10 août 2022

Ce shabbat à venir tombe le 9 Av. Comme vous le savez, le 9 Av est le jour où s’est produit de grandes catastrophes dans l’histoire juive, destruction des Temples de Jérusalem, faute des explorateurs etc. . C’est aussi la date qui a été retenue par les Sages pour faire un jeûne, Taanit sévère : du soir au lendemain soir soit 24 heures. Seulement lorsque la date tombe un Shabbat, les Sages de mémoire bénie l’ont repoussé au lendemain, Dimanche car il est interdit lors du Saint Shabbat de montrer des signes d’afflictions. Cette année le jeûne commencera au coucher du soleil ce Shabbat après-midi et finira jusqu’au lendemain dimanche soir à la tombée de la nuit.

Cette semaine, j’ai vu une chose intéressante au sujet de ce Taanit. La Hala’ha loi juive stipule que l’endeuillé d’un proche parent n’aura pas le droit de sortir de chez lui durant les jours de son deuil. Les trois premiers jours seront encore plus stricts car il ne pourra pas sortir en dehors de sa maison même si c’est pour réconforter d’autres personnes qui ont perdu un être cher . Un commentaire sur la Guémara Tossphot sur Moéd Quatan 21 enseigne que si le 3ème jour de son deuil tombe le 9 Av, il pourra se rendre à la synagogue pour entendre les Quinots/les lamentations. Et, au détour de ce commentaire (Tossphot) on apprendra aussi que la communauté, dans son ensemble, a le même statut que notre endeuillé dans ses trois jours. C’est un grand Hidouch/une nouveauté qui compare tout le Clall Israël, le jour du 9 Av, à celui de l’endeuillé après ses trois jours ! Et en effet, il existe de nombreuses lois communes entre les lois du 9 Av et celui d’un endeuillé : la communauté ne peut pas étudier la Thora, ne pas se saluer, dire le « Chalom »/Bonjour à son ami etc…

La question sera de comprendre le symbole du 9 Av. Comment les Sages ont pu instituer de générations en générations ces lois d’afflictions ? Or il existe un adage connu : « on ne pleure pas sur du lait qui a débordé » adage en vogue en Terre Sainte ! C’est à dire que la tristesse sur des événements passés n’a pas d’ importance. Au contraire, cela fige la personne et la rend incapable de continuer sa progression…

La réponse apportée est que le 9 Av n’appartient pas à des faits historiques des temps anciens mais fait partie de notre présent. La destruction des Sanctuaires de Jérusalem (le 1er et le 2nd) n’a pu s’effectuer que parce que dans les Cieux, les Temples n’avaient plus leur raison d’être. Le Saint Zohar rapporté dans le Néfech Hahaim enseigne : « Titus, l’Empereur romain a détruit ce qui déjà avait été détruit dans les mots » : « broyé ce qui avait déjà été broyé »…. En effet, notre Sanctuaire est l’expression sur terre de ce qui se passe dans les cieux. Or, les fautes de la communauté ont entrainé que dans les mondes d’en haut, les Temples avaient déjà été détruits (quand je parle « d’en haut« , il s’agit des mondes des Chérubins, Séraphins et des myriades d’Anges, l’armée céleste) . Nécessairement il n’y avait pas de raison à ce que continu le Service des sacrifices sur terre…. Le Temple qui est fait de pierres et de bois de grandes valeurs est l’expression du lien qui uni D.ieu et son peuple. Or, si la pratique des Mitsvots bascule, alors la magnifique bâtisse de Jérusalem n’a plus d’intérêt puisque la Présence Divine quitte les lieux Saints.

Les Sages de mémoires bénies enseignent que lors du 2ème Temple, les fautes reprochées au Call Israël étaient particulièrement fines puisqu’elles étaient du domaine du cœur : la haine gratuite… Cette division qui existait dans la communauté entrainera que Dieu se retire de la communauté et au final les Fils d’Israël partiront en exil, en dehors de la Terre Sainte.

Un autre point intéressant à définir est que d’une manière générale la Thora enjoint l’homme à pratiquer des Mitsvots et ne pas les transgresser entrainant la faute de faute. Durant la période de « Bein Hamétsarim » (depuis le 17 Tamouz jusqu’au 9 Av) il n’existe foncièrement pas d’obligation de faire telle ou telle action. Mais le deuil que la communauté prend est une invitation à développer ses sentiments : ouvrir notre cœur au fait que D.ieu a perdu sa résidence sur terre, que la communauté vit un exil parmi les nations du monde, avec tous les déboires : mariages mixtes et baisse vertigineuse de la pratique, et un manque de clarté dans l’enseignement de la Thora.

Donc si on veut faire cesser notre exil, et faire enn sorte que le Mashiah vienne frapper à nos portes, il faudra veiller à rectifier la faute qui a entrainé l’exil. La réparation de notre passé passe par l’ouverture de notre cœur vers notre prochain. Ce n’est pas forcément s’occuper de la veuve et de l’orphelin et des cas sociaux de la communauté ce qui est vivement conseillé, c’est aussi ouvrir son cœur à son conjoint, être à l’écoute des besoins de ses proches cela inclus ses enfants. En cela on aura percé notre cœur généralement bien obstrué par les impondérables de la vie et on pourra faire régner le Chalom, l’entente dans nos familles et nos proches. En cela on aura réparé les causes de la destruction du Temple et on fera une place à Haquadoch Barouh dans notre monde et parmi les hommes. Mashiah est à nos portes…

Cette histoire véridique, on ne peut vous la faire partager que pendant cette semaine du 9 Av. Notre histoire se déroule dans un des camps de concentration de l’Europe très éclairée… Là-bas, une partie des esclaves juifs devaient travailler d’arrache-pied dans une quelconque usine d’armement de la Wehrmacht. Le travail était harassant, mais il valait mieux cela que de finir en cendres dans les fours crématoires ! Dans un des groupes de travail se trouvait un Juif de belle allure qui était dans un passé encore pas si lointain Rav d’une communauté Hassidique, Satmar. Or, en dehors de l’extrême cruauté qui régnait dans le camp, pour notre grande honte, les nazis-Ymah Chémam, avaient mis un système de surveillance qui était effectué par des Juifs, que l’on appelait les Kapos. C’était dans la plupart des cas (il y a eu des exceptions) des hommes qui avaient complètement renié la Thora et les Mitsvots (avant-guerre) ou encore d’anciens malfrats. Or, ils étaient connus pour leur grande cruauté vis-à-vis de leurs frères ! (Notre sujet n’est pas de juger ces hommes car, comme le disait l’Admour de Tsanz Zatsal, celui qui n’a pas vécu dans sa chair ses moments extrêmes d’inhumanité, n’a AUCUNE possibilité de comprendre l’univers terrifiant qui sévissait). En tout cas, notre Juif du baraquement était connu comme ancien Rav, et le Kappo responsable du groupe prenait un malin plaisir à faire souffrir notre homme à longueur de journée ! Depuis le matin jusqu’à la nuit tombée, le Kappo donnait des coups, l’insultait et le vilipendait (que D.ieu nous en préserve) ! Un soir, après avoir été roué de coups plus que d’habitude, notre pauvre homme revient exténué sur sa couche dans son baraquement. Dans ce moment de grande détresse, il commença à fredonner les yeux fermés un Nigoun/air d’un des chants de l’ancienne époque, celle où il faisait partie des Hassidims qui allaient écouter l’Admour Yoél de Satmar lors des Tish (Table du vendredi soir où le Rav et ses disciples chantent ensemble). Notre pauvre prisonnier fredonnait ces airs qui lui redonnaient un peu de réconfort pour traverser l’enfer ambiant. Soudainement, il ressent la présence de quelqu’un tout proche de sa couche. Il ouvre les yeux, et voit le visage de son tortionnaire. Sa peur est grande qu’il vienne le frapper encore sur sa couche. Il referme les yeux et attend de recevoir sa raclée. Quelques secondes passent, et toujours pas, il ne reçoit rien ! Il ouvre une nouvelle fois les yeux, et remarque que l’expression du visage de son tortionnaire a changé. Il voit dans ses yeux, un soupçon de miséricorde qu’il n’a jamais connue jusqu’à présent. De plus il discerne que l’homme tremble de tout son corps. Le Kappo lui demande alors avec beaucoup de douceur d’où il connait cet air ? Notre bon Juif lui répond qu’il l’a entendu de son Rav qui l’a lui-même entendu de son beau-père le Tsadiq de Planetach Zatsal. C’est alors que le Kappo explose en pleurs terribles ! Entre les sanglots, le Kappo lui dira que dans sa jeunesse, avant d’avoir tout abandonné, il était un jeune garçon qui venait écouter les chants du Tsadiq de Planetach. C’est ce même Nigoun qu’il entend aujourd’hui dans ces heures terribles qui font remonter tous ses souvenirs d’enfance d’un seul coup. Cette époque bénie où il était encore un jeune enfant pur, auprès de ses parents et du Tsadiq. Ce décalage effrayant entre le passé qu’il a vécu et la cruauté infinie qu’il fait sentir à ses frères le fait pleurer amèrement. Après de longues minutes de sanglots, le Kappo finalement quitte le baraquement sans faire aucun mal ! Et depuis lors, le Kappo change du tout au TOUT!! Jusqu’alors c’était un monstre de cruauté et à présent il se comporte comme un simple surveillant des travaux. Plus aucunes réprimandes, insultes, frappes etc. Il arrive en retard à son travail de surveillance, fait juste acte de présence. Il devient un homme renfermé sur lui-même et aussi silencieux. Tous les prisonniers du camp n’en revenaient pas du changement incroyable qui s’était opéré dans cet homme! Après quelques semaines, lors d’une journée de travail, ce surveillant tombe à terre (certainement avec des pensés de repentir) et meurt! Fin de cette véritable histoire. Pour nous, de savoir qu’un homme, même lorsqu’il est tombé au plus bas, garde une petite lumière intérieure, est un grand réconfort ! Et c’est en touchant à cette lumière (grâce au Nigoun) qu’en final le bourreau de ses frères à fait marche arrière et a aimé son prochain (voir notre développement précédent). Dans la vie, il n’y a pas de désespoir, EIN YOUCH BAOLAM!!

Rav David Gold