29 novembre 2021

Pourquoi la Téfila d’un Tsadik fils de Tsadik est-elle différente de celle d’un Tsadik fils de racha?

Dans la Paracha de cette semaine il est écrit : « Yits’hak supplia Hachem au sujet de sa femme, car elle était stérile. Hachem l’exauça. Rivka, sa femme, conçut. » (Béréchit 25, 21)

Rachi explique « Hachem l’exauça », lui mais pas elle, parce que la Téfila (prière) d’un Tsadik fils de Tsadik, ne ressemble pas à une Téfila de Tsadik fils de racha.

A première vue, les mots de Rachi sont destinés à Rivka. Mais dans ce cas, l’expression « Tsadik fils de racha » est surprenante. En effet, on aurait dû voir « Tsadeket fille de racha », Rivka étant la fille de Betouel, considéré comme un racha.

Essayons d’abord de comprendre pourquoi la Téfila d’un Tsadik fils de Tsadik est-elle différente de celle d’un Tsadik fils de racha. Le Tsadik se caractérise par le fait qu’il n’est pas sûr de lui-même, dans le sens où il scrute sans cesse ses actions.

A tel point que même lorsque Hakadoche Baroukh Hou lui fait une promesse, il craindra toujours d’avoir fauté, et de se trouver en posture de « non méritant » de voir la promesse se réaliser en sa faveur.

Nous avons vu ce type de comportement chez nos Pères, tout d’abord avec Avraham Avinou :

« … Ne crains point Avram, Je suis un bouclier pour toi, ton salaire se multipliera beaucoup. » (Béréchit 15, 1)

Sur ce, Rachi explique qu’après avoir bénéficié du miracle qui lui permit de vaincre les rois, Avram était tourmenté, craignant d’avoir déjà reçu la récompense de tous ses mérites.

De même, avec Yaakov Avinou, Hakadoche Baroukh Hou lui garantit que lors de son voyage à ‘Haran, Il serait à ses côtés et le protégerait, comme il est dit : « et voici Je suis avec toi, Je te garderai partout où tu iras… » (Béréchit 28, 15). Pourtant, Yaakov eut peur, comme il est dit : « Je suis trop petit pour toutes les grâces et pour toute la vérité que tu as faites à ton serviteur… » (Béréchit 32, 11).

Rachi explique que Yaakov craignit que ses mérites aient diminué depuis la proclamation de la promesse d’Hachem, à cause des différents péchés qu’il avait pu commettre.

Avec ces éléments, nous comprenons déjà un peu mieux ce que représente la Téfila d’un Tsadik fils de Tsadik, qui est l’expression de la véracité et de la sincérité de ses paroles.

Continuons notre développement grâce à l’enseignement de la Guémara Yevamot 64a, selon laquelle lorsqu’un homme a vécu dix ans auprès d’une femme sans avoir eu d’enfants, il devra s’en séparer et lui donner sa ketouva (le contrat de mariage) ; car il n’a pas mérité d’enfanter d’elle.

Ces derniers mots de la Guémara : « n’a pas mérité d’enfanter d’elle », laissent entendre que le problème viendrait de lui, c’est donc pour cette raison que la Guémara dit qu’il était obligé de payer la ketouva. En clair, la responsabilité incomberait à l’homme.

A propos de ces mots de la Guémara, lorsque la Torah écrit : “Yits’hak supplia Hachem au sujet de sa femme, car elle était stérile. Hachem l’exauça, Rivka sa femme, conçut” (Béréchit 25, 21), c’est justement Yits’hak et non pas Rivka, que l’Eternel entendit.

S’il en est ainsi, pourquoi dans le cas d’Avraham et Sarah, le miracle eut-il lieu au contraire par le mérite de Sarah ? Quelle différence y a-t-il entre Sarah et Rivka ? Pourquoi agréer la Téfila de Sarah et disqualifier celle de Rivka ?

Rachi répond à cette question : « parce que la Téfila d’un Tsadik fils de Tsadik, ne ressemble pas à celle d’un Tsadik fils de racha. »

En effet, Avraham Avinou fut un Tsadik parfait. Son père, en revanche était au contraire un grand racha. Sa Téfila avait donc besoin d’un « coup de pouce », en l’occurrence le mérite et la Téfila de Sarah.

Pour Yits’hak, la situation était différente. Il est Tsadik ben Tsadik. Il n’avait donc pas besoin du mérite de Rivka pour qu’Hakadoche Baroukh Hou agrée sa prière.

Avec ces enseignements, nous comprenons que l’explication de Rachi, “Tsadik ben racha” ne se rapporte pas à Rivka, mais à Avraham, qui avait besoin du mérite et de l’aide de Sarah.

Pour conclure, lors sa naissance, Yits’hak reçut une part de crainte grâce à Sarah Imenou, mais aussi une part de joie, grâce à Avraham Avinou. Rachi rapporte en effet à ce sujet que lorsque Hachem annonça à Avraham la naissance prochaine d’un fils, celui-ci ressentit joie et satisfaction. (Béréchit 17, 17)

C’est d’ailleurs sur ce modèle que nous devons, nous aussi, construire notre Avodat Hachem : une avoda remplie de crainte, mais aussi de Sim’ha.

‘Hodech Tov et Chabat Chalom

Rav Mordekhai Bismuth