25 juin 2022

Kora’h: Pas d’embrouille mon frère !  

Le verset énonce : » Et qu’on en vienne pas à faire comme Kora’h et son assemblée. » (17.15). Les différents commentaires sont en discussion à savoir la teneur de cette injonction. D’après le Ramban (rapporté dans le Sefer Hamitsvot chorech 17) ainsi que le Smag (Lo Ta’assé 157) Rabénou Yona (Cha’ar 3.58) il s’agit d’une interdiction de la Tora de provoquer une dispute dans la communauté… au même titre que Kora’h n’avait pas le droit de faire cette controverse. Cependant, le Rambam (idem) considère qu’il s’agit uniquement d’un récit de la Tora mais pas d’un véritable interdit (la dispute est bannie certes, mais il n’existe pas un verset écrit noir sur blanc). Cependant, le ‘Hafets ‘Haim dans son introduction aux lois du langage tranche à partir de la Guemara Sanhédrin (110) qu’il existe bien un interdit de la Tora de provoquer une dispute. Donc on apprendra de « Kora’h » qu’un homme ne doit  participer à AUCUNE dispute (genre : pourquoi on ne m’a pas appelé depuis belle lurette à monter au Séfer Tora… Certainement qu’ils n’aiment pas mon origine (Ashkenaze/Séfarade), donc je vais leur montrer de qui ils se moquent ?!)… Et le ‘Hafets ‘Haim de rapporter les Sages : »La dispute d’une manière régulière dans la maison amène sa destruction, une dispute dans la synagogue entraîne sa dislocation puis sa destruction. Dans la ville c’est le meurtre ». Et le ‘Hafets ‘Haim d’expliquer que lorsqu’il existe la paix entre les hommes cela entraîne par ricochet la paix dans les Cieux… Et le contraire est vérifié puisque lorsqu’il existe la mésentente dans le Clall Israël, dans les Cieux il existera aussi la controverse. Ndlr : certainement qu’il s’agit au niveau des anges du service divin. Donc la protection du Clal Israël sera moins assurée…

Seulement il existe une limite à ce principe. La Tora enjoint à l’homme de se comporter d’après l’éthique et la morale. Par exemple ne pas voler, truander, « embrouiller » son prochain… Donc sous prétexte de faire la paix avec son prochain et les hommes on ne pourra pas faire « un » avec tous les idéaux qui peuvent circuler dans ce grand monde… Cette paix et entente entre les hommes n’est recherchée que si elle amène une plus grande morale. Mais si par prétexte de faire la paix on devra accepter l’inacceptable (et j’en passe les couleurs, et de nos jours il existe tout un panel…) , alors il n’y a aura pas de valeur à cette grande recherche de fraternité entre les hommes… Un peu à l’image de ce qui s’est passé au début du 19° siècle en Hongrie. Le ‘Hatham Sofer a dicté à sa communauté religieuse et à d’autres d’Europe Centrale de se dissocier du judaïsme libéral qui était très implanté en Europe. Et c’est grâce à cette lourde décision que les communautés orthodoxes ont pu continuer à perdurer et que le monde juif religieux reste vivifiant jusque de nos jours, alors que les communautés libérales ont moins d’adeptes… Et pour cause, leurs descendants s’assimilent.

Je finirais par une courte anecdote. Il s’agit d’une famille en Israël, il y a une vingtaine d’année en arrière qui s’apprêtait à faire le mariage de leur fille… Comme on le sait, une fille à marier… Or, deux semaines avant la date, la famille du ‘hathan prend contact avec la famille de la kala et annule sine  dié le mariage ! La déception est terrible, et la honte submergea la jeune fille. Le père de la kala est lui aussi bien retourné. Il décide de rencontrer le rav de Jérusalem, rav Israël Yacov Fisher zatsal du Badats « Ha’éda Ha’harédit », un homme avec une grande redingote noire. En lui demandant s’il pouvait réclamer de lourdes indemnités à la famille qui avait rompu les liens car il s’agissait d’une famille nantie. Le rav répondit : « Tu es dans ton plus grand droit. Cependant, tu dois savoir que dans le cas où ils refusent, tu dois tout faire pour effacer dans ton cœur la colère et la vexation, car dans le cas contraire, provoquer une dispute dans les familles d’Israël est une grande faute qui est dangereuse pour toute la collectivité !  Tout le temps où tu ne pardonne pas l’autre famille alors dans les Cieux la faute reste présente. Or, la Michna (Kidouchin 40) enseigne que le monde est jugé d’après la majorité des actions. S’il existe plus de fautes que de bonnes actions alors le monde va à sa perdition. Donc pour Hachem… évite la dispute et pardonne ! »

Rav David Gold