8 décembre 2021

« Or, lorsque Pharaon eut laissé partir le peuple, Hachem ne les dirigea point par le pays des Pélichtimes, lequel était proche, parce que Hachem disait : “Le peuple pourrait se raviser à la vue de la guerre et retourner en Égypte.” » Chémot (13 ; 17)

Les Bnei Israël viennent de sortir d’Égypte. Ils ont surmonté déjà de nombreuses épreuves. Ils doivent à présent se diriger vers la Terre Promise : Israël. Pourtant Hachem décide de rallonger leur itinéraire. En effet, le chemin le plus court, la ligne droite, passe par le pays des Pélichtimes, mais Hachem les fait s’en détourner, et se diriger vers le désert. Pourquoi ?

Hachem avait-Il « peur » de la guerre ? En effet, en rencontrant ce peuple, la guerre aurait été inévitable. Mais Hachem avait infligé les dix plaies aux égyptiens, il avait écrasé l’Égypte et enlevé le peuple d’Israël à Pharaon.

Pourquoi alors avoir eu peur de cette nation ? D’un souffle Il aurait pu l’anéantir…

Oui mais Hachem leur fit faire un détour parce que cette guerre, ils l’auraient perdue… Nous ne parlons pas d’une guerre physique mais morale. En effet, les Pélichtimes pratiquaient la Avoda zara et donc la Touma y était très forte. C’était une société similaire à l’Égypte.

C’est pourquoi Hachem dit : “Le peuple pourrait se raviser à la vue de la guerre et retourner en Égypte.”, Il entendait par là que le peuple était trop faible, sortant tout juste de 210 ans d’immersion dans la Touma, s’y replonger si tôt risquait de les faire chuter psychologiquement, et revenir à une vie de mensonges et de péchés.

Hachem a donc choisi de les faire emprunter un chemin difficile, le désert, où il n’y avait rien à manger ni à boire, nulle part où se divertir…

Il a choisi de dévier les lois de la nature et d’accomplir d’incessants miracles durant leur traversée : les colonnes de nuée le jour et de feu la nuit, ouvrir la mer, faire tomber la manne du ciel, faire jaillir l’eau du rocher… afin de protéger le peuple de l’assimilation.

A propos de cet enseignement, nous pouvons élargir le sujet grâce au ‘Hafets ‘Haïm qui nous met en garde contre une épreuve à laquelle tout un chacun risque de se trouver confronté au cours de sa vie :

Si nous avons des choix à faire, par exemple entre une bonne parnassa qui mettra en danger notre Judaïsme, et une moins bonne ne comportant pas de danger, il faut se protéger et ne pas vendre sa Néchama pour si peu au Yetser Hara’.

Il est vrai qu’en prenant le chemin du désert, la parnassa de nos ancêtres se trouvait plus qu’hypothéquée, c’est pourquoi Hachem, afin de préserver la Kédoucha de son peuple, s’en Est Lui-même occupé par des miracles dévoilés (c’est toujours Hachem Qui pourvoit à nos besoins, mais cela n’est parfois pas perceptible).

Le Rambam nous enseigne sur ce verset, que ce long trajet que leur fit parcourir Hachem était un moyen d’éduquer le peuple, afin qu’il ait une conception parfaite du vrai D.ieu et ne risque plus de tomber dans la Avoda zara. Ce détour avait pour but une formation morale et spirituelle.

Le Rav Dessler Zatsal, nous fait remarquer que la Torah veut nous enseigner ici « qu’il vaut mieux emprunter un long chemin, traverser mer et désert, à seule fin de couper derrière soi le pont qui permettrait d’en venir à fauter. » Le moyen le plus efficace pour s’adapter à une vie plus exigeante spirituellement, est de ne pas avoir peur ni du désert ni de l’épreuve.

En hébreu l’épreuve/Nessayone a pour racine Ness/miracle, nous comprenons de là que dans chaque épreuve que nous envoie Hachem, il y aura la partie que nous devrons surmonter nous-mêmes, et la partie Ness/miracle que Hachem prend en charge afin que nous menions à bien nos efforts et nos projets.

Nulle épreuve envoyée n’est insurmontable, c’est un théorème de nos Sages auquel il faut se cramponner sans cesse quand tout va mal. Prions sans cesse, soyons confiants, restons dans le bon chemin et Hachem nous guidera vers la Guéoula avec l’arrivée de Machia’h ! Amen.

Rav Mordekhai BISMUTH