Parachat Réé – Av, le mois du père

Pourquoi les grandes vacances ont-elles lieu en cette période entre les mois d’Av et d’Elloul ? Elles auraient pu tomber à ‘Hanouka ou à Pessa’h…

Il est écrit dans notre paracha : « Banim atem lachem/vous êtes des fils pour D.ieu » (Dévarim 14;1). Essayons de comprendre cette notion de « banim ». Que signifie être les enfants de Hakadoch Baroukh Hou ?

La Guémara (Baba Batra 10a) nous donne quelques précisions à ce sujet :

« vous êtes appelés fils et vous êtes appelés serviteurs ; lorsque vous faites la volonté de D.ieu, vous êtes appelés des fils, mais lorsque vous ne faites pas la volonté de D.ieu, vous êtes appelés des serviteurs. » fin des paroles de la Guémara.

Dans un premier temps, il faudrait essayer de comprendre cet enseignement de la Guémara. A première vue, cela ne semble pas très logique. En effet, que je fasse Sa Volonté ou pas, cela change-t-il quelque chose si je suis son fils ? Et dans le sens inverse, pourquoi serais-je appelé serviteur si je ne fais pas Sa volonté ?!

Il aurait été plus logique d’écrire ces deux informations dans le sens inverse : si tu fais Sa volonté tu es appelé Son serviteur, mais si tu ne fais pas Sa volonté, tu es appelé Son fils. Car que l’on veuille ou non, un fils reste un fils ; ferait-il les plus grandes sottises, il restera à jamais Son fils, contrairement à un serviteur.

Pour mieux comprendre la Guémara, il faut procéder à une lecture plus attentive du mot « volonté ». Accomplir une volonté, c’est lorsque celle-ci n’a pas été demandée ou imposée par l’autre. Prenons un exemple : imaginez que votre père rentre à la maison après une journée de travail. Vous le voyez fatigué de sa journée. Sans qu’il vous le demande, vous devinez qu’un bon café ou un grand verre d’eau fraîche lui ferait du bien. En le lui apportant, vous accomplissez sa volonté. Si, par contre, il vous le demande, cela devient obligatoire. Ce n’est plus une « volonté », mais une obligation découlant des lois de Kiboud Av [respect du père].

Agissons ainsi avec notre Père, Hakadoch Baroukh Hou. Soyons comme des fils qui font Sa volonté et pas comme des fonctionnaires qui font le strict minimum (ce qui, pour certains et dans certaines situations, sera tout de même très bien ; chacun doit savoir où il se situe).

Pour revenir à la question posée initialement : « pourquoi les grandes vacances tombent-elles en cette période ? », essayons de définir les « grandes vacances ». C’est une longue période où les enfants n’ont plus école. Se trouvant à la maison du matin jusqu’au soir, ils sont en mode « demandeur » : j’ai faim, fais-moi ci, achète-moi ça, je veux ça… Ils font des bêtises, se chamaillent, se salissent… Donc, en fonction de chaque situation, les parents doivent menacer, intervenir, sévir… Mais parfois, souvent même, on craque. Comme ce sont nos enfants, nous les connaissons bien ; nous savons qu’il y a parmi eux l’enfant calme, l’agité, le sensible, le lent, le malin… Chacun ne peut pas répondre aux mêmes exigences. Mais c’est surtout une période exceptionnelle de proximité entre les membres de la famille qui, pendant plusieurs semaines, vivent ensemble constamment.

Alors on essaie d’en profiter : on évite les punitions, on multiplie l’écoute et les récompenses, même si parfois…

Nous sommes à la veille du mois d’Elloul, la période des séli’hot. Nous allons demander à notre Père, Avinou Malkénou, de nous pardonner, d’accepter notre Téchouva et nos Téfilot, de nous inscrire dans le livre de la vie, de la santé, de la parnassa…. A plusieurs reprises, nous invoquons Hakadoch Baroukh Hou en tant que père. Mais pour appeler un père, encore faut-il être un fils…

Pendant les « grandes vacances »,juste avant Elloul, les Séli’hot et Roch Hachana, nous allons demander d’être jugés comme des banim, des fils, et non pas comme des avadim, des serviteurs, car la bienveillance d’un père envers son fils est incomparable.

Les « grandes vacances » sont une période privilégiée pour nous faire prendre conscience des jours exceptionnels qui s’annoncent. En cette période, nous allons jouer le rôle du père plus que jamais, afin de mieux s’imprégner cette notion de « Rah’em av âl banim – la pitié du père envers ses enfants ». Forts d’avoir intégré cette notion, notre travail du mois d’Elloul sera de jouer le rôle de l’enfant envers Hakadoch Baroukh Hou.

Puisque durant la période des « grandes vacances », nous avons ressenti ce qui est désagréable à un père, nous pourrons aborder Elloul comme des enfants exemplaires, en essayant de parfaire notre comportement avec notre Père.

Si nous sommes Ses fils, Hachem connaît nos capacités et sait que nous ne pouvons pas tous répondre aux mêmes exigences. Toutefois, Il verra les efforts que nous avons investis pour améliorer notre comportement et notre relation avec Lui.

Profitons de cette période de proximité et de miséricorde avec notre Père, pour investir le maximum d’efforts et arriver méritants au jour du jugement.

Chabat Chalom

Rav Mordékhaï Bismuth

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