Dis-moi comment tu t’habilles, je te dirais qui tu es

L’histoire se déroule à Bneï Brak au beau milieu du mois de Tamouz, le Rav Diamante attend le bus sur le bord de la route 4 sous une chaleur torride. Lorsqu’un homme s’approche de lui et dit : « Eh Rabbi vous n’avez pas chaud avec toute votre tunique ! »

Le Rav lui rétorque très calmement : « et vous, n’avez-vous pas chaud en short et tricot ? »

L’homme lui répond : « Oui, très chaud ! »

Le Rav : « Vous savez la différence entre vous et moi ? Certes nous avons les deux très chaud, mais moi je suis habillé comme un juif. »

L’homme déconcerté répond : « mais comment osez-vous dire ça ! Moi aussi je suis juif ! »

Le Rav : « Demandez à n’importe quel enfant du monde de vous dessiner un juif, comment va-t-il l’illustrer ? Une barbe, un chapeau, un costume… n’est-ce pas ? » La tête baissée, l’homme quitte le Rav sans dire un mot. À suivre…

Mais qu’est-ce qui a poussé le Rav à répondre ainsi ?

Dans la Paracha de cette semaine, il est écrit : « Tu feras des vêtements de sainteté pour ton frère Aharon, pour l’honneur et la gloire » (Chémot 28;2)

La Torah qui est écrite par la main d’Hachem, consacre une Paracha entière à la tenue vestimentaire des Cohanim, et énonce en détail la tenue vestimentaire de chaque Cohen.

Tout Cohen qui officiait dans le Beth Hamikdach portait quatre vêtements appelés « Bigdei Kohen Edyot/vêtements de Kohen ordinaire ». Qui sont : la Ketonet (la tunique longue), le Mikhnassayim( le caleçon), l’Avnet( la ceinture), et la Migba’at (le turban). Ces quatre vêtements étaient conçus de lin blanc.

Le Cohen Gadol les portait également à l’exception du turban qui était substitué par la Mitsnefet.

En outre, le Cohen Gadol portait quatre vêtements d’or, les « Bigdei Zahav/vêtements d’or ». Qui sont, le Me’il (le manteau), l’Ephod (le mantelet), le ‘Hochen (le pectoral) et le Tsits (la plaque frontale).

Il faut savoir que lorsque le Cohen effectuait son service au Beth-Hamikdach il portait une tenue vestimentaire requise, sous peine d’invalider tout son service si celle-ci faisait défaut. Le Cohen avait aussi l’interdiction formelle de rajouter un vêtement à ceux ordonnés par la Torah. Malgré le froid intense qui pouvait régner dans les hauteurs de Yéroushalyim, il n’avait pas le droit de mettre un manteau ou des chaussettes, en plus des vêtements recommandés. Une faute comme celle-ci pouvait le rendre passible de mort. 

Pourquoi accorder tant d’importance à ce sujet  ?

Le Rav Pinkus Zatsal fait remarquer que chaque juif est appelé « Cohen », comme il est dit : « et vous serez pour Moi un royaume de Cohanim, une nation de sainteté » (Chémot 19;6)

Ainsi chaque juif sera devant Hachem, lors de sa téfila, de son étude, ou lors de l’accomplissement de Mitsvot qui remplissent notre quotidien, comme un Cohen en service !

Chaque matin lorsque nous récitons la bénédiction de « Malbich Aroumim – qui vêt les dénudés », nous venons exprimer notre reconnaissance à Hachem de nous procurer des habits conçus de toutes sortes de tissus, qui ont chacun leur propriété respective, de la laine, du lin, du coton, de la soie…. Ce qui nous permet d’avoir des vêtements chauds pour l’hiver, des plus légers

[mais décents]

pour l’été, et de vêtements honorables pour le Chabat et les jours de fête (Olat Tamid). Cette bénédiction vient aussi exprimer la supériorité de l’homme sur l’animal, qui, doté d’intellect, ne peut se permettre de sortir nu et indigne. C’est pour cela que toute personne [homme et femme] digne de son intellect réfléchira comment sortir habiller convenablement chaque matin.

Dans un domaine cabalistique, le Ari Zal (Char Hakavanot – Droucheï Birkat Hacha’har) enseigne que le vêtement protège chacun de nous, en nous enveloppant d’une tunique de lumière, appelée « Or Makif-lumière enveloppante ». Cette lumière transcendante repousse les klipot (force du mal).

L’importance accordée aux vêtements est universelle, même dans le profane, elle définit un statut au sein de la société. Même si certaines personnes refusent de s’y contraindre, cela reste une réalité. À Pourim ce qui permet de se déguiser, c’est d’emprunter la tenue vestimentaire spécifique d’un corps de métier ou d’un personnage que l’on voudrait imiter. Une cape rouge pour ressembler superman ou un streimel pour devenir ‘Hassid, mais pas l’inverse

prenons l’exemple d’un sportif, sa tenue détermine s’il joue au foot, au basket ou au judo. Ensuite dans une même catégorie, les 22 joueurs n’ont pas tous le même maillot, mais chaque équipe en possède un. Chacun joue sous ses couleurs.

Bien que l’aspect extérieur ne reflète pas la véritable nature d’un homme, on y accorde tout de même de l’importance. On appréhenderait un chirurgien vêtu comme un garagiste, ou un chef cuisinier comme un jardinier. Si c’est significatif dans notre monde matériel, à plus forte raison dans le monde spirituel.

Rabbi ‘Haïm Vital explique dans son ouvrage « Chaareï Kédoucha » que le corps est l’enveloppe de la Néchama, et le vêtement l’enveloppe du corps. Donc l’habit qui revêt le corps revêt aussi la Néchama. Le Ari Zal (Chaar Hakavanot)nous dévoile qu’Hachem protège chacun de nous, en nous enveloppant d’une tunique de sainteté, appelée Lévouch Hakédoucha (voir aussi Kaf ha’haïm46§47).

Est-ce qu’il nous viendrait à l’idée d’habiller un séfer Torah d’une toile de jean déchirée ou délavée? Alors, comment expliquer que l’on puisse en porter ?

De même que l’habit définit le Cohen Gadol ou Ediot, il définit le Juif et le distingue des nations.  Le vêtement doit continuellement nous rappeler notre rang et notre rôle, il renforce notre sentiment de noblesse. Le vêtement a une fonction essentielle pour chacun de nous.

Le Avnet, cette ceinture qui était portée sur le cœur du Cohen, expiait les mauvaises pensées du cœur. Elle était longue de  trente-deux amot (environ 15 mètres), ce qui représente la valeur numérique du mot Lev / le cœur. Le Cohen l’enroulait autour de la taille de dizaines de tours , à tel point que son épaisseur était telle qu’il y cognait constamment ses coudes. Le but était de lui rappeler à chaque instant l’importance de son statut.

Le même concept est évoqué pour la kippa et les Tsitsit qui sont représentatifs du juif, et sont un rappel quotidien de notre devoir et rôle sur terre.

Le fait de se couvrir la tête et de faire pendre les Tsitsit sur les côtés exerce une influence directe sur la crainte du Ciel. Ces « accessoires » qui sont constamment visibles nous permettent d’être en contact permanent et de garder le fil avec notre Créateur. Comme le dit la Guémara (Chabat156b)” : Couvre-toi la tête afin que repose sur toi la crainte du Ciel. Le sens de cette injonction est  qu’en nous couvrant la tête, nous développons une sensation intérieure puissante; nous sommes soumis au Tout-Puissant, tous nos actes sont dévoilés devant Lui, le monde n’est pas « efkère/à l’abandon ». C’est un fait établi pour toute personne qui possède un minimum de sensibilité spirituelle, en portant une kippa et tsitsit, on reconnaît la réalité de l’existence du Créateur.

Mais cela va encore plus loin. Tout celui qui porte une kippa et des tsitsit proclame implicitement qu’il est fidèle au Créateur de l’univers. Ce qui implique automatiquement un autre bénéfice : il sanctifie le nom divin en public, ce qui est un immense mérite.

L’Admor de Slonim illustre cela par la parabole suivante : imaginons qu’une partie du royaume se rebelle contre le roi. Certains de la population décident de ne pas se joindre à la rébellion. Ils vont donc se créer un signe de reconnaissance. Ils décident donc de porter un brassard sur lequel sera inscrit le slogan : « Je suis fidèle au roi ». Au moment de la rébellion, quelle est la partie de la population le roi aimera le plus ?
Il est évident que le roi portera une affection particulière à cette partie de la population. Il en va de même de nos jours. Nous vivons dans une époque où beaucoup ont choisi de vivre sans respecter les injonctions du roi. Bien qu’une minorité ait fait ce choix intentionnellement, et qu’une majorité ait suivi cette voie par ignorance, il y a malgré tout une forme de rébellion contre la royauté de D.ieu.

Et dans ce refus général, le juif se promène avec sa kippa, des Tsitsit, et sa femme n’aura pas honte de se couvrir la tête. Leurs accessoires vestimentaires proclament : « Je suis fidèle au roi ! » Qui sont ceux que le roi affectionnera le plus lorsque D.ieu exercera enfin son règne, lorsque le Machia’h se révélera ?

Le Rav Diamante Chlita bien qu’il n’est pas lu notre « Daf » connaît tous ces enseignements, ce qui lui a permis de répondre ainsi. Et pour finir notre petite histoire, quelques années plus tard, un homme en costume, avec un chapeau, aborde le Rav Diamante dans les rues de Bneï Brak, en disant : « Kavod Harav, vous ne me reconnaissez sûrement pas, mais je suis l’homme de la station de bus…. vos paroles m’ont percuté et m’ont fait beaucoup réfléchir. Elles ont tout simplement changé ma vie ! »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *