16 juin 2024

Korah’: Vous les femmes!

La Paracha de cette semaine nous relate l’affligeante rĂ©volte que mena Kora’h accompagnĂ© de ses acolytes Datan, Aviram, One Ben PĂ©lĂšt et 250 chefs de l’assemblĂ©e contre MochĂ©. Ils lui dirent : Â« Toute l’assemblĂ©e des BenĂ© IsraĂ«l est sainte et Hachem est parmi eux, alors pourquoi vous Ă©levez-vous au-dessus de la communautĂ© d’Hachem ? » (Bamidbar 16,3)

Le midrach explique Kora’h fut remontĂ© contre son cousin MochĂ© du fait de la nomination de son petit-cousin Elitsafan Ben Ouziel, chef de la branche familiale de Kehat. En effet Elitsafan Ă©tait dans l’ordre familial plus Ă©loignĂ© que Kora’h lui-mĂȘme !

Korah dit: Â« Mon pĂšre et ses frĂšres Ă©taient quatre: Amram, Yitsar, ‘HĂ©vron et Ouziel. Amram, l’aĂźnĂ©, avait deux fils, Aharon et MochĂ©, qui hĂ©ritĂšrent de la royautĂ© et de la prĂȘtrise. Qui est plus appropriĂ© que moi pour le poste de prince de la tribu de LĂ©vi ? Je suis l’aĂźnĂ© de Yitsar, le deuxiĂšme fils de Kehath, et pourtant MochĂ© choisit Elitsafan, fils d’Ouziel, le plus jeune des 4 frĂšres. Je m’oppose Ă  lui et je rĂ©voque tout ce qu’il a fait.»

Et ainsi, Kora’h se revolta afin de rĂ©futer les dĂ©cisions prises par MochĂ©, une rĂ©volte qui mettra Kora’h et de son assemblĂ©e Ă  terre, ou plutĂŽt sous terre, avalĂ©s de maniĂšre miraculeuse.

Mais dans tout cet Ă©pisode notons un Ă©vĂšnement intĂ©ressant, au moment du chĂątiment il manque une personne. En effet, lorsque Kora’h vient trouver MochĂ© tout au dĂ©but, il est Ă©crit qu’il est venu avec Datan, Aviram, One Ben PĂ©lĂšt et 250 chefs de l’assemblĂ©e. Or, quand ils sont frappĂ©s par cette mort horrible, la Tora ne mentionne plus One Ben PĂ©lĂšt. OĂč est-il passĂ© ?

Le Midrach ainsi que la Guemara (SanhĂ©drin 109) expliquent que son Ă©pouse le sauva et parvint Ă  l’éloigner de Kora’h et de son assemblĂ©e grĂące Ă  un argument portant sur son intĂ©rĂȘt : Â« Que MochĂ© soit le rav ou que ce soit Kora’h, tu ne seras, de toutes façons, qu’un disciple ! Le seul intĂ©ressĂ© c’est Kora’h, qu’il se dĂ©brouille seul. Toi, de toutes les façons, tu resteras au second plan. » 

Par la suite, elle lui servit du vin, jusqu’à l’enivrer. Une fois endormi, elle dĂ©couvrit sa chevelure et se posta a l’entrĂ©e de la tente. Lorsque les hommes de l’assemblĂ©e de Kora’h vinrent pour lui dire de rejoindre la rĂ©volte, ils la virent et ne purent s’approcher de la tente du fait qu’elle n’était pas pudique. En effet pour ce qui ne la savent peut-ĂȘtre pas encore, il existe un interdit pour une femme mariĂ©e de dĂ©voiler sa chevelure.

 Alors ils se disaient : Â« Si sa femme n’a pas la tĂȘte couverte, il ne mĂ©rite pas d’ĂȘtre avec nous. »

Ce Midrach nous prouve bien que ces 250 hommes n’étaient pas n’importe qui, ils Ă©taient tous suffisamment Tsadikim au point de ne pas vouloir accepter un homme dont la femme aurait les cheveux dĂ©couverts. Par cet acte, son mari fut sauvĂ© de la descente aux enfers avec le reste des opposants. Et la Guemara dĂ©clare Ă  son propos : Â« La sagesse des femmes Ă©difie la maison» (MichlĂ© 14,1). En effet cette femme vertueuse comprit par sa sagesse la voie appropriĂ©e que son mari devait emprunter. A l’inverse, Mme Kora’h ne chercha pas la voie appropriĂ©e pour son mari, mais elle l’incita Ă  devenir ce qu’elle-mĂȘme dĂ©sirait pour lui. Comme il est Ă©crit dans le Sefer Ha’hassidim (135) Â« qu’un homme est façonnĂ© par sa femme. »

Le cĂ©lĂšbre « Echet ‘Hayil » que l’on fredonne autour de la table du Chabbath commence par Â« Une femme vertueuse, qui pourra en trouver ? ». Le mĂȘme auteur, Chelomo HamĂ©lekh, dĂ©clare aussi (KohĂ©let 7,28) : « 
Parmi mille individus, j’ai trouvĂ© un homme, mais de femme, parmi eux tous, je n’en ai pas trouvĂ©e ». En effet parmi les mille femmes que Chelomo HamĂ©lekh a Ă©pousĂ©es, il n’en a pas trouvĂ© une qui fĂ»t exemplaire comme sa mĂšre BatchĂ©va, droite et emplie de crainte du Ciel.

AprĂšs que les BenĂ© IsraĂ«l aient campĂ© face au mont SinaĂŻ, Hakadoch Baroukh Hou a d’abord envoyĂ© MochĂ© RabĂ©nou auprĂšs des femmes et aprĂšs cela seulement auprĂšs des hommes, comme il est dit (Chemoth 19,3) : « 
Tu diras ainsi Ă  la maison de Ya’akov, et tu raconteras aux BenĂ© IsraĂ«l». Rachi explique que la maison de Ya’akov dĂ©signe les femmes.  Pourquoi D. a-t-Il envoyĂ© MochĂ© parler d’abord aux femmes ? Parce que sans l’aide d’une femme, un homme ne peut mĂ©riter de porter la couronne de la Tora, explique rav Nissim Yaguen zatsal. Si une femme ne dĂ©sire pas une vie de Tora, mĂȘme si son Ă©poux dit « Tout ce qu’a dit Hachem, nous le ferons », cette dĂ©claration n’aura pas de suite ! Comme le dit Chelomo HamĂ©lekh: « La sagesse des femmes Ă©difie la maison ; leur folie la renverse de ses propres mains » (MichlĂ© 14,1).

Si Chelomo HamĂ©lekh conclut MichlĂ© (les Proverbes) par le poĂšme « Echet ‘Hayil », explique le Mé’am Loez, c’est parce qu’au dĂ©but de son Ɠuvre il a maintes fois mis en garde contre le danger de la femme dĂ©pravĂ©e. Il conclut maintenant en faisant l’éloge de la femme vertueuse, celle qui est difficile Ă  trouver


Aussi Chelomo HamĂ©lekh vient-il nous expliquer comment la femme peut influencer son mari, et le pousser Ă  goĂ»ter ou pas au fruit dĂ©fendu. La Tora, au dĂ©but, raconte l’histoire de Adam et de ‘Hava pour nous montrer l’influence qu’une femme peut avoir sur son Ă©poux, une influence qui peut aller jusqu’à lui faire abandonner l’arbre de la vie et Chelomo HamĂ©lekh dĂ©montre  maintenant l’inverse en disant que la femme peut exercer une influence pour le bien. Ce texte vient donc guider l’homme et la femme sur la voie d’une vie paisible et Ă©ternelle, dans le ‘olam hazĂ© et le ‘olam haba.

L’épouse est appelĂ©e « Akeret Habayit/maĂźtresse de la maison » (Tehilim 113,9) parce qu’elle est «’Ikar/l’essence /l’essentiel » de la maison, comme il est dit dans le Midrach (BerĂ©chit Raba 17,7), Â« Tout vient de la femme ».

Le Midrach (BerĂ©chith Raba 17, 12) relate l’histoire suivante : un ‘hassid (homme pieux) Ă©tait mariĂ© Ă  une ‘hassida (femme pieuse), n’ayant toujours pas eu d’enfant, ils ont dit : « Nous ne sommes d’aucune utilitĂ© pour Hachem. » Ils prirent la dĂ©cision de divorcer. Lui, s’est remariĂ© avec une femme de mauvaises mƓurs qui l’a rendu Ă  son tour mĂ©crĂ©ant. Tandis que la femme pieuse a Ă©pousĂ© un mĂ©chant dont elle a fait un juste. Ce Midrach nous montre le rĂŽle dĂ©terminant de la femme !

Le Yalkout Chim’oni (Choftim), rapporte l’exemple Ă©difiant de la prophĂ©tesse Devora. Il est Ă©crit (Choftim 4;4) « Et Devora une prophĂ©tesse, l’épouse de Lapidot ». Il est intĂ©ressant de voir comment Devora, l’épouse de Barak est prĂ©sentĂ©e comme l’épouse de Lapidot, littĂ©ralement « la femme aux torches », ou « l’épouse de Lapidot ». Le Midrach demande : « Quel est le sens de « l’épouse de Lapidot » ? Pourquoi cet autre nom ?

Le Yalkout Chim’oni explique que Barak, le mari de Devora, Ă©tait un ignorant en Tora. Devora chercha un moyen de l’élever spirituellement. Elle lui dit : « Viens, je vais te confectionner des mĂšches, et tu iras au Beth haMikdach, Ă  Chilo. » Son intention Ă©tait, qu’en allant Ă  Chilo, son Ă©poux soit en contact rĂ©gulier avec des hommes de valeur, des Cohanim, des Leviim et autres fidĂšles du lieu saint. C’est ainsi qu’il pourrait grandir en sagesse et en saintetĂ©. Il a mĂ©ritĂ© une place parmi les hommes vertueux du peuple juif.

Observons Ă  quel point l’impact d’une femme sur son Ă©poux est incommensurable. MalgrĂ© le rĂŽle prestigieux que Devora a Ă©tĂ© amenĂ©e Ă  jouer, la Tora l’appelle « l’épouse de Lapidot », comme pour dĂ©signer que le fait d’avoir trouvĂ© le moyen d’accroĂźtre les mĂ©rites et l’envergure de son Ă©poux, fut l’essentiel de sa grandeur !

Ainsi une Échet ‘Hayil, femme vertueuse, aide son Ă©poux Ă  ĂȘtre versĂ© dans l’étude et dans le respect des lois de la Tora. Elle est semblable Ă  une reine qui reçoit tous les fruits de son investissement. La femme est une reine si elle fait de son mari un roi, et vice versa. La reine est lĂ  pour aider le roi Ă  accomplir ses tĂąches, Ă  jouer son rĂŽle ; c’est pour cela qu’elle est reine.

Chabat Chalom

Rav Mordekhai Bismuth