22 juin 2024

SIM’HA BETH HACHOEVA

Sim’ha Beth HachoĂ©va, dĂ©finition

C’est au dĂ©but du cinquiĂšme chapitre du TraitĂ© Souka, que nous abordons les Michnayot qui dĂ©crivent le dĂ©roulement des festivitĂ©s de Sim’ha Beth HachoĂ©va.

Sim’ha Beth HachoĂ©va se traduit par « la joie de la maison du puisement Â».

Il s’agit du puisement de l’eau qui servait Ă  la libation d’eau – Nissou’h HamaĂŻm, comme il est dit dans (YĂ©chayahou12, 3) : « Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources du salut. Â»

C’est un grand orchestre, au son de la flĂ»te essentiellement, qui rythmait les festivitĂ©s de Sim’ha Beth HachoĂ©va au Beth Hamikdach.

Ces festivitĂ©s, qui n’avaient lieu ni Chabbat, ni Yom Tov, car ces jours interdisent de jouer des instruments de musique, se tenaient uniquement les soirs de ‘Hol HamoĂ«d.

La Michna nous enseigne que : « Quiconque n’a pas vu la joie de Beth HachoĂ©va n’a pas vu de joie dans sa vie Â». Pour ressentir cette joie de nos jours, le Sfat Emet prĂ©conise une participation mentale Ă  ces rĂ©jouissances, afin de s’en imprĂ©gner.

L’étude de ces Michnayot sera indispensable pour nous permettre d’y rĂ©flĂ©chir et d’y participer avec le cƓur, en attendant la reconstruction imminente du Beth Hamikdach.

Comment se dĂ©roulaient ces jours de fĂȘte au Beth Hamikdach ?

A l’issue du premier jour de fĂȘte de Soukot, on descendait dans la Ezrat Nachim (courrĂ©servĂ©e aux femmes), et on installait une estrade sur laquelle se tenaient les femmes. Cette estrade avait pour fonction de les sĂ©parer des hommes. Ainsi les femmes, qui se tenaient en hauteur, surplombaient le spectacle, sans que les hommes ne puissent croiser leurs regards.

Il y avait aussi deux lampadaires, hauts de cinquante amot (environ vingt cinq mĂštres), surmontĂ©s de quatre vases d’or. Chaque vase Ă©tait Ă©quipĂ© de quatre Ă©chelles.
Quatre jeunes Cohen, agiles, forts et de belle apparence Ă©taient choisis pour grimper avec trente log (18 litres) d’huile afin de remplir les vases d’or, puis de les allumer. Les mĂšches des lampadaires Ă©taient confectionnĂ©es dans l’Ă©toffe des pantalons et des ceintures usĂ©s des Cohanim.

La lumiÚre diffusée par les lampadaires de Beth Hachoéva se reflétait dans tout Jérusalem, dans ses moindres recoins.

La Michna nous enseigne que les acteurs principaux de ces rĂ©jouissances Ă©taient des ‘Hassidim (personnes reconnues pour leur ferveur dans le service de D.ieu), et des Anchei Ma’assei (personnes riches en mitsvot). Ils se plaçaient au milieu des spectateurs et dansaient avec des torches, tout en chantant des louanges Ă  Hakadoche Baroukh Hou.

Le peuple, hommes et femmes, venait assister à ces démonstrations de joie.

La GuĂ©mara Souka 53a raconte que Rabban Chimon Ben Gamliel jonglait avec huit torches enflammĂ©es, sans qu’aucune ne touche l’autre.

Lorsqu’il se prosternait, il prenait appui sur ses deux pouces, embrassait le sol et se redressait, ce que personne d’autre ne savait faire. Le spectacle Ă©tait Ă©poustouflant.

Les LĂ©vi’im se chargeaient de jouer de la musique. L’orchestre Ă©tait principalement composĂ© de flĂ»tes, mais comprenait aussi des harpes, violons, cymbales, trompettes et toutes sortes d’instruments.

Les LĂ©vi’im se tenaient sur les quinze marches, en demi-lune, qui descendaient de la Ezrat IsraĂ«l et de la Ezrat Nachim.

Ces quinze marches correspondaient aux quinze « Chir Hamaalot Â» (chant des marches), des Tehilim de David HamĂ©lekh. Ces psaumes tirent leur nom du fait qu’ils Ă©taient chantĂ©s sur les marches (maalot).

Deux Cohanim, trompettes d’argent en main, se tenaient Ă  la Porte SupĂ©rieure, la cĂ©lĂšbre porte Nicanor, qui allait de la Ezrat IsraĂ«l vers la Ezrat Nachim.

Au cri du coq, ils sonnaient de la trompette, une tekia (un son long), une ‎teroua (un son brisĂ©), et de nouveau une tekia, pour annoncer qu’il Ă©tait ‎l’heure d’aller puiser l’eau au Chiloa’h (source d’eau qui se trouvait Ă  l’extĂ©rieur du Mont du Temple).

Les Cohanim descendaient les marches qui les menaient à la Ezrat Nachim et quand ils ‎atteignaient la dixiùme marche, ils sonnaient une nouvelle fois une tekia, une teroua, et une tekia.

Quand ils arrivaient en bas des marches, lorsqu’ils ‎atteignaient la Azara (la Cour du Temple), au niveau de la Ezrat Nachim, ils sonnaient encore une ‎tekia, une teroua et une tekia.

Ces derniĂšres sonneries accompagnaient les Cohanim jusqu’Ă  la Porte qui menait vers l’Est (donnant de l’enceinte des ‎femmes vers la Montagne du temple).

ArrivĂ©s Ă  la Porte qui ouvrait sur l’Est, d’oĂč ils allaient puiser l’eau, ils tournaient leur face vers ‎l’Ouest (le temple), et proclamaient :

” Nos pĂšres (Ă  l’époque ‎du Premier Temple), qui se tenaient Ă  cet endroit, avaient tournĂ© le dos vers le Temple et leur face vers l’Est et ils se prosternaient vers l’Est, ‎vers le soleil. Quant Ă  nous, nos yeux sont tournĂ©s vers D.ieu.”

Rabbi YĂ©houda dit qu’ils rĂ©pĂ©taient : ‎‎« Nous sommes Ă  D.ieu et vers D.ieu sont tournĂ©s nos ‎yeux ».‎

Libation – « Nissou’h HamaĂŻm », dĂ©finition

A l’Ă©poque du Beth Hamikdach, chaque Korban (sacrifice) devait ĂȘtre accompagnĂ© d’une min’ha (offrande) composĂ©e de fine fleur de farine, d’huile et d’encens, dont une partie Ă©tait brĂ»lĂ©e sur le MizbĂ©a’h (autel). Chaque sacrifice Ă©tait Ă©galement offert avec une libation de vin, d’une quantitĂ© spĂ©cifique, dĂ©versĂ©e sur le MizbĂ©a’h.

Pendant les sept jours de Soukot, on procĂ©dait Ă  des libations d’eau « Nissou’h HamaĂŻm Â» sur le MizbĂ©a’h du Beth Hamikdach, dans le but de demander Ă  Hachem d’accorder un jugement favorable pour les pluies de l’annĂ©e Ă  venir. L’origine de cette pratique est une loi donnĂ©e Ă  MochĂ© au mont SinaĂŻ.

Ces libations d’eau avaient lieu en mĂȘme temps que les libations de vin accompagnant le Korban « Tamid Â» (sacrifice quotidien) du matin.

« Nissou’h HamaĂŻm », Mode D’emploi

Comment se dĂ©roulaient les Nissou’h HamaĂŻm ?

On remplissait un rĂ©cipient d’or contenant trois log (1.8 l) d’eau puisĂ©e au Chiloa’h.

ArrivĂ©s Ă  la Porte d’Eau, l’une des portes de la Azara (cour du Temple) situĂ©e au sud, on sonnait du chofar : tekia-teroua-tekia.

Le Cohen montait sur le KĂ©vech (la pente qui mĂšne au MizbĂ©a’h), se tournait vers la gauche et se dirigeait ensuite au coin sud-ouest du MizbĂ©a’h oĂč avaient lieu les libations.

A cet endroit se trouvaient deux vases d’argent, qui Ă©taient, d’aprĂšs Rabbi YĂ©houda, en plĂątre. Ces deux vases Ă©taient percĂ©s de deux petits trous profonds, comme des narines. Ils permettaient aux libations de s’écouler et de rejoindre les Chitines (conduit souterrain qui menait Ă  l’abĂźme) au-dessous du MizbĂ©a’h. Chaque vase comportait un trou plus large pour le vin et un autre plus Ă©troit pour l’eau, afin que l’eau et le vin coulent simultanĂ©ment.

L’alliance de Sel

Dans la Torah il est Ă©crit : « Et toute offrande de ton oblation, tu la saleras dans le sel, et tu n’oublieras pas le sel de l’alliance de ton Elokim sur ton oblation, sur chacune de tes offrandes tu approcheras du sel. Â» (Vayikra 2, 13)

Sur ce verset Rachi nous enseigne qu’une alliance a Ă©tĂ© conclue avec le sel lors des six jours de la crĂ©ation du monde, au terme de laquelle Hachem a promis aux eaux d’en bas d’ĂȘtre prĂ©sentes sur le MizbĂ©a’h sous forme de sel et de Nissou’h HamaĂŻm, lors de la fĂȘte de Soukot.

En effet, comme l’explique le Yalkout Yts’hak, le second jour de la crĂ©ation, lorsque Hakadoche Baroukh Hou sĂ©para les eaux infĂ©rieures des eaux supĂ©rieures, les eaux infĂ©rieures se lamentĂšrent et dirent :

« Malheur Ă  nous qui n’avons pas mĂ©ritĂ© de loger dans les sphĂšres supĂ©rieures, Ă  proximitĂ© du CrĂ©ateur ! Â»

Ces eaux malheureuses essayĂšrent tout de mĂȘme de s’élever, pour essayer de rĂ©sider prĂšs de Hakadoche Baroukh Hou, mais Hachem les contraignit Ă  rester en bas.

Pour les rĂ©compenser d’avoir ainsi grandi l’honneur du CrĂ©ateur, Hachem promit aux eaux infĂ©rieures qu’elles seraient rĂ©pandues sur le MizbĂ©a’h au travers des Nissou’h HamaĂŻm et qu’elles participeraient Ă  chaque Korban, par l’intermĂ©diaire du sel.

Le Yalkout Yts’hak ajoute que l’ange de la mer se plaignit auprĂšs du Tout puissant en soulignant la rĂ©partition inĂ©gale des eaux.

Il employa les arguments suivants : le monde se divise en trois parties, un tiers habitĂ©, un tiers d’eau et un tiers de dĂ©sert. La Torah fut donnĂ©e dans le dĂ©sert et le Beth Hamikdach Ă©difiĂ© sur une terre habitĂ©e. Qu’en est-il donc du tiers aquatique, qui n’a rien reçu ?

Hakadoche Baroukh Hou promit alors Ă  l’ange de la mer que les BneĂŻ IsraĂ«l ajouteraient du sel de mer pour accompagner chacun de leurs korbanot.

Le Rama (Or Ha’haĂŻm 167, 5) explique que c’est une Mitsva d’apporter du sel sur la table, car la table est comparĂ©e au MizbĂ©a’h, et la nourriture, au Korban.

C’est pour cela que nous avons l’habitude, aprĂšs avoir rĂ©citĂ© la brakha sur le pain, de le tremper dans le sel avant de le consommer.

L’importance de la joie

Pourquoi le Nissou’h HamaĂŻm a-t-il lieu prĂ©cisĂ©ment Ă  Soukot ?

Quel rapport y a-t-il entre cet acte et la plus grande manifestation de joie de l’annĂ©e Ă  laquelle participait, au premier rang, l’Ă©lite du peuple ?

On raconte au sujet de l’Admour de Vijnitz, le Baal Imrei ‘HaĂŻm, qu’il Ă©tait trĂšs imprĂ©gnĂ© de la mida (trait de caractĂšre) de sim’ha, durant toute l’annĂ©e. A l’entrĂ©e de Soukot, sa joie redoublait.

En effet Soukot Ă©tant aussi nommĂ©e Zman Sim’hatenou, reprĂ©sente la plus belle occasion d’accomplir la Mitsva d’ĂȘtre joyeux.

Lors des festivitĂ©s de Sim’ha Beth HachoĂ©va, il dansait le cƓur joyeux, jusqu’au bout de ses forces.

Un jour, il expliqua Ă  l’aide d’une parabole les raisons de ses grands Ă©tats de joie pendant la fĂȘte.

Chaque fruit dans la nature possĂšde une saison. Or, une fois celle-ci passĂ©e, il est impossible de s’en procurer. Celui qui aime beaucoup ce fruit en fera donc des conserves, lors de sa pleine saison, afin d’en retrouver le goĂ»t une fois la saison terminĂ©e et de pouvoir en manger toute l’annĂ©e.

La fĂȘte de soukot reprĂ©sente la saison de la joie. Si l’on souhaite en avoir toute l’annĂ©e, il faut donc en faire des conserves !

Redoubler de joie et s’imprĂ©gner de ces moments si particuliers, permettra de les retrouver tout au long de l’annĂ©e.

La GuĂ©mara Souka 50b cite une opinion selon laquelle la version correcte de nommer ce moment de joie serait non pas beth Hachoeva (puisement) mais beth ‘Hachouva (importante).

Le Rambam Hilkhot (Souka 8, 15), rapporte : « la Sim’ha que dĂ©gage un homme lors de l’accomplissement d’une Mitsva est un service important ; mais toute personne qui l’effectue (la mitsva) sans Sim’ha mĂ©rite un chĂątiment… Â»

La Sim’ha n’est donc pas un petit « plus Â» dans le service de Hachem, elle n’est pas non plus optionnelle. Son absence causera de terribles malĂ©dictions annoncĂ©es par la Torah.

Une mitsva, mĂȘme accomplie minutieusement, si elle est faite sans Sim’ha, demeure incomplĂšte.

La Sim’ha ne vient pas embellir la mitsva, elle en est une partie intĂ©grante. La Sim’ha que nous Ă©voquons ici s’apparente aussi Ă  la notion de Emouna (Foi).

Une Avodat Hachem (Service Divin) dĂ©nuĂ©e de Sim’ha, rĂ©vĂšle un manque de Emouna et de Bita’hone en Hachem. C’est une sorte de remise en question des dĂ©crets du Ciel, ‘Hass vĂ©Chalom !

Accomplir une Mitsva, c’est avant tout se plier Ă  la volontĂ© de l’Éternel et accepter le joug Divin. Ainsi, pendant ces jours de Soukot oĂč nous quittons nos maisons et nos biens matĂ©riels, nous aspirons Ă  la Sim’ha.

Cette joie rĂ©vĂšle que ni notre confort, ni nos dĂ©sirs ou nos intĂ©rĂȘts personnels n’influeront sur notre Avodat Hachem, qui reprĂ©sente notre seul but et notre ultime dĂ©sir.