6 octobre 2022

NASSO: Ne soyez pas des chaussures!

Cette semaine on rapportera une intéressante anecdote du rav Bidermann Schlitta. L’histoire remonte à plus d’une cinquantaine d’année lors d’un Chéva Berakhot (repas de la semaine du mariage). L’habitude est d’accompagner les repas de noces par des paroles de Tora. A l’occasion se lèvera dans l’assistance un grand rav. L’homme dira : »Avant de me marier j’étais très turbulent ! L’étude de la Tora ne m’intéressais pas véritablement, comme on le dit : l’étude de la Tora et moi cela faisait 2 ! Jusqu’au moment où le Rebbé (l’instituteur) de la classe me prenne à part et me raconte cette fable. Il y a avait une fois une vieille chaussure qui était venu devant le BETH DIN pour trainer en justice le … Sefer Tora ! La chaussure évoqua devant le BETH DIN tout son malheur et l’injustice poignante de son histoire : « Messieurs les juges… Au départ tous les 2, moi et le Séfer Tora étions promus au même avenir ! En effet, tous les deux nous avons partagé la même étable, et mangé ensemble le foin et l’avoine dans la même étable. Or, un beau jour est arrivé dans la ferme un scribe et il a acheté mon amie (la vache) et après l’avoir abattu rituellement, il  vendit sa viande au boucher tandis que sa peau il en fit un Sefer Tora. Depuis lors, à chaque fois que ce Sefer Tora apparait dans n’importe quelle assemblée, tout le monde se lève, l’embrasse (quand il n’y a pas corona) et lorsque le Séfer devient trop vieux et abimé alors on l’enterre avec beaucoup de respect en terre au cimetière (et au grand jamais on fait son incinération)… Tandis que moi, messieurs les rabbins, mon sort est bien différent ! Un jour –qui n’était pas beau- est venu un commerçant, il m’a acheté et de ma peau il fit des  chaussures… Depuis lors je suis voué à être piétiné dans la rue du soir au matin, je sens mauvais, etc… Et lorsque mon propriétaire ne me trouve plus à son goût, il me jette désinvoltement dans le grand sac poubelle de la maison et je suis voué à être incinéré avec toutes les ordures du quartier ! Est-ce que vous trouvez cela juste que mon copain ait tous ces honneurs tandis que j’hérite de toutes ces malédictions ? » Fin de la petite fable. C’est alors que le professeur se tourna vers moi en me demandant quelle sentence je donnais ? Je répondis que la chaussure a raison: ce n’est pas juste ! Le rav me coupa et dira… « Nou,  nou (pour les hébraïsants cela rajoute dans la véracité de l’anecdote), la chaussure a oublié de préciser une chose … C’est qu’avant de faire la peau de vache des parchemins il fallait beaucoup la travailler ! Au début on doit tremper les peaux dans des produits chimiques intenses afin de la laver, puis la peau est travaillée et on n’oubliera pas de sanctifié tout ce travail au nom de la sainteté du Séfer Tora, enfin on la coupera et l’amincira jusqu’à ce qu’elle devienne une fine feuille. Elle aura reçu de nombreux coups avant d’arriver à une épaisseur convenable pour faciliter l’écriture du Sofer. Et ce n’est pas tout. Avant que le Sofer ne se lance dans cette vaste entreprise qu’est l’écriture d’un Séfer Tora, il sanctifiera son écriture puis commencera l’écriture (pour un Séfer Tora il ne faut pas moins d’un an de travail d’arrachepied, 8/10 heures par jours). Par contre, pour la chaussure les choses auront une toute autre tournure. Après avoir fait quelques trempages dans de l’acide, on transformera rapidement cette peau en élégante chaussure, et c’est tout ! Donc tu comprends la différence entre les deux ! Et le רav rajouta : » Pour que tu acquières la grandeur de la Toraצ il faut endurer de nombreux coups et travaux ! Des efforts dans l’étude, passer ses journées et ses nuits à étudier la sainte Tora, travailler son caractère (avec sa femme et ses enfants…) et alors tu arriveras à la Tora ! Mais si tu ne veux pas cela (comme les Ba’hourim le disent : « Ayéfouth ha’homer… ») alors tu seras comme cette veille chaussure ! C’est à ce moment que ce jeune Ba’hour mit toutes ces forces dans l’étude, et deviendra un des grands de la Tora.

Rav David Gold