4 décembre 2022

Vayéra: Mieux que la Rolex…

Notre Paracha est riche en événements. On s’attardera cette semaine sur la fin de la section qui traite de la ligature d’Itshak. On le sait, Avraham a passé la majeure partie de sa vie sans enfants (notre Sainte mère Sarah était stérile-voir Yévamot 62). Ce n’est qu’à l’âge vénérable de 100 ans qu’il aura le mérite d’avoir Itshak (Sarah avait alors 90 ans). Itshak sera circoncit à 8 jours et grandira dans la tente d’Avraham et de Sarah. Trente-sept années plus tard, Hachem demandera à Avraham une chose exceptionnelle : prendre son fils et l’élever au Mont Moriah (Jérusalem). Avraham avait 137 ans (il vivra jusqu’à 175 ans). Avraham compris l’injonction de D.ieu qu’il fallait l’amener en holocauste. En effet le terme employé par D.ieu était : »LaAlot« /monter (sur le Mont) mais cela peut désigner aussi les sacrifices entièrement consumés (Olah). L’épreuve est particulièrement difficile. Il doit Prendre son fils, longtemps attendu, et l’offrir sur l’autel (d’après la compréhension d’Avraham) ! De plus, toute la vie de notre saint Patriarche n’a été qu’un Kidouch Hachem (sanctification du Nom de D.ieu) auprès des peuplades. Et durant cette période reculée, la grande mode était de sacrifier son rejeton à l’idole du quartier… (Un peu comme le font encore de nos jours les familles des terroristes qui envoient leurs fils (et filles) faire des actions immondes auprès de populations innocentes en sachant qu’ils ont très peu de chances de revenir au bercail…). Dans le même temps, Avraham dévoilait la foi en un D.ieu unique, bon et plein de Miséricorde vis-à-vis des hommes. Et voici que Hachem demande à Avraham de l’immoler ! De plus, Itshak était le gage que le parcours d’Avraham n’est pas vain. Il restera une descendance qui suivra les sentiers spirituels nouvellement établis par Avraham. Ces deux axiomes seront donc balayés par l’injonction de le sacrifier.

Lorsque D.ieu s’adressera à Avraham, Il lui dira : » Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes et amène le vers le Mont Moriah et élève-le « . Le commentaire de Rachi explique que la redondance des expressions : »Aimé, unique, ton fils… », vient désigner exclusivement Itshak et non Ichmaél (qui est le fils d’Avraham via la servante égyptienne, Agar).

Le Or Hahaïm explique que le verset nous apprend autre chose encore : la manière dont un homme doit aimer D.ieu. En effet il existe une Mitsva de chérir D.ieu comme cela est indiqué dans le Chéma Israël : »Tu aimeras ton D.ieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tous tes biens » (verset lu matin et soir).

« De tout son cœur« , il n’existe pas de chose plus chère au père que l’amour porté à son fils. C’est pourquoi lorsque Hachem a désigné Itshak, dans notre Paracha, Il dit : »Prends ton fils« .

« De toute ton âme » fait allusion à « Ton unique« . Puisque Itshak est son unique fils (par Sarah), c’est un peu comme s’il offrait sa propre vie (Avraham). De plus, une autre Guémara enseigne qu’un homme sans enfant est considéré (un tant soit peu) comme mort…

« De tous tes biens » fait allusion à lorsque D.ieu dit à Avraham : »Celui que tu aimes« ; c’est à dire que tu aimes ton fils plus encore que tous tes biens. Les biens n’ont aucune espèce d’importance face à l’amour qu’un père porte à son fils.

Et malgré tout, le verset dit « prend ton fils » (tellement chéri) et offre-le au Mont Moriah. C’est-à-dire que même si un homme porte tant d’amour il doit être prêt à l’offrir à D.ieu. Toutefois, que mes lecteurs ne concluent pas qu’il existe une Mitsva de sacrifier son fils… La Thora n’a jamais promulgué les sacrifices humains, encore moins de promouvoir les bombes humaines pour punir les infidèles… Hachem a juste dit : »amène le au Mont Moriah » sans demander de le transformer en holocauste.

Sous un autre aspect, le Saint Hafets Haïm, qui a vécu il y a plus de 90 ans (1838 – 1933), pose une très intéressante question. Il demande en quoi la mitsva de ligoter Itshak était si grande pour que son mérite protège notre peuple jusqu’à aujourd’hui ? Il ajoute que chaque membre du Clall Israël est prêt à se sacrifier depuis Méa Chéarim jusqu’à Paris en passant par Dijon, pour accomplir la volonté de D.ieu si au grand jamais on lui demandait d’abjurer. Il écrit encore : si D.ieu demande d’une manière claire de sacrifier son fils, on le ferait sans tergiverser (que mes lecteurs prennent la mesure de ces paroles). Donc, continue le Rav, en quoi cette épreuve était si grande ? Réponse du Saint Homme : » l’épreuve n’était pas l’acte mais c’était de savoir si Avraham le ferait dans la joie ! » Or quand le verset écrit qu’Avraham et Itshak ont marché ensemble en direction du Mont Moriah, ils l’ont fait d’un cœur entier. De là on apprend qu’Avraham l’a fait dans la joie. Fin du commentaire.

On aura appris cette semaine deux choses. D’après le Or Hahaïm, on doit aimer Hachem plus encore que toutes ses acquisitions, sa montre Rolex, sa belle voiture, plus encore que ses enfants ou sa propre vie… D’un autre côté on saura qu’on doit faire la Mitsva dans la joie. Très vaste programme, n’est-ce pas mes chers lecteurs ?

40 minutes pour 40…

Il s’agit d’un jeune israélien, Ophir, complètement Hiloni/non religieux, sans l’ombre d’une connaissance du judaïsme comme malheureusement beaucoup d’autres jeunes que la société israélienne a produit. Espérons qu’avec les dernières élections cela va changer significativement. Celui-ci finit son armée, part en Inde et à un moment donné aura un réveil pour la Thora certainement qu’un vent de sainteté, dû aux Avréhims d’Israël, a soufflé jusqu’à l’extrême Orient ! Il choisit de rentrer à la Yéchiva en Erets Israël. Son niveau est complètement nul, mais comme ses aptitudes sont très grandes, en un mois et demi, il finit déjà un traité du Talmud !

Il demandera à son Maguid Chiour, son Rav de la Yéchiva, de venir chez lui pour participer au Sioum de la fin de l’étude. Le Rav n’est pas vraiment enthousiasmé d’aller chez l’élève car il connait déjà bien son père qui est depuis le départ COMPLETEMENT opposé à la direction nouvelle que prend son fils, certainement qu’il avait voté pour les anti-religieux de la Knesset…il craint ses réactions hostiles. Ophir rassurera son Rav en lui disant qu’il n’a rien à craindre, qu’il est chez lui et que tout se passera bien!

Le soir dit, le Rav arrive à la maison et voit le père assis avec une petite kippa blanche qui recouvre une tête entièrement rasée (ndlr : il est bon à savoir qu’un homme de la communauté n’a pas le droit de se raser entièrement les coins de sa barbe même avec un rasoir électrique, il faut laisser un demi centimètre. Dans le cas où on craque pour un super dégradé on devra laisser 4 mm A bon entendeur ! ). Mais à côté de lui, est assis un homme d’allure respectable avec une belle barbe blanche et un beau chapeau, en un mot un juif respectueux de l’être et du paraître ! Ophir fait son Sioum (clôture de l’étude) puis il fait un Dvar Thora de 40 minutes(!) d’un très bon niveau. Lui qui, il y a encore quelques semaines, ne savait rien ni sur le Shabbat, ni sur la Cacherout ! Après les chants qui ont accompagné le Sioum, voilà que l’homme qui était assis à côté du père, se lève, encore visiblement tout ému car des larmes coulent sur ses joues…

Il dira : « Mes parents avaient deux fils: mon frère aîné et moi-même. L’ainé a été envoyé à la Yéchiva: c’était un vrai génie! Seulement à la Yéchiva Guédola, petit à petit il glissa vers la porte de sortie… Jusqu’à ce qu’un jour, il vienne voir mes parents en disant qu’il avait décidé de tout abandonner, Bar Minnan, de ne plus continuer sur cette voie! C’est alors qu’il abandonne tout, quitte la maison familiale sans donner de nouvelles. Ma mère lira des Téhilims tous les jours pour que mon grand frère revienne à la maison. En vain. A chaque allumage des bougies du Saint Shabbat je la revois encore faire 40 minutes de prières afin que notre Yankélé revienne au bercail et fasse Téchouva!

Pendant 18 années (!!) elle priera à l’allumage. Mon père et moi lui disions d’arrêter ses prières. Cependant elle continuera jusqu’à ce qu’elle soit emportée par la maladie. Dans le testament qu’elle laissera, elle demandera à mon père de continuer de prier 40 minutes à l’allumage des bougies comme elle avait l’habitude de le faire. Mon père continua 6 ans et demi jusqu’à ce que lui aussi monte au Ciel… Ni à l’enterrement de ma mère, ni à celui de mon père, notre Yankel n’est venu… Et je me suis toujours questionné sur le sens de toutes ces prières.

Jusqu’à ce qu’hier, je reçoive un coup de fil de mon frère qui me dit que son fils faisait le Sioum d’une Massekhet : cela fait plus de trente ans que je n’ai pas eu de nouvelles de mon grand frère!! A mon arrivée, je parle à mon neveu Ophir et lui demande en combien de temps il a appris cette étude. Il me répond « en moins de 2 mois » Après qu’il ait fait cette magnifique Dracha de 40 minutes, j’ai compris que les prières de mes parents ne sont pas passées aux oubliettes.

Avec le temps Ophir continua à grandir dans la Torah, puis se mariera avec une fille pleine de crainte du Ciel. Et le jour de la ‘Houpa, le père est venu avec un chapeau et une veste. Et petit à petit il commença à porter la kipa, puis la barbe et aujourd’hui LUI aussi est revenu à la maison de la Thora et des Mitsvots… Tout cela, grâce aux téphilots des parents… Ein Youch BaOlam Clall (Il n’existe pas de désespoir dans ce monde… Rabbi Nahman de Breslev).

Shabbat Chalom et à la semaine prochaine, Si D.ieu Le Veut.

David Gold