5 août 2021

Le rabbi de Kalov : l’impact du respect du Chabbath

« Au huitième jour, on circoncira l’excroissance de l’enfant. » (Vayikra 12,3).

J’aimerais mentionner une histoire que j’ai entendue d’un homme fiable, un philanthrope, R. Israël Zoupnik. L’un de ses clients de Chicago lui avait raconté que son épouse avait contracté une grave maladie, et avait demandé à R. Israël de se rendre chez l’Admour rabbi Ména’hem Mendel de Stropkov qui résidait à Williamsburg, et était célèbre pour les prodiges qu’il effectuait, pour lui demander de la bénir d’une guérison complète. Lorsque R. Israël exposa la demande à l’Admour, celui-ci répondit qu’il était prêt à la bénir s’ils promettaient de respecter le Chabbath. Ils acceptèrent à contrecœur, l’Admour donna sa bénédiction, et elle obtint rapidement une guérison complète. Mais peu de temps après, l’Admour téléphona une veille de Chabbath à R. Israël, en lui disant: « Tu m’as fait conclure une affaire – vérifie s’ils tiennent leur engagement. » R. Israël téléphona à Chicago et découvrit qu’ils avaient décidé de ne plus tenir leur promesse. La maladie revint, que D’ préserve.

Nous avons observé ce phénomène chez de nombreux Tsadikim au fil des générations : lorsqu’ils voulaient faire revenir à la Tora des Juifs éloignés du judaïsme, s’il agissait de Juifs non-respectueux du Chabbath, ils tentaient en premier lieu de les inciter à respecter le Chabbath.

En effet, l’observance du Chabbath conduit l’homme à se renforcer également dans les autres Mitsvoth, car il exerce une influence qui incite le Juif à accomplir d’autres commandements. Lorsqu’un homme est enfoncé dans la matérialité, la bassesse de l’esprit, alors toute Mitsva devient un joug, mais par la sainteté du Chabbath et le supplément d’âme qui lui est attaché, la matérialité disparaît pour faire place à la volonté véritable.

Voici les propos de mon vénérable ancêtre, rabbi Tsvi Élimélekh de Dinov, dans son ouvrage Agra Dekhala sur le verset (Béréchit 2,3) : « Et le proclama saint » : le Chabbath sanctifie l’homme et instille en lui des pensées saintes. Le Chabbath est qualifié de Yoma Denichmata (le jour de l’âme), du fait que l’âme est une partie du divin: par le biais d’un respect du Chabbath conforme à la Halakha, l’âme retourne à sa racine pour s’attacher au Créateur. On se prépare ainsi à accueillir la Présence divine, qui nous confère davantage de sainteté et d’élévation, en termes d’Émouna et de confiance en D’. À cet effet, Hachem nous a donné le Chabbath, comme nous l’affirmons dans la prière de Min’ha de Chabbath : « Yom menou’ha vekedoucha le’amékha natata…Menou’ha cheléma chéAta rotsé ba, yakirou banékha véyidou ki méitékha hi menou’hatam ve’al menou’hatam yakdichou eth Chemékha. Tu as accordé un jour de repos et de sainteté à Ton peuple…Un repos complet que Tu désires, Tes fils Te reconnaîtront et saurant que leur repos provient de Toi et ils le consacreront à Ton Nom.»

De même, nos Sages ont dit (Chabbath 118b) : tout individu qui respecte le Chabbath selon la Halakha, même s’il livre un culte aux idoles, comme à la génération d’Enoch, on le lui pardonne. En effet, par le respect du Chabbath, l’homme peut accéder au repentir complet et à une Émouna sans faille.

Les ouvrages sacrés rapportent que le moment approprié pour se repentir est la veille du Chabbath. À ce moment-là, la sainteté du Chabbath s’infiltre dans le monde. On rapporte une histoire sur rabbi Elimélekh de Lizensk : sa servante relata au rabbi de Rouzyne que la veille du Chabbath après ‘Hatsot, régnait dans son foyer une crainte et une sainteté du Chabbath si forte au point que même les servantes qui se disputaient toute la semaine se réconciliaient, en larmes, et se pardonnaient mutuellement, comme la veille de Yom Kippour.

Le rabbi de Lublin, au nom de notre maître, le Ba’al Chem Tov, posait une question : pourquoi disons-nous au début du Chabbath : « OuveYom hachevi’i chavat vayinafach, le septième jour, Il a mis fin à l’œuvre et s’est reposé ?» Nos Maîtres ont dit « Oï, la Nechama s’est perdue » (Bétsa 16). Or on pourrait se suffire d’exprimer ce regret lorsqu’elle nous quitte le Motsaé Chabbath.

Ils proposèrent l’explication suivante : l’homme déplore la perte vécue par l’âme pendant les jours de la semaine précédente. En effet, pendant la semaine, l’homme est préoccupé par ses affaires et enfoncé dans la matérialité. Même s’il a commis quelques erreurs, le Yétser Hara’ trouve un justificatif pour toutes ses actions. Mais dès l’arrivée du Chabbath, par le biais du supplément d’âme qui élève l’esprit de l’homme, il remarque qu’au cours de la semaine écoulée, son niveau de sainteté a baissé et toutes ses actions n’ont pas été à la hauteur, et de ce fait, il déclare immédiatement dès le début du Chabbath : « Vay avda néfech » qui s’applique à la semaine qui vient de s’écouler, et ainsi, il se renforce avec plus de vigueur pour exploiter la journée du Chabbath pour s’élever sur le plan spirituel.

Le Imré ‘Haïm de Vijnitz interprète ainsi le verset (Vayikra 9,1) : « Quand on fut (Vayéhi) au huitième jour » : l’œuvre de la Création a duré six jours, et le septième jour est le Chabbath, puis on recommence six jours, etc. Ceci n’est valable que lorsqu’une distinction est établie entre le septième jour et les six jours de la création. Car le Chabbath est le jour de la Tora et de l’âme, ce qui n’est pas le cas lorsque le Chabbath est uniquement la suite de la semaine en termes de pensée, de discours et d’actions, au même titre que les six jours. Ainsi, le dimanche est la suite de la semaine précédente, et le Chabbath ne constitue pas une interruption pour s’élever dans la sainteté. C’est ce qu’indique le terme Vayéhi (quand on fut) qui a une connotation de tristesse « au huitième jour », car la semaine ne commence pas à nouveau dès le dimanche.

Nous pouvons ainsi interpréter notre verset qui indique ce qu’il convient de rectifier en premier lorsqu’on voit un homme qui ne respecte pas correctement les Mitsvoth : « Au huitième jour » : en rectifiant le principe que pour lui, le dimanche constitue le huitième jour de la semaine du fait qu’il ne respecte pas le Chabbath selon la Halakha, « on circoncira l’excroissance de l’enfant » : il tranchera l’excroissance de son cœur impur, comme un cœur de pierre insensible. Par le biais du respect du Chabbath, on accède à la pureté du cœur et à l’exaltation des pensées, et ainsi, on s’élève dans tous les domaines.

Chabbath Chalom !