1 décembre 2021

« … Car toute la communauté, tous sont saints, et Hachem est au milieu d’eux, et pourquoi vous élèveriez-vous sur l’assemblée de  Hachem ? » Bamidbar (16 ; 3)

Au travers de ces mots, Kora’h et ses compagnons ont voulu signifier à Moché et Aharon qu’ils ne leur étaient en rien supérieurs, qu’ils avaient tous entendu la voix de Hachem sur le Mont Sinaï, et que tous les Juifs étaient donc à ce titre des prophètes et des égaux, sans aucun besoin d’un dirigeant quelconque.

En quelque sorte, Kora’h et ses compagnons ont tenté de diviser la communauté, que chacun fasse « bande à part », que chacun soit son propre guide !

Kora’h ne revendiquait pas spécialement le pouvoir. Il voulait plutôt le briser. Il voyait la force qui réside en chaque Juif, pouvant lui permettre de devenir indépendant et dirigeant d’une communauté.

Aujourd’hui nous retrouvons des « mini-Kora’h » un peu partout autour de nous, au sein de nos communautés, et même en nous-mêmes.

Le Kora’h des temps modernes est « internet », l’étude de la Torah sur écran.

Certes, les personnes qui l’alimentent pour diffuser la Torah se mettent au service d’Hachem, mais la façon de s’y prendre est maladroite, voir néfaste. Suite p2

Aujourd’hui, Baroukh Hachem, le nombre de sites internet et d’applications se multiplie sans cesse, on peut ZOOMER pour étudier de la Guémara, de la Michna, du Moussar… et tout cela, seul, chez soi, sans sortir, sans rencontrer qui que ce soit… sans communauté. De là peut venir le danger !

Internet risque de nous dissocier peu à peu de la communauté. Pourquoi sortir étudier, si tout au bout de la souris nous pouvons étudier en solitaire ?

Une Guémara (Makot 10a) nous enseigne : « Rabbi Yossei bar ‘Hanina a dit : « Quelle est la signification du verset ”l’épée sur les solitaires et ils deviendront stupides” ? Cela désigne une épée sur le cou des gens qui sont assis et s’occupent d’étudier la Torah de façon individuelle, et en plus ils deviennent également stupides… » »

Le Maharcha sur cet enseignement, nous explique que du fait qu’ils étudient seuls, il n’y a personne pour les corriger lorsqu’ils sont dans l’erreur. Et donc, par erreur ils en arrivent à fauter, puisque la loi reste ambigüe à leurs yeux.

Le Gaon de Vilna ajoute que si l’étude de la Torah sauve en général du péché et constitue une source de vie et de sagesse, se produira l’inverse pour celui qui étudie seul, car son étude suspend une épée au-dessus de sa tête, et l’amènera à devenir insensé et à pécher.

Internet existe sans doute uniquement pour permettre aux Juifs d’étudier la Torah et de s’y rapprocher. En quelques clics, je peux écouter sur un smartphone des dizaines d’heures de cours, apprendre à cachériser une cuisine « sans difficultés », étudier « en live » une page de Guémara… extraordinaire, magnifique, splendide !

Certes, mais tout cela doit être accompagné parallèlement d’une étude plus concrète, avec un Rav, des élèves… Internet peut éventuellement compléter notre étude, mais ne nous apprendra pas comment étudier, poser des questions, écouter des réponses, etc.

De nos jours il existe le plus « grand » des rabbins, celui qui sait répondre à toutes les questions, Rav Google! Il est fort et très rapide, mais objectivement il ne donne que les réponses que l’on cherche, soit pour trouver une permission, soit pour coincer l’autre… Il trouvera toujours un ‘’Ravin’’ de Pétahouchnok qui permettra.

Le Meïri nous dit qu’une bonne analyse des enseignements de nos Maîtres est difficile sans l’aide d’un compagnon [de chair et de sang].

Rabbi Yéhouda nous enseigne (Berakhot 63b) que l’on doit former des groupes et nous engager dans l’étude de la Torah, car la Torah ne s’acquiert qu’en l’étudiant en groupes.

Kora’h a tenté l’individualisme, mais sans succès, car l’essentiel de la force d’un Juif c’est justement qu’il fait partie du Tsibour [et pas des réseaux sociaux]. Nous sommes un peuple et non des entités séparées derrière des écrans.

Comme nous pouvons le constater dans le mot même en hébreu qui signifie « assemblée » : « Tsibour/צבור », ses lettres, constituant sa racine, représentent en effet l’ensemble du peuple : ””צle tsadik – le juste ,  ””בle  benoni- le moyen  ,   ””רle racha- le méchant .

La Guémara (Berakhot 6a) nous enseigne que lorsque dix hommes forment un minyan et prient ensemble, la Chékhina réside parmi eux. Nous ne nous intéressons pas à la nature de chacun des dix hommes mais au résultat de leur union.

Illustrons cela par un exemple : Si nous recevons une fleur en cadeau, nous allons observer les détails de cette fleur, voir sa beauté ou ses défauts, remarquer si elle est un petit peu fanée… Alors que si l’on nous offre un bouquet de fleurs, nous admirerons sa beauté dans sa globalité, sans s’arrêter aux détails, sa beauté provenant justement de l’assemblage de plusieurs fleurs réunies aux couleurs variées et aux parfums différents.

Rav Dessler souligne que la plupart de nos Téfilot composées par nos Sages ont été formulées au pluriel, selon le principe énoncé dans la Guémara (Chvouot 39a), que, littéralement : « Tout Israël sont garants l’un de l’autre », ce qui signifie que lorsque nous prions, nous devons le faire pour l’ensemble de la communauté. Nos Téfilot auront alors beaucoup plus de valeur que si nous ne les avions formulées que pour nous-mêmes. D’ailleurs, comme le dit Kora’h, « tous sont saints », en effet chaque juif recèle en lui une étincelle Divine, puis il poursuit : « Hachem Est au milieu d’EUX », c’est-à-dire qu’Il n’est Présent que s’ils sont ensemble. Chaque juif, avec ses mérites propres, complète l’autre qui a les siens, ainsi, en nous rassemblant pour l’étude et la prière, nous mériterons de voir la délivrance et le retour à Sion. AMEN.