16 juin 2024

Vezot Haberakha : Finir par comprendre

« Et il ne s’est plus levĂ© de prophĂšte en IsraĂ«l comme MochĂ©, auquel Hachem S’est fait connaĂźtre face Ă  face
 et pour toute la main forte, et pour toute la grande terreur qu’a faites MochĂ© aux yeux de tout IsraĂ«l. » DĂ©varim (34 ; 10-12)
Rachi vient nous expliquer les derniers mots de la Torah : « aux yeux de tout IsraĂ«l », en disant : « Son cƓur l’a poussĂ© Ă  briser les Tables de la Loi sous leurs yeux ».
Aussi Ă©tonnant que cela puisse paraĂźtre, la Torah ne termine pas avec un « happy end », mais au contraire en rappelant un Ă©vĂšnement plutĂŽt dur, celui de la destruction des Tables de la Loi aprĂšs la faute du veau d’or.
Pourquoi se quitter sur un Ă©pisode aussi triste ? Quel est le sens de l’acte de MochĂ© et en quoi est-il important ?
La Torah vient nous rappeler le grand acte de MochĂ© et souhaite que nous en percevions l’utilitĂ© et les consĂ©quences positives.
Au moment oĂč tout le peuple d’IsraĂ«l s’apprĂȘte Ă  clĂŽturer la lecture des cinq Livres et Ă  fĂȘter Sim’hat Torah, Hachem, estimant ce moment particuliĂšrement propice, nous transmet alors un prĂ©cieux message afin de mieux recommencer une nouvelle lecture de la Torah et une nouvelle annĂ©e.
Comme nous le savons et le constatons tous, nous sortons ce jour-là dans nos communautés, tous les Sifrei Torah et leurs accessoires du Heikhal.
Les fidĂšles ne lĂ©sinent pas sur l’achat des Mitsvot, comme l’ouverture, la fermeture du Heikhal, ou le port du SĂ©fer Torah.
On dépense de belles sommes pour les Rimonim ou autre décoration du Séfer Torah. Cet aspect de la Torah nous plaßt, ce sont des moments forts. Chantez, dansez, Kavod à la Torah !
Les synagogues sont pleines : des hommes « ivres » de joie, des femmes « armées » de bonbons, et des enfants munis de leur mini Sefer Torah en peluche qui imitent les grands. Personne ne manque ce grand évÚnement tellement spécial.
Le ‘Hafets ‘Haïm nous explique cet engouement et les risques qu’il comporte, si l’on ne s’en tient qu’à cela, au moyen de la parabole suivante :
C’est l’histoire de Rivka et Sarah, deux sƓurs aux destins opposĂ©s.
Rivka Ă©pousa un homme riche, elle connait les voyages, les hĂŽtels, les bijoux et mĂšne une vie de grand standing. Sarah quant Ă  elle, Ă©pousa un homme de condition modeste, ils bouclent tout juste les fins de mois, le mobilier est le mĂȘme depuis le dĂ©but du mariage, ses vĂȘtements sont un peu dĂ©modĂ©s, etc.
AprÚs quelques années, Rivka et Sarah se rencontrent.
Rivka demande Ă  sa sƓur : « Puis-je te poser une question ? Comment peux-tu ĂȘtre aussi heureuse en vivant tellement Ă  l’étroit ? »
Sarah lui répondit par la question inverse : « Pourquoi es-tu aussi triste malgré ton train de vie de princesse ? » suite p3
Alors Rivka lui expliqua : il est vrai qu’elle avait dĂ©jĂ  fait deux fois le tour du monde, qu’elle ne manquait de rien, ni de vĂȘtements, ni de bijoux
  mais son mari ne la considĂ©rait pas comme sa femme. Il ne lui demandait jamais conseil, ne la consultait pour rien, elle se sentait aussi importante que la belle bibliothĂšque qui trĂŽnait dans leur salon.
Et Sarah Ă  son tour lui dĂ©crivit sa vie. Il est vrai que son mobilier n’avait jamais changĂ©, que ses vĂȘtements n’étaient pas renouvelĂ©s souvent
 mais son mari la considĂ©rait vraiment comme sa femme, il s’inquiĂ©tait de sa santĂ©, sa vie, c’Ă©tait leur vie, son avis Ă©tait primordial

C’Ă©tait cette considĂ©ration qui rendait Sarah heureuse, tandis que c’Ă©tait l’absence de considĂ©ration qui rendait Rivka malheureuse.
Le ‘Hafets ‘HaĂŻm nous explique ensuite que la Torah est notre « Échet ‘Hayil », cependant il y a deux types de comportements que l’on peut adopter Ă  son Ă©gard : la considĂ©rer et la consulter, ou bien s’en tenir Ă  l’orner de Rimonim et de beaux tissus.
Ne soyons pas comme le « Mr Rivka », pour qui sa femme n’est qu’une accompagnatrice, mais avec qui, il ne vit pas.
On peut acheter, dĂ©corer, honorer la Torah, mais il ne faut pas s’arrĂȘter lĂ . On doit consulter la Torah, la craindre, la respecter, l’Ă©couter, vivre avec Elle et pour Elle. C’est lĂ , la vĂ©ritable considĂ©ration.
En cassant les Tables de la Loi aprĂšs la faute du veau d’or, MochĂ© nous a enseignĂ© que la Torah n’Ă©tait pas juste faite pour rester dans les Arone Hakodech. On ne peut pas vivre avec le veau (exclure la Torah) et possĂ©der la Torah (dans une boĂźte).
Si on ne pratique pas la Torah, il n’y a pas de Torah, on ne peut pas se dire respecter et aimer la Torah en dansant avec elle ou l’ornant de jolies dĂ©corations, et d’un autre cĂŽtĂ© ne pas Ă©couter ses Lois. Ce serait lui faire un affront, se moquer d’Elle !
MochĂ©, devant leur comportement irrespectueux, a dĂ» briser les Tables de la Loi parce qu’elles n’Ă©taient plus d’aucune utilitĂ©. Nous devons comprendre que la Torah nous a Ă©tĂ© donnĂ©e afin d’ĂȘtre respectĂ©e et pratiquĂ©e.
Si, aprĂšs la lecture de 54 parachiotes retraçant l’histoire de nos Patriarches, la sortie d’Égypte, le don de la Torah
 nous n’avions toujours pas compris le message, la Torah en guise de conclusion, nous dit les choses sans Ă©quivoque, en mentionnant pour conclure l’évĂšnement majeur des Tables de la Loi brisĂ©es.
Avant d’entreprendre nos achats pour Sim’hat Torah, rappelons-nous que le but principal du don de la Torah est de l’Ă©tudier en vue de l’appliquer.
MĂȘme si l’un n’empĂȘche pas l’autre, le plus grand bonheur pour une femme, n’est pas tant les cadeaux et leurs valeurs, que l’intention qui a motivĂ© leur achat, l’attention et l’effort qui l’ont accompagnĂ©.
Jusqu’Ă  quand un ‘Hatan est-il considĂ©rĂ© comme ‘Hatan ? Tant qu’il considĂšre sa Cala comme une reine.Notre peuple est mariĂ© Ă  la belle Torah, traitons-la comme il se doit, avec tous les Ă©gards qu’elle mĂ©rite, et nous serons souverains parmi les peuples.

Rav Mordekhai Bismuth