28 janvier 2022

Tou Bi Chevat: Le fruit du travail

-Les raisons de la coutume-

Le Maguène Avraham1 mentionne la coutume de consommer des fruits de l’arbre le jour de Tou Bichevat. Comme nous l’enseigne la première Michna du traité Roch Hachana, Tou Bichevat est le Roch Hachana de l’arbre [selon Bet Hillel].

D’autre part, le Baer Hétev2 nous enseigne la coutume lors de la fête de Chavouot de décorer les synagogues de branches d’arbre et de fleurs de tous genres. Car comme nous l’enseigne la seconde Michna du traité Roch Hachana, à Chavouot nous sommes jugés sur les fruits de l’arbre, à savoir si les arbres donneront des fruits en abondance cette année.

L’ouvrage « ‘Hazone Yochiyahou » fait remarquer que la coutume ne semble pas correspondre à sa raison. En effet, pour respecter l’ordre du jour de chacune d’entre elles, il aurait été plus logique de consommer des fruits à Chavouot, jour où nous sommes jugés pour les fruits de l’arbre, et de décorer les synagogues d’arbres à Tou Bichevat, jour du Roch Hachana des arbres. Le jour du jugement des fruits, mangeons des fruits et remercions Hachem pour Ses cadeaux, et le jour du jugement de l’arbre, apportons-les dans les synagogues pour accroître les mérites.

Essayons de comprendre l’intention de nos sages en inversant les deux coutumes.

À Tou Bichevat, Roch Hachana de l’arbre, chaque arbre va passer en jugement, comme l’homme l’est le jour de Roch Hachana. Nous savons que lorsqu’une personne passe en jugement, elle a besoin d’un bon avocat, d’appui et de soutien. C’est la raison pour laquelle nous apportons des fruits, afin d’invoquer de la ra’hamime/clémence à l’égard de l’arbre. En voyant les fruits qu’il produit, nous allons voir ses bienfaits, ce qu’il donne et produit, ce qu’il apporte au monde. Grâce à cela, nous allons éveiller l’attribut de clémence et de miséricorde au jour de son jugement. Ses beaux fruits témoigneront de leur origine et rappelleront l’arbre qui les a produits.

-Tou Bichevat-

Nos Sages en déduisent l’importance du rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants sur les voies droites et justes de la Torah.

En effet, les parents symbolisent l’arbre et les enfants leurs fruits. Lors du jugement des parents à Roch Hachana chaque année de leur vivant, ou bien après leur décès, on posera aussi dans la balance leurs fruits, leurs enfants, afin d’éveiller l’attribut de clémence envers eux.

Si les parents ont orienté et éduqué leurs enfants dans le droit chemin, celui de la Torah et des Mitsvot, ce sera pour eux une source de clémence et de miséricorde.

Afin de mieux comprendre ce sujet, l’ouvrage « Chaar Bat Rabim », nous apprend qu’un homme a la Mitsva de procréer :

– de mettre au monde des enfants de chair et de sang, comme il est écrit3: « fructifiez et multipliez-vous, et remplissez la terre… »

– mais aussi de mettre au monde des enfants spirituels. Lesquels ?Les anges qui sont créés par l’accomplissement de la Torah et des Mitsvot.

Une question hypothétique se pose alors : ne vaut-il pas mieux accomplir un maximum de Mitsvot qui nous élèveront personnellement et donneront naissance à des anges plutôt que de mettre au monde des enfants qui risquent de fauter tôt ou tard ?

A choisir entre faire une Mitsva, qui est une valeur sûre, et faire des enfants de chair et de sang, qui auront une tendance à fauter comme tout être humain, qu’est-il préférable?

En fait, nous avons le devoir de faire fusionner ces deux commandements en mettant au monde des enfants qui seront eux-mêmes des « producteurs » de Mitsvot.

Comme Rachi nous l’enseigne4 : « les véritables descendants laissés par les Justes, ce sont leurs Mitsvot. »

Ces Mitsvot peuvent être des ouvrages résultant de leur étude, comme l’illustre Rachi qui nous laissa des commentaires indispensables sur la Torah et le Talmud.

Mais comme nous l’avons dit, nous avons aussi la Mitsva d’engendrer des enfants de chair et de sang qui accompliront à leur tour des Mitsvot. Une fois de plus, Rachi est un excellent exemple puisque ses gendres et ses petits-fils sont les auteurs des fameux Tossafot, qui sont autant étudiés que ses œuvres à lui.

Nous pourrons ainsi, grâce à l’exemple et l’enseignement que nous leur aurons donnés, les élever afin qu’ils engendrent des Mitsvot à leur tour. C’est de cette manière que nous laisserons sur terre, comme le dit Rachi, « des descendants qui sont nos propres Mitsvot ».

Nos enfants nous accompagneront jusqu’à notre dernière demeure au moment de notre mort, et les anges créés par nos Mitsvot nous accompagneront plus tard encore, et nous feront accéder au Gan Eden.

Pourtant, après la mort, notre registre de Mitsvot sera clos et nous serons jugés sur le chiffre qui y figure, comme le stipule le Rambam5. Le moyen qui nous restera alors de pouvoir augmenter notre capital, ou au contraire [D.ieu nous en préserve] de le diminuer, sera notre progéniture, et cela pour l’éternité.

Ainsi, si nous voulons éternellement continuer à nous élever afin d’accéder à la meilleure place au Palais céleste du Roi, nous devons certes atteindre un certain « score » sur notre registre de Mitsvot ici-bas, mais aussi éduquer nos enfants dans les chemins de la Torah, ce qui nous permettra de continuer à progresser dans le Monde Futur.

-Chavouot-

Si à Tou Bichevat on scrute la descendance, à Chavouot on examine l’ascendance. En effet, le jour où les fruits passent en jugement, on orne les synagogues de branches d’arbre afin de se rappeler l’origine des fruits. Cette fois-ci, ce sont le comportement et les efforts des parents qui pourront invoquer l’attribut de miséricorde sur leurs enfants. Mis à part son obligation d’éduquer ses enfants, l’homme a aussi une responsabilité dans ses actes envers sa descendance, comme il est dit6 : « … Il se souvient de la faute des pères sur leurs fils et leurs petits-fils, jusqu’à la troisième et la quatrième [génération]. ».

Afin de mieux comprendre, rapportons une parabole offerte par le Ben Ich ‘Haï.

Un renard voit un jour un lion s’approcher de lui pour le dévorer. Le renard lui dit : « Comment pourrais-je assouvir ta faim ? Ne préfères-tu pas manger un homme bien gras qui te rassasiera ? Viens, suis-moi, je vais t’en montrer un ! »

Juste derrière une fosse se tient un homme en train de prier. En le voyant, le lion dit au renard : « Je redoute que la prière de cet homme me fasse tomber dans la fosse ».

« Ne crains rien ! » Rétorque le renard. « La faute ne te sera pas comptée, ni à toi ni à ton fils, mais uniquement à ton petit-fils. En attendant, mange ! Il sera toujours temps de voir pour ton petit-fils ! »

Le lion se laisse convaincre, fait un bond et tombe dans la fosse. Le renard s’approche du bord pour savourer sa victoire.

« Ne m’as-tu pas dit que la faute ne serait comptée qu’à mon petit-fils ? » s’exclame le lion.

Le renard lui répond par l’affirmative, mais ajoute que s’il est tombé aujourd’hui, c’est à cause de la faute de son grand-père…

Ainsi, à Tou Bichevat, nous devons nous rappeler notre rôle, que ce soit celui du fils, du père ou du grand-père, parfois même des trois ensemble ! A Tou Bichevat, nous allons nous renforcer pour produire les plus beaux fruits, qui augmenteront notre capital et assureront aussi une certaine sécurité à nos descendants, comme il est dit7 : « Il conserve la bonté à des milliers [de générations] … », c’est-à-dire qu’un acte méritoire peut être bénéfique pour deux mille générations !! Aujourd’hui encore, nous nous référons à nos Avot/patriarches Avraham, Yits’hak et Yaakov, dans chaque Amida, car ils sont nos racines perpétuelles.

-La plus belle brakha….-

Pour terminer, citons l’histoire suivante rapportée dans la Guémara8 : Lorsque Rav Na’hmane demanda à Rav Yits’hak de le bénir, ce dernier lui rapporta la parabole suivante. Un homme qui voyageait dans le désert était affamé, fatigué et assoiffé. Soudain il découvrit un arbre aux fruits succulents, à l’ombre agréable et bordé d’un cours d’eau. Il mangea quelques fruits, bu de l’eau et s’assit sous son ombre. Au moment de partir, il voulut bénir l’arbre et lui dit : « Arbre ! Arbre ! Comment te bénirais-je ? Te souhaiterais-je que tes fruits soient sucrés ? Mais ils le sont déjà. Te souhaiterais-je que ton ombre soit agréable ? Elle l’est déjà. Te souhaiterais-je qu’un cours d’eau coule près de toi ? Un cours d’eau coule déjà près de toi. Alors voici la brakha que je t’adresse : « Que la volonté de D.ieu soit que tous les plants que l’on plantera à partir de toi soient comme toi ! »

Telle est la plus belle brakha qu’un père désire, celle que ses enfants et ses petits enfants soient comme lui et suivent ses traces et celles de ses pères. La première Mitsva de la Torah est9 : « וַיְבָרֶךְ אֹתָם אֱלֹהִים וַיֹּאמֶר לָהֶם אֱלֹהִים פְּרוּ וּרְבוּ/ Elokim les bénit, Elokim leur dit : fructifiez et multipliez-vous…». Il est intéressant de souligner l’expression employée par la Torah : « fructifiez/פְּרוּ ». Elle sous-entend que cette multiplication sera à l’image des fruits/ פֵּרוֹת, tel un arbre qui produit des fruits semblables à lui ! De même, nous qui essayons de suivre les traces de nos pères Avraham, Yits’hak, Yaakov, Moché, prions et œuvrons jour après jour pour que nos « plants » les suivent aussi et se développent à leur image.

1 Ora’h ‘Haïm §131

2 §494;2

3 Beréchit 1;28

4 Beréchit 6;9

5 Hilkhot Téchouva 3;3

6 Chémot 20;5

7 Chémot 20.6

8 Taanit 5b

9 Beréchit 1;27

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