5 août 2021

L’ivresse de la fête…

On s’arrêtera sur une chose particulière concernant la fête de Pourim. En effet, toute l’année, notre ‘Avodat Hachem, service divin, est mesurée et pesée. La preuve : à chaque pas qu’un homme fait dans la pratique des Mistvoth, il est tout le temps en train d’ouvrir un livre, de questionner un Talmid ‘Haham ou un rav pour avoir la confirmation s’il fait bien ou non. De plus, nous savons tous que la Tora a prohibé l’ivresse, par exemple lorsque Noa’h est sorti de l’arche, ou encore pour les Cohanim au Beth Hamikdach : s’enivrer leur était formellement interdit. Or, à Pourim, la Halakha est fixée : « Un homme est obligé de boire du vin et de s’enivrer jusqu’au point où il ne distingue plus entre ‘Béni soit Mordechai’ et ‘Maudit soit Amman’ ! » (Choul’han Arou’h, 695.1). Donc, la question sera : pourquoi les Sages ont institué l’ivresse à Pourim ? Plusieurs réponses sont données. On en choisira deux. Le ‘Hafets ‘Haim explique que l’ivresse est en souvenir de l’histoire formidable de la Meguilat Esther. En effet, le miracle de Pourim est intimement lié avec les différents festins qui ont jalonné l’intrigue. Le premier, c’est celui du roi A’hachvéroch qui, lors de son festin de 180 jours, a destitué Vachti, la reine, et par la suite, l’a remplacée par Esther, descendante du roi Chaoul. Puis longtemps après, Esther fera deux autres dîners où elle invitera le roi et Amman. Et, sous le coup de l’ivresse, Ahacheveroch exécutera Amman ! Donc, pour se remémorer le miracle de Pourim, les Sages fixèrent de boire (Biour Halakha 695.1.).

Une autre raison plus profonde est donnée par le Machguia’h de la Yechiva de Lakewood, le rav Nathan Wachtenfogel zatsal. Il donne d’abord une belle allégorie. Il s’agit du chidou’h. Nous savons que, dans les bons milieux, afin de rencontrer sa tourterelle avec laquelle on va vivre dans la paix et la joie jusqu’à 120 ans, on passera par un intermédiaire, le chad’han. C’est lui qui, après avoir entendu le garçon et la fille, proposera la rencontre. Si les présentations se passent bien, rapidement les deux tourtereaux décideront de passer sous la ‘Houpa. Le rav Cha’h disait qu’au bout de trois, et au grand maximum de cinq rencontres, le jeune homme et la jeune fille doivent décider de la suite ! Or, faire une rencontre, ce n’est pas une chose aisée. Le chad’han doit aplanir toutes les difficultés entre les deux familles, et aussi les demandes de part et d’autre. Donc, cette personne sera très importante durant la première partie du chidou’h, jusqu’aux fiançailles et au mariage. Dès lors, notre intermédiaire sera persona non grata car, connaissant tous les méandres des tractations qui ont pu avoir lieu, ni le ‘hathan, ni la kala et les  familles respectives, ne désirent le revoir ! Fin de la belle allégorie. Et le Machguia’h d’expliquer : toute l’année, un Juif sert le Boré ‘Olam grâce à son intellect. C’est lui qui fera le pont entre la Tora/Hachem et sa manière d’agir. Par exemple, faire le Chabbath, ou les fêtes, passe par une connaissance minimale des Halakhot pour savoir comment bien les respecter ; et de même pour toutes les autres Mitsvot. De plus, notre intellect biaisera le service divin par des intérêts très terre à terre, comme, par exemple, étudier et appliquer la Tora pour que son proche entourage soit impressionné, ou pour récolter des dividendes auprès de ses beaux-parents ! Tout cela invalide notre service d’Hachem ! Car comme nous le savons, Hachem désire qu’on le serve pour sa Gloire et ses propres honneurs : LICHMA/d’une manière désintéressée ! Donc, un Juif a toute l’année un problème fondamental avec son intellect qui détourne le but escompté, puisqu’il fait la Tora pour gagner un avantage quelconque. Seulement, il existe un jour dans l’année où il est donné une possibilité de montrer à Hachem qu’on le sert au-delà de sa propre jugeote : c’est Pourim ! L’ivresse de ce jour saint marque qu’un Juif veut servir son D’ avec son cœur et pas seulement avec sa tête. De plus, les Sages ont dicté qu’on doit s’enivrer jusqu’à confondre Mordechai et Amman. Peut-être que leur intention est d’amener l’homme à comprendre qu’au-delà de la terrible intrigue qui s’est jouée dans le palais d’A’hachvéroch, il ne s’agit ni plus, ni moins, que d’une très grande mise en scène par le Boré ‘Olam ! C’est un enseignement de savoir que toute l’histoire est dans les bonnes mains d’Hachem ! Et finalement, c’est la grande méchanceté d’Amman qui a entraîné que toute la communauté juive fasse Techouva ! Pourim montre aussi que même le mal fait partie du plan divin contre le gré des mécréants, et sans que les Tsadikim/le peuple juif ne soit au courant. Pour accéder à cette connaissance qui est une non-connaissance, il convient d’annuler son intelligence : ne plus distinguer entre le bien et le mal, et SAVOIR QUE TOUT EST DANS LA MAIN BIENVEILLANTE D’HACHEM. Donc, Pourim c’est la fête de la confiance en Hachem, au-delà de toutes les difficultés inhérentes à la vie. Avoir la foi que cela fait partie du plan divin et ne surtout pas baisser les bras ! On conclura par un petit mot important : si on sait que la boisson nous entraînera obligatoirement à dire ou à faire des choses vexantes vis-à-vis de nos amis, alors il n’y aura AUCUNE MITSVA DE S’ENIVRER !

Rav David Gold