28 septembre 2022

« Quand vous ferez un sacrifice de reconnaissance à l’Éternel, faites ce sacrifice de manière à ce qu’il soit agréable » (Vayikra 22, 29)

Rabbi Yéhouda a dit au nom de Rav : « Quatre catégories de personnes doivent remercier Hachem : celui qui prend la mer ; celui qui parcoure les déserts ; celui qui était malade et a guéri ; et celui qui était prisonnier et a été libéré » (Bérakhoth 54b).

A l’époque du Beth-Hamikdach ces quatre personnes devaient apporter un korban/sacrifice spécifique qui se nomme « korban toda », sacrifice de remerciement ».

Il existe en effet quatre catégories de korban, qui sont : Ola, ‘Hatat, Acham et Chélamim.

Voyons succinctement leurs caractéristiques :

· Le Korban Ola, littéralement « qui monte » parce que cette offrande est entièrement (sauf la peau) consumée sur le mizbéa’h [autel].

· Le Korban ‘Hatat, sacrifice expiatoire que l’on apporte pour la transgression involontaire d’une faute passible de Karèt, peut également être apporté lors de certains processus de purification.

· Le Korban Acham, sacrifice que l’on apporte pour expier certaines fautes spécifiques, ou emmené aussi lors de certains processus de purification.

· Le Korban Chélamim, sacrifice qui ne vient pas pour expier une faute, mais plutôt pour associer Hachem à sa joie. Chélamim du mot Chalom/paix car il vient rétablir la paix dans le monde. Généralement apporté de façon volontaire, une partie est brûlée sur le Mizbéa’h [l’autel], une autre est mangée par les Cohanim et une troisième est consommée par le propriétaire ; ainsi tout le monde profite de ce korban.

Le korban toda appartient lui à la catégorie des chélamim, mais diffère des autres korban chélamim.

Explications, un korban chélamim   « standard » devait être consommé en deux jours et une nuit, tandis que le korban toda en un jour et une nuit seulement. C’est à dire que si le korban était approché en après-midi, il devait être consommé jusqu’au matin, alors qu’un korban chélamim pouvait être encore consommé tout au long du jour d’après. Autre différence, on apportait avec le korban toda 40 pains dont une partie était consommée par les Cohanim et une autre par les propriétaires.

Lorsqu’un homme apportait un korban chélamim il recevait une bonne partie de viande qu’il devait consommer en deux jours et une nuit, et seulement après ,s’il n’avait pas tout consommé il invitait des proches pour l’aider à finir.

Tandis que le korban toda qui devait être absolument consommé en un jour et une nuit, accompagné de 40 pains, avait besoin de renfort pour pouvoir le finir à temps. Le propriétaire devait donc dès le départ prévoir un nombre conséquent d’invités.

Le Rav Pinkus Zatsal demande pourquoi ces différences pour le korban toda ?

Il explique que le korban toda qui vient exprimer un remerciement à Hachem, fait appel à plus de participants dès le départ afin de publier en grande pompe, les bontés qu’Hachem lui a accordé.

En effet lorsqu’Hachem nous accorde une bonté, nous devons la reconnaître et la publier. Comme il est dit « Qu’ils immolent des sacrifices de reconnaissance et racontent Ses œuvres dans des chants joyeux ! » (Téhilim 107;22). Remercier Hachem à haute voix et publier son Nom, comme il est dit « A Toi, j’offrirai un sacrifice de reconnaissance et je proclamerai le nom d’Hachem » (Téhilim 116;17)

Cependant depuis la destruction du Beth Hamikdache le service des sacrifices est absent, comment la perte de ce service Divin est-elle compensée aujourd’hui ? 

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En attendant la construction du troisième Beth Hamikdache qui est imminente, avec l’aide de D.ieu, ce sont nos paroles, la téfila/prière, qui les ont substituées, comme il est écrit dans le livre de Hochéa (14;3) : « Armez-vous de paroles et revenez vers Hachem ! Dites-Lui : fais grâce entière à la faute, agrée la réparation, nous voulons remplacer les taureaux [les sacrifices] par les paroles de nos lèvres. »

Ainsi nos sages instituèrent de remercier Hachem, dans la bénédiction de la reconnaissance (Modim dans la Amida) : « pour Tes miracles quotidiens, pour Tes prodiges et Tes bienfaits à toute heure, le soir, le matin et à midi. Tu es bon car Ta miséricorde n’est pas épuisée, compatissant car Ta grâce n’a pas tari. Depuis toujours nous espérons en Toi. » C’est-à-dire que Dieu réalise chaque jour des miracles en notre faveur, afin que nous puissions exister.

Ainsi notre verset du départ prend tout son sens, « Quand vous ferez un sacrifice de reconnaissance à l’Éternel, faites ce sacrifice de manière à ce qu’il soit agréable ».

Aussi lorsque l’on publie les bontés qu’Hachem nous octroie, nous transmettons à notre entourage un message de joie et d’amour. En racontant par nos paroles, tous les bienfaits d’Hachem, ils se rapprocheront eux aussi à leur tour près de notre Créateur pour Lui exprimer leur amour et leur adhésion, qui seront la source de bien dans le monde. Remercier Hachem est une véritable source de bénédictions mais est aussi l’essence même du juif.

Le juif, le « Yéhoudi-יְחוּדִי  » porte son nom sur la « gratitude- הוֹדָאָה». Nous devons remercier Hakadoch Baroukh Ou à chaque instant de tout ce qu’il nous apporte, car nous devons être conscients que rien ne nous est du. C’est la nature du Yéhoudi/juif conscient qu’Hachem agi avec nous par ‘Hessed.

Nos sages nous ont inculqué cela, en instituant de réciter dès le réveil « modé ani », avant même de s’être lavé les mains ou toute autre action. Comme il est dit «De quoi se plaint l’homme vivant » (Lamentations 3;39). De quoi pouvons nous nous plaindre, nous qui vivons. De ce principe tout est un  »plus », et notre reconnaissance envers Hachem se fera de la manière la plus agréable.

Rav Mordekhai Bismuth

Chabat Chalom