4 décembre 2022

Des vertus de la période appelée CHOVAVIM

L’auteur de Beer Hétev rapporte les propos du Ari, zal, sur cette période allant de la lecture de la section hebdomadaire Chémoth à Michpatim: Ce sont des jours propices au tikoun, à l’éveil spirituel, au repentir, et l’accroissement de la foi en Dieu (voir aussi Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 685:2).

En fait, on peut se demander pourquoi ils revêtent une importance si particulière. Le mois d’Eloul est également très propice pour la téchouvah, et l’approche du jour de Kipour fait littéralement frémir… Qu’y a-t-il pendant ces jours où d’aucuns jeûnent ou s’astiennent de parler (voir plus haut Beer Hétev), et qui n’existe pas au mois d’Eloul?

Nous devons avant tout louer Dieu qui a imprégné de sagesse, d’intelligence et perspicacité les Sages et Prophètes d’Israël, qui ont merveilleusement divisé les sections hebdomadaires de la Torah. Moïse a retranscrit la Torah de la bouche de Dieu, de façon si parfaite qu’on peut interpréter de mille façons chacune de ses lettres. Le Talmud (Ména’hoth 29b) rapporte que Rabbi Akiva suggérait des milliers de halakhoth sur chacune des «couronnes» (Taguim) à la pointe des lettres. La Michnah (Avoth chap.5, fin) préconise de tourner et retourner la Loi en tous sens, car tout y est inclus (voir aussi Tana Débé Elyahou Zouta, 17). La Torah — secret des secrets — fait allusion à tout. Heureux celui qui peut en déceler un! Heureux celui qui ne «se détourne de la Torah, ni à droite, ni à gauche» (Deutéronome 17:11).

Moché nous a imposé de lire des sections de la Torah les samedis et jours de fête (Yérouchalmi, Méguilah 4:1; Rambam Hilkhoth Téfilah 12:1), et Ezra d’en lire les lundis et jeudis, ainsi que le Chabath après-midi (Yérouchalmi, id. Bava Kama 82a). Une question difficile se pose: ne sommes-nous pas obligés de l’étudier constamment, comme il est écrit: «Médite le livre de la loi jour et nuit» (Josué 1:8); «Qu’il ne s’éloigne point de ta bouche» (id.); «Tu en parleras à tes enfants, quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage…» (Deutéronome 6:7); «S’il n’y avait Mon alliance (la Torah) le jour et la nuit, Je n’aurais pas établi les lois des cieux et de la terre» (Jérémie 33:25); «Engagez-vous assidûment dans l’étude de la loi» (Torath Cohanim, id.) sur le verset: «si vous suivez mes lois…» (Lévitique 26:3).

Pourquoi ne se contenterait-on pas par exemple de la lire une fois par an? Pourquoi en outre sept personnes doivent-elles monter à la Torah le Chabath (et non six ou huit)? (Méguilah 21a; Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 282:1). Pourquoi enfin le Saint, béni soit-Il, nous a-t-Il ordonné de nous souvenir toute notre vie, jour et nuit, de la sortie d’Egypte (Deutéronome 16:3; Bérakhoth 16:3). Ne pourrait-on pas s’en souvenir seulement pendant la fête de Pessa’h, ou une fois par mois par exemple…

Avant de fournir des réponses à toutes ces questions, mentionnons ce passage important du Zohar (I, 10b; II, 82b; III, 152b): «Malheur à celui qui estime que la Torah sainte raconte des récits profanes; toute la Torah n’est qu’un ensemble de secrets redoutables… Chacune de ses lettres guide l’homme dans sa vie. Ce sont des perles qui éclairent son chemin» (III, 202a). Ainsi, plus élevé est le niveau auquel on accède, plus on a besoin de conseils judicieux, car chacun des conseils qu’on prodigue à l’homme n’est valable qu’au cours de la période où on la lui prodigue (et pas au niveau supérieur où il est arrivé). Il convient par conséquent de s’engager assidûment dans l’étude de la Torah pour savoir quel conseil recevoir.

Si on s’abstient d’étudier la Torah, si on ne sert pas Dieu comme il convient, c’est signe que les conseils qu’on a reçus ne sont pas assez judicieux pour livrer bataille au mauvais penchant, et qu’on est susceptible de se laisser vaincre par lui. Car le yetser hara’ (mauvais penchant) ne vise qu’à faire fauter l’homme, l’affaiblir, et qu’à lui faire subir des épreuves pour le dissuader d’étudier la Torah, de réciter les prières, et d’accomplir des mitsvoth. Il est même susceptible de lui faire renier Dieu…

Il ne suffit donc pas d’être imprégné de foi; de réciter des prières; de faire la charité, d’entendre des leçons de Torah et de faire de bonnes uvres. Nous sommes tenus de nous engager assidûment dans l’étude de la Torah: nous recevrons alors l’aide divine qui nous permettra d’accomplir les mitsvoth avec plus d’enthousiasme, et d’anéantir toute trace du mauvais penchant. Notre triomphe sur nous-mêmes nous comblera aussi bien dans ce monde-ci que dans le monde futur.

Nos Sages nous ont donc ordonné de lire en public des sections de la Torah parce qu’il y a des Juifs qui étudient la Torah chez eux sans comprendre, dans le seul but de s’acquitter de la mitsvah d’étudier la Torah. Or, comme nous l’avons vu, il convient essentiellement de suggérer des idées personnelles et originales sur la Torah, de comprendre pourquoi on accomplit telle et telle mitsvah, et de la connaître à la perfection. Le Talmud (Sanhédrine 99a), préconise à cet effet de revenir constamment sur ce qu’on a étudié.

L’étude de la Torah nous permet de nous imprégner de la force de caractère de nos ancêtres, qui ont réussi à anéantir leur mauvais penchant à tel point qu’ils sont devenus le «Chariot de la Providence Divine» (Béréchith Rabah 82:7; Zohar I, 213b). S’ils ont accédé à ce niveau, c’est exclusivement par leur étude assidue de la Torah. Et lorsqu’ils ont désiré se reposer un peu de leur tâche, des malheurs se sont abattus sur eux. C’est le cas par exemple de notre Patriarche Jacob (Béréchith Rabah 84:1; Rachi, début de Vayéchev). La chalvah, repos (dont la valeur numérique (341) est similaire à celle de achem, coupable) conduit le mauvais penchant à trouver une petite ouverture pour s’introduire dans le cur de l’homme et le rendre coupable.

Nos Sages ont donc établi la lecture de sections de la Torah les lundis et jeudis, ainsi que le Chabath après-midi à Min’hah, pour que nous nous en imprégnions bien et que nous puissions découvrir de nouveaux éclaircissements de Torah…

Nous réfléchirons ainsi aux miracles accomplis par l’Eternel en faveur de nos Patriarches; nous méditerons sur la Création, les dix plaies, la mort des quatre-cinquièmes des enfants d’Israël qui ont refusé de sortir d’Egypte (Tan’houma, Béchala’h 1); la foi en Dieu et en Moïse son serviteur, le passage de la Mer Rouge, la bataille d’Amalek engendrée par l’affaiblissement de l’étude de la Torah (Békhoroth 5b; Tana Débé Elyahou Rabah 23); les miracles accomplis sur la Mer Rouge (Mékhilta, Chémoth 15b), le don de la Torah, etc. Nous y puiserons des forces pour combattre notre mauvais penchant et triompher de lui.

Si la Torah a fixé à sept le nombre de personnes qui doivent monter à la Torah le Chabath, c’est pour puiser des forces, s’imprégner de l’aide divine pour les six jours de la semaine, et combattre le mauvais penchant. La septième représente le Chabath où tous les esprits malfaisants fuient, et où on peut dominer le yetser hara’… Car le Chabath constitue l’apogée de la pureté, de la sainteté, et de l’étude de la Torah (Tana Débé Elyahou Rabah 1). Ainsi, celui qui s’engage assidûment dans l’étude de la Torah, tout comme celui qui ne fait que l’entendre ou la lire sans comprendre, peuvent accéder à des niveaux spirituels extrêmement élevés. Ils savourent l’avant-goût du monde futur. Car, comme l’enseigne le Talmud (Yérouchalmi, Demaï, 4:1), l’épouvante du Chabath s’empare même de ces gens simples. Celui qui exploite cette journée sainte pour approfondir ses connaissances de la Torah sera heureux dans ce monde-ci et dans le monde futur. L’influence de cette étude le protégera les six jours de la semaine.

Le huitième qui monte à la Torah (maftir), incarne des degrés extrêmement élevés (cf. Kohéleth Rabah 11:5). Comme nous l’avons vu, le chiffre huit est au-dessus du compte, au dessus de la nature… Celui qui a atteint la perfection le Chabath, peut mériter le monde futur, et il lui sera très difficile de se séparer le samedi soir de l’âme supplémentaire qu’il a reçue le Chabath (Betsah 16a).

Cette période, qui porte le nom de Chovavim, est donc très importante parce qu’on y lit les sections hebdomadaires de la Torah qui traitent de la descente des enfants d’Israël en Egypte, du décret de la mort des enfants de sexe masculin, des cris poussés par les enfants d’Israël dans leur terrible asservissement, du dévouement exemplaire des sages-femmes, Chifrah et Pou’ah (Yokhéved et Miriam) et de leur récompense: batim (les maisons) des Cohanim, des Lévites et la Royauté (Sotah 11b); de Bath-Yah (la fille de Dieu) qui sauva Moïse des eaux du Nil. Le texte parle de batim (au pluriel), allusion à beaucoup de Bathyah (qui sauva Moïse), beaucoup de batim, parce que Moïse équivaut à l’ensemble (des batim) d’Israël (Chir HaChirim Rabah 1:64). Bathyah est envoyée pour sauver individuellement chaque Juif, et Moïse qui fut sauvé par elle, sauve le Peuple d’Israël par la Torah.

Ces Parachiyoth mentionnent également la médisance qui a tellement prolongé notre exil, la révélation de Dieu précisément sur le buisson ardent pour montrer aux enfants d’Israël qu’Il se trouve «avec lui dans la détresse» (Psaumes 91:16; Tan’houma, Exode 13), la sortie d’Egypte après les dix plaies, le passage de la Mer Rouge, la descente de la manne, le don de la Torah, et la glorification du Nom de Dieu au sein des Nations.

Les Chovavim renforcent sensiblement notre étude de la Torah, et notre foi et notre confiance en Dieu; ils nous aident à réciter nos prières avec le maximum de ferveur et à hâter la Rédemption. Ils implantent en nous toutes les vertus. La dernière parachah, Michpatim, nous apprend que pour accéder à ces vertus et arriver à accomplir toutes les mitsvoth et les michpatim (lois), il convient de s’engager assidûment dans l’étude de la Torah (section hebdomadaire Yithro) [allusion à Torah avec le collel (plus 1) et Youd qui représente la ’Hokhmah  sagesse] pour exécuter à la perfection les préceptes divins (section hebdomadaire Michpatim).

C’est qu’il ne suffit pas d’être imprégné d’une foi sincère en Dieu et de faire de bonnes actions; ce qui prime, c’est l’étude constante et régulière de la Torah. L’étude assidue de la Torah nous permet d’apprendre et mettre soigneusement en pratique les ordonnances divines (Deutéronome 5:1); car «ce n’est pas l’étude qui est l’essentiel, mais la pratique» (Avoth 1:17; Zohar III, 218a). L’étude de la Torah et l’accomplissement de mitsvoth, nous permettent enfin de triompher en toute occasion du mauvais penchant.

Outre tous ces sujets importants, les parachiyoth qu’on lit au cours de cette période de Chovavim traitent de toutes les fêtes, ainsi que de la mitsvah des téfiline, du Chabath et de la circoncision, qui équivalent à tous les préceptes divins (Yérouchalmi Bérakhoth 1:5; Chémoth Rabah 25:16; Zohar II, 89a).

Amalek qui a livré bataille à Israël, fait allusion à Haman (Pourim) et aux Grecs (’Hanoukah) qui visaient à exterminer spirituellement les Juifs; la sortie d’Egypte fait allusion et conduit à Pessa’h; le don de la Torah (les dix commandements) fait allusion à Chavou’oth; la plaie des ténèbres, au cours de laquelle périrent les quatre-cinquièmes des enfants d’Israël, fait allusion à la destruction du Temple engendrée par la haine gratuite et la médisance (Yoma 9b)… Les cinquante jours de téchouvah qui séparent la sortie d’Egypte du don de la Torah, et qui visaient à corriger les quarante-neuf portes de l’impureté, correspondent aux cinquante jours, qui s’écoulent depuis le premier Eloul jusqu’à Chémini Atsereth, qui comprennent Roch Hachanah, Kipour, Soucoth, Hochanah Rabah et Sim’hath Torah, au cours desquels on se repent de ses mauvaises actions. Même Tou Bichvat, qui est une sorte de Roch Hachanah, tombe pendant cette période de chovavim. Ainsi toutes les fêtes y sont représentées.

En ces jours, l’assistance divine nous imprègne pour le reste de l’année, renforce notre foi en Dieu et notre étude de la Torah. Le souvenir de la sortie d’Egypte en cette période de Chovavim sanctifie tous les jours de l’année.

(Source:https://hevratpinto.org)