22 juin 2024

Le Rabbi de Kalov pour Pourim : quelle est la meilleure arme pour notre protection ?

Au mois d’Adar, oĂč il faut multiplier les manifestations de joie, penchons-nous sur ce qui entrave la joie et sur les possibilitĂ©s d’éliminer ces obstacles.

L’un des facteurs majeurs qui freine la joie est le souci. On entend beaucoup parler aujourd’hui de meurtres et d’attentats terroristes dans le monde entier, et des menaces de dirigeants de divers pays de dĂ©truire, de tuer et d’anĂ©antir leurs adversaires ; nous entendons Ă©galement parler de maladies dangereuses et d’autres calamitĂ©s qui s’abattent sur le monde. Ces rumeurs sont un sujet de prĂ©occupation pour nous et perturbent notre sĂ©rĂ©nitĂ©, nous qui sommes toujours occupĂ©s Ă  chercher des stratagĂšmes pour garantir notre survie. Cela conduit mĂȘme beaucoup d’individus Ă  conserver des armes Ă  la maison, pour se protĂ©ger.

Mais nous, les Juifs, savons que tout est sous la Providence du Ciel, et l’homme est tenu de ne pas se mettre en danger, comme l’ordonne le Saint bĂ©ni soit-Il, mais ne doit pas se faire de souci ni multiplier les moyens de protection au cas oĂč l’on voudrait attenter Ă  sa vie. Il est en effet impossible de mettre Ă  mort un homme si cela n’a pas Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ© dans les Cieux. Et si pour une certaine raison, il a Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ© qu’il meure, aucune arme ni stratagĂšme ne seront efficaces pour le sauver.

Mais le Saint bĂ©ni soit-Il nous a donnĂ© un conseil dans la Tora qui ajoute des annĂ©es de vie sur la durĂ©e dĂ©crĂ©tĂ©e au dĂ©part : l’étude de la sainte Tora.

Ce principe est dĂ©veloppĂ© dans notre Tora Ă©ternelle, oĂč il est dit sur l’étude de la Tora (Devarim/DeutĂ©ronome 32,47) : « Car ce n’est pas pour vous chose indiffĂ©rente, c’est votre existence mĂȘme ! Et c’est par ce moyen seul que vous obtiendrez de longs jours sur cette terre. » Et Rachi de commenter : « On n’investit pas ses efforts en vain dans l’étude de la Tora, car elle donne la vie. » Et nos Sages ont dit : « AccroĂźtre (l’étude de) la Tora prolonge la vie. » Et dans le Midrach (KohĂ©leth Rabba 83, 4), l’ange de la mort avait dit Ă  rabbi Chimon, fils de ‘Halfata qu’il Ă©tait impuissant face Ă  lui et ses amis, sachant qu’ils Ă©tudient la Torahjour et nuit.

Cette protection est obtenue par une Ă©tude dans laquelle on s’investit de toutes ses forces, comme l’attestent nos Sages (Chabbath 63b) Ă  partir du verset (MichlĂ©/Proverbes 3, 16) : « Elle porte la longĂ©vitĂ© en sa droite », le salaire de la longĂ©vitĂ© n’est accordĂ© qu’à celui qui est prĂȘt Ă  investir dans l’étude de la Tora d’importantes forces, et non Ă  Ă©tudier uniquement dans des circonstances faciles.

En consĂ©quence, le mauvais penchant s’évertue autant que possible Ă  empĂȘcher l’homme d’assister Ă  un cours de Tora lorsqu’il rencontre une difficultĂ©, par exemple par manque de temps, en raison de la fatigue ou de soucis liĂ©s Ă  sa subsistance. Mais ces excuses n’auront aucun effet dans le Monde Ă  venir, comme l’affirment nos MaĂźtres (Yoma 35b) : lorsqu’un homme dĂ©muni rĂ©pond au Tribunal cĂ©leste qu’il n’a pas Ă©tudiĂ© la Tora en raison de ses soucis pour la subsistance, on lui rĂ©torquera : tu n’as pas Ă©tĂ© plus pauvre que Hillel qui Ă©tait extrĂȘmement dĂ©muni et se consacra pourtant Ă  l’étude de la Tora. De mĂȘme, lorsqu’un riche rĂ©pondra qu’il Ă©tait prĂ©occupĂ© par ses biens, on lui rĂ©pliquera : tu n’as pas Ă©tĂ© plus riche que rabbi Elazar ben ‘Harsom qui possĂ©dait mille bourgades et mille navires et se consacra pourtant Ă  l’étude de la Tora.

RĂ©flĂ©chissons au fait que nos ancĂȘtres ont suivi cette voie pendant plus de 3000 ans depuis Avraham avinou jusqu’à notre Ă©poque, ils se sont dĂ©vouĂ©s corps et Ăąme pour Ă©tudier la Tora en toutes circonstances. De nombreux Sages en Tora sont les auteurs d’ouvrages cĂ©lĂšbres tout en ayant traversĂ© de grandes Ă©preuves, comme rabbi Akiva Eiger qui a subi des souffrance toute sa vie, et a demandĂ© dans son testament que dans le hesped (oraison funĂšbre) prononcĂ© aprĂšs sa mort, on ne mentionne aucune louange hormis le fait qu’il a Ă©tudiĂ© la Tora avec ses disciples tout en Ă©tant sujet Ă  des souffrances terribles. Un grand nombre de Sages ont vĂ©cu dans une grande misĂšre, comme mon ancĂȘtre, l’auteur du HĂ©khal Brakha de Kamarna : dans sa jeunesse, il n’avait pas de bois pour se chauffer pendant tout l’hiver, et trĂšs peu de pain pour se nourrir. Le BenĂ© Issakhar, ancĂȘtre de l’Admour de Klausenbourg, vivait dans un grand dĂ©nuement dans une maison dont le toit Ă©tait percĂ© et la pluie traversait jusqu’à l’intĂ©rieur.

Un jour, un Juif de Russie m’avait racontĂ© que sur son lieu de rĂ©sidence, les communistes les contraignaient Ă  travailler chaque jour dĂšs cinq heures du matin, et il Ă©tait dangereux d’arriver en retard. Ils se levaient Ă  trois heures du matin pour pouvoir Ă©tudier et prier tĂŽt. Son pĂšre lui expliqua alors qu’il ne s’agissait pas de dĂ©vouement, car se dĂ©vouer, c’est uniquement lorsqu’on ajoute de plein grĂ© Ă  l’obligation, et l’étude quotidienne est une obligation qui confĂšre le statut de Juif.

Cette Ă©tude constitue Ă©galement une arme contre les ennemis, plus utile que les avions de combat les plus sophistiquĂ©s, comme l’illustre le Midrach (Chir Hachirim Rabba) : l’étude de la Tora dans l’effort s’appelle « une Ă©pĂ©e Ă  double tranchant », tranchante des deux cĂŽtĂ©s, car elle tue les ennemis dans ce monde-ci ainsi que les accusateurs dans le Monde Ă  venir. Et nos Sages ont dit : lorsque les BenĂ© IsraĂ«l se sont relĂąchĂ©s dans l’étude de la Tora, ‘Amalek a reçu la force de combattre contre le peuple juif. Il est rapportĂ© Ă©galement dans plusieurs endroits de la Guemara, et en particulier dans le Zohar, que l’étude de la Tora avec labeur annule toutes sortes de mauvais dĂ©crets.

Nous retrouvons Ă©galement ce thĂšme dans le rĂ©cit du miracle de Pourim. Le Tsadik MordekhaĂŻ vit dans le Ciel le dĂ©cret d’extermination du peuple juif, parce que les Juifs s’étaient rapprochĂ©s des non-Juifs. L’étude de la Tora ne les a pas protĂ©gĂ©s, car ils l’étudiaient alors dĂ©ployer d’efforts, comme l’indique la Guemara (Meguila). MordekhaĂŻ entreprit alors de rassembler 22 000 jeunes enfants qui se dĂ©vouĂšrent pour jeĂ»ner pendant trois jours et Ă©tudier la Tora, comme le rapporte le Midrach (Esther Rabba). On ne peut trouver de niveau plus Ă©levĂ© d’étude de la Tora dans l’effort que ces jeunes enfants Ă©tudiant en se privant de nourriture et de boisson pendant trois jours, et c’est ce qui entraĂźna l’annulation du dĂ©cret.

Nous constatons l’ampleur de leur Emouna dans l’étude de la Tora avec labeur, et de nos jours il est impĂ©ratif de se renforcer dans cette croyance, et nous engager Ă  Ă©tudier un cours rĂ©gulier de Tora chaque jour sans exception, mĂȘme si cela exige des efforts particuliers ou entraĂźne des difficultĂ©s.

Je conclus par une bĂ©nĂ©diction : puisse chacun d’entre nous, par ce mĂ©rite, bĂ©nĂ©ficier d’une protection des Cieux, d’une longue vie, et de toutes les Berakhot mentionnĂ©es dans la Tora.