16 juin 2024

Ce shabbat √† venir tombe le 9 Av. Comme vous le savez, le 9 Av est le jour o√Ļ s’est produit de grandes catastrophes dans l’histoire juive, destruction des Temples de J√©rusalem, faute des explorateurs etc. . C’est aussi la date qui a √©t√© retenue par les Sages pour faire un je√Ľne, Taanit s√©v√®re : du soir au lendemain soir soit 24 heures. Seulement lorsque la date tombe un Shabbat, les Sages de m√©moire b√©nie l’ont repouss√© au lendemain, Dimanche car il est interdit lors du Saint Shabbat de montrer des signes d’afflictions. Cette ann√©e le je√Ľne commencera au coucher du soleil ce Shabbat apr√®s-midi et finira jusqu’au lendemain dimanche soir √† la tomb√©e de la nuit.

Cette semaine, j’ai vu une chose int√©ressante au sujet de ce Taanit. La Hala’ha loi juive stipule que l‚Äôendeuill√© d’un proche parent n’aura pas le droit de sortir de chez lui durant les jours de son deuil. Les trois premiers jours seront encore plus stricts car il ne pourra pas sortir en dehors de sa maison m√™me si c’est pour r√©conforter d’autres personnes qui ont perdu un √™tre cher . Un commentaire sur la Gu√©mara Tossphot sur Mo√©d Quatan 21 enseigne que si le 3√®me jour de son deuil tombe le 9 Av, il pourra se rendre √† la synagogue pour entendre les Quinots/les lamentations. Et, au d√©tour de ce commentaire (Tossphot) on apprendra aussi que la communaut√©, dans son ensemble, a le m√™me statut que notre endeuill√© dans ses trois jours. C’est un grand Hidouch/une nouveaut√© qui compare tout le Clall Isra√ęl, le jour du 9 Av, √† celui de l’endeuill√© apr√®s ses trois jours ! Et en effet, il existe de nombreuses lois communes entre les lois du 9 Av et celui d’un endeuill√© : la communaut√© ne peut pas √©tudier la Thora, ne pas se saluer, dire le “Chalom”/Bonjour √† son ami etc‚Ķ

La question sera de comprendre le symbole du 9 Av. Comment les Sages ont pu instituer de g√©n√©rations en g√©n√©rations ces lois d’afflictions ? Or il existe un adage connu : “on ne pleure pas sur du lait qui a d√©bord√©” adage en vogue en Terre Sainte ! C’est √† dire que la tristesse sur des √©v√©nements pass√©s n’a pas d’ importance. Au contraire, cela fige la personne et la rend incapable de continuer sa progression‚Ķ

La r√©ponse apport√©e est que le 9 Av n’appartient pas √† des faits historiques des temps anciens mais fait partie de notre pr√©sent. La destruction des Sanctuaires de J√©rusalem (le 1er et le 2nd) n’a pu s’effectuer que parce que dans les Cieux, les Temples n’avaient plus leur raison d’√™tre. Le Saint Zohar rapport√© dans le N√©fech Hahaim enseigne : ¬ę Titus, l’Empereur romain a d√©truit ce qui d√©j√† avait √©t√© d√©truit dans les mots ¬Ľ : “broy√© ce qui avait d√©j√† √©t√© broy√©”‚Ķ. En effet, notre Sanctuaire est l’expression sur terre de ce qui se passe dans les cieux. Or, les fautes de la communaut√© ont entrain√© que dans les mondes d’en haut, les Temples avaient d√©j√† √©t√© d√©truits (quand je parle “d’en haut“, il s’agit des mondes des Ch√©rubins, S√©raphins et des myriades d’Anges, l’arm√©e c√©leste) . N√©cessairement il n’y avait pas de raison √† ce que continu le Service des sacrifices sur terre‚Ķ. Le Temple qui est fait de pierres et de bois de grandes valeurs est l’expression du lien qui uni D.ieu et son peuple. Or, si la pratique des Mitsvots bascule, alors la magnifique b√Ętisse de J√©rusalem n’a plus d’int√©r√™t puisque la Pr√©sence Divine quitte les lieux Saints.

Les Sages de m√©moires b√©nies enseignent que lors du 2√®me Temple, les fautes reproch√©es au Call Isra√ęl √©taient particuli√®rement fines puisqu’elles √©taient du domaine du cŇďur : la haine gratuite‚Ķ Cette division qui existait dans la communaut√© entrainera que Dieu se retire de la communaut√© et au final les Fils d’Isra√ęl partiront en exil, en dehors de la Terre Sainte.

Un autre point int√©ressant √† d√©finir est que d’une mani√®re g√©n√©rale la Thora enjoint l’homme √† pratiquer des Mitsvots et ne pas les transgresser entrainant la faute de faute. Durant la p√©riode de “Bein Ham√©tsarim” (depuis le 17 Tamouz jusqu’au 9 Av) il n’existe fonci√®rement pas d’obligation de faire telle ou telle action. Mais le deuil que la communaut√© prend est une invitation √† d√©velopper ses sentiments : ouvrir notre cŇďur au fait que D.ieu a perdu sa r√©sidence sur terre, que la communaut√© vit un exil parmi les nations du monde, avec tous les d√©boires : mariages mixtes et baisse vertigineuse de la pratique, et un manque de clart√© dans l’enseignement de la Thora.

Donc si on veut faire cesser notre exil, et faire enn sorte que le Mashiah vienne frapper √† nos portes, il faudra veiller √† rectifier la faute qui a entrain√© l’exil. La r√©paration de notre pass√© passe par l’ouverture de notre cŇďur vers notre prochain. Ce n’est pas forc√©ment s’occuper de la veuve et de l’orphelin et des cas sociaux de la communaut√© ce qui est vivement conseill√©, c’est aussi ouvrir son cŇďur √† son conjoint, √™tre √† l’√©coute des besoins de ses proches cela inclus ses enfants. En cela on aura perc√© notre cŇďur g√©n√©ralement bien obstru√© par les impond√©rables de la vie et on pourra faire r√©gner le Chalom, l’entente dans nos familles et nos proches. En cela on aura r√©par√© les causes de la destruction du Temple et on fera une place √† Haquadoch Barouh dans notre monde et parmi les hommes. Mashiah est √† nos portes‚Ķ

Cette histoire v√©ridique, on ne peut vous la faire partager que pendant cette semaine du 9 Av. Notre histoire se d√©roule dans un des camps de concentration de l’Europe tr√®s √©clair√©e‚Ķ L√†-bas, une partie des esclaves juifs devaient travailler d’arrache-pied dans une quelconque usine d’armement de la Wehrmacht. Le travail √©tait harassant, mais il valait mieux cela que de finir en cendres dans les fours cr√©matoires¬†! Dans un des groupes de travail se trouvait un Juif de belle allure qui √©tait dans un pass√© encore pas si lointain Rav d’une communaut√© Hassidique, Satmar. Or, en dehors de l’extr√™me cruaut√© qui r√©gnait dans le camp, pour notre grande honte, les nazis-Ymah Ch√©mam, avaient mis un syst√®me de surveillance qui √©tait effectu√© par des Juifs, que l‚Äôon appelait les Kapos. C’√©tait dans la plupart des cas (il y a eu des exceptions) des hommes qui avaient compl√®tement reni√© la Thora et les Mitsvots (avant-guerre) ou encore d’anciens malfrats. Or, ils √©taient connus pour leur grande cruaut√© vis-√†-vis de leurs fr√®res¬†! (Notre sujet n’est pas de juger ces hommes car, comme le disait l’Admour de Tsanz Zatsal, celui qui n’a pas v√©cu dans sa chair ses moments extr√™mes d’inhumanit√©, n’a AUCUNE possibilit√© de comprendre l’univers terrifiant qui s√©vissait). En tout cas, notre Juif du baraquement √©tait connu comme ancien Rav, et le Kappo responsable du groupe prenait un malin plaisir √† faire souffrir notre homme √† longueur de journ√©e¬†! Depuis le matin jusqu’√† la nuit tomb√©e, le Kappo donnait des coups, l‚Äôinsultait et le vilipendait¬†(que D.ieu nous en pr√©serve) ! Un soir, apr√®s avoir √©t√© rou√© de coups plus que d’habitude, notre pauvre homme revient ext√©nu√© sur sa couche dans son baraquement. Dans ce moment de grande d√©tresse, il commen√ßa √† fredonner les yeux ferm√©s un Nigoun/air d’un des chants de l’ancienne √©poque, celle o√Ļ il faisait partie des Hassidims qui allaient √©couter l’Admour Yo√©l de Satmar lors des Tish (Table du vendredi soir o√Ļ le Rav et ses disciples chantent ensemble). Notre pauvre prisonnier fredonnait ces airs qui lui redonnaient un peu de r√©confort pour traverser l’enfer ambiant. Soudainement, il ressent la pr√©sence de quelqu’un tout proche de sa couche. Il ouvre les yeux, et voit le visage de son tortionnaire. Sa peur est grande qu’il vienne le frapper encore sur sa couche. Il referme les yeux et attend de recevoir sa racl√©e. Quelques secondes passent, et toujours pas, il ne re√ßoit rien¬†! Il ouvre une nouvelle fois les yeux, et remarque que l’expression du visage de son tortionnaire a chang√©. Il voit dans ses yeux, un soup√ßon de mis√©ricorde qu’il n’a jamais connue jusqu’√† pr√©sent. De plus il discerne que l’homme tremble de tout son corps. Le Kappo lui demande alors avec beaucoup de douceur d’o√Ļ il connait cet air¬†? Notre bon Juif lui r√©pond qu’il l’a entendu de son Rav qui l’a lui-m√™me entendu de son beau-p√®re le Tsadiq de Planetach Zatsal. C’est alors que le Kappo explose en pleurs terribles¬†! Entre les sanglots, le Kappo lui dira que dans sa jeunesse, avant d’avoir tout abandonn√©, il √©tait un jeune gar√ßon qui venait √©couter les chants du Tsadiq de Planetach. C’est ce m√™me Nigoun qu’il entend aujourd’hui dans ces heures terribles qui font remonter tous ses souvenirs d’enfance d’un seul coup. Cette √©poque b√©nie o√Ļ il √©tait encore un jeune enfant pur, aupr√®s de ses parents et du Tsadiq. Ce d√©calage effrayant entre le pass√© qu’il a v√©cu et la cruaut√© infinie qu’il fait sentir √† ses fr√®res le fait pleurer am√®rement. Apr√®s de longues minutes de sanglots, le Kappo finalement quitte le baraquement sans faire aucun mal¬†! Et depuis lors, le Kappo change du tout au TOUT!! Jusqu’alors c’√©tait un monstre de cruaut√© et √† pr√©sent il se comporte comme un simple surveillant des travaux. Plus aucunes r√©primandes, insultes, frappes etc. Il arrive en retard √† son travail de surveillance, fait juste acte de pr√©sence. Il devient un homme renferm√© sur lui-m√™me et aussi silencieux. Tous les prisonniers du camp n’en revenaient pas du changement incroyable qui s’√©tait op√©r√© dans cet homme! Apr√®s quelques semaines, lors d’une journ√©e de travail, ce surveillant tombe √† terre (certainement avec des pens√©s de repentir) et meurt! Fin de cette v√©ritable histoire. Pour nous, de savoir qu’un homme, m√™me lorsqu’il est tomb√© au plus bas, garde une petite lumi√®re int√©rieure, est un grand r√©confort ! Et c’est en touchant √† cette lumi√®re (gr√Ęce au Nigoun) qu’en final le bourreau de ses fr√®res √† fait marche arri√®re et a aim√© son prochain (voir notre d√©veloppement pr√©c√©dent). Dans la vie, il n’y a pas de d√©sespoir, EIN YOUCH BAOLAM!!

Rav David Gold