10 août 2022

La semaine du 9 Av

24 Tamouz 5782

Cette année, le 9 Av tombe à Shabbat, et le jeûne sera repoussé au lendemain 10 Av – puisqu’il est défendu de jeûner et s’endeuiller à Shabbat. Cette configuration présente des lois très particulières, car le jeûne débutera immédiatement à la sortie de Shabbat. Il n’y aura notamment pas de Séouda Mafseket – le repas d’interruption, que nous avons en temps normal l’usage de manger assis par terre, comme des endeuillés. Ou encore, la Havdala d’après Shabbat sera récitée le lendemain soir, à la sortie du jeûne.

Mais encore : les lois de deuil vont en s’intensifiant du 17 Tamouz au 9 Av, marquant 3 phases de deuil – du 17 Tamouz au 1er Av, puis du 1er Av jusqu’au Shabbat Hazon, et enfin, la semaine du jeûne – c.-à-d. en temps normal, si le 9 Av tombe un mardi, on adopte des usages de deuil très stricts de la fin du Shabbat Hazon –qui précède le jeûne, où nous lisons la Haftara de‘Hazon– jusqu’à la fin du 9 Av. Et lorsque la date du 9 Av tombe à la sortie du Shabbat, il n’y a concrètement pas de ‘semaine du jeûne’ dans une telle année.

Mais lorsque le 9 Av tombe à Shabbat, et qu’on repousse le jeûne au lendemain, que considère-t-on comme ‘semaine du 9 Av’? La semaine de la date du 9 Av –qui débute après le Shabbat 2 Av–, ou la semaine du jeûne du 9 Av – qui sera reporté au 10 Av ?

Le Choul’han Aroukh [ch.551 §4] rapporte 2 avis : le premier considère que dans cette configuration, il n’y a pas de ‘semaine du 9 Av’. Et le second pense que les lois de deuil de la ‘semaine du 9 Av’ sont en vigueur durant toute la semaine qui précède. Selon la loi stricte, c’est le premier avis qui fait loi, à quelques exceptions près, comme nous l’expliquerons.

Notons que les conséquences de cette discussion concerneront surtout les communautés séfarades, puisque les ashkénazes préservent de toute façon la plupart des usages stricts du deuil depuis la 2e période – à partir de Rosh Hodesh Av.

Afin de faciliter la présentation des lois de la semaine du 9 Av dans notre configuration, nous rapporterons au fur et à mesure les consignes théoriques prescrites pour cette période lors d’une année classique, en précisant à chaque fois dans un 2e temps si cette restriction est en vigueur lorsque le jeûne du 9 Av est reporté au lendemain dim. 10 Av.

1. Laver le linge / Porter des habits propres. Durant la semaine du 9 Av, il est défendu de porter des habits propres, ni même de laver le linge, même si on prévoit de ne le porter qu’après le 9 Av. Cet interdit s’applique aussi sur les sous-vêtements et chaussettes. [ch.551 §3]

Pour les ashkénazes, ces lois s’appliquent depuis Rosh Hodesh. Il leur est tout de même permis de se changer pour Shabbat. Pour les séfarades, ces lois ne seront pas en vigueur cette année. [A l’exception du jour du jeûne, où l’on ne pourra pas porter d’habit propre.]

2. Il est néanmoins permis de se changer en remettant des habits déjà portés avant la période de deuil. D’où la possibilité de préparer des habits de rechange avant la venue de la période interdite [car il n’est pas prescrit de dégager des odeurs nauséabondes!].

Concrètement : bien qu’un ashkénaze ne puisse pas porter d’habit propre depuis le 1er Av, il pourra s’il le veut préparer des habits de rechange en se changeant plusieurs fois par jour avant le vendredi 1er Av. Il devra veiller à porter à chaque fois son vêtement suffisamment de temps pour qu’il perde sa fraîcheur et s’imprègne de l’odeur du corps.  Le principe sera le même pour un séfarade qui souhaite prévoir au moins des sous-vêtements de rechange pour le jour du du Tisha béAv.

3. Lorsque l’on omet de préparer des vêtements de rechange avant la période de deuil, il est a postériori possible de les ‘salir’ avant de les porter, même pendant la période interdite. On pourra par ex. les poser pendant une petite heure par terre dans un lieu de passage et marcher dessus de temps en temps.