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Bé’houkotaï : Aller de l’avant

« Si dans mes statuts vous marchez et mes Mitsvot vous gardez, vous les faites… je donnerai leur pluies en leur temps…vous aurez du pain à manger en abondance, et vous demeurerez en sécurité dans votre pays. Je ferai régner la paix dans ce pays, et nul n’y troublera votre repos ;  je ferai disparaitre du pays les animaux nuisibles, et le glaive ne traversera point votre territoire… » Vayikra (26 ; 3-6)

Dès les premiers mots de notre paracha, Rachi nous explique que « Si dans Mes statuts vous marchez », n’évoque pas l’observance des mitsvot puisque celle-ci est évoquée par la suite avec « et Mes mitsvot vous gardez », mais de la peine dans l’étude de la Torah, afin de l’observer et de la pratiquer.

Cette peine est la source de toutes nos rétributions !

Point de départ de notre Judaïsme, l’effort est l’élément indispensable afin de parvenir au but. Un peu comme à l’école, lors d’un examen, même si le résultat est parfois faux, à cause d’une étourderie, ou autre, nous obtenons la majorité de la note grâce à notre effort de rédaction ou/et de réflexion.

Imaginez un employeur qui paie son personnel non pas pour sa productivité, mais pour l’effort d’avoir travaillé… impensable ! Et pourtant…

Très souvent en lisant cette promesse de Hachem, on pense qu’elle ne concerne qu’une partie du peuple Juif. Seul l’orthodoxe peut se donner de la « peine dans l’étude », les autres savent à peine étudier et ne fréquentent que très peu les lieux d’études.

Le ‘Hafets ‘Haïm  nous aide à mieux comprendre cette notion de peine et d’effort au travers d’un récit :

Un matin, Réouven se leva en retard, ce fut donc la course pour arriver au travail à l’heure.

Vite ! Vite ! Il se prépare et sort en trombe de la maison. Son voisin le voyant affolé et pressé l’interpelle et lui demande : « Est-ce vraiment la peine de courir, tu penses qu’en courant ainsi tu deviendras l’homme le plus riche ? »

Réouven lui répondit : « Parce que je ne serai jamais le plus riche, alors je dois même m’abstenir de gagner ma vie ? »

Nous devons avoir la même réaction que Réouven à l’égard de notre étude : est-ce parce que je ne deviendrai jamais Baba Salé ou le ‘Hazon Ich que je dois m’abstenir d’étudier ?

Dans le Yalkout Chemouni[1] il est écrit : « Ne dis pas :  » Je ne peux pas observer toute la Torah car Elle est plus étendue en longueur que toute la terre.  » »

Le fait que la Torah soit vaste et complexe ne justifie pas le « non effort ».

Cela ressemble à l’histoire d’un homme qui possédait une énorme citerne, il engagea deux hommes pour la remplir. L’un des deux employés regarda la citerne et dit : « Mais quand finirai-je de la remplir ? » Son compagnon, plus sage, lui rétorqua : « Quelle importance, on reçoit un salaire pour la tâche, sois heureux d’avoir trouvé du travail ! »

Il en est de même avec notre Éternel Employeur, nous recevrons un salaire pour notre peine. Comme il est dit : « On distingue quatre qualités parmi ceux qui vont à la maison d’étude. Celui qui s’y rend mais n’agit pas, sera récompensé pour y être allé… »[2]

L’Admour de Kotzk dit qu’il reçoit la récompense de s’être arraché de son chez soi, cet acte à lui tout seul comporte déjà une peine et un effort considérables.

Cependant il est tout de même surprenant d’accorder un salaire à cette personne alors qu’elle ne sera pas du tout attentive à l’étude dispensée, comme nous dit la michna : « … mais n’agit pas… »

Ici, on ne parle pas d’une personne qui va à la maison d’étude pour chauffer les bancs ou rencontrer les amis, mais d’une personne dont les facultés de compréhension sont limitées pour comprendre le sujet étudié.

Le Rav Ovadia Yossef rapporte à ce sujet : « C’est son désir d’apprendre et sa peine pour y parvenir qui lui valent une récompense, comme il est enseigné dans la Guémara[3] : « On doit toujours répéter l’enseignement entendu, même si on l’oublie, même si on ne le comprend pas, comme il est dit : « Mon Âme est travaillée des désirs de Tes préceptes. »[4] »

Comme des grains de café grossièrement moulus que l’on voudrait rendre plus fins, le désir puissant d’étudier la Torah, la peine que l’on mettra dans cette étude, mettront en poussière les difficultés et les incompréhensions. Même si l’on n’en sortira ni Gaon, ni grand Rabbin, nous pourrons recevoir la même récompense qu’un Gaon, car comme lui, nous nous serons « décarcassés ».

Revenons à présent à notre verset et à la promesse de l’Éternel :

« Si dans Mes statuts vous marchez », ce sont l’assiduité et l’effort qui me permettront de : « et Mes Mitsvot vous gardez, vous les faites », afin d’obtenir : « Je donnerai leurs pluies en leur temps… vous aurez du pain à manger en abondance… »

Hachem, dans Sa miséricorde, offre Sa bénédiction à chacun d’entre nous. Que l’on soit grand ou petit, très érudit ou débutant, le plus important est la volonté, l’effort et le don de soi pour essayer d’observer toute la Torah et d’en découvrir les merveilles.

Peu importe notre niveau, notre envie d’avancer et d’évoluer dans le chemin de la Torah nous fera bénéficier d’une parnassa tova : « vous aurez du pain à manger en abondance », bechaa tova : « Je donnerai leurs pluies en leur temps », dans le chalom et la santé : « Je donnerai la paix dans le pays ». Que toutes Ses bénédictions nous soient attribuées. Amen

Rav Mordékhaï Bismuth


[1]Ekev 863

[2]Pirkei Avot (5 ; 14)

[3]Avoda zara 9a

[4]Téhilim (119 ; 20)

Kédochim – La Tsédaka du cœur

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même… » Vayikra (19 ; 18)

Le Rambam rapporte1: « Chaque personne est tenue d’aimer, comme elle s’aime elle-même, chacun des membres du peuple Juif, comme il est écrit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » ».

D’après le Séfer Ha’hinoukh2 et le Séfer Hamitsvot3, ce commandement est inclus dans les 613 Mitsvot.

Nos sages demandent : « Comment peut-on ordonner un sentiment ? »

-C’est notre état d’esprit et nos comportements qui inspireront nos sentiments d’amour. Par exemple, la générosité, faire la Tsédaka ne doit pas seulement se limiter aux dons d’argent.

Malheureusement de nos jours, nous oublions les choses essentielles de la vie, à savoir : une écoute, un sourire, une attention, une main tendue, un service rendu… Une minute de notre temps peut procurer beaucoup de bien-être à autrui. Nous devons donc tout d’abord apprendre à comprendre les autres afin de remplir notre obligation de ‘Hessed : les observer, nous mettre à leur place, et nous demander comment les aider lorsqu’ils en ont besoin. L’écoute par exemple, est une Tsédaka du cœur, car elle nécessite un don de soi total. 

On retrouve cette notion dans les initiales du Chéma Israël-Écoute Israël- qui forment le mot shaï, signifiant cadeau ou don en hébreu. C’est parce que je l’écoute que l’autre existe.

La Guémara4 nous enseigne que sauver un homme équivaut à sauver l’humanité entière. Nous avons une responsabilité à la fois individuelle et collective en tant que Juifs. Nous devons nous sentir concernés par le sort de l’autre. Chaque fois que mon prochain est dans le besoin et qu’il ressent la nécessité d’être aidé, physiquement ou moralement, il est une Mitsva de lui venir en aide.

Il faut savoir qu’en ce qui concerne de nombreuses actions de ‘hessed, il ne faut pas attendre que l’autre soit dans l’obligation de demander. C’est une position gênante et désagréable en effet, qui engendre souvent que la personne préférera souffrir ou subir, plutôt que de faire appel aux services d’autrui.

Le Pélé Yoets recommande : « Que toute personne essaie de faire son maximum pour le ‘Hessed. Peu ou beaucoup, l’essentiel étant de faire. Voici une mitsva de la Torah facile à réaliser, regardez, il suffit d’ouvrir sa porte à ceux qui en ont besoin, de prêter son balai, de dire bonjour, de confectionner un gâteau, etc ! »

C’est de cette manière, parce que tous ces actes et comportements influenceront notre état d’esprit, que nos sentiments feront pencher notre cœur du bon côté. Mais il nous reste encore à savoir comment est-il possible d’éprouver le même degré d’amour pour autrui que pour soi-même, pour un grand Tsadik que pour un simple Juif ?

Le Yérouchalmi nous enseigne que si un homme, en coupant sa viande avec la main droite, fait maladroitement déraper son couteau sur sa main gauche et la coupe, il ne lui viendrait pas à l’idée de couper sa main droite avec sa main gauche pour se venger !

Tout le peuple Juif est considéré comme un seul corps par Hachem notre Créateur. C’est ainsi que pour Rabbi Akiva, l’amour du prochain est beaucoup plus qu’une simple obligation de la Torah, il s’agit de l’un de ses grands principes, dont chacun des commandements émane.

Il faut étudier les lois de ‘Hessed et s’imprégner de leur profondeur et ce, au même titre que les lois du Chabbat ou de la Cacherout. On a souvent tendance à penser que le mot «’Hessed» a pour synonyme « gentillesse », mais sa signification est bien plus profonde. C’est en fait un acte de bonté qui s’accomplit sans aucun intérêt personnel.

Rabbi Yo’hanan Ben Zakaï sortait de Yérouchalaïm et Rabbi Yéochoua le suivait. Voyant le Beth HaMikdach détruit, il s’écria alors : « Malheur à nous : cet endroit qui permettait le pardon de nos fautes est détruit ! » « N’aie crainte mon fils, répondit Rabbi Yo’hanan, nous avons encore une autre chose équivalente : « Guemilout ‘Hassadim. »

La Guémara5 nous rapporte que le ‘Hessed fait partie des vertus dont on touche l’intérêt dans ce monde-ci, et dont le capital est réservé pour le monde à venir.

En  conclusion, rappelons que nos Sages nous enseignent : « Plus grand est celui qui fait un sourire à son ami que celui qui lui donne du lait à boire.»

Autrement dit : il est vrai que nous avons le devoir et l’obligation de venir en aide à notre prochain lorsqu’il est dans le besoin ; mais être souriant, parler avec humour, rendre visite aux malades, consoler un endeuillé, etc, sont autant d’actes de générosité qui contribuent au bien-être quotidien de notre prochain, et créent harmonie et Chalom.

Et comme Rabbi Eli’ézer nous l’enseigne6, le fait de s’occuper de Torah et de pratiquer la Guemilouth ‘hassadim, c’est-à-dire le ‘Hessed, affaiblit ou évite les douleurs qui précédent la venue de Machia’h, qui nous l’espérons, se trouve déjà derrière la porte…

1Michné Torah Hilkhot Déot (6 ; 3)

2Mitsva 243

3Mitsva 206

4Baba Batra 11a

5Chabbat 127a

6Sanhédrin 98b