Cette semaine on rapportera une intĂ©ressante anecdote du rav Bidermann Schlitta. Lâhistoire remonte Ă plus dâune cinquantaine dâannĂ©e lors dâun ChĂ©va Berakhot (repas de la semaine du mariage). Lâhabitude est dâaccompagner les repas de noces par des paroles de Tora. A lâoccasion se lĂšvera dans lâassistance un grand rav. Lâhomme dira : »Avant de me marier jâĂ©tais trĂšs turbulent ! LâĂ©tude de la Tora ne mâintĂ©ressais pas vĂ©ritablement, comme on le dit : lâĂ©tude de la Tora et moi cela faisait 2 ! Jusquâau moment oĂč le RebbĂ© (lâinstituteur) de la classe me prenne Ă part et me raconte cette fable. Il y a avait une fois une vieille chaussure qui Ă©tait venu devant le BETH DIN pour trainer en justice le ⊠Sefer Tora ! La chaussure Ă©voqua devant le BETH DIN tout son malheur et lâinjustice poignante de son histoire : « Messieurs les juges⊠Au dĂ©part tous les 2, moi et le SĂ©fer Tora Ă©tions promus au mĂȘme avenir ! En effet, tous les deux nous avons partagĂ© la mĂȘme Ă©table, et mangĂ© ensemble le foin et lâavoine dans la mĂȘme Ă©table. Or, un beau jour est arrivĂ© dans la ferme un scribe et il a achetĂ© mon amie (la vache) et aprĂšs lâavoir abattu rituellement, il vendit sa viande au boucher tandis que sa peau il en fit un Sefer Tora. Depuis lors, Ă chaque fois que ce Sefer Tora apparait dans nâimporte quelle assemblĂ©e, tout le monde se lĂšve, lâembrasse (quand il nây a pas corona) et lorsque le SĂ©fer devient trop vieux et abimĂ© alors on lâenterre avec beaucoup de respect en terre au cimetiĂšre (et au grand jamais on fait son incinĂ©ration)⊠Tandis que moi, messieurs les rabbins, mon sort est bien diffĂ©rent ! Un jour âqui nâĂ©tait pas beau- est venu un commerçant, il mâa achetĂ© et de ma peau il fit des chaussures⊠Depuis lors je suis vouĂ© Ă ĂȘtre piĂ©tinĂ© dans la rue du soir au matin, je sens mauvais, etc⊠Et lorsque mon propriĂ©taire ne me trouve plus Ă son goĂ»t, il me jette dĂ©sinvoltement dans le grand sac poubelle de la maison et je suis vouĂ© Ă ĂȘtre incinĂ©rĂ© avec toutes les ordures du quartier ! Est-ce que vous trouvez cela juste que mon copain ait tous ces honneurs tandis que jâhĂ©rite de toutes ces malĂ©dictions ? » Fin de la petite fable. Câest alors que le professeur se tourna vers moi en me demandant quelle sentence je donnais ? Je rĂ©pondis que la chaussure a raison: ce nâest pas juste ! Le rav me coupa et dira⊠« Nou, nou (pour les hĂ©braĂŻsants cela rajoute dans la vĂ©racitĂ© de lâanecdote), la chaussure a oubliĂ© de prĂ©ciser une chose ⊠Câest quâavant de faire la peau de vache des parchemins il fallait beaucoup la travailler ! Au dĂ©but on doit tremper les peaux dans des produits chimiques intenses afin de la laver, puis la peau est travaillĂ©e et on nâoubliera pas de sanctifiĂ© tout ce travail au nom de la saintetĂ© du SĂ©fer Tora, enfin on la coupera et lâamincira jusquâĂ ce quâelle devienne une fine feuille. Elle aura reçu de nombreux coups avant dâarriver Ă une Ă©paisseur convenable pour faciliter lâĂ©criture du Sofer. Et ce nâest pas tout. Avant que le Sofer ne se lance dans cette vaste entreprise quâest lâĂ©criture dâun SĂ©fer Tora, il sanctifiera son Ă©criture puis commencera lâĂ©criture (pour un SĂ©fer Tora il ne faut pas moins dâun an de travail dâarrachepied, 8/10 heures par jours). Par contre, pour la chaussure les choses auront une toute autre tournure. AprĂšs avoir fait quelques trempages dans de lâacide, on transformera rapidement cette peau en Ă©lĂ©gante chaussure, et câest tout ! Donc tu comprends la diffĂ©rence entre les deux ! Et le Śšav rajouta : » Pour que tu acquiĂšres la grandeur de la ToraŚŠ il faut endurer de nombreux coups et travaux ! Des efforts dans lâĂ©tude, passer ses journĂ©es et ses nuits Ă Ă©tudier la sainte Tora, travailler son caractĂšre (avec sa femme et ses enfantsâŠ) et alors tu arriveras Ă la Tora ! Mais si tu ne veux pas cela (comme les Baâhourim le disent : « AyĂ©fouth haâhomer⊠») alors tu seras comme cette veille chaussure ! Câest Ă ce moment que ce jeune Baâhour mit toutes ces forces dans lâĂ©tude, et deviendra un des grands de la Tora.
Rav David Gold

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