restait de force, ce juif rentra chez lui, ses plaies et s’habilla en l’honneur de Chabat, puis entonna mélodieusement « lékha dodi » pour recevoir Chabat dignement.

Entre temps, Valentin, outré par l’attitude de son père, et inquiet de la santé du juif, se dit que ce Juif n’était pas en mesure de panser ses blessures. Il prit donc un lot de pansements et se rendit chez le Juif, s’attendant à le trouver dans un état de grandes souffrances. Quelle ne fut pas sa surprise en arrivant chez le juif ! De le voir à une belle table, agréablement éclairée, entourée de sa famille, tous heureux de ce repas de Chabat.

Il réfléchit à la honte et à la souffrance que ce juif venait d’endurer un peu plus tôt, et qui se montrait si rapidement capable de se relever. Valentin fut tellement impressionné par cette vision, que dès lors il était décidé à s’intéresser de plus près au judaïsme et à l’étude de ses textes sacrés.

Valentin réfléchit au fait que ses maîtres avaient curieusement cessé l’étude du pentateuque, il décida donc d’aller à la découverte des parties du texte que ses maîtres lui cachaient. Au château des Potoçki l’eau potable était fournie régulièrement par les soins d’un jeune juif, qui attira particulièrement l’attention de Valentin. Notre jeune Potoçki en plein questionnement, n’hésita pas à lui demander de lui enseigner la Torah. Cette expérience lui fit une si forte impression, qu’il lui demanda de lui apprendre l’hébreu. En six mois, il avait acquis une grande compétence dans le langage biblique et un fort penchant pour le judaïsme

lors de l’étude du ‘houmach Vayikra, ils abordèrent les lois de pureté et d’impureté, et notamment celle de la mystérieuse purification par le mikvé. Valentin très étonné et curieux de découvrir cette vertu du mikvé, décida dans d’expérimenter une immersion dans le mikvé. Étant donné la sincérité de sa recherche, étant donné surtout qu’Hachem vient en aide à ceux qui cherchent à se purifié, il arriva qu’en sortant du mikvé, il ressentît une transformation complète s’opérer en lui. Il fut pris d’une grande sainteté, et son cœur brûla du désir de devenir Juif.

Potoçki se rendit alors à Rome, puis à Amsterdam, l’un des rares lieux dans l’Europe de l’époque où les chrétiens pouvaient ouvertement se convertir au judaïsme, après s’être convaincu qu’il ne pouvait plus rester catholique. Là, il prit sur lui d’embrasser la religion d’Abraham, et c’est à Amsterdam, qu’eut lieu la Brit Mila et la conversion du jeune Valentin Potoçki. Adoptant le nom d’Abraham ben Abraham.

Devenu un digne converti, se consacrant à l’étude de la Torah et accomplissant les mitsvot avec sincérité et enthousiasme, après avoir séjourné pendant une courte période en Allemagne, un pays qu’il détestait, il retourna en Pologne. Pendant un certain temps, il vécut avec les Juifs du village d’Ilye, où peu de membres de la communauté étaient au courant de sa véritable identité.

Un jour, il vit un jeune homme qui se mit à parler avec un ami pendant la Téfila, alors qu’il portait les Téfiline. Bouleversé de leur comportement, il lui en fit le reproche. Cependant vexé d’avoir était sermonné par un « converti », il décida de se venger en le dénonçant à la police. Il révéla l’identité de Potoçki, que l’on recherchait depuis longtemps, ce qui mena à l’arrestation du dévoué Avraham. À suivre